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Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Dernières nouvelles 2010

7/12/2010 BRESIL

L’occupation militaire des favelas

Cf. aussi : [Brésil]

Entretien avec Marcelo Freixo (Psol-RJ)1

Suite à d’innombrables arrastões2 et à l’incendie de plus de 50 voitures et autobus par des trafiquants à Rio de Janeiro, le gouvernement de l’Etat a lancé une opération appuyée par des équipements de guerre. Jeudi 25 novembre, le Bataillon d’opérations militaires spéciales (Bope) a reçu le soutien de six blindés de la Marine pour intensifier les actions dans les favelas cariocas3.

Depuis le 20 novembre, 25 personnes sont mortes et 150 autres ont été arrêtées. Le Secrétariat à la sécurité publique a informé qu’il y a eu 22 tués dans des affrontements entre policiers et trafiquants. Dans un entretien à l’agence radiophonique NP, le député d’Etat Marcelo Freixo (Psol-RJ) affirme que l’action des trafiquants est une riposte à la présence des UPP (Unités de police pacificatrice). Le député critique la politique de sécurité dans l’Etat et met en question l’absence de combat contre le trafic d’armes. Il affirme que les UPP ont pour objectif une occupation militaire pour arriver à faire partir les habitants de ces zones considérées comme importantes pour la réussite des Jeux Olympiques de 2016. La présidente récemment élue, Dilma Roussef, a annoncé qu’elle implantera ce modèle de quadrillage policier dans les autres Etats brésiliens.

 carte Brésil

 

Marcelo, l’actuel climat de violence à Rio de Janeiro est-il une surprise ?

Marcelo Freixo : Il était prévisible que quelque chose risquait de se produire à la fin de l’année, en réaction à la mise en place des UPP. À partir du moment où tu as une perte de territoire pour la vente au détail des drogues, il était plus ou moins prévisible que cela puisse arriver. Alors le gouvernement aurait dû y être mieux préparé.

Quel genre de posture le gouvernement doit-il adopter dans des actions de cette nature ?

Marcelo Freixo : Chez nous, à Rio de Janeiro, il existe une tradition de police violente et d’une criminalité très lourdement armée. En cemoment de crise, la Police doit être dans la rue et des pertes sont inévitables, malheureusement. Mais depuis belle lurette ce qui aurait dû et qui doit encore se faire, c’est un affrontement avec le trafic d’armes pensé stratégiquement, ce qui n’est pas le cas. Aujourd’hui ce que nous avons, c’est un affrontement avec les favelas et pas avec le trafic d’armes. Il n’y a pas la moindre action en ce qui concerne l’entrée d’armes, surtout dans la baie de Guanabara et sur les routes. L’affrontement avec le trafic d’armes est fragile, il a lieu plutôt au point d’arrivée que sur le circuit des armes. Et ce point d’arrivée, c’est toujours l’endroit le plus pauvre.

Le grand nombre de tués lors des actions de la police démontre-t-il une fragilité des UPP ?

Marcelo Freixo : Les UPP représentent un projet de reprise militaire de certains secteurs intéressants pour un projet urbain. Il ne s’agit pas d’en finir avec le trafic, il s’agit d’avoir le contrôle militaire d’endroits qui sont stratégiques pour la prétendue ville olympique.

Alors peut-on affirmer que la sécurité des Jeux Olympiques est la priorité du moment ?

Marcelo Freixo : Les UPP, de même que les murs anti-bruit, les déplacements de populations1 et les murs entourant les favelas, c’est un projet olympique d’une ville qui va être très excluante, une ville pour un petit nombre de gens. Nous savons que Rio va connaître ces problèmes. Là où on fait une ville olympique, on fait aussi des villes non-olympiques tout autour. ■

Traduction : Jean-José Mesguen

Notes

1. Interview réalisée par Jorge Americo est publiée dans Radioagência NP, 25 novembre 2010-12-06

2. type d'agression régulièrement pratiqué sur les plages de Rio de Janeiro. Plusieurs centaines de personnes venues des favelas s'abattent sur la plage et la pillent en un temps record. Même si la police est présente, elle est impuissante face à l'ampleur et à la vitesse de l'attaque.

3. De Rio de Janeiro.

4. Suite aux pluies diluviennes du printemps 2010, des plans de transfert de 3600 familles des favelas ont été mis en place sous prétexte de sécurité. La gauche et les mouvements sociaux dénoncent une sélection qui n’a rien à voir avec les zones à risques ou inondables, mais qui cible des terrains devenus intéressants pour la spéculation foncière et immobilière.

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