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Dernières nouvelles 2011

1/04/2011 CONSEIL EUROPÉEN DE BRUXELLES

Une « révolution silencieuse » néolibérale

Cf. aussi : [Europe]

LCR-Web *

Un « vaste ensemble de mesures (...) qui renforceront la gouvernance économique de l’Union européenne et assureront la stabilité à long terme de la zone euro dans son ensemble » a été adopté lors du Conseil européen de Bruxelles des 24-25 mars derniers.

Parlement européen à Bruxelles. © Alina Zienowicz

Parlement européen à Bruxelles. © Alina Zienowicz

Il s’agit du fameux « Pacte de l’Euro », baptisé initialement « Pacte de Compétitivité » et qui représente, selon l’observatoire Corporate Europe , « le plus grand pas en avant effectué vers un modèle de gouvernance économique patronal, qui se traduira par une attaque massive contre les droits sociaux et les niveaux de vie ». Les grands lobbies patronaux tels que « BusinessEurope » ou la Table Ronde des Industriels européens — un « forum informel qui réunit les 45 dirigeants des plus importantes multinationales européennes » — se frottent les mains. Avec ce pacte, les patrons européens voient, avec satisfaction, accomplies leurs principales revendications, résumées dans leur document « L’Europe en marche. Une vision pour une Europe compétitive en 2025 ».

Le président de la Commission européenne, Barroso, avait définit ces nouvelles mesures sur la gouvernance économique comme une « révolution silencieuse ». Jacques Delors, pourtant peu suspect de gauchisme, avait qualifié le brouillon du pacte comme le document « le plus réactionnaire produit par la Commission européenne ».

Qu’est-ce qui a été approuvé lors de ce sommet européen ? Officiellement, il s’agit d’un compromis pour créer, avant le mois de juin, un fonds permanent destiné à « sauver » les pays en faillite et de renforcer le Pacte de stabilité et de croissance ainsi que le Pacte pour l’euro, dont les grandes lignes avaient été tracées lors d’un sommet précédent. Dans la pratique, il s’agit de généraliser l’allongement de l’âge de la retraite (à 67 ans), de « flexibiliser » de manière accrue le marché du travail, d'harmoniser les taux d’intérêts pour les entreprises entre les États membres, de contrôler et de limiter les déficits publics et d’adapter les salaires à la productivité. En outre, six pays qui n’appartiennent pas à la zone euro (Bulgarie, Roumanie, Pologne, Lettonie, Lituanie et Danemark) ont approuvé un projet d’inspiration allemand baptisé « Pacte euro plus » qui permettra également de contrôler leurs politiques économiques en échange d’un accès au fonds de sauvetage. Cependant, quatre autres pays (Hongrie, République tchèque, Suède et Royaume-Uni) n’ont pas accepté ce pacte. De leur côté, l’Espagne, la France, la Belgique et l’Allemagne se sont engagées à le respecter, ce qui impliquera de nouvelles mesures d’austérité.

 Europe

© Inprecor/JR

Depuis la mise en route du Semestre européen, on assiste, selon Daniel Gros, du « Centre of European Policy Studies », à la mise en place d’une « dictature des pays créditeurs et de la Banque centrale européenne ». Maria Damanaki, commissaire européenne aux Affaires maritimes et à la pêche et membre du Pasok grec (parti social-démocrate au pouvoir, pourtant peu avare en mesures antisociales), a publiquement pris ses distances avec les nouveaux diktats promus par la Commission européenne, déclarant que l'emphase excessive sur le problème de la dette publique et dans la consolidation budgétaire pourrait générer une « dégradation sociale ».

Libye

Lors de ce sommet, les chefs d’État et de gouvernements de l’UE ont eu d’autres questions à leur ordre du jour. Premièrement, la Libye, autre ligne de fracture européenne. La France et la Grande-Bretagne, qui, en novembre dernier, avaient signés un accord historique de coopération militaire, ont décidé de partir en guerre — « humanitaire » bien entendu — tandis que l’Allemagne s’est abstenue d’y participer et que l’Italie a exprimé son mécontentement face au leadership de Paris, demandant que les opérations soient commandées par l’Otan. Rome craint surtout que la France n’emporte un trop grand morceau du gâteau constitué par l’or noir libyen et que sa multinationale pétrolière, ENI, perde les positions privilégiées dans ce pays. Finalement, après avoir commencé avec des commandements distincts (italien et états-unien ensemble, d’une part, britannique et français de l’autre), les opérations militaires en Libye sont effectivement passées aux mains de l’Otan.

