Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 551-552 juillet-août 2009 *

ANTILLES

Franchir une étape dans la construction d’un instrument politique des travailleurs et travailleuses

Appel du GRS

Manifestation du 30 janvier 2009 à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe). Photothèque Rouge/Frédéric Gircour

Manifestation du 30 janvier 2009 à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe). Photothèque Rouge/Frédéric Gircour

Si le mouvement social de février-mars a révélé un décalage avec les partis politiques institutionnels, c’est bien parce que les masses laborieuses qui constituaient la colonne vertébrale de ce mouvement ne disposent pas encore, à ce jour, d’une représentation politique qui leur soit propre, c’est-à-dire qui en soit l’expression fidèle et qui soit contrôlée par elles de bout en bout.

Cela ne signifie pas qu’il y a une absence de travailleuses et de travailleurs dans les partis majoritaires. Ces militant(e)s sont même souvent, sans jeu de mots, les chevilles ouvrières de ces partis. Mais en règle générale ces partis ne se conçoivent pas et ne sont pas des bras politiques du mouvement ouvrier.

Le problème de la construction d’une représentation politique propre du monde du travail reste donc pendant. Les forces qui l’ambitionnent, n’ont pas conquis une implantation suffisante dans la grande masse des travailleurs pour s’en prétendre l’expression achevée. Cette tâche stratégique est donc encore devant nous. Et personne ne peut prétendre y arriver avant que les masses laborieuses n’aient réalisé, dans la vie concrète réelle, des expressions de luttes majeures tant sur le plan social que sur le plan politique. Les dizaines de milliers d’actrices et d’acteurs de février-mars doivent mener des luttes, accumuler des expériences pour qu’en leur sein et en dehors surgisse l’instrument politique qui traduira jusqu’au bout leurs aspirations profondes.

Mais on ne peut se contenter de fixer cet horizon — qui suppose bien des transformations impliquant y compris des forces militantes existant au sein des partis institutionnels — sans poser, à chaque période, les jalons du combat dans cette direction.

Aujourd’hui, ici et maintenant, il est possible de faire un pas en avant. Il est possible de regrouper, suivant un rythme à définir et vérifier en commun, toutes celles et ceux qui, sans se prendre d’emblée pour le « grand parti des travailleurs » dont parle l’Internationale, veulent démarrer sans attendre une organisation capable de remplir aujourd’hui les tâches actuelles du combat émancipateur.

Contrairement aux expériences du passé, sans doute légitimes mais inadaptées aux temps présents, le regroupement que nous ambitionnons ne se fera pas sur la base de positionnements idéologiques étroits : trotskisme, luxembourgisme, maoïsme, guevarisme... mais en référence à des valeurs dont notre histoire nationale et l’histoire du monde ont prouvé positivement ou négativement la pertinence. Ces valeurs sont donc le produit de l’activité, en toutes saisons et sous tous les cieux, des combattantes et combattants de l’émancipation humaine. Elles découlent d’une compréhension du monde et d’une ambition transformatrice telles que nous l’ont légué Marx et Engels, dont l’œuvre commune a été enrichie, illustrée et quelque fois rectifiée par tant d’authentiques révolutionnaires.

Le parti dont nous appelons à la création ne peut selon nous se concevoir sans un socle intimement partagé de combats traduisant les valeurs correspondantes : le combat anticolonialiste, le combat anticapitaliste, la lutte écologiste, la revendication féministe, l’impératif internationaliste, l’exigence démocratique sous le signe puissant de l’indispensable solidarité.

Indépendamment des origines idéologiques de chacun, on peut travailler ensemble à la définition d’un socialisme pour le XXIème siècle, dès lors qu’on accepte de procéder à un bilant critique honnête et sans tabou des expériences du passé, en s’accrochant fermement aux valeurs énumérées plus haut.

L’expérience a également prouvé et continue de prouver que les proximités, voire même les identités idéologiques, ne suffisent pas à construire un cadre commun si on ne partage pas dans les grandes lignes une compréhension du pays, du monde, des tâches à accomplir ensemble, des règles permettant de conduire les débats internes.

C’est bien parce que nous avons l’intime conviction qu’au-delà des rangs du GRS il existe des centaines de militantes et militants d’accord sur l’essentiel de tout ce qui précède que nous leur lançons un appel sincère et ardent d’entrer en conversation, d’échanger pour approfondir et surtout mettre en pratique des convictions dont la première pourrait se résumer par une injonction : au commencement, il y a l’action ! L’action sans laquelle il n’existe pas de programme ni de projet et dont toute la situation nous prouve l’urgence absolue.

Nous sommes prêts ! Nous sommes prêtes ! Déterminé-e-s et disponibles. Contacté nou pou nou palé ! (1)

Nous reproduisons ici l’appel du Groupe Révolution Socialiste (GRS, section antillaise de la IVe Internationale) paru dans Révolution Socialiste N° 975 de juin 2009. On lira également avec intérêt un texte plus long en date du 22 mai — Appel pour la construction d’un nouveau parti, pour l’émancipation: http://s1.e-monsite.com/2009/05/16/69304785appel-pour-la-creation-d-pdf.pdf

Notes

1. Traduit du créole cela donne : « Contactez-nous pour en parler »

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