Inprecor
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Dernières nouvelles 2010

CONTRIBUTION RÉSOMTION CLIMAT

Réflexions sur le rapport de Daniel Tanuro, préparatoire au 16e congrès de la IVe Internationale, à partir de l’expérience du NPA

Cf. aussi : [Seizième Congrès] [Climat]

Jean-Louis Marchetti et François Chesnais

La question climatique comme question de direction et la nécessité de la poser en termes de classe

Le rapport de Daniel Tanuro sur le changement climatique, préparatoire au prochain congrès mondial, n’est pas passé inaperçu dans le NPA. Il a fait l’objet de deux textes de discussion de Michel Löwy et de Bruno Bajou qui ont été mis en ligne sur le site de Inprecor. Mais jusqu’à aujourd’hui, ni le rapport, ni la question climatique, n’ont donné lieu à un débat dans les instances nationales du NPA, seul moyen qui permette à l’ensemble du parti de s’emparer de cette question. En France, la préparation de Copenhague a été déléguée au petit noyau de militants de la région parisienne de la commission nationale écologie (CNE), auxquels on a laissé la responsabilité de déterminer seuls l’orientation, ce qu’ils ont accepté sans objection avant de commencer à en mesurer les inconvénients. En effet, en dépit de tout ce qui s’est passé à Copenhague en décembre, l’absence d’intérêt des instances nationales et le manque de moyens politiques et matériels accordés à la CNE se sont encore accrus en janvier. L’enthousiasme personnel dont témoigne le rapport de Daniel Tanuro est évident. Mais son texte est peut-être pour quelque chose dans ce réflexe de délégation aux spécialistes. L’extrême longueur du rapport et son ambition de couvrir tous les aspects de la crise climatique et de toucher aussi à pas mal d’autres questions écologiques, ne facilitent pas sa lecture, pour dire le moindre. Le rapport inclût des considérations relatives à une prétendue « erreur écologique de Marx », construction théorique propre au rapporteur pour laquelle celui-ci semble chercher la caution de l’Internationale. Le rapport se termine par la perspective d’un « communisme solaire », sorte de stade suprême de cet « éco-socialisme », notion au moyen de laquelle le rapporteur et les camarades qui partagent cette notion croient pouvoir, et devoir, donner des gages de « respectabilité » aux courants écologiques avec lesquels il faut travailler d’une façon ou d’une autre. Dans ces courants il y a beaucoup de gens peu enclins à mettre en cause la propriété privée des moyens de production et le marché et certains ont fait du prétendu « productivisme » de Marx l’un de leurs chevaux de bataille idéologiques.

On comprend que la lecture du rapport puisse rebuter de nombreux militants et qu’il ait accentué de la part des instances nationales du NPA une double inclination : considérer que la question du changement climatique, aussi urgente qu’elle soit (le NPA n’est pas avare dans l’utilisation du terme « l’urgence climatique »), n’est quand même pas une question prioritaire ; estimer qu’elle peut être à peu près entièrement déléguée à un petit nombre de militant(e)s qui s’y intéressent et y connaissent quelque chose. Un secteur d’intervention qui a déjà pâti de cette façon de faire est le secteur jeune du NPA, qui se tient encore à l’écart de la problématique écologique. On ne convaincra pas les militants les plus actifs de ce secteur décisif, ceux qui vivent dans les quartiers laissés pour compte, tant qu’on ne leur proposera pas une démarche qui allie mobilisation sociale, contestation politique et revendications écologiques. Par contre, lorsque les instances locales du NPA ont choisi de faire de la mobilisation climatique une campagne centrale de l’organisation, comme dans les Bouches-du-Rhône, l’expérience montre que les militants et sympathisants se sont emparés de la question avec succès. 

Le débat préparatoire à la conférence de février n’est pas le moment pour opposer une autre compréhension de Marx à celle de Daniel Tanuro. L’urgence climatique qui est réelle et d’une extrême gravité dans les conséquences qu’elle a déjà dans certaines parties du monde, exige d’autre part de débattre non de ce que pourrait être « l’éco-socialisme » dans un avenir lointain et hypothétique, mais de travailler politiquement et de façon collective sur la manière de poser immédiatement, hic et nunc, la question écologique en termes de classe – en faire comme on dit en anglais « a class issue ». Plutôt que de se réfugier dans des explications de ce pourrait être « l’éco-socialisme », une autre tache immédiate serait aussi de combattre ceux, à la tête des syndicats et des partis traditionnels, qui défendent la « croissance économique » et font de « la question de l’emploi » le prétexte pour s’aligner sur les positions du patronat. La conférence de Copenhague a mis en pleine lumière le fait que les réponses à la crise écologique ne relèvent pas de l’écologie, mais de la politique. Cela a été vrai de tous les gouvernements. C’est un début de compréhension de ce fait qui explique la radicalisation, qui s’est produite dans certains secteurs des militants associatifs qui se sont retrouvés dans le Klimatforum, et qui a été exprimée en particulier par les jeunes qui ont assuré le succès de la manifestation du 12 décembre. C’est comme question relevant de la politique anticapitaliste, révolutionnaire et internationaliste que le NPA doit se saisir de la question climatique.

