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Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Dernières nouvelles novembre 2016 *

AFRIQUE DU SUD

Grève et appel au boycott des vins des Caves Robertson 

Cf. aussi : [Afrique-Du-Sud]

Marc Ducassé et François Favre *

À deux heures de route, dans la vallée du vin et des roses, les ouvriers de la cave viticole Robertson Winery (RW) sont en grève depuis bientôt trois mois et mènent une lutte emblématique sur les conditions de travail des ouvriers dans les zones rurales.

Nous avons interviewé deux militants sud-africains. Mercia Andrews, membre de DLF (1), consacre son énergie à défendre les travailleurs agricoles, les droits des femmes et l’accès à la terre. Deneco Dube, syndicaliste de CSAAWU (2), travaille à RW.

L’élément déclencheur de la grève est la faiblesse des salaires (200 € mensuel), mais c’est tout autant les inégalités et les discriminations à l’égard des Noirs qui ne sont pas mieux traités que pendant l’apartheid.

Synthèse et articles Inprecor

À l’embauche, les jeunes Noirs sont soumis au détecteur de mensonge avant d'être ghettoïser dans une unité de négociation tandis que les salariés blancs discutent directement avec la direction. Un mécanicien noir avec 15 ans d’expérience peut prétendre à un salaire d’environ 8 500 R (550 €) alors qu’un mécanicien blanc sans expérience touchera plus du double avec une charge de travail moins importante. Seuls les ouvriers noirs doivent pointer, à trois pointeuses successives, ce qui rajoute deux heures à leur temps de travail. Ils n’ont droit qu’à 20 minutes de pause par jour et, là encore, ils doivent pointer. Tout dépassement, ne serait-ce que d’une seconde, est sanctionné par une retenue sur salaire.

Rien de cela n’est légal, mais le ministère du Travail ferme les yeux sur ces irrégularités que les entreprises ne cachent même pas dans leur audits annuels sur les inégalités qui montrent que les salariés noirs sont moins payés que les blancs, sans parler des discriminations que subissent les femmes.

Face à un rapport de force très défavorable, les grévistes essaient d’élargir leurs soutiens que ce soit dans la société civile en Afrique du sud ou à l’international. Alors que le DLF est très impliqué et que les Red Brigades ont affiché leur soutien, rien ne vient de la part de l’ANC. Le CSAAWU essaie aussi d’élargir la lutte en amont dans les fermes qui fournissent le vin cru et en aval dans les circuits de distribution. Des collectes d’argent et de nourriture ont été organisées par d’autres syndicats ou des groupes comme celui des étudiants de l’Université du Cap. Des syndicats scandinaves sont aussi impliqués, particulièrement en Suède et Norvège où les vins de RW sont commercialisés. Les grévistes ont en effet décidé de réactiver un mode de lutte utilisé pour faire tomber l’apartheid, le boycott des produits de RW. Une page Facebook a été ouverte à cet effet.

Pour Deneco, dont c’est la deuxième grève, après le soulèvement des ouvriers agricoles en 2012, l’aide internationale est essentielle car les grévistes ne pourront pas tenir indéfiniment sans paie, et le boycott est le meilleur moyen de mettre la pression sur la direction. « Pour nous, le vin de RW est un vin de sang, c’est notre sang qui produit ce vin, et nous n’en tirons aucun profit, nous sommes payés comme des esclaves alors que le patronat s’enrichit de plus en plus. Boire ce vin aujourd’hui, c’est boire notre sang. »

Dernières nouvelles : Alors que les gréviste avaient accepté la proposition patronale d’une hausse des bas salaires de 400 R, soit environ 12,5 %, la direction a refusé d’inclure une clause de « paix » par laquelle elle se serait engagée à ne pas procéder à des licenciements. Les négociations ont donc été interrompues. Il ne fait aucun doute que l’entreprise veut casser la confiance des travailleurs et détruire leur syndicat. CSAAWU en appelle donc à la solidarité internationale pour continuer et intensifier le boycott de tous les produits de RW, à protester directement auprès de la société et par tout autre moyen. ■

* Marc Ducassé et François Favre sont militants du Nouveau parti anticapitaliste (NPA, France) et de la IVe Internationale.

1. DLF : Democratic Left Front, Front démocratique de la gauche, une organisation anticapitaliste sudafricaine.

2. CSAAWU : Commercial, Stevedoring, Agricultural and Allied Workers Union (Syndicat des travailleurs du commerce, de l’agriculture, des dockers et affiliés).

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