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Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Dernières nouvelles septembre 2013

ALLEMAGNE

Deux semaines avant les élections fédérales

Cf. aussi : [Allemagne]

Manuel Kellner *

A deux semaines des élections, le point sur le rapport des forces entre les partis politiques.

Bulletin de vote  pour le vote par correspondance des élections législatives en septembre 2013. © Perho2011

Bulletin de vote pour le vote par correspondance des élections législatives en septembre 2013. © Perho2011

Cologne, le 8 septembre 2013

Les campagnes électorales des partis établis comme la CDU/CSU (chrétien conservateur), le SPD (social-démocrate), les Verts et le FDP (libéral) reprennent en partie à leur façon des thèmes pris dans l’arsenal de Die Linke (La Gauche). Die Linke, constitué comme nouveau parti par la fusion de la Linkspartei et du WASG (Alternative électorale pour la justice sociale) en 2007, était entré au Bundestag (le parlement fédéral de l’Allemagne) avec 11,9 % en l’an 2009. C’était un succès indéniable, la faiblesse traditionnelle de la Linkspartei/PDS dans les « vieux Länder » à l’ouest de l’Allemagne avait commencé à se relativiser. Et le thème le plus entendu, c’était la justice sociale en général et à plus forte raison encore l’argumentation pour un salaire minimum. Avec cette revendication, en 2009, Die Linke faisait cavalier seul.

Aujourd’hui, le SPD et les Verts se font champions du salaire minimum, bien qu’ils parlent seulement de 8,50 euro par heure. Il est vrai que cela donnerait un progrès réel pour un nombre important de salariés très mal payé. Il y des secteurs, où l’on ne gagne que 4 à 6 euros. Mais même la revendication de Die Linke, qui n’a pas changé le montant du salaire minimum revendiqué par elle depuis 2009, c’est-à-dire 10 euros, est insuffisante pour protéger les salariés concernés contre la pauvreté qui l’attend à l’âge de la retraite.

CDU/CSU et FDP ne polémiquent pas ouvertement ni contre la revendication du salaire minimum, ni contre l’agitation pour l’amélioration des pensions et des minimas sociaux. Ils disent, que ce n’est pas l’État qui  devrait fixer un salaire minimum, qu’il faut continuer à régler cela par branches, et qu’en dernier lieux — c’est le FDP qui le souligne — c’est l’affaire des « partenaire sociaux » (organisations patronales et syndicats). Mais les syndicats du DGB, eux, font campagne pour un salaire minimum général de 8,50 euros tout comme le SPD et les Verts.

La politique néolibérale féroce due SPD et des Verts sous le chancelier Gerhard Schröder avait eu des conséquences très négatives pour les rapports traditionnellement symbiotiques de la direction du SPD avec celle des syndicats du DGB. La gauche avait pu renforcer sa présence acceptée au sein des syndicats. Si aujourd’hui nous ne sommes pas revenu à la situation d’avant Schröder, les appareils sociaux-démocrates politiques et syndicaux ont, quand même, recommencé à s’entendre mieux. Die Linke peut se vanter d’avoir influencer l’évolution des positions des autres partis, mais au prix de s’affaiblir du point de vue électoral. Entre temps, ce parti était tombé jusqu’à 6 % dans les sondages d’opinion (printemps 2012). Dans les sondages récents, il a remonté à 9 % pour l’institut Emnid (un autre institut lui avait même donné 10 % la semaine dernière, d’autres lui accordent 8 % à 9 %).

A la CDU/CSU, qui n’avait obtenu que 33,8 % en 2009, les instituts accordent entre 39 % et 41 % maintenant. Ceci, et la popularité de la chancelière Angela Merkel, montre bien la force d’une politique qui se fait l'avocate d’un bien-être relatif au détriment des populations des pays économiquement beaucoup plus faibles au sein de l’UE. Le facteur d’incertitude, c’est le FDP, qui avait obtenu 14,6 % en 2009 et qui tourne aujourd'hui dans les sondages à 5 %, ce qui met en danger la continuité de la coalition conservatrice-libérale.

Le SPD, lui, se trouve à 25 % dans les sondages, et les Verts à 11 % (leur envolée après Fukushima, c’est du passé). Le candidat à la chancellerie du SPD, Peer Steinbrück, froidement technocrate, est peu crédible pour les thèmes sociaux. Il refuse une collaboration avec Die Linke pour remplacer le gouvernement conservateur libéral. Une « grande coalition » CDU-SPD pourrait donc être le résultat de ces élections.

Pour compléter le tableau, la percée des Pirates semble terminé, ils piétinent à 3 %, tout comme le AfD  (Alternative pour l’Allemagne), qui veut la sortie de la zone euro pour ne pas payer pour les plus pauvres. ■

* Manuel Kellner est membre de IG Metall, du parti Die Linke et de isl (gauche socialiste internationale, une des deux organisations de la IVe Internationale en Allemagne).

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