Pour le NPA, quatre enjeux immédiats

Dans cette contribution nous nous attacherons principalement aux points du rapport préparatoire qui se reportent aux taches et aux méthodes d’intervention. Nous nous tiendrons surtout à la France. Nous nous référerons à la manière dont la crise économique y frappe les salariés créant ainsi la possibilité d’articuler le combat anticapitaliste sur le plan social et la lutte contre le changement climatique. Nous nous référerons aussi à la place de l’impérialisme français dans le système impérialiste mondial. Plus que toute autre, la question climatique est une question mondiale, planétaire. Les solutions susceptibles de freiner le réchauffement rapide en cours sont à l’échelle internationale. Reste la différenciation entre continents et entre pays au sein de la totalité hiérarchisée qu’est l’économie mondiale. Elle a de multiples conséquences qui incluent aussi bien la responsabilité des différents pays dans l’accumulation de gaz à effet de serre, comme de leur capacité potentielle à venir en aide à d’autres, que de très grandes différences dans la façon dont les salariés et la jeunesse peuvent percevoir la question climatique et établir ses liens avec la question sociale.

La manifestation internationale de Copenhague du 12 décembre et les liens noués entre continents au Klimatforum sont potentiellement un formidable point d’appui. Ils justifient le titre du texte de Daniel Tanuro mis en ligne le 19 décembre sur le site d’Inprecor : « Face à la déroute au sommet, Copenhague est une magnifique victoire à la base ». La manifestation a effectivement rassemblé quelque 100 000 personnes, dont un très grand nombre de jeunes (selon Attac il s’agirait de près d’un quart des manifestants). Ces jeunes sont venus de leur propre initiative et ont été peu respectueux des grandes ONG reconnues. Ce sont eux qui ont permis à la pression de « la rue » de se faire sentir aux alentours du Bella Center. Vu de France, le bilan de la mobilisation est sensiblement différent, pour dire le moins. Ni le « mouvement large » des associations écologistes, ni son « pôle de gauche » (voir le point 26 du rapport préparatoire) n’ont mis en œuvre les moyens pour organiser de façon sérieuse des manifestations dans des grandes villes. Ils ont tenu seulement un très petit nombre de réunions publiques. Le NPA, quant à lui, a eu un ordre de priorité des taches politiques dans lequel une vraie sensibilisation des adhérents, sur la base de discussions dans l’ensemble des comités et d’éléments de formation, est restée dans la plupart des comités tout à fait secondaire.

Pour le NPA, les enjeux sont les suivants : 1°, parvenir à gagner les militants d’entreprise, à commencer par ses propres membres ou sympathisants proches, au combat contre le capitalisme sur le terrain écologique ; 2°, permettre aux militants qui se sont investis dans ce travail de faire un vrai apport au mouvement écologique et en particulier d’occuper dans des cadres unitaires de mobilisation sur le changement climatique une place qui leur soit vraiment spécifique ; 3°, aller à la recherche des secteurs de la jeunesse qui ont montré à Copenhague leur sensibilité à la question, de façon à les aider à établir aussi clairement que possible le lien entre changement climatique et capitalisme ; 4°, comprendre qu’un fait comme la tenue à l’initiative du gouvernement d’Evo Morales d’une rencontre internationale à Cochabamba en avril n’est pas anecdotique. Les peuples indiens de l’Altiplano et de l’Amazonie ont fait entendre leur voix haut et fort dans les rues de Copenhague et les débats de la coalition Klimatforum. Le NPA saura-t-il placer la question climatique au cœur de son travail international ?

A tout cela, il y a un préalable. Que les instances nationales du NPA s’approprient la question climatique, en saisisse les enjeux et que soit lancé dans le NPA le débat stratégique sur la période historique à l’échelle mondiale et sur l’ordre de priorité des taches et des formes d’intervention.

