Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 653-654 juillet-août 2018

BRÉSIL

Le coup d’État de 2016, l’étape actuelle et les tâches de la gauche

Cf. aussi : [Brésil]

Insurgência

Insurgência est une des quatre organisations faisant partie de la section brésilienne de la IVe Internationale qui, comme la gauche révolutionnaire brésilienne en général, est actuellement divisée en courants publics.

Thèse 1. Le gouvernement Dilma a été renversé par un coup d’État institutionnel, au milieu d’une offensive de la droite réactionnaire et ultralibérale, créant ainsi une situation difficile pour la gauche et pour toutes les luttes populaires.

Synthèse

1.1. La destitution de la présidente Dilma Rousseff, du Parti des travailleurs (PT), d’abord à la Chambre des représentants le 17 avril 2016, puis confirmée au Sénat le 31 août 2016, a été un coup d’État institutionnel, semblable à ce qui avait eu lieu auparavant, en Amérique latine, au Honduras et au Paraguay. Michel Temer, du Mouvement démocratique brésilien (MDB), vice-président de D. Rousseff, a pris ses fonctions après la formation d’un bloc de forces conservatrices, partisanes de politiques économiques « orthodoxes » (qui visent la préservation des profits du capital financier et l’augmentation de l'exploitation du travail), et de l’application de mesures d’austérité dans la lutte contre la crise économique qui traverse le pays (réduction des dépenses sociales publiques, démantèlement du droit du travail, extension de la marchandisation des services de base, réforme des retraites…). Les secteurs hégémoniques du capital ont estimé que Dilma Roussef n’avait pas la force politique nécessaire pour mettre en œuvre les mesures impopulaires qui seraient, d’après eux, indispensables dans le contexte de crise. Le 15 décembre 2016, l’amendement constitutionnel 95 proposé par Michel Temer a été approuvé, limitant les dépenses publiques pendant 20 ans ; le 22 mars 2017, c’est au tour de la loi permettant l’externalisation du travail dans toutes les activités commerciales et dans plusieurs activités de l’État ; enfin, le 11 juillet 2017, la soi-disant réforme du travail a de facto enterré les fondements de ce qui avait été durant 70 ans (depuis la présidence de Vargas) le Code du travail – les nouvelles règles suppriment des droits des travailleurs tels que les montants supplémentaires en cas d’insalubrité et du risque de vie des salariés, facilitent le non-paiement des heures supplémentaires et introduisent le concept de « travail intermittent » permettant aux patrons « d’employer » des salariés un ou deux jours par semaine. Le social-libéralisme des gouvernements du PT a été remplacé par un gouvernement ultralibéral, clairement réactionnaire et antipopulaire.

1.2. L’inculpation de Dilma Roussef fut un coup d’État institutionnel antidémocratique, le poste de la présidence étant au Brésil le seul élu par un processus démocratique, avec un vote dans lequel tous les électeur·e·s ont un vote de poids égal – par opposition aux élections à la Chambre des députés, institution qui déforme la représentation populaire, et au Sénat fédéral, qui est une simple mascarade oligarchique.

La magistrature brésilienne est une bureaucratie élitiste imbriquée avec les classes dirigeantes, et imperméable à tout contrôle démocratique.

Le remplacement de D. Roussef par son adjoint M. Temer dénaturait un gouvernement démocratiquement élu, connecté à certains secteurs populaires, en le transformant en un gouvernement d’oligarques sans la légitimité du processus électoral, mis en place de manière opportuniste pour mettre en œuvre des politiques antipopulaires dans un contexte de crise économique. Le régime politique brésilien étant présidentiel, le « vote de confiance », permettant de renverser les gouvernements dans les systèmes parlementaires, n’est pas prévu dans la Constitution. Les arguments utilisés pour le départ de Dilma étaient strictement casuistiques. Le processus a catalysé toutes les expressions du conservatisme atavique présent dans la société brésilienne, qui a occupé le centre de la scène politique.

1.3. La politique menée par le gouvernement central dirigé par le PT a bénéficié, entre 2003 et 2013, du boom économique provoqué par l’exportation de produits de base. Cela a conduit à un approfondissement de la désindustrialisation du pays et a permis aussi aux deux gouvernements de Luis Inácio Lula da Silva et au premier gouvernement de Dilma Roussef d’accorder d’extraordinaires profits au capital financier, de stimuler plusieurs secteurs capitalistes nationaux et de renforcer les politiques distributives auprès des secteurs les plus marginalisés de la population, grâce au réajustement du salaire minimum au-dessus de l’inflation et de politiques compensatoires. Les politiques redistributives ont permis l’entrée de larges secteurs de travailleurs dans un marché de consommation de masse dont ils étaient exclus auparavant, ce qui explique pourquoi aujourd’hui Lula garde une énorme popularité parmi les secteurs les plus pauvres de la société.

