Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 624 février-mars 2016 *

ÉTAT ESPAGNOL - CATALOGNE

Le président change, la stratégie demeure

Cf. aussi : [Espagne]

Martí Caussa*

Junts Pel Sí et la CUP, les deux partis catalans pour l'indépendance ont obtenu le 27 septembre 2015 une majorité relative au parlement de Catalogne. En désaccord sur le nom du président de ce parlement, un président de compromis a été élu le 10 janvier, Carles Puigdmont. Le processus de déconnexion de la Catalogne avec l'Espagne se poursuit malgré des hésitations et la censure du tribunal constitutionnel espagnol.

Anna Gabriel, députée du parlement de Catalogne pour la CUP (candidature d'unité populaire). &copy prensa cupnacional

Anna Gabriel, députée du parlement de Catalogne pour la CUP (candidature d'unité populaire). © prensa cupnacional

Barcelone, le 13 janvier 2015

Le dilemme « Mas ou mars », qui a dominé le débat politique catalan au cours des derniers mois, a été évité suite à un surprenant accord de dernière minute (1). Il n’y aura pas de nouvelles élections régionales en mars et le président de la Generalitat ne sera pas Artur Mas, mais Carles Puigdemont (2). La voie empruntée en Catalogne a une destination théoriquement claire quant à son objectif principal. Mais dans la pratique elle est pleine de contradictions et suppose un nouveau bras de fer entre le mouvement souverainiste catalan et l’État espagnol. Ce dernier, suite aux élections du 20 décembre 2015, n’a pas de gouvernement ni d’orientation politique claire. Les forces majoritaires au sein du nouveau Parlement sont toutefois fermement opposées à une reconnaissance du droit à décider en Catalogne.

Synthèse et articles Inprecor

Dans la mesure où la dynamique politique catalane possède des différences importantes par rapport au reste de l’État espagnol, je vais commencer par rappeler les deux tendances de fond qui la caractérisent.

En premier lieu, l’existence d’un puissant mouvement populaire en faveur de l’indépendance qui, depuis des années, mobilise des millions de personnes. C’est un phénomène exclusif à la Catalogne, qui n’a pas d’équivalent ni en Euskal Heria (Pays basque), ni en Galice, ni dans le Pays valencien, ni en aucun autre endroit. C’est probablement pour cette raison qu’il est difficile de saisir ce mouvement hors de Catalogne, car il ne peut pas s’analyser exclusivement en termes de droite et de gauche, ni comme émanation ou expression des partis nationalistes. Ses organisations principales sont Omnium Cultural, l’Association des communes pour l’indépendance (AMI) et l’Assemblée nationale catalane (ANC), qui est la plus importante et qui a des sections dans pratiquement tous les villages et toutes les villes de Catalogne. L’ANC est une organisation indépendante des partis nationalistes, une partie notable de ses militants sont très critiques envers ces partis, qu’ils considèrent comme le « maillon faible » du mouvement, bien qu’au sein de l’ANC se trouvent des militants de ces partis à titre individuel et que leurs idées influencent l’organisation. Les partis majoritaires en son sein sont la CDC [Convergence démocratique de Catalogne, le parti d’Artur Mas, de droite néolibérale indépendantiste] et l’ERC [Gauche républicaine catalane, parti social-libéral] ; la CUP [Candidature d’unité populaire, coalition de 16 formations de la gauche radicale indépendantiste] y est présente et respectée, bien que son influence soit minoritaire. La majorité des militants du mouvement indépendantiste est convaincue que la possibilité d’une indépendance est proche et que la stratégie fondamentale pour la réaliser tient dans la mobilisation et l’unité de l’ensemble du mouvement, y compris avec les partis nationalistes. En son sein, on estimait majoritairement que la figure d’Artur Mas, suite à sa conversion à l’indépendantisme, était la clé pour assurer le succès de ce processus. C’est pour cette raison qu’à chaque fois que Mas a présenté un ultimatum, le mouvement a cédé : lorsqu’il a transformé la consultation du 9 novembre 2014 en un processus de participation citoyenne (3) ; lorsqu’il a retardé au 27 septembre 2015 la date des élections catalanes et lorsqu’il a exigé que la candidature unitaire indépendante (Junts pel Sí) inclue des membres des partis ainsi que lui-même.