L’orientation politique sur le terrain proposée par le rapport préparatoire 

Or cela ne peut pas être fait si on se limite à suivre l’orientation pratique défendue par le rapport de Daniel Tanuro. Forcés de se débrouiller au jour le jour comme ils le pouvaient, les camarades auxquels la question écologique a été déléguée par les instances nationales, l’ont utilisée. Nous tirons de cette expérience la conviction qu’elle ne répond pas aux exigences d’une question où les réponses relèvent de la politique anticapitaliste et révolutionnaire. L’orientation pratique du rapport se veut une réponse à une difficulté réelle, comment faire de la question du changement climatique une question dont les salariés peuvent se saisir. Nous reconnaissons la difficulté et prenons acte du fait que le rapport a cherché à la traiter. Il demeure que la manière dont elle est posée aux points 25 et 26 du rapport fait problème. Les passages suivants méritent discussion.

Le premier passage explique que « La mobilisation de masse en défense du climat est une tâche ardue. La difficulté découle des caractéristiques du changement climatique, en particulier sa relative progressivité actuelle, ainsi que du double décalage spatial et temporel entre causes et effets ». D’où la référence aux « single issue campaigns », notamment les « mobilisations contre la guerre et la course aux armements ». Si on accepte ce modèle, il faut dire aussi les conditions qui ont permis qu’elles soient dans certains pays un succès et dans d’autres un échec, à savoir le degré auquel le lien entre capitalisme et guerre avait été préalablement établi et le degré aussi et surtout auquel les mobilisations sur la guerre (celle contre l’Irak par exemple) ont pu être dirigées contre un gouvernement qui s’identifiait totalement à elle (Blair et Aznar notamment). Il est bon de rappeler qu’en France en 2003 ces conditions n’avaient pas été réunies, Chirac ayant fait mine d’indépendance à l’égard des Etats-Unis. Aujourd’hui aucun gouvernement européen, à commencer par Sarkozy, ne va se mettre en position de pouvoir être taxé d’indifférent par rapport au réchauffement climatique. Les travailleurs répondront très difficilement à des appels abstraits à « défendre le climat ». Il faut que préalablement des militants d’entreprise et une avant-garde de salariés et de jeunes aient été convaincus politiquement de s’engager dans un combat contre le capitalisme sur le terrain écologique. Ils ne le feront que pour autant que ce combat soit presque indissolublement lié aux luttes qu’ils sont contraints de mener jour après jour sur l’emploi, les conditions de travail et les conditions d’existence. 

Il y a aussi la formulation dans un autre passage qui tend à faire des « des exploités et des opprimés » des gens dont on cherche l’appui, mais dont on ne conçoit pas qu’ils puissent, et qu’ils doivent être les protagonistes du combat, le « facteur subjectif agissant ». On lit que « La mutation nécessaire (dans les modes de produire et de consommer) est d’une ampleur telle qu’elle ne peut être gagnée sans la mobilisation et la participation active des exploités et des opprimés qui constituent l’immense majorité de la population ».

Le rapport nous enferme dans le carcan d’une « politique climatique capitaliste », présentée comme substantielle et effective alors qu’elle se réduit en fait au marché des droits d’émission et à la taxe carbone. Cette politique obstruerait à un tel point la vision des travailleurs qu’ils seraient pour l’essentiel perdus pour le combat écologique : « La politique climatique capitaliste rend cette participation impossible parce qu’elle est inacceptable sur le plan social tout en étant nuisible sur le plan environnemental. Elle implique en effet le renforcement de la domination impérialiste, de la concurrence et de la violence capitalistes ; donc de l’exploitation, de l’oppression, de l’inégalité sociale, de la concurrence entre travailleurs, de la violation des droits et de l’appropriation privée des ressources. En particulier, la stratégie capitaliste n’apporte aucune réponse au défi majeur de l’emploi, des salaires et des acquis des millions de travailleurs occupés dans les secteurs gros émetteurs de gaz à effet de serre, tels que l’industrie pétrolière, charbonnière, cimentière, verrière, sidérurgique, ainsi que le secteur des transports. Une telle politique ne peut que se heurter à des résistances sociales légitimes ».

Les difficultés de gagner les travailleurs sur cette question paraissent au rapporteur, tellement insurmontables qu’il propose une orientation qui contourne l’obstacle plutôt qu’elle l’affronte. En effet le champ d’intervention proposé est presque exclusivement celui du mouvement écologiste associatif :

Les organisations de la IV sont invitées (point 25) à « œuvrer dans tous les pays à la construction d’un puissant mouvement de masse unitaire, coordonné à l’échelle mondiale, dans la tradition des mobilisations contre la guerre et contre la course aux armements (“single issue campaign”) ». Sur ce point voir les commentaires faits plus haut.

Il est dit aussi au même point que « la construction du mouvement doit être conçue comme un maillage des résistances sociales existant sur différents terrains, avec actions convergentes coordonnées et manifestations occasionnelles pluralistes ». Cela ouvre la porte à pas mal d’interprétations dans lesquelles la question de l’État, comme celle de la concentration très élevée du capital dans de très grands groupes industriels-financiers, sont plus ou moins complètement perdues de vue.