1.4. L’économie brésilienne est entrée, au cours des trois dernières années (2015-2017), dans une récession, la plus profonde depuis 1929, en ligne avec le ralentissement de l’économie mondiale (qui avait déjà frappé le niveau d’activité en 2009). Elle a été aggravée par les incertitudes politiques ouvertes par les mobilisations de 2013. La grande offensive conservatrice qui a suivi a été rendue possible par la façon dont les gouvernements PT avaient mené leurs relations avec les classes bourgeoises (grâce à des alliances pragmatiques avec des forces très conservatrices et même ouvertement réactionnaires), et avec la classe ouvrière (cherchant essentiellement à étendre l’insertion de celle-ci dans le marché par la consommation, sans avancées de conscience et de participation politique). Le processus a modifié les rapports de forces au détriment des exploités et des opprimés, rendant ainsi la situation assez tendue.

La composition du Parlement élu en 2014 est la plus conservatrice depuis la fin de la dictature militaire, dominée par la coalition défendant les intérêts du grand capital financier national et international – entre le lobby des grands agriculteurs (production de produits de base principalement destinés à l’exportation), le « lobby de la Bible » (coalition entre les représentants des Églises évangéliques et catholique, avec un grand poids des évangéliques « néopentecôtistes ») et le « lobby de la balle » (officiers de la police militaire et délégués de la police civile). Cette coalition politique réactionnaire exprime la volonté de certains secteurs de la bourgeoisie de rompre avec les logiques d’ouverture de droits, de solidarité et de justice sociale, caractéristique que M. Temer n’a pas hésité à incorporer dans son gouvernement. C’est l’affirmation d’une société néolibérale sans limites, dans laquelle le marché et la logique commerciale de la concurrence et de la prédation dépassent le champ de l’économie pour envahir la vie sociale et politique, ainsi que le champ de la subjectivité et de la relation avec la nature.

1.5. L’offensive conservatrice était aussi une réponse aux manifestations de 2013 qui ont défié le système politique en général. En juin de cette année, 24 millions de personnes, principalement des jeunes, sont descendues dans les rues de centaines de villes brésiliennes autour de revendications progressistes de meilleurs services de transport, d’éducation et de santé et contre le système politique corrompu en place. Ces jeunes se sont articulés dans des réseaux sociaux. Ils étaient convaincus que cela valait la peine d’occuper l’espace public pour dire que les choses devaient changer – un écho local de la vague mondiale de réactions à la crise de 2008 (Printemps arabes, Indigné·e·s, Occupy Wall Street…) – partageant en ligne leurs revendications, leurs méthodes d’action et leur rejet du système politique établi. Les manifestations avaient comme arrière-plan les exigences non prises en compte par le programme traditionnel du PT : celles des femmes et des LGBT contre l’offensive conservatrice déclenchée au Congrès par les évangéliques qui soutenaient Dilma ; les protestations contre les travaux liés à la Coupe du monde du football 2014 (qui se limitaient à la construction de stades pharaoniques et surfacturés) ; les mobilisations contre des entreprises de prédation de la nature et en défense des peuples autochtones (contre le nouveau code forestier et la centrale hydroélectrique de Belo Monte, en solidarité avec les Guaranis Kaiowas…) ; les manifestations pour les transports publics gratuits dans plusieurs capitales du pays par des groupes autonomistes.

Si avec Lula on a eu un déplacement de la base sociale du PT des sections organisées de la classe ouvrière et des classes moyennes progressistes vers les masses pauvres et exclues, jusque-là absentes de la scène politique, en 2013 on a assisté à la mobilisation d’une grande partie de la population urbaine, y compris les bénéficiaires des politiques des gouvernements Lula et Dilma, qui demandait plus de droits, des services publics et aussi la moralisation de la vie politique.

1.6. Les mobilisations de 2013 ont également été investies par des secteurs réactionnaires, qui y voyaient un moyen de s’opposer au gouvernement Dilma en l’associant à la corruption dominante dans tout le système politique brésilien – un système terrifié par l’ampleur des manifestations. Le PT a vu dans les protestations une mobilisation de la droite et n’a réagi que très lentement pour disputer les rues. La CUT et le MST n’ont jamais compris ce qui s’était passé, et ils ont tâché de construire de « véritables » manifestations dirigées par la « classe ouvrière organisée » – ce qui a échoué. C’était le dernier moment où le PT aurait pu reprendre l’initiative en changeant la direction de la politique institutionnelle brésilienne. Mais cela aurait signifié subvertir les règles de la gouvernance conservatrice et introduire la radicalisation des mobilisations de masse contre le droit et le système politique auquel il était déjà attaché. Ce fut aussi le moment où le PSOL sortit de son isolement politique, devenant, en fait, le parti de gauche de l’opposition au pétisme avec une identification plus large.

Mais dans l’opposition qui a suivi, c’est la droite qui a réussi le plus rapidement à occuper le vide politique laissé par le PT. Les mouvements idéologiques conservateurs et non institutionnels, inspirés par la droite radicale des États-Unis, ont défendu la centralité de la lutte contre la corruption et l’ont dirigée contre le gouvernement Dilma. La lutte idéologique a ensuite été hégémonisée par les actions du pouvoir judiciaire, déclenchant l’opération « Lava Jato » (1), et par les médias dominants, qui se sont fait l’écho des accusations judiciaires, dont les initiatives ont été amplifiées par les mobilisations de droite contre le PT.

