Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Document

N° 515-516 mars-avril 2006 *

ALLEMAGNE

Temps pour des alternatives. Sur la situation politique et les tâches d’une gauche socialiste

Cf. aussi : [Allemagne]

Nous publions ici la résolution adoptée par le congrès de la Gauche socialiste internationale (isl, internationale sozialistische linke — une des deux fractions publiques de la section allemande de la IVe Internationale), en décembre 2005.

1. Après les élections législatives fédérales [du 18 septembre 2005] la situation politique et sociale est paradoxale à plusieurs égards. Sur le fond d’une attitude purement défensive de la grande majorité de la population contre les politiques néolibérales, la version ultra-libérale (1) n’a pu s’imposer à la succession du social-libéralisme (2). Mais le néolibéralisme continue à être largement dominant. Et si le social-libéralisme a échoué, il n’existe pas d’autre réponse à l’échec de la coalition « rouge-verte ». D’où la situation de « blocage politique », largement ressentie.

A regarder de plus près, la politique réellement poursuivie par la Grande Coalition (3) représente un glissement supplémentaire à droite.

Cependant ce gouvernement est faible. Il opère dans un contexte international, européen et national qui voit des éléments centraux du nouvel ordre néolibéral (guerre en Irak, négociations à l’OMC, directive Bolkestein, Traité constitutionnel européen) rencontrer de plus en plus de résistances, voire même risquer de ne pas pouvoir être imposés. Le gouvernement d’Angela Merkel et de Franz Müntefering (4) doit trouver dans ses propres rangs l’équilibre entre plusieurs variantes du libéralisme. Il risque ainsi — dans une conjoncture économique toujours dépourvue de dynamisme — de voir à la fois les groupements patronaux (avec leur lobby au sein des Unions chrétienne-démocrate et chrétienne-sociale) et une partie des syndicats de salariés se dresser contre lui.

Mais ce gouvernement a le grand avantage, de disposer d’une majorité parlementaire des deux tiers des sièges au Bundestag. Cela lui facilite les modifications éventuelles de la Constitution, lui permettant, le cas échéant, de se débarrasser d’une conception du fédéralisme visant à l’unification des conditions de vie (5) et à leur alignement vers le haut – au détriment d’un accroissement de la compétitivité économique pure. Les changements programmés dans ce domaine vont de pair, dans le domaine de la « sécurité intérieure », avec une centralisation renforcée et un renforcement des structures autoritaires. (On voit ici le processus déjà à l’oeuvre au niveau de l’Union européenne.)

2. Le gouvernement de la Grande Coalition présente un flanc ouvert à la contestation sociale. Mais alors que les patrons brillent dans leur manière de former une opposition, visant à contraindre le gouvernement à procéder à des attaques nettement plus dures que ce que prévoit le Contrat de coalition, les syndicats de salariés soit continuent à chercher l’alliance avec le gouvernement (« afin d’éviter pire », comme l’affirme le chef de la confédération syndicale DGB, Michael Sommer), soit pratiquent une stratégie de zigzags (c’est la cas de Ver.di) (6). En aucun cas et pour aucun syndicat, la mobilisation contre le gouvernement n’est à l’ordre du jour, alors que seuls des syndicats conscients de leur force et combatifs pourraient empêcher le gouvernement de reprendre de plus en plus les revendications des patrons. La constellation des forces politiques et sociales est encore telle qu’une forte mobilisation pourrait déstabiliser ce gouvernement et conduire à sa fin prématurée. La probabilité qu’il n’aille pas jusqu’au bout de la législature (7) est élevée ; la question se pose cependant de savoir, sous quelles conditions il tombera et qui prendra l’initiative de le faire chuter — autrement dit, qui s’avérera être la force politique ou sociale dirigeante.

3. Ce gouvernement aussi vise à faire peser sur les chômeurs et sur les bas salaires les principales charges d’une redistribution inversée des richesses. S’il n’ose pas encore, de façon ouverte, envisager des nouvelles réformes-régressions qui nuiraient directement à la base sociale de chacune des deux grandes forces politiques qui le composent, il avance à petits pas — en ce qui concerne par exemple le démantèlement de la protection contre le licenciement (8) — ou emprunte des longs détours — en matière de retraite et de santé. La mise en œuvre du programme Hartz IV (9) et celle de l’augmentation de la TVA (10) sont des thèmes sur lesquels il sera peut-être plus difficile de mobiliser que contre l’Agenda 2010 (11), mais ils contribuent à ce que le mécontentement et une prédisposition à la contestation augmentent.