Ce mouvement a pour mission de mener une politique de pression sur les gouvernements : « Le but de ce mouvement n’est pas d’élaborer des plateformes sophistiquées mais de contraindre les gouvernements à viser au minimum les réductions d’émission les plus radicales avancées par le GIEC, dans le respect du principe des ’responsabilités communes mais différenciées’, des droits sociaux et démocratiques ainsi que du droit de toutes et tous à une existence humaine digne de ce nom ».

Au sein du « mouvement pour le climat », il est préconisé de construire un « courant de gauche », dont la spécificité est de « lier la lutte pour le climat et la justice sociale ». Ce courant n’a pas attendu les organisations de la IV pour se constituer. Copenhague l’a démontré. Même en France, plutôt en retard sur beaucoup d’autres pays, la formation du front Urgence climatique et justice sociale remonte à octobre 2008. Ce qu’on attendait donc du rapport c’est qu’il donne des indications sur la manière d’y défendre une orientation proprement anticapitaliste, qui pose la question de la propriété privée et du capital. Il en est question un petit peu au point 28, mais curieusement ce sont les « gauches syndicales » et non les organisations de la IV qui sont appelées à la prendre en charge.

Même remarque à propos du point 27 où il est demandé aux militants de la IV de s’assurer que « la défense du climat prenne une place importante dans les plates-formes et les luttes des mouvements sociaux ». Dans ce point on trouve l’énumération hétéroclite de choses très importantes qui méritent d’être abordées non comme des points dans des « plateformes », mais comme des leviers pour un programme d’action que le parti engagerait les travailleurs à mettre en œuvre eux-mêmes.

Au début du point 28, on trouve une caractérisation exacte de la position des appareils syndicaux, mais elle ne se termine pas par un appel clair à la dévoiler et à combattre les directions syndicales qui pactisent avec l’Union européenne, les gouvernements et les organisations patronales.

Rechercher les moyens de lier le combat écologique au combat social

Plus haut nous avons dit que le travail politique sur la manière de poser la question écologique en termes de classe ne pouvait se faire que sur la base d’une discussion et une intervention collective. Ce qui suit doit donc être lu comme une contribution de plus de notre part dans cette voie (nous en avions fait une lors de la réunion nationale de la CNE en décembre 2008).

Il va de soi que les données qui sont synthétisées dans la première partie du rapport préparatoire doivent être diffusées chez les salariés, comme chez les jeunes, à commencer dans les comités locaux du NPA. Des militants de la CNE ont préparé du matériel à cet effet. Il a été très peu utilisé pour les raisons expliquées dès le début de notre texte. Mais il faut aller bien plus loin dans l’appréciation de ce qui est impliqué s’agissant du changement climatique. Si on parle vraiment d’une « mutation nécessaire dans les modes de produire et de consommer » de façon à les « décarboniser » radicalement pour revenir à des taux d’émission dits « préindustriels », on parle d’une tâche que seuls les travailleurs, entendus comme « producteurs associés », peuvent planifier et mettre en œuvre.

L’appel abstrait aux salariés à se mobiliser pour « défendre le climat » ayant très peu de chance d’aboutir, il faut explorer d’autres voies. Celle qui est proposée ici serait de chercher à gagner les militants d’entreprise et une avant-garde de salariés au combat contre le capitalisme sur le terrain écologique en parvenant à lier ce combat aussi étroitement que possible aux luttes menées sur l’emploi, les conditions de travail et les conditions d’existence quotidienne, celles-ci exigeant d’être elles-mêmes organisées autour d’un axe stratégique unique qui est esquissé plus bas. La place du NPA dans des cadres unitaires de mobilisation sur le changement climatique serait celle de militants qui ne disent pas simplement que le « capitalisme est en cause », mais qui expliquent pourquoi il n’y a que les salariés au sens large, et eux seulement, qui peuvent appliquer, en tant que « producteurs associés », des mesures qui répondent au changement climatique en même temps qu’elles solutionnent leurs conditions de travail et d’existence quotidienne.

C’est au niveau national et en partant du caractère particulièrement centralisé de l’État en France, comme du caractère particulièrement concentré du capital français (voir l’étude de l’Observatoire politico-économique des structures du capitalisme dont Le Monde a publié les conclusions le 12 janvier 2010) que la politique du NPA doit se décliner. Il n’y a aucun désaccord sur le fait que la lutte sur la question climatique peut et doit se décliner dans le contexte de situations locales (urbanisme, transports, politique du logement, agriculture…) et se concrétiser dans des luttes spécifiques (en PACA nous pouvons en apporter de nombreux exemples). Ces luttes comme celles encore menées au Pays basque, sont l’expression des capacités d’auto-organisation dont les salariés, les jeunes, beaucoup de citoyens font preuve de façon répétée. Les échanges d’expériences à partir des situations locales sont donc indispensables, mais elles n’offrent aucune réponse au fait que les luttes locales se heurtent presque invariablement à la question de l’État et du capital concentré.