En réponse, le PT a idéologiquement radicalisé la campagne pour la réélection de Dilma en octobre 2014, la présentant comme une personne avec une trajectoire de gauche cohérente contre Aecio Neves (PSDB) et son programme. Ce dernier a perdu l’élection, mais de peu. Pourtant, Dilma Roussef a commencé son deuxième mandat, en janvier 2015, en appliquant une politique d’austérité très forte, en essayant « d’apaiser le marché », exactement ce qu’elle avait dit qu’elle ne ferait pas (et qui était exactement la proposition de son adversaire vaincu). Elle n’a jamais été capable de reprendre l’initiative politique.

1.7. Le coup d’État institutionnel exprime la crise du régime politique établi par la Constitution de 1988, après la dictature militaire, la soi-disant Nouvelle République.

Née au milieu de la crise du développementisme, avec l’adhésion au néolibéralisme, la nouvelle République fut d’abord très instable (le premier président élu, Fernando Collor de Mello, a été destitué par impeachment en 1992). Elle s’est stabilisée ensuite pendant les gouvernements de Fernando Henrique Cardoso (FHC) et de Lula, grâce à l’accord entre les nouvelles forces politiques de la société brésilienne, les représentants du grand capital financier mondialisé et certains secteurs populaires. FHC et Lula ont pu composer avec les représentants des oligarchies traditionnelles, qui exercent un contrôle séculaire sur l’État brésilien. C’est cet accord qui est entré en crise après les manifestations populaires de 2013, lorsque les secteurs oligarchiques ont essayé de transformer le changement de gouvernement en un changement de régime. Cette manœuvre visait à établir une institutionnalité moins vulnérable aux pressions populaires. Si la nouvelle République est un régime oligarchique qui a institutionnalisé « le vestige autoritaire » hérité de la dictature militaire (y compris la protection de l’appareil répressif, à ce jour militarisé), l’objectif est d’établir un système étanche à la pression populaire, un état d’urgence permanent.

1.8. Ce diagnostic de la situation politique au Brésil est partagé par la grande majorité du PSOL, mais il existe des visions alternatives de ce qui se passe dans le pays, à gauche en général et aussi au sein du PSOL. Car le nouvel élément à prendre en compte après 2015 (et dont le rôle est décisif dans le coup d’État parlementaire) est l’apparition d’une vague de mobilisations réactionnaires massives à partir du 15 mars, avec une base sociale composée par les classes moyennes urbaines. Ces mobilisations ont prêché la démission du gouvernement Dilma, mais elles n’ont jamais défendu aucune revendication progressiste. Il s’agissait de mobilisations anti-socialistes, contre la défense des droits populaires, avec certains secteurs (quoique minoritaires) prêchant ouvertement une intervention militaire.

C’est ainsi qu’une énorme contradiction est apparue, qui est à la base du rapport de forces défavorable aux classes populaires : la chute du PT, de ses gouvernements sociaux-libéraux, est le résultat des pressions de la droite à travers une mobilisation dans les rues, et non pas d’un dépassement par la gauche. Le coup d’État a ensuite changé catégoriquement le rapport de forces, et il a ouvert une étape de réarrangement ultralibéral de l’État brésilien. Bien qu’il y ait eu depuis des résistances sociales dans le pays, comme la grève générale d’avril 2017, cela n’a pas suffi pour renverser le vecteur de l’équilibre des forces, ni bloquer les principales réformes approuvées jusqu’alors, malgré la forte crise de légitimité du gouvernement Temer.

1.9. La conséquence logique de notre vision de la conjoncture et du rapport de forces c’est qu’une nouvelle période a commencé. Dans cette période, le plus important pour Insurgência est de poursuivre une politique de front unique et une tactique d’unité d’action pour faire face à l’offensive du capital et de la droite.

En général, la grande majorité du PSOL et de ses forces partagent ce point de vue, à commencer par le groupe parlementaire fédéral du parti. Mais le coup d’État a été un tournant dans la gauche, car plusieurs secteurs de la gauche ne partageaient pas ce point de vue – ils sont symbolisés par le PSTU, mais concernent également certains groupes d’importance au sein du PSOL. Ils ne reconnaissent pas l’existence d’un coup, le caractérisant en général comme une modification dans la gouvernance des castes politiques, et sont même allés jusqu’à flirter avec les mobilisations réactionnaires. Dans le cas de CST, en écrivant en 2015 que celles-ci étaient progressistes. Dans le cas du PSTU, en défendant un « Dehors tous les politiciens ! » qui, bien que radical en apparence, a été assimilé par la droite (« Dehors tous les politiciens ! » signifiait en pratique « Dehors le PT ! », le parti qui a dirigé le pays pendant 10 ans).