La grande majorité des électeurs et électrices se sont prononcés, lors des élections législatives fédérales, contre la version radicale des politiques libérales, et en même temps aussi contre les expériences qu’ils dont dû faire avec la variante « social-démocrate et verte ». Nonobstant cela, 90 % des électeurs/électrices ont voté pour des partis politiques qui poursuivent une politique néolibérale. Si la pensée unique néolibérale est dorénavant déstabilisée, en Allemagne aussi, la majorité lui reste néanmoins attachée puisqu’elle ne reconnaît aucune alternative. La tâche principale d’une opposition de gauche — parlementaire comme extraparlementaire — consiste sous ces conditions à élaborer une telle alternative, sur une base aussi large que possible, à la mettre en quelques slogans facilement compréhensibles et à développer une propagande de masse efficace en leur faveur. L’opposition extraparlementaire comme parlementaire doit se concentrer sur cette question — avec des moyens respectifs différents.

4. La mobilisation contre l’Agenda 2010 a mis, de nouveau, la question sociale au centre de l’action et du débat. Sa partie la plus active et la plus radicalisée était formée par les chômeurs et par la population de l’Allemagne de l’Est – pendant un court laps de temps, ils ont réussi à s’attacher aussi les syndicats. Cependant, les directions syndicales ont rapidement sacrifié cette alliance avec la partie du salariat privée d’emploi à leur loyauté vis-à-vis du gouvernement Schröder. Cela n’a pas manqué de laisser des traces ; c’est ainsi qu’une partie de l’encadrement inférieur et moyen des organisations syndicales s’est tournée vers une nouvelle force politique à la gauche du SPD, causant des fissures sérieuses dans l’hégémonie social-démocratie érigée de longue date sur les syndicats allemands. Mais le processus de radicalisation à l’œuvre au sein des syndicats a été détourné sur la voie de la Realpolitik et les syndicats ont échappé ainsi à un débat d’orientation. Le débat sur le renouvellement nécessaire du mouvement syndical n’a pas eu lieu et la gauche syndicale a été même affaiblie en cours de route.

Le processus de formation de la WASG (12) n’a pas conduit, jusqu’à maintenant, à ce que les chômeurs puissent compter sur des alliés plus forts au sein des organisations syndicales. Si on ajoute à cela la stratégie démobilisatrice des directions syndicales vis-à-vis du gouvernement et la difficulté de trouver un nouveau point de convergence pour les mobilisations sociales, cette situation comporte le grand danger que les attitudes antisyndicales soient renforcées parmi les marginalisés (en Allemagne de l’Ouest comme à l’Est) — ce qui était déjà visible pendant la dernière phase des « manifestations du lundi » (13).

Une gauche syndicale forte demeure le levier central d’une opposition extraparlementaire qui vise à créer une alliance large des mouvements sociaux. Elle seule est en mesure de jeter un pont entre les appareils syndicaux et les mouvements extraparlementaires.

5. Des attaques émanant d’un gouvernement instable conduiront à une augmentation de la contestation sociale. Cela se passe dès maintenant sous forme d’un accroissement des luttes défensive sur les plan de l’entreprise ou local/régional. Certaines d’entre elles ont été couronnées de succès (comme le démontrent l’exemple de la lutte contre les licenciements à Alsthom ou la lutte de Ver.di contre la privatisation des hôpitaux dans la région du Bade-Wurtemberg). Elles prouvent que même dans des conditions défavorables, on peut obtenir des succès. D’autres combats sont menés de façon tiède, demeurent isolés (telle la lutte des chômeurs) ou nécessitent tout simplement un levier organisationnel et politique/syndical plus large, plus puissant (comme les luttes contre les licenciements dans l’industrie automobile). Des campagnes comme celle de Ver.di contre les supermarchés Lidl (14) démontrent que les syndicats sont capables d’apprendre des expériences plus avancées (comme, par exemple, des campagnes menées aux États-Unis). Mais globalement, beaucoup de luttes souffrent du fait qu’elles sont menées sous un angle limité à l’entreprise et que la perspective politique et/ou les moyens organisationnels permettant de discuter des liens entre les problèmes et d’agir dans un cadre plus général, font défaut.

6. La politique du démantèlement social accéléré ne peut être arrêtée que par une mobilisation extraparlementaire. Les syndicats de salariés sont très hésitants sur ce plan. La formation d’un nouveau parti à la gauche du SPD (15) laisse jusqu’ici ses acteurs principalement occupés par leur propre processus. De plus ce parti reste pour l’essentiel fixé sur l’action parlementaire. De ce fait il n’y aura pas dans un proche avenir d’autres formes pouvant préparer la nécessaire mobilisation extraparlementaire que celles émanant du processus déclenché par le Congrès des perspectives (mai 2004) et le Forum social allemand (juillet 2005) et poursuivi maintenant avec la Conférence sur l’action et la stratégie. Il s’agit de la tentative de dépasser l’éparpillement des actions de résistance et de riposte sociales (et, avec lui, leurs faiblesses respectives), de mettre l’action sur les intérêts et points communs, de politiser les luttes par l’établissement de liens entre les problèmes et les thématiques, de construire un cadre commun durable à l’action et au débat et, finalement, de jeter les fondements pratiques comme programmatiques d’une alternative sociale et politique. Cette tentative veut et doit être indépendante des directions syndicales et des partis politiques. Son éventuel succès dépendra, à la longue, de la question de savoir à quel point le processus de radicalisation, qui s’y reflète, touche les syndicats et le nouveau parti de gauche.

7. La fondation de la WASG est une expression de la radicalisation sociale et politique et de la rupture (partielle) avec le SPD intervenues sous le gouvernement Schröder. Sa fusion avec le PDS, rebaptisé Linkspartei (Parti de gauche), ouvre la chance de reconstruire pour la première fois en Allemagne un parti à la gauche du SPD qui soit présent dans tout le pays et représenté au Parlement. Si l’unification des deux partis réussit, un pas important serait franchi sur la voie de l’unification du mouvement ouvrier allemand entre Est et Ouest (qui était en réalité une scission politique). Cette scission l’avait paralysé pendant de longues périodes au cours du XXe siècle, et empêché que des alternatives au capitalisme dépassant l’impasse bureaucratico-stalinienne puissent être envisagées.

Le processus de formation d’un nouveau parti politique à la gauche du SPD est extrêmement contradictoire. Ses résultats ne sont pas encore connus. Il relève des tâches d’une gauche socialiste de le conduire à un résultat positif. Pour ce faire, elle doit cependant être consciente de ses contradictions et limites, et elle doit définir ce qu’elle recherche elle-même.

a) La WASG est d’abord traversée par une contradiction sociale. Née sur la vague des protestations contre l’Agenda 2010, dont celles contre les lois Hartz (16) constituaient le point culminant, beaucoup de ses adhérents sont eux-mêmes touchés par cette législation, mais ses initiateurs et ses personnalités marquantes sont majoritairement des permanents syndicaux ou des membres de Conseils d’établissement (17). De la situation sociale différente, résultent des attentes et des cultures politiques différentes. Pour des chômeuses et les chômeurs en fin de droits — comme généralement pour le nombre croissant d’exclus de cette société — la lutte pour obtenir une protection sociale digne de ce nom, par tous les moyens, se trouve au centre. Leur situation les pousse à des actions à effet immédiat, ils ne sauraient attendre. Les militants syndicaux qui ont fondé ce parti, cherchent par là surtout à voir de nouveau une force politique représentée au Parlement, qui puisse arracher au niveau politique ce que les syndicats de salariés n’arrivent plus à obtenir à travers la négociation collective et par la grève (18) (ou croient ne plus pouvoir obtenir par ces moyens) : un salaire minimum légal (19), la défense des retraites, le rejet de la privatisation dans le secteur de la santé, une nouvelle redistribution des richesses, etc. Ils recherchent dans le nouveau parti de gauche un interlocuteur au sein du Parlement, qu’ils avaient eu auparavant avec le SPD et qu’ils ont perdu (20). Ils ne recherchent pas une force politique qui puisse organiser le mouvement social et la représentation d’intérêts, puisque pour cela, ils disposent du syndicat. Des militantes et militants syndicaux, soient-ils de gauche, peuvent s’arranger avec la division du travail classiquement social-démocrate entre syndicat et représentation parlementaires, alors que des chômeurs et des exclus de ne le peuvent plus.

Dans ce conflit, nous militons pour un type de parti qui ne reconnaisse pas son champ d’action essentiel au Parlement, mais dans l’organisation de la contestation sociale — dans une nouvelle coopération avec des mouvements sociaux, qui en tant que tels sont indépendants des partis politiques. Pour nous, le parti n’est pas un objectif en soi, il ne vaut quelque chose que dans la mesure où il utilise les moyens dont il dispose à travers le Parlement, afin d’épauler des forces extraparlementaires. Nous abordons, dans le processus de formation d’un nouveau parti de gauche, le thème des limites du travail parlementaire quant à ses effets et en même temps, la nécessité de lever les barrières qui séparent les parlements et les partis politiques vis-à-vis de la société, en réorganisant les relations entre parti de gauche et mouvements extraparlementaires.

b) La WASG s’est mise en place en tant que processus de rupture avec le SPD, mais aussi en tant que réaction au fait que le PDS, en raison de ses origines, de sa sclérose bureaucratique et aussi de ses participations gouvernementales (21), n’était pas en mesure d’absorber ce processus de rupture avec le SPD. Les déséquilibres sont importants : face à un PDS s’appuyant sur un milieu social stable, disposant d’une base de masse, en Allemagne de l’Est on trouve des sections du WASG qui disposent à peine de quelques centaines d’adhérents et sont sans importance politique. A l’Ouest du pays, la WASG est plus importante en nombre, la plupart du temps, cependant le PDS peut faire valoir le fait de disposer d’un appareil relativement expérimenté et de plusieurs représentations dans des assemblées municipales. A Berlin, le poids de l’appareil du Linkspartei.PDS, qui nourrit le souhait de continuer la participation au gouvernement (22) fait face à une WASG beaucoup plus faible numériquement, dont la majorité refuse cette participation gouvernementale et la ligne de l’adaptation au néolibéralisme majoritaire.

Ces différences pèsent d’autant plus, que les deux partis diffèrent peu quant à leur orientation de fond : au sein des deux, domine la ligne keynésienne visant à la réforme du capitalisme, dont l’idéal politique est pour l’essentiel constitué par l’État-providence national à l’ancienne. Cette orientation est devenue impropre à résoudre les problèmes posés devant nous.

c) Le caractère du nouveau parti à former dépend en bonne partie de la manière dont sera mis en œuvre le processus d’unification. Si la WASG doit être davantage que l’extension enfin réussie (23) du PDS à l’Ouest, elle doit définir les points sur lesquels elle se distingue du PDS, et elle doit en même temps dire comment le nouveau parti devrait traiter de ces différences. Pour ce faire, elle doit chercher les points communs avec celles parmi les forces dans l’ancien PDS, qui cherchent à dépasser les faiblesses de ce dernier résultant de son histoire.

La clarification de ces points, doit être l’objet des forums communs dont il a été convenu et du processus de débat ouvert qui est censé conduire au nouveau parti, dont la fondation et la construction doivent être menées ensemble.

Les questions les plus importantes, qu’il s’agit de clarifier, concernent la participation gouvernementale, la structure du parti, son profil programmatique ainsi que la question de savoir quel rôle il compte jouer au sein des assemblées parlementaires.

Sur ces questions, la WASG elle-même n’a pas une opinion commune, mais il semble néanmoins y exister une tendance forte à refuser une participation gouvernementale sous les conditions données actuellement et dans un proche avenir et à former un parti politique qui soit pluraliste, structuré démocratiquement, qui appartienne à ses membres et se mette au service des mouvements sociaux. Cet héritage, qui résulte de son processus de naissance, doit être conservé dans le processus d’unification.

La question de la participation au gouvernement est la pierre d’achoppement — à Berlin se décidera la manière dont la WASG souhaite s’y prendre. Pour le PDS, de nombreuses carrières politiques dépendent du maintien du parti au gouvernement. De son côté, la participation gouvernementale n’est pas une question ouverte — des forums et des conférences communes n’y changeront rien. A Berlin, la motion de la direction du PDS pour le congrès régional des 3-4 décembre derniers parlait de « renouveler l’option pour un gouvernement rouge-rouge » ; en Saxe-Anhalt, le PDS, en anticipant sur une victoire électorale (24), a arrêté son choix de former un gouvernement avec le SPD afin de « renfoncer les potentiels de gauche dans l’assemblée régionale » (Citation tirée de la motion soumise au congrès régional du PDS).

Au sein de la WASG, il existe une tendance à minimiser ce conflit autant que possible, c’est-à-dire à ne pas aborder la question de la participation gouvernementale afin de ne pas mettre en péril le processus de fusion. Cela aurait pour résultat de procéder à la fusion sans aucune clarification sur les points controversés. Une double pression est exercée pour aller dans ce sens : d’un côté, on invoque les attentes des électeurs et électrices, de l’autre côté on invoque le règlement parlementaire du Bundestag, c’est-à-dire le risque de voir invalidé juridiquement le groupe parlementaire commun (25). Les deux ne sauraient constituer le critère central d’une décision politique. La pression est cependant réelle et personne ne plaidera sérieusement, en l’état actuel des discussions et conflits, pour le gel des efforts déployés afin d’arriver à une unification, en raison de l’attachement du PDS à la participation gouvernementale. Au contraire, la WASG doit se fixer pour objectif d’utiliser le processus d’unification afin de susciter un débat critique sur l’utilité et le coût de la participation gouvernementale au sein du PDS.

La majorité de la WASG à Berlin a décidé, lors du congrès régional en novembre 2005, d’organiser un vote des adhérents sur la question d’une candidature propre (26). Depuis lors, il lui est reproché par le Linkspartei.PDS et par une partie de la WASG elle-même, d’endosser la responsabilité du risque de voir échouer le projet commun d’un nouveau parti. Le débat n’est cependant pas clos. La WASG pourra retirer sa liste propre en faveur d’une liste commune, dès lors que le Linkspartei.PDS en crée les conditions minimales. Endosser une coresponsabilité de la conduite d’une politique néolibérale en tant qu’allié minoritaire du SPD, n’est certainement pas compatible avec cela. La WASG berlinoise se voyant assignée, y compris par les médias, un rôle de bouc-émissaire, il est nécessaire qu’elle dise franchement et publiquement que de son côté elle se bat de façon offensive pour faire avancer le processus d’unification. Si le Linkspartei.PDS de Berlin campe sur ses positions actuelles, c’est lui qui portera la responsabilité de mettre gravement en péril le processus d’unification.

Seule une forme de parti qui laisse ouvertes des questions politiques dont la centralité est reconnue, au sein duquel le concours des différentes opinions peut être organisé sans entraves et qui garantisse une perméabilité maximale aux influences des mouvements sociaux ainsi qu’un échange maximal au-delà des frontières nationales, semble offrir une sortie de cette situation difficile. Un tel parti pluraliste est possible, pour peu que son action et les objectifs qu’il se fixe ne soient pas subordonnés à sa présence dans les parlements et au sein de l’appareil d’État. Ce n’est qu’à cette condition, que le nouveau parti à constituer sera à la gauche du SPD et sera un élément de progrès.

8. La Gauche socialiste internationale (isl) se donne les tâches suivantes :

* Elle soutiendra, dans les semaines et mois à venir, la mobilisation européenne ainsi que la campagne nationale contre la directive Bolkestein ainsi que la mobilisation nationale contre le gouvernement au printemps 2006.

* Elle favorise le débat de fond au sein des syndicats de salariés sur leur stratégie et renforce la gauche syndicale.

* Elle participe aux protestations contre la loi Hartz IV et contre toute exclusion des chômeurs en fin de droit et des immigrés.

* Elle participe à la préparation des mobilisations contre le sommet du G8 à Heiligendamm (27) en 2007 et recherche, dans ce cadre, la coopération avec la Gauche interventionniste (28).

* Elle renforce les efforts pour constituer une opposition extraparlementaire large et capable d’agir sur le plan national.

* Elle suscite un débat sur les alternatives au capitalisme, qui puisse servir de fondement à des mouvements extraparlementaires tout comme à une opposition de gauche au Parlement ; ce faisant elle s’appuie sur les débats ayant lieu sur les alternatives au Traité constitutionnel européen et fait circuler ces idées.

* Elle soutient la formation d’un parti commun entre WASG et PDS, qui doive défendre de façon conséquente les intérêts des salariés et des marginalisés, et participe dans ce cadre au regroupement des forces anticapitalistes ; elle se bat pour un parti pluraliste, contrôlé par les adhérents, ouvert et qui garantisse le droit à former des courants ; elle refuse sous les conditions présentes l’entrée de la WASG ou du PDS dans un gouvernement.

* Elle cherche à gagner à cette ligne des membres de la WASG autant que du PDS, et cherche à favoriser la mise en réseau des forces anticapitalistes au sein des deux partis.

1. L’alliance de la droite des Démocrates chrétiens (CDU/CSU) et libéraux (FDP) n’a pas réussi à obtenir une majorité au Parlement, avec respectivement 35,2 % et 9,8 % des suffrages exprimés, essentiellement du fait de la percée des listes du PDS ouvertes à la WASG sous le nom de Linkspartei (Parti de gauche), qui ont obtenu 8,7 % des suffrages exprimés. Cf. Inprecor n° 510 d’octobre 2005.

2. Le SPD et les Verts, qui composaient le gouvernement sortant, ont obtenu respectivement 34,3 % et 8,1 % des suffrages exprimés.

3. La Grande Coalition a été signée par les sociaux-démocrates et les deux unions chrétiennes CDU et CSU, permettant à Angela Merkel (CDU) de prendre la charge de chancelier.

4. Ancien président du SPD, pendant la partie finale du chancelier de Gerhard Schröder, maintenant vice-chancellier et ministre du Travail et des affaires sociales (Minister für Arbeit und Soziales).

5. La « Loi fondamentale » allemande prévoir une amélioration et une égalisation des conditions de vie des citoyens des différents lander (États-régions qui composent la République fédérale). Du fait des très grandes différences entre l’ex-Allemagne de l’Est et l’ex-Allemagne de l’Ouest la bourgeoisie allemande aspire à modifier ce principe, devenu désuet aux yeux de l’idéologie néolibérale.

6. La DGB (Deutscher Gewerkschaftsbund) est la confédération syndicale ; Ver.di (Vereinigte Dienstleistungsgewerkschaft) est la fédération des syndicats de services, qui, avec presque 3 millions de membres, est la plus grande fédération du DGB.

7. Le Bundestag est élu pour la période 2005 à 2009.

8. Le gouvernement allemand est déjà allé plus loin que le gouvernement français, en décidant d’emblée de généraliser la période d’essai de deux années à tous les contrats de travail.

9. Une des lois réformant l’assurance-chômage, qui démantèle largement les droits des personnes privées d’emploi, adoptée par la coalition « rouge-verte » en 2004 et entrée en vigueur le 1 janvier 2005, mais dont certains volets attendent encore leur application concrète.

10. Le gouvernement de la Grande Coalition a prévu d’augmenter le taux de base de la TVA, à partir de 2007, de 16 % actuels à 19 %.

11. Sous ce nom se cache le programme de contre-réformes du gouvernement Schröder (« rouge-vert »), dont l’adoption de la loi réformant l’assurance-chômage faisait partie. Il s’agit de la variante allemande de la dite « stratégie de Lisbonne »

12. La WASG — Alternative électorale pour l’emploi et la justice sociale (nom officiel en allemand : Partei Arbeit und soziale Gerechtigkeit — Die Wahlalternative)— est née en 2004, pour l’essentiel à l’initiative de militants rompant à gauche avec le SPD. Pour plus d’informations on se reportera aux articles parus dans Inprecor : n° 510 d’octobre 2005, n° 509 de septembre 2005, n° 507/508 de juillet-août 2005, n° 501/502 de janvier-février 2005, n° 489/499 d’octobre-novembre 2004. Et pour connaître une appréciation différente de ce phénomène, à Inprecor n° 509 de septembre 2005.

13. Mobilisations contre la réforme de l’assurance-chômage au cours de la seconde moitié de 2004, relativement fortes d’août à octobre 2004 avant de s’essouffler.

14. Ver.di mène une campagne contre les salaires de misère et les conditions de travail extrêmes imposés par la chaîne des supermarchés Lidl, avec la publication d’un « Livre noir » sur Lidl et des campagnes de tracts et d’affichage, souvent ensemble ou en combinaison avec la campagne Lidl d’Attac Allemagne.

15. Ce nouveau parti, encore en cours de formation, doit voir le jour par la fusion programmée pour l’été 2007 entre la WASG et le Linkspartei.PDS.

16. Il s’agit de différents volets de la réforme de l’assurance-chômage.

17. Les Conseils d’établissement (Betriebsräte) sont l’équivalent des Comités d’entreprise français, mais ils sont dotés d’un pouvoir local et d’un budget autrement plus importants, tout en étant soumis à l’obligation légale de bonne coopération avec la direction de l’entreprise.

18. En droit allemand, la grève ne peut être utilisée qu’en dernier recours, uniquement sur appel d’un syndicat reconnu et uniquement comme moyen d’appui dans le cadre de la négociation collective.

19. Jusqu’à maintenant il n’existe pas en Allemagne d’équivalent du SMIC (salaire minimum interprofessionnel de croissance, établi en France par le gouvernement Chaban-Delmas après mai 1968), mais seulement des salaires minima conventionnels, incapables de protéger les salariés dans des secteurs non assujettis à une convention collective ; depuis deux ans environ, les syndicats sont cependant traversés par un débat sur la question de savoir s’il faut revendiquer la création d’un salaire minimum légal, revendication portée par les syndicats des services et de l’hôtellerie-restauration et rejetée par les syndicats des salariés (qualifiés) de la métallurgie et surtout de l’industrie chimique.

20. Le SPD a entamé son tournant néolibéral par des propositions d’Oskar Lafontaine à la fin des années 1980, mais ce tournant est devenu net sous le gouvernement Schröder à partir de 1998-1999 (Lafontaine représentait alors plutôt un courant keynésien).

21. Le PDS fait partie des gouvernements dans les « Lander » de Berlin et du Mecklembourg-Poméranie.

22. Au niveau du Land de Berlin.

23. Les tentatives du PDS de se créer une base électorale significative en Allemagne de l’Ouest se soldèrent par des échecs, tout au long de la décennie 1990 et encore au début des années 2000.

24. Les sondages annoncent une possible majorité SPD-PDS aux élections régionales de fin mars 2006 en Saxe-Anhalt.

25. Le droit électoral allemand interdit les regroupements de plusieurs partis politiques afin de former des listes communes et ne permet pas que plusieurs partis réunissent leurs députés pour atteindre le nombre suffisant afin de former un groupe parlementaire. C’est à cause de cela que les candidats da la WASG ont dû figurer sur les listes du PDS pour l’élection nationale en septembre 2005.

26. C’est-à-dire d’une liste concurrente à côté de celle du Linkspartei.PDS, lors des élections régionales à Berlin en septembre 2006.

27. Près de la ville de Rostock, au bord de la Baltique, dans le Land de Mecklenbourg-Poméranie et le nord de l’ex-Allemagne de l’Est.

28. « Interventionistische Linke » (IL) est un nouveau réseau de militant de différentes tendances de la gauche radicale, qui s’est constitué sur le plan national sans pour autant former une organisation structurée et qui s’inspire en partie de concepts comme ceux des centres sociaux en Italie ou les thèses de Michael Hardt et Toni Negri. A la différence du large milieu des « autonomes » (avec lesquels il y a des recoupements) ce réseau met la « question sociale » et le monde du travail au centre de ses préoccupations (non pas seulement l’antifascisme et l’antiracisme, mobilisations contre le transport de déchets nucléaires, questions du genre, de culture...) et est prêt à participer à de larges alliances. Quelques structures participant au réseau-alliance ont une formation marxiste ou un passé comme militant dans des courants de l’extrême-gauche des années 1970 ; tous les partenaires ont une identité « anti-léniniste », anti-parti, assez méfiante et distante envers la WASG — bien qu’il y a eu des débats en son sein sur un soutien critique avant les élections fédérales de septembre 2005.

Traduction : Bernard Schmid (de l'allemand) plus annotations

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