Dans le cas de la France, la nécessité de l’action propre des travailleurs sur l’ensemble de ces questions résulte de la crise sociale et des attaques qu’ils subissent sur un ensemble de terrains. Un problème politique majeur auquel les révolutionnaires ont toujours été confrontés est de trouver l’articulation entre les nécessités « immédiates » et les nécessités « historiques » du prolétariat, au premier desquelles il faut placer désormais la sauvegarde de conditions de reproduction sociale liées au climat compatibles avec une vie civilisée. Dans la situation actuelle, celle d’une structuration spécifique du capital et aujourd’hui celle de la crise économique, il devient possible à la fois de désigner nommément l’ennemi (on rappellera plus loin que les paysans et ouvriers de Bolivie ont très bien su le faire) et de commencer à lier les enjeux de la reproduction sociale du prolétariat à court terme (l’emploi, les conditions quotidiennes d’existence déterminées notamment par les services publics) et à long terme (le climat, les ressources rares, la biodiversité) :

Pour la France, l’ennemi c’est d’abord Sarkozy, son gouvernement et l’UMP qui continuent à démanteler et privatiser plus que jamais les services publics qui sont indispensables à toute politique de renouveau de l’emploi comme de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre.

L’ennemi est constitué ensuite par un bloc d’intérêts capitalistes et impérialistes dont Total, EDF, AREVA et GDF-Suez sont la clef de voûte. Les processus d’accumulation et de concentration-centralisation du capital ne sont pas désincarnés. Ils se sont faits dans des secteurs d’activité précis, industriels, miniers et pétroliers, autour desquels la reproduction élargie du capital et l’organisation économique de la bourgeoisie s’est construite. Aujourd’hui, le poids politique des secteurs déterminés que sont l’énergie, l’automobile et le bâtiment-travaux publics, l’importance des conséquences écologiques de leurs activités ainsi que leur capacité à bloquer les changements, sont tels qu’il est impératif de centrer l’attention sur eux, pour comprendre ce qui leur permet de tenir la société pour ainsi dire « en otage ».

Depuis plusieurs années déjà, les manipulations du prix de l’essence et du fuel, de l’électricité et du gaz par Total, EDF, AREVA et GDF-Suez n’ont pas échappé aux salariés. C’est une première « porte d’entrée » pour poser la question du contrôle direct par les salariés des décisions relatives aux investissements dans l’énergie comme aux choix relatifs aux modes de transport et aux formes d’urbanisation. En 2008, le « bout par lequel prendre la question » a été donné déjà par la hausse brutale des prix énergétiques provoquée par la spéculation dont Total et GDF-Suez ont abondamment profité et le fait que lorsque les prix ont ensuite baissé sur les « marchés », la facture énergétique des salariés a très peu baissé (essence) ou n’a pas baissé du tout (électricité et gaz). Dans le cas de l’électricité, EDF a « justifié » les hausses par celles du prix du gaz sur lesquels il importait de « s’aligner », alors que l’essentiel de l’électricité est produit dans des centrales nucléaires. EDF annonce de nouvelles hausses. Depuis il ne se passe presque pas de mois sans qu’on ait des preuves de ce que signifie dans ce secteur en termes de mise en danger de la vie des salariés et de risques nucléaires, la course aux profits et la satisfaction des actionnaires d’EDF et d’AREVA.

L’année 2009 a été marquée par les très nombreuses fermetures d’usines avec une prépondérance dans la filière automobile (Continental, Goodyear et beaucoup de sous-traitants de Renault et Peugeot) doublée d’annonces par d’autres groupes (Michelin) que les investissements futurs seraient fait à l’étranger. Partout les usines fermées étaient très importantes pour l’emploi d’une ville ou d’une région. Les salariés sont confrontés à une mise au chômage d’un type qu’ils n’ont pas connu depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. Ils doivent y faire face dans les conditions inédites d’une internationalisation très poussée. La plupart, sinon la totalité des sites fermés, ne seront jamais plus rouverts. Dans le cas de l’Europe (voir GM-Opel à Anvers) et en tous les cas de la France, il n’y a pas besoin de parler gravement aux salariés de « la saturation du cycle du carbone » (rapport préparatoire point 38), puisqu’une partie d’entre eux la vivent dans la forme de désindustrialisation et de menaces de chômage définitif propre aux impasses de l’industrie automobile et aux stratégies qui prévalent de satisfaction des actionnaires.

En France, l’année 2009 a été aussi celle où les suicides au travail, pour mieux dire les assassinats (Hélène Cixous dans l’Humanité du 30 septembre), sont venus reposer la question des conditions de travail et rappeler la profondeur de l’antagonisme du capital et de celles et ceux qui doivent vendre leur force de travail, que ce soit comme « simples salariés » ou comme cadres.

C’est dans ce contexte, qu’il faut comprendre les incidences politiques portant sur la légitimité des gouvernants, au nom de qui agissent-ils, qui sont posées par l’échec de la conférence de Copenhague. Car il y a eu échec : échec absolu du point de vue de l’avenir au jour d’aujourd’hui des populations les plus démunies de certains des pays les plus vulnérables du monde ; échec politique pour l’Union européenne qui est allée à Copenhague avec l’objectif de se présenter simultanément comme « l’avant-garde » du combat contre le réchauffement et de s’affranchir des exigences du traité de Kyoto ; échec politique précis pour certains gouvernements, dont celui de Sarkozy, au regard des effets d’annonce dont elle a été précédée. Dans le cas de la Chine, de l’Inde et du Brésil, les gouvernements ont tiré habilement leur épingle du jeu. Pas ceux d’Europe. L’échec a accentué un peu plus encore le sentiment chez les salariés et la jeunesse que sur une question essentielle, les gouvernements de l’UE et d’abord ceux qui ont le plus gesticulé, à commencer par celui de Sarkozy, ont fait la démonstration une nouvelle fois de leur irresponsabilité, leur cynisme, leur subordination aux lobbies emmenés par les groupes pétroliers. Copenhague a donc contribué à accroitre le processus de perte de légitimité du capitalisme et des gouvernements déjà initié par la crise économique et la priorité donnée au sauvetage des banques.

L’axe stratégique : un « plan de reconstruction industrielle et sociale» conçu et mis en œuvre par les salariés

La perspective que le capital offre aux salariés et à la jeunesse en France, comme dans la plupart des pays d’Europe, est celle d’une précarité toujours plus grande et d’une lente paupérisation. Le chômage est à 10 % en ce début d’année. Les prévisions du FMI sont qu’il atteindra 10,3 % fin 2010. L’OFCE est encore plus pessimiste : 10,7 % fin 2010, soit 800 000 pertes d’emploi supplémentaires. Certains diront que ces chiffres ne peuvent qu’assommer les travailleurs. C’est leur faire injure. L’enjeu est de les aider à devenir les protagonistes de l’élaboration et de la mise en œuvre, sur la base d’une propriété sociale renouvelée, d’un « plan de reconstruction industrielle et sociale». On est dans une situation où :

ce n’est plus un « plan d’urgence » qui est nécessaire mais un « plan de reconstruction industrielle et sociale » ayant pour but de reconstruire un outil de production garantissant l’emploi, placé au service des besoins sociaux et à basse intensité en énergie ;

une situation aussi où il n’y a plus de partis, ni de grands syndicats auxquels les travailleurs peuvent s’adresser pour qu’ils mettent en œuvre un « plan » quel qu’en soit la nature.

C’est donc au NPA de dessiner une issue qui fasse des travailleurs des protagonistes qui prennent les choses en main eux-mêmes, sauf à porter sa part de responsabilité dans le processus de pourrissement social enclenché par la bourgeoisie auquel les appareils politiques et syndicaux n’apportent pas de réponses parce que toutes exigent de mettre la propriété privée en cause sur de nombreux terrains. C’est la tache d’un parti politique. Celle de chercher à enclencher, au départ par la « propagande » (étayée, nourrie par un début de substance) d’une dynamique qui aiderait les salariés à se mettre en situation de saisir la « reconstruction industrielle et sociale » comme une question propre au sens le plus fort du terme, puisque tenant à la question de leur avenir et surtout l’avenir de leurs enfants (les « conditions de reproduction sociale du prolétariat » dans les termes de Marx). Une interconnexion étroite peut alors être établie entre l’emploi et des sujets comme la sortie du nucléaire et la transition vers les énergies alternatives, réorganisation des villes et des transports, la construction de logements sociaux à basse consommation énergétique, les services publics de proximité, la sortie des systèmes agricoles très polluants et à haute intensité d’émissions de gaz à effets de serre ; l’évolution des habitudes alimentaires, etc.

Le cadre général d’une telle « reconstruction industrielle et sociale» est nécessairement européen. La crise socialement dévastatrice dont l’industrie de l’automobile est le cœur et les politiques d’accentuation de la concurrence entre travailleurs qui ont libre cours, rappellent toute l’actualité des revendications les plus claires développées au cours de la campagne pour le Non contre le TCE sur cette concurrence et sur la défense des services publics. Des campagnes européennes sur la question climatique, contre la taxe carbone (nationale ou « aux frontières » de l’UE) ou contre le marché des droits à polluer ne suffisent plus. Il faut être capable de faire des propositions dont les travailleurs puissent se saisir articulant l’emploi, la reconversion d’activités et le combat effectif sur la question climatique.

Le socle du volet-France de la « reconstruction industrielle et sociale » serait les secteurs stratégiques des services publics qui ont été privatisés ou sont en voie de l’être, à commencer par l’énergie et les transports (nationaux et municipaux). Il s’agit de secteurs où se posent simultanément la question de l’emploi et du salaire, la question des conditions quotidiennes de vie des citoyens, en premier lieu celle des salariés, et des questions écologiques majeures – priorité aux énergies alternatives ; nécessité de sortir du nucléaire avec ses risques croissants (recours à la sous-traitance, etc.), ses accumulations de déchets et sa confusion civile-militaire. Les entreprises en question, EDF, Areva, Total, doivent être socialisées sous contrôle des salariés et des usagers.

Des formes appropriées de propriété sociale seraient créées pour reconvertir l’industrie automobile et pour établir les conditions d’une maîtrise collective du secteur du bâtiment.

On aurait là les conditions qui permettraient aux « producteurs associés » – ouvriers, chercheurs, ingénieurs, techniciens – de définir sur la base du savoir théorique et pratique qu’ils ont accumulé, les modes de production, de transport et d’urbanisme qui remplaceraient les modes actuels. Pour se limiter à un seul exemple, la consommation d’énergie serait alors réduite et ses sources diversifiées. La sortie du nucléaire pourrait être organisée de façon ordonnée, dans des conditions aussi bonnes que possible.

Des camarades ont fait valoir que la sortie d’un mode de produire, d’occuper le territoire et de consommer, intensif en énergie et fortement destructeur des réserves en matières premières de plus en plus rares, ne pouvait être que progressive et devrait être planifiée. On trouve l’idée dans la déclaration adoptée au Klimatforum, qui appelle à construire « un mouvement des mouvements global dédié à la promotion d’une transition durable de nos sociétés ». Dans le cas des pays capitalistes avancés d’Europe, il n’y a que dans le cadre politique que nous esquissons ici que cela pourra se faire.

La « reconstruction industrielle et sociale » suppose évidemment la renationalisation de la création de crédit donc le contrôle des mouvements de capitaux ainsi qu’une transformation totale de la fiscalité.

« Pure utopie », dirons certains ou encore « perspective qui méconnaît totalement les rapports de force ». A voir. Cette réponse nous paraît avoir plus de sens que le mot d’ordre « la crise est celle des capitalistes, c’est à eux de la payer », mot d’ordre qu’on a du abandonner. Cette perspective donnerait au mot d’ordre d’« interdiction de tous les licenciement » le sens de défendre des « outils de travail » et des collectifs professionnels essentiels en vue de l’indispensable « reconstruction industrielle et sociale ».

Quelques éléments en vue d’une stratégie internationaliste

Au cours des mobilisations en direction du Bella Center à Copenhague et des débats au Klimatforum, le NPA s’est trouvé handicapé par des carences sur le plan de sa politique internationale : pas de stratégie internationaliste ébauchée sur la question du climat, pas de coordination préalable du NPA avec ses alliés politiques européens, pas de mots d’ordre (ni de drapeaux) traduisant une présence de la IVe Internationale. C’est là le reflet de l’absence de tout élément sur ce point dans le rapport de Daniel Tanuro, en dehors d’une discussion des « rapports Nord-Sud » pris à un niveau très global et sous un angle relevant plus de la morale que de la politique. Extrêmement prolixe sur des points sans ou de faible portée politique pratique, le rapport est mué sur la manière dont la IVe Internationale pourrait agir en tant que telle. Certains nous répondront très certainement qu’il faut attendre la conférence de février pour le savoir. Nous dirons qu’il y aurait pu avoir dans ce rapport, qui est quand même très, très long, au moins quelques pistes. Autre remarque : à partir du moment où la seule recommandation est celle « d’œuvrer dans tous les pays à la construction d’un puissant mouvement de masse unitaire, coordonné à l’échelle mondiale », on se serait attendu à ce que cela ait été un peu préparé avant Copenhague par ceux qui assurent la direction de la IVe.

Certains des quelques points que nous mettons en avant concernent de façon spécifique l’intervention du NPA dans le cadre de la France, d’autres ont une portée plus générale.

Sur le terrain du changement climatique et des effets qu’il provoque déjà dans les pays et chez les populations les plus vulnérables de la planète, le vieil impératif du mouvement ouvrier, combattre l’ennemi impérialiste d’abord dans son propre pays, a une entière validité. En France, dans un premier temps il doit se faire sur des questions, où des associations ont précédé le NPA mais auraient besoin de son soutien, ou alors des questions dont la portée a été mise en lumière à Copenhague, par exemple et de façon non limitative :

Campagnes contre la présence et les agissements, notamment en Afrique mais aussi ailleurs, de Total, Areva et autres Bolloré qui y exploitent les réserves pétrolières et les mines d’uranium.

Campagnes spécifiques pour l’annulation de la dette des pays africains océaniens et la restitution aux peuples des avoirs que les dictateurs de ces pays ont placés dans les banques françaises ; pour l’augmentation substantielle du budget de la France d’aide publique au développement de ces pays ; pour le transfert des technologies propres vers le secteur public de ces pays, sans conditions financières ; pour la mise sur pied pour ces pays d’un système de compensation financière pour ceux qui renoncent à exploiter leurs ressources en combustibles fossiles (combat indissociable bien sûr de celui contre Total et Areva).

Les points plus généraux concernent des questions mises en lumière par la conférence de Copenhague ou qui sont issues de celle-ci.

Le rôle joué dans la conférence par la coalition BASIC emmenée par la Chine et l’Inde rappelle l’importance théorique de la notion de développement inégal et combiné. Elle a été délaissée par les marxistes, alors que les effets n’en ont jamais été aussi spectaculaires. Pour la seconde fois dans l’histoire du capitalisme, mais à un autre niveau et de façon différente que lors de l’émergence du Japon, l’hégémonie des vieilles puissances impérialistes est contestée par l’irruption sur le marché mondial de bourgeoisies non-occidentales, non issues de l’expansion du capitalisme à partir de l’Europe. Il s’agit, contrairement à l’expression risible de puissances «émergentes», de très anciennes civilisations qui ont été ravalées au 19e siècle au rang de semi-colonies et marginalisées par le développement capitaliste. Leur essor est un fait majeur qui les place maintenant au centre des négociations internationales sur le climat. L’Inde et la Chine, sont respectivement, le troisième et le premier pays émetteur de gaz à effet de serre et ils ne sont qu’au début de leur croissance économique. Leur développement sur les traces des plus vieux pays capitalistes est insoutenable pour la planète. Qui peut moralement s’y opposer? Certainement pas ceux qui ont ouvert cette voie et en font toujours un modèle social et politique. Qui peut s’y opposer dans la pratique ? Plus personne en dehors des peuples d’Inde et de Chine eux-mêmes, lorsqu’ils s’engageront ou se réengageront dans la voie d’une révolution socialiste.

En Europe, c’est sur les militants anticapitalistes et révolutionnaires que pèse la responsabilité d’aider les salariés et les jeunes à s’engager dans cette même voie. Ceux qui ont essuyé un cuisant échec à Copenhague sont les dirigeants de l’UE. Ils ont fait beaucoup d’effort pour paraître les meilleurs défenseurs du climat. En fait, ils poursuivaient deux objectifs. Obtenir la mise en place d’un marché mondial du carbone et se débarrasser du traité de Kyoto et de la «responsabilité partagée et différenciée» qui est au cœur de ce traité. Ils n’ont pas hésité à annoncer que le protocole de Kyoto prenait fin en 2012. En réalité, ce sont les engagements chiffrés pris par les pays «développés» qui courent jusqu’en 2012 et doivent au terme du traité être renouvelés fin janvier de cette année. En application de la «responsabilité différenciée» cette obligation ne repose que sur les pays «développés», regroupés dans l’annexe I du traité, dont bien sûr les pays de l’UE. C’est de ce poids, même s’il reste assez symbolique, que les dirigeants de l’UE ont voulu se débarrasser en dissolvant le traité de Kyoto dans un nouveau traité, qui aurait mis sur le même plan pays développés et pays émergents, devenus entre temps de redoutables concurrents. Ils ont essayés d’étendre le marché européen du carbone au niveau mondial et instaurer un mécanisme REDD qui sous prétexte de lutter contre la déforestation aurait fait peser un danger supplémentaire sur les forêts primaires et les terres agricoles. Déjà Londres, Paris, Francfort se disputaient la place de première bourse mondiale du carbone. Un traité à ces conditions aurait eu rapidement des conséquences catastrophiques. Au dernier quart d’heure la France et l’Angleterre n’ont pas hésité à battre le rappel de leurs clients, les chefs d’État africains les plus disposés à se vendre.

La politique européenne de lutte contre le changement climatique a sombré à Copenhague et il n’y a pas lieu de le regretter. