Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 627-628 mai-juin 2016

ÉTATS-UNIS

La crise contemporaine de l’idéologie dominante américaine

Cf. aussi : [Dan La Botz] [Etats-Unis]

Dan La Botz *

Sur la scène politique en Amérique à l’heure actuelle, nous assistons à l’éclatement des derniers vestiges de l’idéologie américaine qui, malgré d’énormes tensions parfois, s’est maintenue depuis près de 70 ans.

© Jared Kofsky

© Jared Kofsky

Les idées qui avaient justifié le système économique et politique américain dans l’esprit de la plupart de nos concitoyens tout au long de cette longue période avaient été ébranlées lors des tempêtes antérieures – les crises économiques et politiques depuis les années 1950 jusqu’aux années 1970 en particulier – et quelques poutres et solives avaient craqué, mais n’avaient pas cédé. Aujourd’hui, les crises multiples du capitalisme font que l’ensemble de la structure intellectuelle du capitalisme américain moderne se désagrège. Et, du fait du rôle joué dans le monde par la classe capitaliste étatsunienne, il s’agit là d’une crise mondiale de la direction capitaliste et de sa légitimité. La question se pose alors, qu’est-ce que les dirigeants du pays tenteront de mettre à la place, et quelle autre explication nous – dans la gauche et dans le mouvement ouvrier – serons en mesure d’offrir aux travailleurs de ce pays ?

Synthèse et articles Inprecor

Après la Seconde Guerre mondiale, les Républicains avaient prudemment accepté le New Deal de Franklin D. Roosevelt comme base de l’économie américaine – après l’adoption de la loi du travail conservatrice de Taft-Hartley (1) – et les deux partis se sont unis autour d’une politique étrangère bipartite visant à contenir le communisme. L’hégémonie américaine dans le monde capitaliste, basée sur la destruction de l’Europe et du Japon, et l’équilibre dangereux de la guerre froide avec l’Union soviétique, ont rendu possibles à la fois une pax americana et la prospérité économique aux États-Unis. En même temps, l’élite américaine, cet establishment qui a régné et raisonné au nom de la classe capitaliste, a promu dans les années d’après-guerre une nouvelle explication et la justification de notre système et de la société. Les politiciens américains et les fonctionnaires du gouvernement, les médias et les églises, les écoles et les universités ont commencé à la fin des années 1940 – et poursuivi tout au long des années 1960 – à créer et à propager un ensemble d’idées interdépendantes, et qui se renforcent mutuellement, dans notre gouvernement et notre société, une structure idéologique, qui a été largement acceptée par la plupart des Américains la plupart du temps. Ces idées – fondamentalement différentes, en passant, de l’idéologie de l’âge d’or des années 1870-1900 ou de l’idéologie de l’ère progressiste qui a dominé entre 1900 et 1941 – ont constitué une véritable vision du monde.

La classe dirigeante américaine avait construit un ensemble d’idées, qui non seulement justifiait sa domination économique et politique, mais qui englobait aussi pratiquement chaque aspect de la vie, depuis la salle de conférences jusqu’à la chambre à coucher, depuis l’atelier jusqu’au terrain de football, depuis l’église jusqu’à la comptabilité. Les capitalistes américains eux-mêmes croyaient non seulement avoir le juste droit de diriger les États-Unis, mais aussi d’invoquer ce droit dans les tentatives d’imposer dans le monde entier son modèle économique du capitalisme ainsi que sa conception particulière de la démocratie. L’Amérique, proclamaient-ils, avec ses ressources illimitées naturelles, son système de libre entreprise, ses produits et son haut niveau de vie, son égalité des chances et sa tolérance religieuse, sa progression lente mais régulière vers l’intégration raciale complète et son opposition au totalitarisme de toutes sortes, est un modèle non seulement pour l’Amérique du Nord, mais pour tout le monde.

Même si « les idées dominantes de chaque période sont les idées de la classe dominante », comme Marx l’a écrit, les idées de ceux qui dominent ne s’installent pas à la légère et confortablement sur chaque groupe social, et certainement pas sur chaque individu. Après tout, toutes les civilisations que nous connaissons ont été des sociétés de classes fondées sur l’oppression et l’exploitation, produisant de la résistance et à certains moments des rébellions. Chaque société, même dans ses moments les plus stables, a ses iconoclastes, ses critiques, ses rebelles et ses fauteurs de troubles. Cependant, ce qui fait le succès d’une idéologie est sa capacité à dominer l’univers intellectuel, culturel et moral d’une société aux yeux de la plupart des gens et la plupart du temps. Ce fut certainement le cas de l’idéologie américaine après la Seconde Guerre mondiale jusqu’à ce que finalement, au cours des années 2000, une foule de forces économiques et sociales ont balayé ce cadre idéologique. La vision du monde de l’élite américaine maintenait le tout ensemble. Aujourd’hui, des idées, des faits et des opinions – larguant leurs amarres idéologiques – envahissent les médias sociaux et la conscience populaire comme des vagues dans une tempête.

Ce n’est pas la campagne de Bernie Sanders de 2016 qui a brisé cette vieille idéologie américaine. Ce processus de démolition a commencé il y a bien des années et a plus récemment culminé avec les mouvements Occupy Wall Street et Black Lives Matter. Sanders a repris la problématique de ces mouvements et l’a aiguisée dans un message fort sur le rôle de l’argent dans la politique, la croissance des inégalités économiques, le besoin d’une justice raciale et il a même parlé de mettre fin à une politique étrangère fondée sur le « changement du régime ». En élevant la critique du statu quo au niveau de la politique présidentielle nationale, la campagne de Sanders a mis en lumière le caractère de classe de notre gouvernement et les inégalités de notre société. Sous un tel projecteur apparaît non seulement l’épave d’une idéologie, mais celle d’une société.

Idéologie américaine de l’après-guerre

Quelle était cette idéologie américaine qui a d’abord émergé à la suite de la victoire des États-Unis dans la guerre et avec sa domination de l’économie mondiale ? Qu’était cette vision du monde développée par la classe dirigeante capitaliste et la constellation de ses associés politiques et intellectuels ? Comment les capitalistes américains et leurs représentants politiques voyaient-ils le monde et l’expliquaient-ils aux autres ?

1. C’est une société sans classes : l’Amérique a atteint l’harmonie sociale au sein d’une société relativement égalitaire où les classes sociales n’existent plus et où donc la lutte de classes n’existe pas non plus. Cela a été rendu possible par la mobilité sociale, basée en partie sur l’initiative individuelle et en partie sur la méritocratie qui permet à un individu de passer d’une couche sociale à l’autre (ces couches étant définies par l’éducation et le revenu, ce ne sont pas des classes). En Amérique, chacun a une chance égale de réussir et la plupart le font. [Daniel Bell, The End of Ideology (La fin de l’idéologie), 1960]

2. C’est une démocratie pluraliste : dans la philosophie du gouvernement, l’Amérique représente une voie médiane entre les dangereux extrémismes du communisme et du fascisme. Le gouvernement américain est de caractère fondamentalement démocratique, non seulement parce que c’est une république représentative, mais aussi à cause de la concurrence capitaliste tempérée par la régulation gouvernementale. Le système bipartite, organisé respectivement autour des idéaux conservateurs et libéraux, permet à tous les citoyens de faire partie d’un arrangement politique stable et unique. Avant tout l’Amérique est démocratique parce qu’elle est soumise à des groupes de pression de toutes sortes, depuis le monde des affaires et du travail jusqu’aux paysans et propriétaires de logements. [Robert A. Dahl, A Preface to Democratic Theory (Préface à la théorie démocratique), 1965]

3. C’est un modèle économique de la prospérité : les entreprises américaines produisent une société de consommation qui rend la vie meilleure pour tous nos citoyens. Les entreprises américaines collaborent avec les syndicats qui représentent environ un tiers des travailleurs de notre pays, leur fournissent des emplois stables à long terme, des salaires décents, des avantages tels que l’assurance maladie et la retraite, ce qui contribue à un niveau de vie élevé qui va s’améliorer à chaque génération. Pour protéger les Américains contre les monopoles qui pourraient causer un préjudice économique, le gouvernement américain réglemente les services publics tels que l’électricité, le gaz et le téléphone, mais autrement le marché libre prévaut. Mais comme les marchés ne fonctionnent pas toujours parfaitement, le gouvernement intervient pour aider les chômeurs, les pauvres et les personnes âgées, en suivant John Maynard Keynes. [Paul Samuelson, Economics, 1948]

4. C’est une démocratie sociale et raciale : en Amérique, tous les groupes d’immigrants sont progressivement assimilés et trouvent la sécurité et les opportunités. Dans le Nord et l’Ouest, les Noirs, Latinos et Asiatiques pourraient rencontrer des difficultés, mais ils vont aussi finir par trouver une place en Amérique grâce au modeste encouragement du gouvernement et à leur propre initiative. S’il y a plus de pauvreté et de la criminalité dans les ghettos noirs et latinos, c’est à cause des problèmes économiques et sociaux qui peuvent être et seront améliorés. Le Sud représente une région distincte, avec sa propre histoire et ses coutumes, mais il sera progressivement réformé et fera partie de la norme américaine.

5. C’est une société judéo-chrétienne : l’Amérique est une nation fondée sur les valeurs judéo-chrétiennes. Si ce sont les protestants qui ont fondé ce pays, la tolérance religieuse a permis aux catholiques, aux chrétiens orthodoxes et aux juifs de participer à l’ensemble des institutions économiques, sociales et politiques du pays. L’élite économique et politique américaine sera renforcée par l’inclusion de ces autres groupes et le reste de la société sera également renforcé par leur incorporation. [E. Digby Baltzell, The Protestant Establishment : Aristocracy and Caste in America (Une création protestante : Aristocratie et Caste en Amérique), 1964]

6. C’est l’égalité et l’épanouissement des femmes : en Amérique les femmes jouissent de la pleine égalité, non seulement du droit de vote, mais aussi du droit de travailler dans pratiquement tous les domaines. Beaucoup plus de femmes et de filles accèdent maintenant à l’enseignement supérieur et travaillent dans ces professions. Cependant, même les femmes qui travaillent, peuvent se réaliser également en tant que femmes au foyer et mères, en tant qu’animatrices des associations de parents d’élèves, éclaireuses ou d’autres organisations de leur communauté. Les femmes d’aujourd’hui, soulagées d’un grand nombre de leurs tâches domestiques par des dispositifs d’économie du travail tels que les machines à laver, ont une vie plus libre et plus complète que jamais.

7. C’est la réalisation de soi individuelle : par une combinaison de la fidélité, du soutien psychologique et, si nécessaire, médical, tous les Américains peuvent trouver leur place, c’est-à-dire non seulement la satisfaction mais la réalisation de soi. Les nouveaux psychologues approchent les patients sans leur faire préjudice, offrent un respect inconditionnel à chaque individu afin de lui permettre de trouver ses propres solutions devant les défis de la vie. L’essentiel c’est que notre société offre non seulement un meilleur niveau de vie, mais aussi l’épanouissement personnel. [Carl R. Rogers, Client-Centered Therapy (Psychothérapie centrée sur la personne), 1951]

8. Ce sont des ressources naturelles inépuisables : l’Amérique est une terre bénie qui dispose d’inépuisables ressources naturelles de toutes sortes – un sol riche et des grandes forêts, du charbon et du fer, du gaz et du pétrole. La science moderne, en particulier la chimie, fournit des herbicides et des pesticides qui ont rendu possible la révolution agricole. Maintenant nous fournissons la nourriture non seulement à l’Amérique, mais au monde entier. Alors que les entreprises exploitent nos ressources naturelles au profit de tous, notre pays préserve également sagement la nature dans des parcs nationaux, dans les montagnes et le long du littoral, pour protéger la vie et la faune sauvages.

9. Le caractère exceptionnel américain : notre nation est exceptionnelle : c’est une cité sur une colline, un exemple pour le monde. Grâce à notre démocratie et notre prospérité, les Américains sont un peuple supérieur. Ils sont mieux nourris, mieux logés, mieux vêtus, mieux éduqués et mieux payés. Dans leurs vies d’hommes d’affaires, de professionnels, de travailleurs, les nôtres incarnent les idéaux américains de démocratie et de libre entreprise. Notre histoire, notre culture, notre système politique et économique nous permettent de jouer un rôle dirigeant en tant que nation dans notre hémisphère et dans le monde entier, en donnant l’exemple aux autres, par l’aide apportée à l’étranger et, si nécessaire, par la diplomatie ou parfois une intervention militaire pour faire avancer le monde vers la paix et la prospérité.

10. C’est une puissance mondiale bienveillante : sur la scène mondiale, le gouvernement américain et ses alliés de l’OTAN, ainsi que son bloc de démocraties au sein des Nations unies, sont une force bienveillante, consacrée à la paix mondiale, au développement économique et à la prospérité pour tous, ainsi qu’à la démocratie partout sur la planète. Le communisme menace la paix et la prospérité mondiale et doit être contenu et découragé. Au fil du temps, la démocratie américaine et son niveau de vie plus élevé vaincront les systèmes politiques de l’Union soviétique et de la Chine dont les citoyens rejoindront l’ordre démocratique mondial.

Comme on peut le voir, il s’agit là d’une architecture. Les dix différentes poutres et solives de cette structure s’emboîtent pour former un tout unifié qui explique pratiquement chaque aspect du mode de vie américain. Les idées de la prospérité économique et de l’égalité des chances en sont le fondement.

Le Parti démocrate a pour une très large part créé le régime politico-économique de l’après-guerre. Le président républicain Dwight D. Eisenhower a laissé en place les structures du New Deal et, ce faisant, il a institutionnalisé l’ordre américain de l’après-guerre. Les Démocrates, qui ont engagé la nation dans la Seconde Guerre mondiale, qui ont également approuvé la guerre de Corée et conduit la guerre au Vietnam, ont joué un rôle dirigeant dans l’élaboration de la politique étrangère impériale.

L’idéologie décrite dans cette étude – propagée à travers les écoles, les églises, les organisations ethniques et les gouvernements à tous les niveaux – a été largement une création des intellectuels libéraux alignés sur le Parti démocrate. Les libéraux du Parti démocrate ont fourni les justifications les plus fortes au service de la Guerre froide et même de la croisade anticommuniste. Les historiens tels Henry Steele Commager – auteur de manuels comme The Empire of Reason : How Europe Imagined and America Realized the Enlightenment (Empire de la raison : comment l’Europe a imaginé et l’Amérique a réalisé les Lumières, 1977) – et Arthur M. Schlesinger, Jr. – biographe de Roosevelt, Truman et des deux Kennedy, John F. et Robert – représentent l’archétype de ces intellectuels libéraux qui ont justifié à la fois la politique étrangère libérale et le système américain de protection sociale, si limité en comparaison des filets de sécurité sociale de la social-démocratie en Europe occidentale ou dans le « bloc communiste ».

La majorité des Américains – en particulier dans la prospère période de 1945-1960, la loi fournissant aux soldats démobilisés le financement de leurs études universitaires ou de leur formation professionnelle, l’assurance chômage ou des prêts pour l’achat du logement ou le démarrage d’une entreprise – a adopté ces idées et les employait pour comprendre le monde et sa place dans ce monde. La place dominante des États-Unis dans le système capitaliste mondial, son économie nationale prospère ainsi que la solidité de ses programmes sociaux étatiques et nationaux signifiait que la plupart des gens s’identifiaient à cette vision du monde qui leur était quotidiennement rappelée dans les journaux, à la radio, à la télévision, à l’église ou au temple, ou dans les écoles et les universités.

Pourtant, des phénomènes nouveaux – la défaillance de la modernisation et de la démocratisation du Sud, l’expansion massive de l’enseignement supérieur, le développement de la contre-culture, la révolution sexuelle, la guerre étatsunienne au Vietnam, les récessions économiques successives, l’aiguisement de la concurrence avec l’Europe et le Japon – ont été autant de séismes qui ont ébranlé cet édifice intellectuel.

Une vision du monde sous tension

Certaines de ces explications officielles de la société américaine étaient clairement plus faibles que d’autres, en particulier celle concernant l’égalité raciale. Les Noirs n’étaient évidemment pas aux États-Unis des citoyens à part entière, ni dans le Sud ni dans le Nord, et ils ne bénéficiaient pas de l’égalité des chances sur le plan économique ou social, comme Gunnar Myrdal l’a si bien documenté dès 1944 dans An American Dilemma: The Negro Problem and Modern Democracy (Un dilemme américain : le problème noir et la démocratie moderne), un acte d’accusation des politiques raciales aux États-Unis. Il n’est donc pas étonnant que ce pilier idéologique ait cédé le premier face au mouvement des droits civiques des années 1956-1965. Le révérend Martin Luther King, le mouvement qu’il dirigeait et son petit pamphlet de 1963, Why We Can’t Wait (Pourquoi nous ne pouvons pas attendre) ont défié le mythe de l’égalité raciale. Ainsi cette poutre de la superstructure intellectuelle s’est cassée.

Pourtant la structure idéologique ne s’est pas effondrée alors, même après que le mouvement des droits civiques devint le Pouvoir noir (Black Power), alors que les rébellions des ghettos noirs sous la forme d’émeutes et d’incendies ont balayé le pays et que les discours de Malcolm X ont sabré la doctrine déjà affaiblie d’égalité raciale. L’adoption des lois sur les droits civiques (Civil Rights Act) et le droit de vote (Voting Rights Acts), l’ouverture aux Noirs de postes qualifiés, de cols blancs et de dirigeants dans les entreprises, ainsi que les programmes de protection sociale, ont calmé la population noire. Les charpentiers intellectuels au service de l’élite ont remplacé la vieille poutre par une nouvelle : avec les lois sur les droits civiques et la législation sociale les Noirs ont fini par obtenir l’égalité en Amérique, proclamaient-ils. La société est devenue multicolore. La structure idéologique avait tremblé et craqué, mais elle ne s’est pas effondrée.

La guerre étatsunienne du Vietnam (1955-1975) a testé et a quasiment démoli un autre élément principal de l’idéologie américaine – l’idée que les États-Unis étaient une puissance mondiale bienveillante. La lutte du peuple vietnamien pour l’indépendance et l’autodétermination, combinée avec les énormes manifestations antiguerre aux États-Unis et dans le monde entier ont détruit la confiance dans la bienveillance américaine tant à l’étranger que dans le pays. La déclaration de Port Huron du SDS (2), qui prônait l’unité du mouvement des droits civiques, du mouvement étudiant et du mouvement contre la guerre, a poursuivi la pression sur le concept américain de l’égalité raciale, mais de plus elle a défié la notion de grande puissance bienveillante.

Après la mort de 58 000 Américains et deux à trois millions de Vietnamiens et Asiatiques du sud-est, les États-Unis ont finalement perdu la guerre. Après cela l’élite dirigeante n’a pas été capable de reconstruire cet élément de politique étrangère de l’idéologie américaine. Alors qu’une certaine gauche ainsi que les libéraux en tiraient la conclusion qu’il ne faut plus de guerres étrangères à grande échelle, certains conservateurs considéraient que des guerres limitées ne devaient plus avoir lieu. L’élite américaine, qui était toujours engagée dans la défense de la politique étrangère bipartite visant à défendre les intérêts mondiaux des entreprises étatsuniennes, n’avait plus de notion commune sur la manière de le faire. Un des piliers de la construction idéologique s’avérait pratiquement irréparable et cette faiblesse signifiait que toute la structure était devenue beaucoup moins stable.

Le livre de Betty Friedan, The Feminine Mystique (la Femme mystifiée, 1963), qui a été à l’origine du mouvement de masse des femmes aux États-Unis, a eu pour effet de s’en prendre à la hache à une autre colonne centrale de l’idéologie américaine. Selon elle, les femmes ne pouvaient s’épanouir en Amérique dans leur supposé rôle de travailleuses intermittentes ainsi que mères et épouses à plein temps. Elle a lancé ensuite l’Organisation nationale pour les femmes (NOW), alors que d’autres jeunes femmes créaient des milliers de groupes de conscientisation dans les communautés à travers le pays. Le mouvement des femmes des années 1960 et 1970 a exigé ensuite une véritable égalité dans tous les aspects de la vie des femmes, à commencer par l’éducation et le sport ainsi que l’emploi et la représentation politique. La légalisation de l’avortement par l’arrêt (dit Roe versus Wade) de la Cour suprême, en janvier 1973, a été l’une des plus importantes victoires, à la fois pratique et symbolique, du mouvement des femmes : elles obtenaient le contrôle de leur propre corps.

Cependant une fois encore les grouillots intellectuels de l’establishment ont remplacé la vieille poutre par une nouvelle, en faisant valoir que grâce aux nombreuses lois fédérales et étatiques concernant les femmes – même si l’amendement des droits égaux a été enterré en 1982 – les femmes ont finalement atteint l’égalité. Pourtant, année après année, les statistiques montrent que les femmes, tout particulièrement celles de la classe ouvrière et plus généralement les pauvres, ne bénéficient pas de l’égalité avec les hommes dans pratiquement aucun domaine du mode de vie américain, entaillant ainsi ce pilier jusqu’à ce qu’il casse.

En dénonçant en 1962 l’usage aveugle des pesticides et en s’en prenant aux entreprises chimiques qui les produisent, le Silent Spring (Printemps silencieux) de Rachel Carson a pour la première fois suggéré à un large public que le gouvernement des États-Unis et les entreprises pouvaient être un danger pour l’environnement. En examinant l’impact de la science et de la technologie sur l’environnement en 1966 dans Science and Survival (Quelle terre laisserons-nous à nos enfants ?) et surtout en avertissant dès 1971 qu’il faut changer les politiques et les comportements dans le monde dans The Closing Circle : Nature, Man and Technology (L’encerclement : problèmes de survie en milieu terrestre), Barry Commoner a présenté une profonde critique écosocialiste des vieilles notions de ressources illimitées. L’étude d’Ernst F. Schumacher, Small is Beautiful (publié en français sous le titre Small is beautiful. Une société à la mesure de l’homme), dont la parution coïncidait avec la crise pétrolière et qui faisait valoir que notre économie est insoutenable, a transformé beaucoup de citoyens en écologistes. Au moment de la première grande manifestation environnementale – la Journée de la Terre du 22 avril 1970 – de nombreux Américains ont commencé à douter que leur pays dispose de ressources naturelles illimitées ou que ces ressources soient préservées. Comme le nouveau mouvement environnemental défiait l’ensemble du système économique, le président Richard Nixon a mis en place l’Agence de protection de l’environnement (EPA). Une fois encore des réformes politiques importantes ont réparé les dommages de la structure idéologique, même si elles ne protègent pas l’environnement de manière adéquate.

Les libéraux du Parti démocrate, qui dirigeaient le pays la plupart du temps au cours des décennies 1960 et 1970, ont répondu aux défis de l’époque au moins en tentant d’étayer le système social et économique. Le président démocrate Lyndon B. Johnson (1963-1969) a élargi le rôle du gouvernement fédéral d’une manière sans précédent depuis les années 1930. Johnson a non seulement supervisé l’adoption des lois sur les droits civiques, le droit de vote et sur les opportunités économiques, mais il a également mené la « guerre contre la pauvreté » avec le Congrès pour imposer ses programmes : Medicare (prise en charge des soins), Medicaid (aide médicale pour les plus démunis), Head Start (aide pour l’éducation, la santé et la nutrition des enfants pauvres), et le Model Cities (reconstruction et réhabilitation des quartiers pauvres, des services sociaux et de la participation citoyenne). Nixon a également élargi le rôle du gouvernement, en créant non seulement l’EPA mais également l’Agence pour la santé et la sécurité au travail (OSHA, Occupational Health and Safety Administration). Néanmoins, la guerre menée au Vietnam, combinée avec les révoltes urbaines des Noirs, a frustré ces tentatives de résoudre les conflits politiques dans le pays qui ont déchiré le système idéologique américain. L’élite du pays s’est avérée incapable de simultanément gérer l’empire mondial américain et contrôler sa population noire rétive en préservant les justifications intellectuelles du capitalisme et de la démocratie à l’américaine. Au cours de ces années, des millions d’Américains ont cessé de croire à l’idéologie dominante.

C’est alors que le capitalisme est entré en crise. La résurgence de l’Allemagne et du Japon – leurs industries capitalistes reconstruites après la guerre avec une technologie plus moderne – a imposé aux États-Unis une concurrence sur le marché intérieur et mondial à la fin des années 1960. En une décennie, les sociétés américaines ont fermé les anciennes aciéries et usines automobiles, licenciant des centaines de milliers d’ouvriers. L’OPEP a fait augmenter le prix du carburant. Les crises économiques de 1974-1975 et de 1979-1981, qui ont conjugué l’inflation et une montée du chômage jusqu’à des taux de 10 %, ont profondément ébranlé l’idée que l’économie américaine pouvait offrir la prospérité à l’écrasante majorité de ses habitants. Les taux de profit ont chuté et les employeurs sont passés à l’offensive. Le pacte social de l’après-guerre a pris fin. La lutte des classes a repris, mais c’était largement un combat à sens unique : alors que les employeurs attaquaient, les syndicats battaient en retraite et les travailleurs perdaient du terrain. Cette partie de la structure de l’idéologie dominante n’a pas été réparée ; tels de mauvais propriétaires, les idéologues de la classe dirigeante ont tout simplement ignoré que le plafond était en train de tomber.

La tentative conservatrice de reconstruction idéologique

La crise sociale et les mouvements sociaux des années 1960 et 1970, puis la crise économique des années 1970 et 1980 ont clairement montré que la structure idéologique de l’après-guerre – même avec les rénovations et rafistolages qui ont été effectués – était défaillante. L’incapacité de la classe dominante de produire une explication idéologique cohérente des diverses crises que la société a vécues est devenue une cause supplémentaire des tensions, comme les élites l’ont reconnu. Leurs dieux semblaient ne pas être à la hauteur et leur catéchisme ne suffisait plus à expliquer le monde.

Un groupe d’idéologues et de politiciens de droite – d’abord le candidat à la présidence Barry Goldwater, puis le conseiller et rédacteur des discours présidentiels Patrick Buchanan, et enfin le révérend Jerry Falwell et un certain nombre d’autres – voyant là l’occasion de créer un nouveau cadre idéologique, ont tenté de construire une vision du monde alternative organisée autour de divers ensembles de propositions dérivées du conservatisme économique et religieux. Contrairement à leurs prédécesseurs, qui cherchaient à remettre en état l’ancien édifice intellectuel, ce groupe aspirait à le démolir. Ils ont pris pour modèle quelque chose qui rassemblait à des notions du laissez-faire capitaliste du XIXe siècle, l’ont combiné avec le christianisme fondamentaliste ainsi qu’avec une vision mythique et idyllique d’une Amérique des exploitations agricoles familiales, des petites entreprises, des congrégations pieuses et d’une heureuse harmonie du début du XXe siècle. Même aujourd’hui, cela reste une des deux ou trois principales visions conservatrices du monde.

Avec la chute de ce qui était appelé « le communisme soviétique », certains intellectuels ont tenté de créer une nouvelle version de la Fin de l’idéologie de Daniel Bell. Dans son essai de 1989 intitulé la Fin de l’histoire et le Dernier Homme, Francis Fukuyama écrivait : « Il se peut bien que ce à quoi nous assistons, ce ne soit pas seulement la fin de la Guerre froide ou d’une phase particulière de l’après-guerre, mais à la fin de l’Histoire en tant que telle : le point final de l’évolution idéologique de l’Humanité et l’universalisation de la Démocratie libérale occidentale comme forme finale de gouvernement humain ». Tous découvraient que le capitalisme libéral-démocratique était le meilleur des systèmes. Une série de guerres, de crises économiques et de conflits intérieurs ont mis en question cette conclusion en peu de temps.

Les notions développées par la Nouvelle droite, à la fois en tant qu’idéologie et que programme politique, si elles avaient été appliquées équivalaient à un bulldozer détruisant non seulement les acquis du mouvement noir et du mouvement des femmes, mais aussi faisant reculer les syndicats et démantelant les programmes sociaux du pays. Le président Ronald Reagan a tenté cela au cours de sa présidence (1981-1989). Il a eu quelques succès, dont le plus connu a été la destruction du Syndicat des contrôleurs du trafic aérien (PATCO) en 1981, qui a lancé une vague antisyndicale dans le gouvernement et chez les employeurs privés. Mais le démantèlement des programmes d’aide aux pauvres, issus du New Deal et de l’après-guerre, a été plus difficile que ce que Reagan avait imaginé, alors qu’en même temps ses programmes militaires étaient essentiellement keynésiens. Son offensive rhétorique contre le libéralisme et contre l’intervention gouvernementale a seulement encore affaibli l’idéologie de l’après-guerre, d’autant plus qu’elle est entrée en conflit avec sa pratique des budgets militaires élargis et d’une dette nationale croissante, alors que le système économique et social américain est resté, avec certaines modifications régressives, fondamentalement le même depuis 1948.

Le successeur de Reagan, l’ancien directeur de la CIA, George W. H. Bush, a pris ses fonctions en 1989 et juste un an plus tard a plongé dans la guerre du Golfe (ou première guerre en Irak). Provoquée par l’invasion du Koweït par l’ancien allié étatsunien Saddam Hussein, c’était la plus grande intervention militaire des États-Unis depuis le Vietnam. En tentant compte des préparatifs et jusqu’à la victoire attendue des États-Unis, cette guerre n’a duré qu’un an. La guerre du Golfe allait prouver qu’elle était la première étape de la série de guerres et d’actions militaires désastreuses des années 2000, contre l’Irak, l’Afghanistan et d’autres nations du Moyen-Orient, de l’Afrique et de l’Asie du Sud. En même temps l’économie américaine a échoué. Bush avait hérité de Reagan un déficit budgétaire énorme, ce qui l’a forcé à travailler avec les Démocrates pour augmenter les impôts. L’économie est entrée en récession avec un chômage atteignant 7,8 %, le plus élevé depuis 1984, juste à la veille de l’élection de 1992, condamnant le premier des présidents Bush à un seul terme. Déçu par les Républicains, le peuple américain s’est tourné de nouveau vers les Démocrates.

À l’époque de l’austérité néolibérale

Le président Bill Clinton, tout en épousant la rhétorique libérale historique des Démocrates, a entrepris de renforcer le secteur financier et d’élargir le pouvoir des entreprises, tout en commençant à faire reculer le système de protection sociale et en intensifiant la répression des classes inférieures. Dans ce qui était en fait une période d’expansion économique et de prospérité renouvelée, avec des hausses de salaire, même très modestes, nous sommes entrés dans l’âge de l’austérité. Clinton a repris la loi pour la conciliation des responsabilités individuelles et des possibilités d'emploi (PRWORA) de 1996 – qui avait été un élément central du « contrat des Républicains avec l’Amérique » – l’a fait adopter par un Congrès serviable et l’a signée. Des centaines de milliers de gens ont perdu leurs prestations d’aide sociale, surtout des femmes et des enfants. Clinton a également soutenu et signé la loi de 1994 sur la lutte contre la criminalité violente et l'application de la législation (Violent Crime Control and Law Enforcement Act), une loi énorme et complexe qui a fourni des milliards pour le financement de la police, a permis de recruter 100 000 nouveaux agents et a considérablement accru l’incarcération disproportionnée des Noirs et des Latinos.

L’un des actes les plus importants de l’administration Clinton fut la négociation finale, l’adoption et la signature de l’Accord de libre-échange nord-américain (Alena/Nafta), initié par Bush, qui facilite la circulation des capitaux et des marchandises entre le Canada, le Mexique et les États-Unis, alors que les travailleurs ne peuvent pas se déplacer librement. À bien des égards c’était une ratification des tendances à long terme d’intégration des économies nord-américaines, et il a formalisé et institutionnalisé la domination des grandes sociétés sur le continent, en leur donnant accès au capital, à la terre et aux ressources naturelles de ces trois pays, tout en profitant notamment de la main-d’œuvre bon marché du Mexique. Les syndicats et les organisations environnementales ont lutté pour des « accords parallèles », mais ils ont eu peu d’impact sur les développements futurs. Les syndicats ont continué à s’affaiblir, à perdre leur pouvoir économique et leur influence politique.

La promulgation de l’Alena a signalé que l’Amérique était entrée dans l’ère de la mondialisation et du néolibéralisme. Le vieux pacte social et le paradigme idéologique n’avaient jamais négocié un marché commun de l’Amérique du Nord, pas plus que la production mondiale d’automobiles dans plusieurs pays. Lors de la réunion de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Seattle, l’ordre du jour prévoyait l’admission la Chine – un pays où il n’y a pas de droits des travailleurs et pratiquement pas de réglementation environnementale – les militants écologistes et syndicaux se sont unis et des manifestations de 40 000 personnes ont paralysé les rues de la ville. Bien que cette réunion de l’OMC ait été un échec, la Chine a été admise deux ans plus tard. Le commerce extérieur américain s’est développé de façon exponentielle après l’Alena et l’entrée de la Chine dans l’OMC, mais après le bref boom des années 1990, il n’y avait plus d’augmentation significative des salaires des travailleurs ou du niveau de vie en Amérique.

Ami de Wall Street, Clinton a signé en 1999 la loi Gramm-Leach-Bliley (GLBA) qui a abrogé les deux principales dispositions de la loi Glass-Steagall de 1933, accordant ainsi une plus grande latitude aux institutions financières en permettant aux banques de s’affilier aux maisons de courtage. Une modification qui a conduit à l’essor de la spéculation financière et à la grande récession de 2008. Alors que l’administration Clinton a coïncidé avec une période d’expansion économique et de hausse des bénéfices, de plus grandes possibilités d’emploi et même, brièvement, des salaires plus élevés, sa politique a accéléré les tendances d’inégalité économique et a pesé d’un poids insupportable sur l’une des principales poutres de l’idéologie d’après-guerre, à savoir que l’Amérique devait être une société sans classes. Les électeurs se sont retournés vers les Républicains.

Synthèse et articles Inprecor

Au nouveau millénaire, lorsque l’ancien gouverneur du Texas et fils de l’ancien président George W. Bush (2001-2009) est devenu président, on pouvait entendre les structures idéologiques d’après-guerre gémir et pleurnicher. Bien que Bush soit un Républicain et un conservateur notoire, il a élargi les programmes sociaux du gouvernement plus que tout président depuis Johnson. Comme sous Reagan, avec l’expansion des budgets militaire et intérieur, le gouvernement a profondément plongé dans l’endettement. Tout cela le mettait en contradiction avec l’aile droite des Républicains, conservatrice sur le terrain fiscal. Comme son père, Bush n’aurait probablement servi qu’un mandat, mais les attaques terroristes du 11 septembre 2001 sur le World Trade Center et le Pentagone l’ont brièvement transformé en héros national lorsqu’il a promis que l’Amérique prendrait sa revanche.

Bush s’était entouré d’un groupe belliciste connu sous le nom de Vulcains : le vice-président Dick Cheney, le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, les secrétaires d’État Colin Powell et Condoleezza Rice, le secrétaire adjoint à la Défense Paul Wolfowitz, le secrétaire d’État adjoint Richard Armitage. Ensemble, ils ont utilisé l’attaque terroriste pour justifier les guerres contre les talibans en Afghanistan et contre Saddam Hussein en Irak. « Les Vulcains ont mis en avant une remarquable série de nouvelles doctrines et idées, qui représentent une rupture dramatique avec les politiques extérieures et stratégies du passé. » (James Mann, Rise of the Vulcans, p. xii). Elles comprenaient une posture agressive envers la Corée du Nord allant au-delà de l’endiguement et de la dissuasion, une justification des attaques « préventives » contre d’autres nations, ainsi que des appels à un changement de régime dans l’ensemble du Moyen-Orient, généralement sous couvert d’une rhétorique démocratique. Leur notion fondamentale était la suprématie militaire et la domination mondiale des États-Unis.

Les Vulcains et leurs thèses ont fourni une justification théorique de l’attaque de Bush contre l’Irak – alors que ce dernier n’avait rien à voir avec les attentats du 11 septembre 2001 – en expliquant au public par un incroyable mensonge que Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive. Bien que Bush ait proclamé la victoire sur l’Irak dans son discours « Mission accomplie » de 2003, la guerre a continué dans les années 2010, tuant des centaines de milliers de personnes et détruisant virtuellement la nation irakienne. (En fait, cette guerre désastreuse continue aujourd’hui, s’étant maintenant étendue à la Syrie, prenant des dizaines de milliers d’autres vies, déplaçant des millions de personnes, et détruisant aussi cette nation.) Ni la guerre de l’Irak ni celle d’Afghanistan n’ont fini. Pour beaucoup, il est devenu clair maintenant que loin d’être une puissance bienfaisante, les États-Unis sont engagés dans une guerre permanente dans le monde entier. En outre, les États-Unis perdent ces guerres de plus en plus ou, du moins, sont dans l’impasse.

Puis ce fut la honte de l’ouragan Katrina. La honteuse mauvaise gestion de cet ouragan, dans lequel il y a eu 1 836 morts et 705 disparus, l’administration Bush a laissé échapper ces chiffres, a complètement discrédité cette administration. La crise économique de Wall Street de 2008 a complètement démoli le peu qui restait de la réputation du président. Avec la crise financière – une tempête économique de dimensions sans précédent depuis les années 1930 – la superstructure de l’idéologie américaine a commencé à éclater, mais il faudra encore huit ans et une primaire présidentielle avant que nous puissions comprendre l’ensemble des dommages et ce qu’ils signifiaient pour les conceptions de la société américaine dans l’esprit des gouvernants et des gouvernés.

Écroulement du vieux paradigme

Bien que nous ne l’ayons pas nécessairement reconnu à l’époque, l’échec des États-Unis dans les guerres en Irak et en Afghanistan et la crise économique de 2008 indiquaient la fin de l’idéologie dominante. Les vieilles idées n’expliquaient et ne justifiaient plus les choses, et donc elles n’étaient plus acceptées. Pourtant, la structure ne s’est pas simplement effondrée, soutenue par le désir de millions de continuer à croire. L’élection de Barack Obama, premier président noir de l’Amérique, a dissimulé tout d’abord à quel point les choses avaient changé. Beaucoup attendaient qu’Obama – élu sur les slogans d’« espoir » et de « changement » – fasse courageusement et avec force face à la Grande Récession et mette fin à la participation des États-Unis dans les guerres en Irak et en Afghanistan. Beaucoup disaient que le pays avait besoin d’un nouveau Franklin D. Roosevelt – quelqu’un qui sauverait le système financier, les entreprises en faillite, créerait des emplois et améliorerait la vie des pauvres. Quelqu’un qui sauverait les travailleurs du pays – c’est ainsi qu’ils interprétaient le New Deal de Roosevelt. Quelqu’un qui rétablirait le pacte social et remettrait à sa place les idéaux de la nation tels que l’idéologie de l’après-guerre les formulait.

Obama ne le pouvait pas, ne le voulait pas, et ne l’a pas fait. Ses 787 milliards de dollars du programme de relance pour les infrastructures, la santé et l’éducation, se sont révélées être insuffisantes pour remettre l’économie en mouvement – cela prendrait des années pour mettre fin à la récession et beaucoup pensent qu’il n’a jamais essayé. Le taux de chômage est resté élevé pendant des années, tout comme les saisies de maisons et les expulsions. Contrairement à ses promesses, Obama n’a pas non plus fait pression pour des réformes du droit du travail, pour des lois sur les droits des immigrés ni pour la législation environnementale. Le président a fait le job en 2010 pour passer sa loi surnommée Obamacare (PPACA) qui instaure un régime d’assurance privée et a été rédigée par les compagnies d’assurances, les entreprises de santé et les hôpitaux privés, ainsi que l’industrie pharmaceutique. Une loi vaste et complexe, qui pour certains étend la protection de la santé, mais qui par respect des impératifs du profit des assurances privées et des entreprises pharmaceutiques laisse encore 30 millions de personnes non assurées et des millions d’autres sous-assurées et devant faire face à l’augmentation effrénée des primes d’assurance et à la réduction des prestations.

Le mouvement d’extrême droite Tea Party, un succédané de mouvement populaire financé par les frères Koch et d’autres conservateurs riches, a pris les rues pour protester contre ce qu’il a appelé le projet « socialiste » de loi Obamacare. Composé surtout de conservateurs blancs de la classe moyenne de banlieue, ce fut le premier mouvement conservateur majeur à descendre dans la rue depuis les ségrégationnistes des années 1960. Il leur rassemblait d’ailleurs, avec ses caricatures racistes d’Obama et ses insignes de la « nation aryenne » et des nazis. Reprenant toutes les causes de la droite, depuis l’opposition au droit à l’avortement jusqu’à la défense du port d’armes, le Tea Party est rapidement devenu un mouvement politique. En élisant plus de 45 représentants du Congrès, il a non seulement garanti aux Républicains la majorité à la Chambre, mais a aussi poussé le Parti républicain plus à droite. Les élus du Tea Party ont adopté la stratégie de faire des Républicains « le parti du non ! » pour paralyser le gouvernement. Ironie du sort : en affirmant qu’Obama était un socialiste, le Tea Party a réintroduit et légitimée la discussion sur le socialisme dans la société américaine, après des décennies d’anticommunisme.

Pendant ce temps, le sentiment que les présidents Bush et Obama avaient agi pour sauver les banques, mais pas les chômeurs ni les victimes des saisies, a grandi. Le 11 septembre 2011, un groupe de protestataires s’est installé dans le parc Zuccotti, au milieu du quartier financier de New York, sous la bannière « Occupy Wall Street ». Les occupants se sont appelés les 99 % contre 1 % qui possèdent la richesse de la nation et dominent son système politique. L’occupation a rapidement grandi à New York et s’est propagée en quelques semaines à travers le pays. Des dizaines de milliers de personnes ont occupé les lieux publics, marché sur les banques et les sièges des entreprises et exigé de mettre fin au rôle de l’argent dans la politique et aux énormes inégalités économiques qui existent en Amérique. L’administration Obama a discrètement coordonné la liquidation de ce mouvement, en collaborant surtout avec les maires du Parti démocratique dans les villes à travers le pays. Il y a eu des passages à tabac, des gazages, 7 361 arrestations dans 117 villes aux États-Unis entre septembre 2011 et juillet 2012 avec y compris quelques actes d’accusation pour terrorisme – et Occupy a été écrasé. Néanmoins, son impact sur le pays avait été énorme, le Tea Party a été repoussé de la scène, et les questions d’inégalité économique et du rôle de l’argent dans la politique sont devenues des sujets d’un débat national.

La politique étrangère d’Obama s’est avérée tout aussi regrettable. Cependant, parce que les mouvements antiguerre des années Bush se sont effondrés lors de l’élection d’Obama, il n’y a pas eu d’opposition organisée. Alors que les États-Unis ont réduit l’engagement de troupes en Irak et en Afghanistan, Obama n’a pas réussi à sortir le pays complètement des deux guerres. Le défi du printemps arabe a révélé que les États-Unis – après avoir initialement soutenu le régime répressif de Moubarak en Égypte, puis flirté avec la démocratie politique dans un ou deux pays – privilégiaient des alliances avec des dictateurs au risque de soulèvements sociaux qui pourraient conduire à l’apparition de régimes plus indépendants ou plus radicaux. Le programme de Hillary Clinton de changement de régime en Libye est devenu un désastre, alors qu’en Égypte, les États-Unis ont soutenu la répression du mouvement et approuvé général Sisi. En Syrie, après une tentative ratée de renverser le président Bachar al-Assad, l’administration Obama a fait volte-face et a semble accepter l’idée de le laisser au pouvoir si cela pouvait mettre fin à la guerre incroyablement destructrice et désastreuse qu’il avait encouragée. Et chaque semaine, le président signe la liste des drone-tueurs, envoyant des missiles au Pakistan pour tuer des terroristes, mais tuant aussi souvent les innocents. Les libéraux américains ont été profondément déçus par Obama qui semblait beaucoup promettre et qui a réalisé si peu.

Il y avait aussi une guerre intérieure. Des policiers dans tout le pays ont abattu des hommes noirs, souvent des hommes sans armes, légalement, par centaines chaque année. L’assassinat de Michael Brown à Ferguson, Missouri le 9 août, 2014 est devenu une cause du mouvement Black Lives Matter. En moins d’un mois, il y avait des dizaines de milliers de manifestants de New York à Los Angeles. Les manifestants, bien que largement non violents, étaient militants ; ils ont bloqué les routes, perturbé des événements publics et contesté les gouvernants et les hommes politiques. Comme Occupy, Black Lives Matter a représenté un défi pour l’ensemble du système économique et social, un système dont le racisme est dans les faits une partie intégrante. Les mouvements Occupy et Black Lives Matter, ainsi que l’engagement apparemment permanent du pays dans les guerres, fonctionnent comme autant de boulets de démolition de l’ancienne idéologie. Les idéologues de la droite, tel le sénateur et candidat à la présidence Ted Cruz, ont tenté de jeter les bases d’une nouvelle idéologie fondée sur le christianisme, la Constitution et le capitalisme. Sur la gauche il y a eu Bernie Sanders.

Lorsque Bernie Sanders, longtemps indépendant et s’identifiant comme socialiste, est entré dans les primaires présidentielles en avril 2015, il a initié une campagne, qui était de fait celle d’un Démocrate mais qui, en même temps, défiait le Parti démocrate et tout ce qu’il représente. Sanders critiquait les dirigeants du parti, ses fondements, ses structures et sa politique. Sans surprise, le Comité national Démocrate a travaillé pour l’empêcher d’accéder à des fichiers, seuls quelques Démocrates ont signé pour lui, aucun des collecteurs de fonds du Parti démocratique ne l’a soutenu, pas plus que les think-tanks du parti. Sanders a fait campagne sur la base de la plateforme électorale la plus progressiste jamais vue dans le Parti démocrate depuis des décennies – mettre fin à l’inégalité économique, mettre l’argent des entreprises hors de la politique, un salaire minimum de 15 dollars de l’heure, enseignement supérieur gratuit, lutte contre le changement climatique, lutte pour la justice raciale, renforcement et l’expansion de la sécurité sociale, défense et renforcement des droits des femmes et des droits des LGBT, et ainsi de suite – ce fut comme si quelqu’un avait allumé les lumières. Pour ce faire, Sanders a appelé à une lutte contre la « classe milliardaire » et une « révolution politique ». Le programme social-démocrate de Sanders a illuminé la scène politique américaine, révélant par contraste la réalité sociale et économique sombre et lugubre qui s’est développée au cours des dernières décennies avec tant de chômage, de bas salaires et de baisse des niveaux de vie. Avec l’éclairage de Sanders nous pouvions voir dans le clair-obscur non seulement les luttes de la classe ouvrière, la souffrance des pauvres, l’égoïsme des riches et la bassesse du gouvernement, nous pouvions également voir l’épave de l’idéologie américaine.

Le long effondrement de l’idéologie dominante de l’après-guerre conduira les conservateurs, les libéraux et la gauche à proposer des alternatives. Il est important que nous le fassions. Le socialisme que Sanders a défini – les principes universels sociaux-démocrates – apparaît être cette alternative à un grand nombre de gens. Leur intuition est juste ; bien que limité, c’est certainement un début.

Une nouvelle idéologie

Pourtant, la plateforme de Sanders ne sera pas suffisante en elle-même. Sanders l’a admis lui-même en disant à plusieurs reprises que le changement réel ne peut que venir d’en bas. Nous sommes à un moment où il est possible de voir une nouvelle idéologie radicale qui émerge de ceux qui sont impliqués dans Occupy et Black Lives Matter ainsi que des partisans de Sanders. Ils veulent une démocratie réelle, non une gouvernance des banques et entreprises. Ils veulent un véritable système de santé national et un enseignement public gratuit. Ils veulent la fin du racisme et l’égalité économique et sociale pour tous. Ils veulent que le gouvernement prenne immédiatement des mesures pour faire face à la crise environnementale. Tout cela est excellent, mais cela ne va pas assez loin pour créer un nouveau mouvement socialiste. Nous devons interagir avec les millions d’étudiants et de travailleurs nouvellement radicalisés, de toutes races, ethnies, identités de genre et orientations sexuelles pour une vision socialiste plus complète du monde afin qu’elle devienne dominante.

Synthèse et articles Inprecor

• La socialisation de l’économie. Les moyens de production et de distribution doivent maintenant passer entre les mains collectives du peuple américain. La planification démocratique, et non les forces du marché, doit coordonner les pièces d’une économie moderne complexe. Cela peut se produire par naturalisation, par municipalisation, ou par la création de coopératives ou peut-être d’autres façons. Cela mettrait fin au système capitaliste et représente un changement révolutionnaire, brisant le pouvoir de la classe capitaliste, et une première étape vers le socialisme.

• Un nouveau type de gouvernement. Le système politique américain a un caractère capitaliste et est loin d’être véritablement démocratique. Alors que les élections sont inévitables, les législateurs devraient provenir non de l’élite juridico-entrepreneuriale, comme la plupart aujourd’hui, mais en écrasante majorité de la classe ouvrière – depuis les enseignants et les chauffeurs de camion jusqu’aux programmeurs et travailleurs de la restauration.

• La démocratie à tous les niveaux. Même une démocratie politique radicale ne suffira pas à créer une société sans classes. La participation populaire, le contrôle communautaire et le contrôle des travailleurs sur les lieux du travail sont nécessaires pour permettre à tous les Américains d’avoir une voix et un vote dans les questions qui les préoccupent.

• Auto-organisation des opprimés. Le socialisme ne fonctionne que lorsque tous les groupes dans la société, en particulier les groupes qui ont historiquement souffert une oppression et une exploitation plus grande – les Noirs, les Latinos, les femmes, les LGBT, les handicapées – ont la capacité de s’organiser indépendamment et en leur nom propre.

• Une économie écologiquement soutenable. Tous ces principes démocratiques permettront aux gens de travailler ensemble pour planifier une nouvelle économie qui répondra aux besoins humains dans le sens le plus large, pas pour la guerre, mais pour notre bien commun et pour éviter une catastrophe écologique.

• Solidarité sociale. Une telle société sera basée sur le principe de la solidarité sociale, de la coopération mutuelle et réciproque. Nous devons être déterminés à travailler les uns avec les autres et de prendre soin les uns des autres tout au long de notre vie. Nos nouvelles institutions et valeurs socialistes feront en sorte que les adultes en âge de travailler fournissent l’aide pour les enfants et les personnes âgées, que ceux qui sont en bonne santé travaillent pour ceux qui sont malades.

La réalisation d’une telle société nécessitera la construction de mouvements sociaux énormes et puissants, et nous pouvons être sûrs que les capitalistes vont tout faire à chaque instant pour les coopter ou les écraser. Un obstacle majeur pour la construction de puissants mouvements ouvriers et sociaux aux États-Unis a été le rôle joué par les élites du Parti démocrate, qui fonctionnent toujours pour désarmer idéologiquement, perturber sur le plan organisationnel et intégrer à nouveau ces mouvements dans les institutions du système capitaliste. Nous devons travailler pour construire de puissants mouvements indépendants qui trouvent leur expression politique dans des partis tout aussi indépendants.

• Nouveaux mouvements sociaux. Les mouvements sociaux antérieurs – le mouvement abolitionniste de la première moitié du XIXe siècle, le mouvement ouvrier des années 1930, les luttes pour les droits civiques des années 1950, les mouvements étudiant, anti-guerre et des femmes des années 1960 et 1970, le mouvement altermondialiste des années 1990, et plus récemment Occupy Wall Street et Black Lives Matter – sont évocateurs. Nous avons besoin de reconstruire des mouvements sociaux puissants qui défient toutes les manifestations du capitalisme dans tous les domaines de notre vie.

• Un nouveau mouvement ouvrier. Un mouvement ouvrier reconstruit et démocratisé est important, parce que les travailleurs organisés en syndicats représentent potentiellement la force sociale positive la plus puissante dans une société. Représentant un grand nombre, la majorité de la société, concentrés en nombre significatif sur les lieux de travail de toutes sortes, depuis les fermes, les usines et les mines jusqu’aux bureaux, universités et hôpitaux, les travailleurs organisés peuvent exercer un énorme pouvoir économique et social. Nous aurons besoin de mouvements de base au sein des syndicats pour les rendre plus démocratiques, égalitaires et militants si nous voulons changer notre société.

• Un parti indépendant des travailleurs. Alors que la campagne de Sanders a été une source d’inspiration, elle reste dans le cadre du Parti démocrate. Les travailleurs d’Amérique ont besoin de leur propre parti politique pour lutter pour le pouvoir, si nous voulons créer non seulement une nouvelle majorité au Congrès et une nouvelle administration à la Maison Blanche, mais fondamentalement un nouveau genre de gouvernement. Dans l’histoire américaine il y a eu peu de réalignements des grands partis et ils ont été le résultat de grandes crises économiques, sociales ou politiques, mais nous pouvons et devons commencer maintenant à élaborer l’argumentation politique pour une action politique indépendante.

• La lutte pour le pouvoir politique. Nous voulons réaliser immédiatement des réformes significatives dans l’intérêt de tout le peuple travailleur, mais notre but ultime c’est que les travailleurs prennent le pouvoir politique pour que la société puisse être réorganisée autour de nos intérêts communs.

Il devrait aller de soi qu’un nouveau mouvement socialiste incorporera non seulement ce qui a été appris dans le mouvement ouvrier, mais aussi toutes les leçons des mouvements de libération des Noirs et des Latinos, des femmes, LGBT et environnementaux au cours des dernières décennies. Notre socialisme sera démocratique et libertaire ou il ne méritera pas le nom de « socialisme ». Élaborer une vision politique, une nouvelle vision du monde dominante, est une première étape pour créer dans l’avenir un mouvement, un parti, un programme et une stratégie de lutte pour le pouvoir. ■

* Dan La Botz, militant syndicaliste, chauffeur de camion puis professeur d’université et journaliste, est militant de l’organisation socialiste Solidarity (organisation observatrice au sein de la IVe Internationale) et actif dans la campagne de Bernie Sanders. Il a été un des fondateurs de la tendance Teamsters for a Democratic Union au sein du syndicat des camionneurs, qui en alliance avec d’autres syndicalistes voulant un syndicat démocratique et combatif a porté à la présidence du syndicat un dirigeant local indépendant, Ron Carey, au congrès de 1991. Il a publié de nombreux livres sur les droits des travailleurs aux États-Unis et au Mexique. Il est membre de la rédaction de la revue semestrielle américaine New Politics, pour laquelle cet article a été écrit. (Traduit de l’anglais par JM)

Notes

1. La loi Taft-Hartley, adoptée en 1947 à l’initiative des Républicains, restreint les prérogatives des syndicats et limite le droit de grève dans les entreprises. Les débrayages spontanés sont illégaux, un préavis de grève de 60 jours est imposé quand l’objectif est une nouvelle convention collective. Aucun préavis n’est exigé lorsqu’un accord arrive à terme. Les fonctionnaires fédéraux, fonctionnaires d’États et des collectivités locales n’ont pas le droit de grève. Le monopole syndical d’embauche est interdit et les États peuvent interdire les accords entre entreprise et syndicats dont l’objet est le renvoi des travailleurs refusant de se syndiquer. Le gouvernement fédéral peut interdire/arrêter une grève qui met en danger la sécurité nationale. Les dirigeants syndicaux étaient obligés de prêter serment de non-communisme (Cette disposition a été déclarée anticonstitutionnelle seulement en 1965).

2. Students for a Democratic Society (SDS, Étudiants pour une société démocratique) était une organisation du mouvement étudiant de contestation des années 1960, emblématique de la nouvelle gauche, qui refusait à la fois la soumission au bloc de l’Est et l’anticommunisme traditionnel de la gauche libérale américaine. Apparue en 1960, se développa rapidement atteignant 100 000 membres, avant de prononcer sa dissolution lors de sa convention de 1969.

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