En second lieu, il existe en Catalogne un mouvement favorable à la construction d’alternatives électorales unitaires, un mouvement qui veut impulser des politiques sociales favorables aux classes populaires, éradiquer la corruption et développer de la démocratie participative. Les partis les plus significatifs qui participent à ce mouvement sont Podem [Podemos en catalan), ICV [Iniciativa per Catalunya Verds , Initiative pour la Catalogne - Verts], EUiA [Esquerra Unida i Alternativa, Gauche unie et alternative] et la CUP. Ce mouvement peut être assimilé à celui qui existe dans l’ensemble de l’État, en particulier au niveau municipal. Il n’existe cependant pas séparément du mouvement populaire en faveur de l’indépendance, car un grand nombre de personnes participent aux deux ; toutefois, seuls la CUP, le Procés Constituent et des secteurs minoritaires de ICV et EUiA participent vraiment et en même temps dans les deux, bien que cela soit sans une correspondance pratique systématique des initiatives que chacun de ces mouvements impulse.

Il y a là l’un des facteurs qui explique la tendance plus accentuée à voter différemment au niveau des municipalités, de la Communauté autonome de Catalogne ou de l’État, en particulier au moment où le panorama politique est en pleine recomposition. Les élections municipales du 24 mai 2015, lors desquelles le droit à décider a eu un impact limité, ont vu du triomphe des candidatures populaires telles que Barcelona en Comú ou Guanyem Badalona en Comú (où la maire est membre de la CUP). Lors des élections régionales du 27 septembre, qui ont été présentées comme un plébiscite en faveur de l’indépendance, la CUP a obtenu un magnifique résultat sur un programme indépendantiste et anticapitaliste (4). En revanche, Catalunya sí que es Pot, qui défendait un programme social et un référendum négocié a obtenu moins de député-e-s que deux de ses composantes – ICV et EUiA – lors des élections précédentes.

Lors des élections générales du 20 décembre, la CUP ne s’est pas présentée, le mouvement indépendantiste était en pleine confusion en raison de l’absence d’un gouvernement. La liste En Comú Podem (5) a obtenu le plus de voix, avec 928 000 suffrages (24,7%), en défendant un programme de mesures sociales et démocratiques, contre la corruption ainsi que l’exigence d’un référendum contraignant sur l’indépendance de la Catalogne (que Podemos a défendu dans l’ensemble de l’État).

Désaccords indépendantistes et pression sur la CUP

Depuis les élections régionales du 27 septembre 2015, la progression en direction de l’indépendance nécessitait un accord entre Junts pel Sí (6) et la CUP, car seules ces deux formations la défendaient et ensemble elles totalisent la majorité absolue des députés. L’accord a été possible pour adopter la résolution du Parlement du 9 novembre 2015 qui proclamait la souveraineté et la non-subordination aux institutions de l’État espagnol ; tous les autres partis ont voté contre. En revanche, l’accord pour l’investiture à la présidence [de la Generalitat,l’exécutif de la Catalogne] s’est révélé bien plus difficile. Le candidat incontesté de Junts pel Sí était Artur Mas, mais il ne disposait que de 62 députés sur les 64 nécessaires à l’investiture au deuxième tour. La CUP avait promis de ne pas voter son investiture, non seulement lors de la campagne mais également ensuite. L’argumentation de la formation était la suivante :puisque le « plébiscite » du 27 septembre n’avait pas remporté la majorité des votes (48 %), une politique, un gouvernement et un président capables d’élargir la base sociale de l’indépendantisme étaient nécessaires. Tout cela requérait, entre autres, un plan d’urgence de mesures sociales. Cette orientation n’était pas du tout partagée par Junts pel Sí, qui s’accrochait à son programme et à son « présidentialisable ».

Le rapport de forces entre Junts pel Sí et la CUP est toutefois largement défavorable à la seconde : en nombre de votes (1,6 et 0,34 million), de député-e-s (62 et 10), en termes de soutien d’entités indépendantistes (ANC, Omnium, AMI), de capacité de mobilisation et de présence dans les médias. Il n’est pas surprenant que les partisans de Mas aient gagné la bataille de l’opinion publique, faisant apparaître la CUP comme responsable du dilemme « ou Mas ou mars », comme si ceux qui refusaient de renoncer à Mas n’avaient pas de responsabilité dans la tenue d’élections anticipées.

Les élections de mars étaient considérées comme un scénario très défavorable par l’ensemble du mouvement indépendantiste : les partis, les organisations de masse, les institutions et leurs membres. Les raisons des craintes ressenties par les partis, en particulier la CDC, ont été suffisamment analysées. Les motivations des gens de la rue, en revanche, l’ont été beaucoup moins. Pour eux, les élections en mars auraient représenté un facteur important de démoralisation et de démobilisation, sur la base d’un raisonnement simple : l’indépendance était à portée de main et on l’a laissé passer non par la faute de l’État espagnol, mais par la « nôtre », en raison de la désunion des partis auxquels nous avons fait confiance. De fait, chaque fois que le mouvement s’est trouvé dans une situation où existaient des différences importantes parmi les partis principaux qui le composent, il a amorcé une chute, mais jamais ces différences n’ont duré autant, et jamais l’enjeu n’a été si important.

La CUP est une organisation qui participe aux deux tendances de fond analysées plus haut, parce qu’elle est à la fois indépendantiste et anticapitaliste. En son sein il n’existe pas un secteur indépendantiste et un autre qui serait anticapitaliste, tous ses membres sont les deux à la fois. Pour cette raison, elle ne pouvait choisir sans se déchirer entre apparaître (bien qu’injustement) comme la responsable des élections anticipées de mars 2016 ou investir à la présidence le symbole de la politique néolibérale des dernières années, Artur Mas, dont l’orientation était de ne faire aucune concession importante dans le domaine social. C’est pour cette raison que la formation s’est divisée exactement moitié-moitié lors de l’assemblée de tous ses militants, le 27 décembre, avec un vote de 1515 contre 1515 sur la question d’investir ou non Mas. Le Consell polític, réuni le 3 janvier 2016 pour trancher la question sur mandat de l’assemblée, s’est à nouveau divisé quasiment en deux (36 contre 30) lorsqu’il décida de refuser d’investir Artur Mas. Le choix de la CUP était très difficile car elle devait choisir entre une issue mauvaise et une autre, pire. Au dernier moment, elle a opté pour une troisième solution : investir Carles Puigdemont et signer un pacte de stabilité. Encore une mauvaise solution.

L’accord et son évaluation

Pourquoi un accord a-t-il finalement été conclu ? Parce que les parties impliquées sont arrivées à la conclusion que les élections en mars seraient la pire solution pour chacune d’elles ainsi que pour l’ensemble du mouvement indépendantiste, qui entrait déjà dans un état de dépression.

Artur Mas a lancé des attaques très dures contre la CUP, mais ses accusations, comme celle d’affirmer que la CUP plaçait ses intérêts au-dessus de ceux de la Catalogne, se sont transformées en boomerang. Des indépendantistes de Junts pel Sí, certains membres d’ERC (comme Joan Tardà, député au Congrès de l’État espagnol) ont émis des critiques, affirmant que la meilleure solution serait que Mas se mette de côté. Les entités indépendantistes ont fait, à nouveau, office de médiatrices et les pressions en ce sens sont également venues du sein de la CDC : il vaut mieux se mettre de côté maintenant que d’être renvoyé en mars. Car l’affaiblissement du mouvement indépendantiste et de tous ses partis menaçait d’offrir la victoire à une version de En Comú Podem aux élections régionales. Selon le journal Ara, ce n’est que le vendredi 8 janvier que Mas a commencé à accepter son retrait en échange de la garantie par la CUP de la stabilité du futur gouvernement. Ce n’est que le samedi 9 janvier, à 16 h 30, qu’il a communiqué l’accord à la présidente du Parlement catalan, Carme Forcadell [ancienne présidente d’ANC]].

L’accord a été approuvé par le Consell polític de la CUP par 44 voix pour, 9 contre et 7 abstentions. Ce résultat indique que l’accord est considéré comme la solution la moins mauvaise et que cela sert à reconstruire l’unité. L’accord a cependant reçu également des critiques sévères, en particulier sur les réseaux sociaux. Une lecture du document semble confirmer ces critiques: « ne voter en aucun cas dans le même sens que les groupes parlementaires opposés au processus et/ou au droit à décider » ; « garantir que deux députés de la CUP-CC intégreront de manière stable la dynamique du groupe parlementaire de Junts pel Sí » ; « rénover, autant que cela est nécessaire, son propre groupe parlementaire »… Mais lorsque les dirigeants de la CUP ont offert leur interprétation, les choses se sont révélées différentes : « l’accord a pour but d’appliquer la feuille de route établie par la déclaration de rupture approuvée par le Parlement » (le 9 novembre 2015), « il ne nous lie pas en ce qui concerne l’approbation des politiques antisociales ou des coupes budgétaires », « un groupe de 10 députés sera maintenu » et surtout, l’accord « est réversible » si l’on ne se dirige pas vers la « rupture démocratique et le processus constituant ». Autrement dit, il s’agit d’un mauvais accord, mais son développement est entre les mains de la CUP et il n’y a aucun symptôme d’un changement de nature de cette organisation. En revanche, le retour de Mas n’est déjà plus aux mains de la CDC (au moins jusqu’aux prochaines élections) et, pour la première fois, il a été démontré qu’il est possible de ne pas céder au chantage d’un président, même s’il se pense indispensable, comme Artur Mas. Cette capacité de la CUP à s’affronter aux partis hégémoniques du mouvement indépendantiste, au-delà des erreurs et du résultat obtenu, est importante pour l’avenir. Car il sera peut-être nécessaire de le faire à nouveau dans les prochains mois.

Raisons pour une nouvelle stratégie

En effet, il n’est pas clair que Junts pel Sí sera en mesure de mettre en pratique la résolution approuvée par le Parlement le 9 novembre 2015 : en raison du degré élevé d’affrontement que cela suppose avec l’État espagnol ; de l’insuffisance de l’appui populaire à l’indépendance exprimé le 27 septembre (48 %) ; de la faiblesse des mesures sociales envisagées pour gagner de nouveaux secteurs populaires à cette dernière ; et de la rupture avec le projet indépendantiste du secteur de la classe dominante catalane qui soutenait traditionnellement la CDC (ce secteur, qui inclut des membres du gouvernement, était clairement pour de nouvelles élections en mars ou pour que Mas fasse marche arrière concernant la résolution du Parlement). Si ces difficultés se manifestent, il est probable qu’apparaissent des contradictions entre les partis qui appuient le gouvernement, et que cela bouscule l’orientation stratégique majoritaire du mouvement indépendantiste – une orientation fondée sur la mobilisation unitaire pour l’indépendance, sans avancer les revendications sociales qui pourraient diviser les partis majoritaires en son sein. Dans ces circonstances, il sera nécessaire de proposer une nouvelle stratégie qui lie la souveraineté nationale catalane, qu’elle soit formulée en termes d’indépendance ou de droit à décider, avec le changement social ; ainsi que de réclamer une nouvelle direction sur la base d’une convergence des forces qui partagent ce projet.

Pour le moment, néanmoins, cette alternative est orpheline. Aucune force ne l’a encore formulée clairement, ni sur le terrain politique ni en termes d’alliances nécessaires. Catalunya sí que es Pot défend un programme social avancé, mais la coalition n’a aucune relation avec le mouvement indépendantiste et, lors de la session d’investiture, elle a recommencé à miser sur un référendum négocié avec l’État central, critiquant l’unilatéralité du processus comme illusion irréalisable, un leurre et un bluff. Barcelona en Comú est une force nécessaire pour renforcer une alternative politique à l’échelle de la Catalogne, mais la coalition s’est prononcée uniquement en faveur du mécanisme, le référendum contraignant, sans préciser quelle solution elle défendrait dans le mouvement et en éliminant de son programme électoral les références à un processus constituant catalan non subordonné à un même processus à l’échelle de l’État.

À ma connaissance, seule Anna Gabriel (CUP) a réalisé une ébauche d’une telle alternative : « Si seulement ! Si seulement nous avions été en mesure de partager des bases communes à l’ensemble de l’espace politique représenté par En Comú Podem, Barcelona en Comú et, je ne sais pas jusqu’à quel point, Catalunya Sí que es Pot. Non seulement sur la question d’un référendum unilatéral, parce que cela signifierait qu’ils comprennent que s’il n’est pas possible de réaliser un référendum négocié avec l’État, une réponse à cette revendication citoyenne doit être apportée, ainsi qu’au manque de démocratie à l’échelle de l’État. Si seulement nous pouvions, également, partager et explorer le terrain du processus constituant. C’est le genre de débat que nous voulions partager avec Catalunya Sí que es Pot, car ils l’ont inclus dans leur programme bien qu’ils ne partagent pas la feuille de route indépendantiste : un processus constituant qui ne soit pas subordonné à ce qui se passe dans l’État espagnol. Sur le plan social, également, car dans le fond nous sommes tous d’accord sur le fait qu’il faut se battre pour l’urgence sociale… »

Synthèse et articles Inprecor

J’ignore quelle est l’audience d’une position de ce type au sein de la CUP et s’il est possible qu’elle se traduise en propositions. Quoi qu’il en soit, mon avis est qu’il y a là une proposition avec une référence aux forces principales qui pourraient l’impulser (Barcelona en Comú, d’un côté, la CUP de l’autre) et trois axes indispensables indispensables pour une alternative de changement social et national : plan d’urgence sociale, processus constituant catalan non subordonné et référendum unilatéral sur l’indépendance (s’il n’y a pas de proposition ferme de l’État dans un délai déterminé), et cela devrait être fait avant la fin du processus constituant.

Aujourd’hui même, quoi qu’il en soit, il faut profiter des possibilités de lancer une collaboration pratique :

• En participant au processus constituant annoncé par la résolution du Parlement et en faisant pression pour qu’il soit participatif et populaire ;

• En impulsant la mobilisation sociale et en exigeant que les revendications qui disposent d’un vaste soutien populaire soient satisfaites par le gouvernement de la Generalitat, au moyen d’un acte de souveraineté dans le cas où elles entrent en conflit avec la légalité de l’État espagnol ;

• En ayant recours à la mobilisation unitaire face aux tentatives de l’État espagnol d‘entraver ou de réprimer les actes de souveraineté réalisés par le gouvernement ou le Parlement de Catalogne.

Pour éviter autant les pas en arrière que l’écrasement du processus de rupture, qui débutera en Catalogne, la solidarité dans le reste de l’État sera très importante, de même que le soutien en faveur du droit de la Catalogne à décider démocratiquement de son avenir et du refus que l’exercice de la démocratie soit étouffé par la répression. ■

* Marti Caussa est un militant de longue date et, actuellement, membre de Procés Constituent, un mouvement social catalan fondé en avril 2013 pour promouvoir une transformation politique, économique et sociale mettant fin au capitalisme et réalisant l’indépendance de la Catalogne. Cet article a été d’abord publié sur le site de la revue VientoSur (http://www.vientosur.info), puis traduit en français par la revue électronique suisse À l’Encontre : http://alencontre.org

Notes

1. L’accord a été conclu le 9 janvier, un jour avant la date limite pour constituer un gouvernement. Sous une pression énorme et dans le cadre d’une alternative posée sous le terme de « Mas ou mars » (mars pour la date de nouvelles élections), la CUP, en échange du retrait de la candidature d’Artur Mas à la présidence de la Generalitat, s’est engagée à voter pour le nouveau candidat à la présidence, Carles Puigdemont. L’accord parlementaire signé par la CUP est le suivant :

« Afin de garantir la stabilité parlementaire et renforcer l’action du gouvernement au cours de cette législature, la CUP-CC s’engage à:

1° ne voter en aucun cas dans le même sens que les groupes parlementaires opposés au processus et/ou au droit à décider lorsque ladite stabilité est en danger ;

2° garantir que deux députés de la CUP-CC intégreront de manière stable la dynamique du groupe parlementaire de Junts pel Sí. Ils participeront à toutes les délibérations et agiront de concert dans les prises de position du groupe afin de mettre en œuvre ce qui a été établi au premier point ;

3° investir en première votation le candidat à la présidence de la Generalitat que l’actuel président propose parmi les membres du groupe parlementaire de Junts pel Sí.

En outre,

4° La CUP-CC reconnaît que la défense en termes politiques du processus tel et comme l’entend la CUP-CC peut avoir mis en danger l’élan et le vote majoritaire de la population et de l’électorat en faveur du processus vers l’indépendance lors d’une négociation qui a usé les deux parties ainsi que la base sociale et populaire de l’indépendantisme. Il est nécessaire de reconnaître que des erreurs ont été commises dans l’agressivité exprimée contre Junts pel Sí, surtout en ce qui concerne la volonté univoque d’avancer dans le processus d’indépendance et dans le processus constituant qu’il entraîne, seul scénario de construction de structures et de cadres de souveraineté qui puisse nous permettre, en tant que société, d’entrevoir d’autres éléments de justice sociale et de participation démocratique. Pour tout cela, la CUP-CC s’engage à reconstruire, à tous les points de vue, la mobilisation pour l’étape politique qui débute avec cet accord, y compris la défense active de tous ceux qui la rendent possible.

5° La CUP-CC met à disposition de l’accord l’engagement de rénover, autant que cela est nécessaire, son propre groupe parlementaire avec pour objectif de rendre visible un changement d’étape et assumer implicitement la part d’autocritique qui lui correspond dans la gestion du processus de négociation. Les changements au sein du groupe parlementaire se réaliseront immédiatement après le plénum d’investiture. Barcelone, 9 janvier 2016. »

En conséquence, deux députés de la CUP, Julià De Jòdar et Josep Manel Busqueta, ont démissionné. Ils sont remplacés par les suivants sur la liste : Mireia Vehí et Joan Garriga.

2. Carles Puigdemont, maire de Gérone, membre de Convergence démocratique, s’est écrié « Visca Catalunya lliure ! » (« Vive la Catalogne libre ! ») à la suite de l’accord concocté par Mas-Fernandez (CUP).

3. Initialement cette consultation sur l’indépendance avait un caractère officiel, soutenu par la Generalitat ; devant l’opposition du Tribunal constitutionnel, la consultation a été transformée en consultation sans soutien officiel.

4. Lors des élections du 27 septembre 2015, la CUP a obtenu 337 794 suffrages (8,21 %) et 10 députés au Parlement catalan.

5. Liste impulsée par la maire de Barcelone, Ada Colau.

6. Junts pel Sí est la coalition électorale composée de CDC, ERC, l’ANC et des personnalités indépendantes. Le 27 septembre elle a obtenu 1 628 714 voix (39,59 %) et 62 sièges au Parlement catalan.

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