D’autres groupes ont lancé une politique en faveur d’un troisième camp politique dans le pays avec l’appel à de nouvelles élections (à notre avis une variante démocratique du « Dehors tous les politiciens »), en proposant une alliance du PSOL avec la « Rede Sustentabilidade », parti politique de Marina Silva (qui a défendu la destitution de Dilma Roussef, bien que son parti ait été divisé au niveau national), et le PPL (Partido Patria Libre, parti nationaliste qui provient d’un secteur de la gauche stalinienne brésilienne, anciennement connu comme MR-8), qui a ouvertement défendu le coup d’État et même pris part à la mobilisation réactionnaire.

Ces secteurs ont en commun le rejet d’une politique de front unique avec le PT, ainsi qu’avec les instruments du PT dans les mouvements sociaux, pour arrêter le coup et contrer la mobilisation réactionnaire. Mais il n’y a jamais eu de place pour un troisième camp d’opposition dans le pays. Au contraire, dans le rapport de forces actuel, une polarisation est apparue : on était soit pour, soit contre le coup d’État, avec toutes les conséquences tactiques qui allaient de pair. La principale manifestation en faveur du « Dehors tous les politiciens ! » convoquée par la centrale syndicale dominée par le PSTU, CSP Conlutas, en 2016, a réuni 1 500 personnes à São Paulo… Alors que le conflit dans les rues se mesurait en centaines de milliers, voire des millions, c’était une mobilisation marginale.

1.10. Les manifestations de 2013 ont apporté de nouveaux éléments pour la réorganisation à gauche, notamment un fort renouvellement générationnel et l’incorporation de nouvelles revendications et de nouvelles façons de faire de la politique.

Les changements arrivés en 2015 ont montré l’épuisement du modèle de production développementiste du PT. Ils ont aussi ouvert la voie et conduit à la victoire d’une droite massive au service d’une brutale offensive du capital, qui pèse sur le processus de réorganisation de la gauche. Rien de progressiste n’a émergé sur le terrain de cette réorganisation depuis 2015, en dehors de la politique d’unité d’action et de front unique. C’est là qu’a émergé un grand secteur indépendant, dirigé par le PSOL et par le Mouvement des travailleurs urbains sans-abri (MTST) au sein des mouvements sociaux. Ces deux vecteurs concentrent leurs efforts pour faire apparaître et structurer une nouvelle alternative sociale, assez large pour attirer tant les nouvelles générations que d’importants secteurs influencés par le PT, rompant avec leur direction historique.

1.11. Les élections d’octobre 2018 – élisant le président, les gouverneurs d’État, les députés fédéraux et d’État et les deux tiers du Sénat – sont maintenant l’horizon des conflits politiques en cours dans le pays. Un candidat d’extrême droite, le député fédéral et militaire de réserve Jair Bolsonaro, atteint dans les sondages 15 % à 20 % des voix. Lula est en tête de tous les sondages autour de 35 % des voix, étant perçu comme un représentant de la gauche par la grande majorité de la population. Et aucun candidat de l’establishment politique n’a jusqu’ici été en mesure d’entrer dans la polarisation – le mieux placé, Geraldo Alckmin, du PSDB, gouverneur de São Paulo, n’atteint que la moitié des suffrages de Bolsonaro.

En même temps, le processus de mise en accusation de la candidature de Lula, déjà condamné en première instance par le juge Sergio Moro (sur des bases juridiques très contestables et ouvertement partisanes) se poursuit. Bien que Lula puisse composer avec les secteurs qui ont renversé Dilma Roussef, une stabilisation conservatrice à l’issue de la crise politique présuppose l’impossibilité de la candidature de Lula et l’élection d’un leader du système.

1.12. Ce n’est pas le sujet de ce document, mais nous considérons qu’il est évident que la situation brésilienne est insérée dans une inflexion générale vers la droite en Amérique latine dans la période la plus récente, après l’épuisement du cycle politique du soi-disant « progressisme ». Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce changement : la réorganisation de la politique des centres de pouvoir de l’impérialisme en quête d’une issue à la crise ouverte en 2008 par l’approfondissement du programme néolibéral ; l’épuisement et les limites des modèles économiques de néo-développement ancrés dans l’extractivisme ; l’émergence, avec la mise en évidence des limites de ces modèles, d’alternatives à la droite pour surmonter la crise économique et sociale sur le continent ; l’absence de rupture claire, dans le cycle précédent, avec la dépendance du marché mondial, même dans les pôles les plus avancés du progressisme latino-américain, comme le Venezuela.

Thèse 2. Un processus de recomposition de la gauche socialiste a commencé, qui passe par la défaite de l’offensive ultralibérale de la droite et par le dépassement de l’hégémonie du PT dans les classes populaires.

2.1. Notre vision de la réorganisation stratégique de la gauche part du constat que le « modèle Lula » et ses outils se sont épuisés en tant que facteurs de transformation de la société brésilienne – y compris les paradigmes néodéveloppementiste, néoextractif et productiviste qui ont guidé les gouvernements de Lula et Dilma. Un long cycle historique de la gauche a pris fin et un processus nouveau et complexe de réorganisation a été ouvert. Ce processus a des rythmes qui ne peuvent pas être définis à l’avance ; il est encore très fragmenté à cause de la situation historique après l’effondrement des régimes bureaucratiques ; il est aussi marqué par la lente agonie du projet du PT et de ses outils et par l’incompréhension de la part de la gauche révolutionnaire des changements en cours dans les structures sociales et de leurs conséquences politiques pour la réorganisation (changements dans la morphologie du monde du travail, centralité de la lutte contre les oppressions, crise environnementale accélérée…). Finalement, comme dans les cycles précédents, la réorganisation de la gauche et des mouvements aura un caractère stratégique, programmatique et de renouvellement ou de formation de nouveaux instruments de lutte. C’est ce qui est en jeu en ce moment pour les prochaines années.

2.2. Le PSOL a occupé et occupe une place indispensable et historique pour ces tâches. Depuis sa création en 2004, il s’est efforcé d’être un pôle de regroupement cohérent et est devenu une opposition de gauche au cycle des gouvernements dirigés par le PT. Dans des conditions politiques défavorables (étant donné le poids et la popularité du PT jusqu’au milieu de cette décennie), face au danger de la fragmentation et de la dispersion, le PSOL a gardé ses portes ouvertes à toutes les expressions progressistes qui en avaient assez du lulisme et qui voulaient établir un dialogue avec ou adhérer au PSOL.

2.3. Le poids du lulisme comme direction politique et sociale hégémonique dans la classe ouvrière depuis des décennies, le peu d’espace laissé pour une alternative de masse au PT et le poids de l’opposition bourgeoise de droite a condamné le PSOL, jusqu’à récemment, à occuper un espace très minoritaire dans la société brésilienne. Ce n’est que récemment, dans certains États comme Rio de Janeiro, que le PSOL est devenu une option électorale pour les masses. Depuis sa fondation, le PSOL a été caractérisé davantage comme un parti-front, un rassemblement de courants/tendances, se présentant uni dans les élections, avec une certaine viabilité électorale. En général il n’agit pas de manière unitaire organique au sein des mouvements sociaux. Le parti n’a pas non plus un fonctionnement régulier et démocratique de ses instances ou des lignes stratégiques bien définies. Il vit une tension permanente entre le poids des anciennes stratégies, qui ont condamné la gauche brésilienne à l’adaptation institutionnelle, et la recherche d’une nouvelle réflexion stratégique, de nouvelles façons de faire de la politique, de fonctionner et de rechercher une relation prioritaire avec les mouvements sociaux.

2.4. Cependant, depuis les manifestations de juin 2013 de nouveaux acteurs sociaux, une nouvelle génération dans l’activité politique, les exigences de la lutte féministe, écologiste, antiraciste et LGBT ont commencé à faire bouger le parti, ce qui montre que le PSOL est un parti vivant. Il a occupé une partie significative de cet espace et de la représentation de ces demandes depuis les élections de 2014. En jouant un rôle dans la lutte contre le coup d’État et le gouvernement Temer, le PSOL a gagné une légitimité en tant qu'outil politique capable, dans l’avenir, de présenter un nouveau projet socialiste avec une capacité de contestation massive.

2.5. Après les élections de 2014, un processus d’expansion du PSOL a été ouvert aux secteurs politiques et sociaux liés auparavant à d’autres partis, ainsi qu’aux mouvements sociaux, particulièrement aux mouvements luttant contre les oppressions, pour la défense de la démocratie, et à la gauche marxiste révolutionnaire. Par exemple, deux des six députés fédéraux actuels du PSOL viennent du Partido Socialista Brasileiro (PSB, un regroupement rassemblant depuis la gauche centriste jusqu’aux oligarques latifundistes du Nordeste) ; un secteur lié à la lutte environnementale, dissidence de la Rede Sustentabilidade, appelé Raíz (Racine, en traduction libre), a également rejoint le PSOL ; de même, un groupe féministe populaire, appelé Muitas (beaucoup de femmes, en traduction libre), qui a fait élire deux conseillers municipaux à Belo Horizonte, capitale de l’État de Minas Gerais. Des organisations traditionnelles du marxisme révolutionnaire brésilien comme Gauche Marxiste et le MAIS (Mouvement pour une alternative indépendante et socialiste), ce dernier, une rupture récente et expressive du PSTU, ont également rejoint le parti. Le processus actuel d’alliance avec le MTST et l’afflux potentiel des milliers de militants jeunes, noirs, femmes, LGBT et indigènes sont d’autres exemples pour comprendre que le parti est un facteur visible de la réorganisation de la gauche brésilienne. Cela se voit aussi dans les bons résultats du PSOL aux élections municipales de 2016 et dans la croissance des affiliations en 2017 : l’année dernière, c’est le parti au Brésil qui a le plus grandi, proportionnellement, en termes de nouveaux membres.

2.6. Un autre aspect de la nouvelle phase de la réorganisation est la croissance du Mouvement des travailleurs urbains sans-abri (MTST). Ce mouvement, après 2013, occupait l’espace central dans la lutte pour le logement dans les grandes villes, en croissance à partir de São Paulo, la plus grande métropole du pays. Mais il a eu également un rôle politique important en proposant un front pour les réformes populaires depuis la fin de l’année 2013, avec un poids central dans diverses mobilisations. Le MTST a lancé cette initiative à partir d’une évaluation selon laquelle les journées de juin ont montré l’épuisement du modèle de Lula. Puis, durant le coup d’État, il a lancé et construit un front des mouvements sociaux et partis politiques. Ce front s’appelle Front du peuple sans peur (FPSM).

2.7. Tout en regroupant aussi des anciens instruments s’identifiant au bloc de soutien au PT (CUT, UNE, des secteurs du PCdoB en font partie), le FPSM s’est affirmé comme une alternative au Front Brésil Populaire (FPB) – une initiative vraiment contrôlée par le lulisme (composé par les directions nationales du MST, de la CUT, du PT, du PCdoB et la Consulta Popular). En effet, le Front du peuple sans peur a été créé comme un espace indépendant avec une prédominance des secteurs liés au PSOL, au MTST et à la gauche catholique plus combative, qui a gagné l’adhésion des mouvements féministes, des Noir·e·s et des LGBT. La gauche gouvernementaliste est entrée dans le FPSM pour le contester et pour vider l’initiative. Comme elle a échoué, elle a formé le FBP.

Au cours de la dernière période, le FPSM a lancé une politique d’enracinement territoriale et sectorielle basée sur l’idée de territoires : les quartiers sans peur, les Noires et Noirs sans peur, les femmes sans peur, les LGBT sans peur, etc. Au cours de la deuxième moitié de 2017, le FPSM a également lancé et promu un cycle de débats qui s’est matérialisé dans l’initiative de la plateforme « Allons-y – sans peur de changer le Brésil ». Cette initiative a été traduite dans une plateforme programmatique qui, bien que n’étant pas un programme de transition de la révolution brésilienne, est une première synthèse de lignes directrices programmatiques qui constituent une base de confrontation avec le capitalisme brésilien.

2.8. Le PSOL a pris part aux débats de la plateforme « Allons-y, sans peur de changer le Brésil » par le biais de ses parlementaires, de la plupart de ses courants et des ses élus locaux qui ont une compréhension commune du sens du coup d’État 2016 et de ses conséquences sur l’environnement et la réarticulation des forces socialistes. Une nouvelle étape de réorganisation a ainsi été ouverte dans laquelle le PSOL devient un outil fondamental de la recomposition de la gauche. Une des conséquences de ceci est que les alignements précédents dans le parti ont commencé à tomber et sont devenus relativement obsolètes.

2.9. Ainsi, Insurgência s’est lancée, au VIe Congrès du PSOL (début décembre 2017), à la recherche d’alignements politiques à partir de la vision commune de la situation politique au Brésil après le coup d’État de 2016 et avec une plateforme programmatique pour la nouvelle étape de la réorganisation de la gauche au Brésil. Pratiquement, cela veut dire nous proposons : l’alliance du PSOL avec MTST dans les élections de 2018 autour de la candidature de Guilherme Boulos pour la présidence de la République ; que le PSOL approfondisse ses relations avec la construction du FPSM comme outil principal de la réorganisation de la gauche et des mouvements sociaux ; la proposition d’un programme et d’une stratégie pour ce nouveau cycle, qui permet de surmonter l’ancien programme PT et sa stratégie de conciliation de classe ; que les instances du PSOL aient un fonctionnement démocratique et régulier, se consolidant comme un parti vivant et pas seulement un front électoral, et qu’il soit un espace ouvert pour les activistes et les secteurs qui se déplacent à gauche dans les mouvements sociaux, dans la jeunesse, dans l’écologie, dans les luttes contre les oppressions.

2.10. Mais les alignements des courants du parti en blocs relativement artificiels se sont maintenus, au moins en partie, dans le dernier Congrès du parti : la composition majoritaire, l’Unité Socialiste, dirigée par le regroupement Acción Popular Socialiste-CC, d’un côté ; et le Bloc de Gauche, de l’autre (la somme d’une quinzaine d’organisations, qui ont essentiellement en commun une critique de la conduite bureaucratique du parti par le bloc majoritaire et s’allient pour être mieux représentés au sein de la direction du PSOL). Mais il n’y a pas d’unité politique cohérente entre les secteurs qui composent le Bloc de Gauche face aux tâches de conjoncture et de recomposition. Il suffit de mentionner les visions opposées dans ce bloc à propos du coup d’État de 2016, le fait qu’à l’intérieur il y a des partisans des cinq pré-candidats à la présidence de la République qui ont été lancés à l’intérieur du parti et qui sont divisés par rapport à la participation dans le Front du peuple sans peur – il y a ceux qui préconisent la construction d’un front alternatif sans secteurs de la base pétiste.

D’autre part, bien que la direction majoritaire du parti ait été d’accord sur une lecture politique de la situation et des tâches depuis avril 2016, les courants comme Insurgência, Rosa Zumbi (une dissidence de l’APS-CC), l’ensemble des parlementaires fédéraux et les secteurs régionaux indépendants ne voyaient pas les contitions pour composer une alliance avec Unité Socialiste pour le VIe Congrès, compte tenu de l’évaluation politique du rôle joué par la direction du parti dans la période précédente et des débats non résolus sur le fonctionnement et la conception du parti. C’est pourquoi au cours de la préparation du VIe Congrès du PSOL nous avons lutté contre les alignements artificiels dans le parti, et au Congrès nous avons présenté une plateforme, soutenue par 7,5 % des délégués, composée d’Insurgência, de certains groupes et de secteurs indépendants du parti et de parlementaires comme Marcelo Freixo, Chico Alencar et Jean Wyllys, entre autres.

2.11. L’expérience du PSOL apporte, avec ses contradictions et ses limites, une leçon fondamentale aux révolutionnaires, l’importance de construire, dans la phase historique actuelle, des partis socialistes larges et pluralistes comme espaces de convergence politique pour faire avancer la recomposition stratégique de la gauche socialiste. S’il n’y avait pas de parti qui agisse comme un « abri » ou un « parapluie » de la gauche critique du « lulopetisme » (ou de ce qui se nomme « progressisme »), nous vivrions aujourd’hui une situation encore plus difficile, une fragmentation plus grande, une complète impuissance et un manque d’alternatives. C’est l’existence du PSOL en tant que parti pluriel et relativement démocratique, construit à partir de 2004, qui nous permet d’avoir la possibilité de lutter pour un Brésil après le PT ou après Lula.

Thèse 3. Les orientations et les rythmes de la recomposition de la gauche seront décidés dans le processus de confrontation des projets politiques pour le Brésil, ce qui exige une intervention forte dans l’élection présidentielle de 2018. Dans le contexte actuel, ceci n’est pas possible sans la candidature de Guilherme Boulos, leader du MTST.

3.1. Nous sommes entrés dans un nouveau et long cycle de recomposition de la gauche brésilienne et du mouvement de masse, car le long cycle politique et social hégémonisé par le PT, ses instruments et sa stratégie est en train de finir. Le PT ne sera pas un facteur de réorganisation transformatrice ni du sauvetage des idées socialistes, étant donné que c’est un parti de l’ordre bourgeois et profondément ancré dans le conflit interne au capital de l’État oligarchique brésilien – même s’il est maintenant dans l’opposition. Cela ne signifie pas qu’il n’aura pas le poids électoral, comme c’est le cas avec les partis socialistes dans certains pays du monde, mais sa puissance novatrice est épuisée.

3.2. Cette nouvelle étape a déjà commencé, et 2018 sera une année décisive en ce qui concerne l’instabilité politique du pays, mais aussi les luttes sociales contre les réformes du gouvernement Temer, tout comme lors des élections d’octobre. L’enjeu pour le PSOL, c’est d’apparaître comme un outil politique utile pour la nouvelle étape historique de réorganisation, de ne pas se fermer aux nouveaux phénomènes de réorganisation, en gardant les portes ouvertes à la possibilité d’ajouter de nouveaux secteurs, en avançant dans l’alliance avec le MTST et en sachant établir des accords stratégiques avec des mouvements sociaux indépendants.

3.3. Ainsi, pour Insurgência, les principaux défis pour 2018 sont les suivants :

a) Présenter Guilherme Boulos, leader principal du MTST, en tant que candidat du PSOL à la présidence, et Sonia Guajajara, une importante dirigeante des peuples originaires, en tant que candidate à la vice-présidence. Ces candidatures symbolisent une alliance du parti avec des mouvements sociaux urbains indépendants et des mouvements indigènes, une alliance de la ville avec la campagne et la conception d’un nouveau modèle socio-environnemental pour le pays.

b) Contribuer à cette candidature en proposant un profil antisystème, radical et populaire et en défendant les revendications de la classe ouvrière, des jeunes, des sans-abri et des sans-terre, des Noir·e·s, des femmes, des LGBT et des peuples originaires. De l’alliance du PSOL avec tous les mouvements référencés sur la plateforme Guilherme Boulos - Sonia Guajajara, nous partons en 2018 avec un pôle qui est l’outil principal de la politique de la recomposition de la gauche brésilienne.

c) Contribuer, sur la base de ce profil et de ce qu’a synthétisé la plateforme « Allons-y – sans peur de changer le Brésil », à une nouvelle construction programmatique pour le Brésil, en soulignant certains éléments stratégiques tels que :

• le dépassement du néodéveloppement extractif d’un point de vue écosocialiste,

• la nécessité d’une rupture radicale avec l’oligarchie de l’État brésilien et

• l’internationalisme.

d) Intervenir avec plus de poids dans le Front du peuple sans peur afin d’élargir son insertion dans les luttes sociales, dans les espaces territoriaux, dans les secteurs sociaux de la classe ouvrière et dans les mouvements sociaux qui luttent contre les oppressions.

e) Participer aux élections avec un rôle de premier plan non seulement dans la campagne de Boulos, mais aussi dans les deux États où nous avons le plus de responsabilités (Bahia et Rio de Janeiro) et dans des campagnes pour conquérir aussi des mandats parlementaires pour notre courant et pour nos alliés au sein du parti.

3.4. Cette politique pour les élections de 2018 est structurée autour d’une alliance inédite entre le PSOL et les mouvements sociaux : le MTST et d’autres mouvements (y compris culturels et de communication) qui se joindront à cette campagne. Ce n’est pas, à ce moment-là, une adhésion au PSOL, mais une alliance stratégique. Aucun des acteurs impliqués – la grande majorité du PSOL, du MTST et des mouvements concernés – ne travaille autour de l’idée d’une alliance purement électorale qui se terminera par les élections du 7 octobre (premier tour) et du 28 octobre (second tour). L’objectif est de développer cette alliance et d’établir des bases pour de nouvelles synthèses politiques et programmatiques et la construction d’instruments politiques communs pour disputer la nouvelle phase de réorganisation de la gauche au Brésil.

3.5. Ce qui est en jeu au Brésil dans les années à venir c’est, tout d’abord, un ample secteur de bases sociales, de militants et de cadres de gauche historiquement hégémonisés par le lullisme et le pétisme, mais qui sont en crise avec la vieille stratégie et l’ancienne direction et qui commencent à bouger. S’il n’y avait pas ce facteur de contention que la candidature de Lula exerce encore à ce stade, ce déplacement serait plus avancé, en fonction de la crise du pétisme et la recherche du dialogue avec le PSOL après les élections municipales de 2016. La candidature de Boulos au PSOL est une puissante expression du potentiel de déplacement de grands secteurs tels que les mouvements sociaux, les jeunes, les intellectuels, la gauche catholique, les secteurs ou les dissidents régionaux du PT.

3.6. C’est aussi l’enjeu de la nouvelle génération de jeunes militant·e·s et de mouvements anti-oppression qui ont pris de l’importance en juin 2013. La clé de cette nouvelle phase de la réorganisation sera de conduire dans la même direction ces deux ensembles d’acteurs qui se sont exprimés ces dernières années dans une série de luttes sociales et qui ont présenté un désenchantement critique envers la direction traditionnelle du mouvement de masse du pays.

3.7. Sans aucun doute, ces déplacements poseront de nouveaux défis, opportunités et risques pour le PSOL. Nous sommes au début d’un processus qui peut être large, mais dont le format est loin d’être défini. Aujourd’hui, le Front du peuple sans peur est déjà un espace d’articulation entre les mouvements sociaux et les partis de la gauche socialiste – le PSOL et le PCB participant officiellement au front. Est-ce que le PSOL aura la capacité d’être le porte-parole politique de l’alliance que nous construisons, rassemblant les cadres et les secteurs de toute cette pluralité ? Est-ce que cette expérience consolidera un nouveau mouvement-parti autour du PSOL et avec son sigle ?

Il existe aujourd’hui plusieurs courants et mouvements avec des positions intermédiaires entre le PSOL et le PT. Les déplacements politiques de ces secteurs peuvent exprimer à la fois des redéfinitions politiques stratégiques et des repositionnements de nature tactique. Si le PSOL devient le débouché d’un fort déplacement, cela ouvrira un débat sur les limites et les critères politiques et programmatiques pour le reformatage de ce parti.

Tout ce processus de recomposition aura une dimension programmatique, y compris ses dimensions stratégiques. Nous devrons promouvoir de nouvelles synthèses capables de guider un nouveau cycle long de la gauche brésilienne, en dialogue avec la gauche latino-américaine et mondiale. Cela dépend d’expériences fondamentales qui sont loin d’être données ; le processus que nous vivons aujourd’hui au Brésil est très fort, mais suffira-t-il pour lancer cette impulsion ?

3.8. La place d’Insurgência dans cette situation complexe, défensive pour les exploités et opprimés, mais avec une recomposition déjà en cours dans la gauche et dans le mouvement, sera un protagonisme militant pour agir dans une vaste réorganisation. Nous chercherons à être un secteur cohérent et organisé engagé dans la construction du PSOL, dans son insertion dans les mouvements et dans sa recherche de nouvelles synthèses programmatiques et stratégiques. Le secret sera de travailler à une vaste réorganisation du mouvement et de la gauche, mais sans se diluer au sein des nouveaux instruments, en maintenant et développant une solide organisation marxiste-révolutionnaire, qui ne soit pas doctrinaire ni sectaire face aux nouveaux phénomènes et déplacements qui ont déjà commencé au Brésil.

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