Dans cette affaire, le leadership français en a dérangé plus d’un dans le cénacle européen, tout comme l’abstention allemande. Le fait est que, depuis le Traité de Lisbonne, l’UE dispose de Catherine Ashton, comme haute représentante aux Affaires Étrangères, et d’un Service d’action extérieure, autrement dit « un véritable instrument diplomatique », composé de 6 000 fonctionnaires, de 150 ambassades et de 500 millions d’euros de budget jusqu’en 2013. Malgré cela, depuis le début des révolutions arabes, cet organisme destiné à doter enfin l’Union européenne d’une seule voix dans les relations internationales est resté mystérieusement muet. L’UE s’illustre toujours par sa cacophonie diplomatique habituelle.

Fukushima

Autre dossier brûlant qui divise : le tsunami nucléaire de Fukushima. « On a évoqué l’apocalypse, et je crois que c’est un terme particulièrement bien choisi » a déclaré le 15 mars le commissaire européen à l’Énergie, Günther Oettinger, devant la Commission du Parlement européen à Bruxelles. «Tout est pratiquement hors de contrôle », a-t-il ajouté, affirmant « ne pas exclure le pire dans les prochaines heures ou les prochains jours » au Japon.

Dix jours plus tard, le ministre de l’Énergie français, Éric Besson, a vertement répliqué, en manifestant sa profonde conviction selon laquelle l’énergie nucléaire continuera à exister en Europe tout au long du XXIe siècle... La dureté de son intervention n’est pas étonnante quand on sait que la production électrique en France dépend à 76 % du nucléaire. Seule conclusion pratique : la décision de mener des « stress tests » dans une série de centrales nucléaires, celles qui comptent des réacteurs VVER440, utilisés en Hongrie, Slovaquie et République Tchèque.

Portugal

Alors que la Libye et Fukushima étaient sur table du sommet sont arrivées les nouvelles du rejet par le Parlement portugais du quatrième plan d’austérité présenté par le gouvernement social-démocrate de José Sócrates et de la démission consécutive de ce dernier. La chancelière Merkel avait pourtant menacé : « Tous ceux qui ont des responsabilités au Portugal doivent s’engager à appliquer les objectifs de l’ambitieux programme » d’austérité présenté par Sócrates. Autrement dit : ou vous acceptez ces mesures, ou vous devrez accepter le troisième « plan de sauvetage » du FMI et de l’UE, après la Grèce et l’Irlande, qui représente une mise en coupe réglée de la souveraineté des pays concernés.

Pour rompre avec cette Europe là : c’est dans la rue que ça se passe !

Si le Sommet de Bruxelles des 24-25 mars était destiné à mettre en scène l’unanimité, ce fut alors un échec. L’Union européenne prend l’eau de tout côtés : désunion sur les questions de la guerre en Libye, sur la question énergétique, fiscale, économique etc.

Le caractère « silencieux » de cette révolution néolibérale qu’on veut nous imposer a également été écorné par les manifestations syndicales qui ont rassemblé plus de 20 000 travailleurs belges pour revendiquer la solidarité contre l’austérité. Van Rompuy s’est cru obligé d’affirmer que « notre objectif ultime est la création de postes de travail ». Il ne pouvait mieux dire : c’est vraiment le dernier de leurs objectifs. Avant cela, il y a l’euro, le mécanisme de « sauvetage » et la « gouvernance économique » !

Que ce soit sur la Libye, Fukushima ou la gouvernance économique, les masques tombent : les institutions de l’UE et ses gouvernements ne sont que des valets au services des intérêts d’une minorité capitaliste. Face à cela, la seule issue passe par les luttes. Au Portugal, 300 000 personnes se sont mobilisées contre la précarité le 12 mars dernier à l’appel des jeunes chômeurs et travailleurs précaires. Le samedi 26 mars, 400 000 travailleurs ont manifesté à Londres contre les politiques d’austérité. En Allemagne, plus de 250 000 personnes ont manifesté le même jour contre le nucléaire à Berlin, Hambourg, Munich et Cologne. Dans ce pays, dont on vante tant la « rigueur salariale », depuis le mois de mars, 90 000 travailleurs des télécommunications, 90 % des conducteurs de train et 1,9 millions d’agents régionaux de la fonction publique (écoles, hôpitaux, administrations etc.) mènent des actions syndicales et des grèves pour des augmentations salariales. A Rome, le 26 mars également, 300 000 manifestants ont protesté contre la privatisation de l’eau, contre le nucléaire ou encore contre la nouvelle guerre pour le pétrole. Ils étaient 8 000 manifestants à défiler à Madrid le dimanche 27 mars contre l’intervention impérialiste et la dictature en Libye. Le 9 avril prochain, les six principales organisations syndicales hongroises et les syndicats européens se mobiliseront également contre le Sommet des ministres européens des Finances (Ecofin) à Budapest. ■

Le 1 Avril 2011

* D’après un article de Gorka Larrabeiti publié sur www.rebelion.org. Traduction française et adaptation par la rédaction du site de la Ligue communiste révolutionnaire (section belge de la IVe Internationale) : www.lcr-lagauche.be

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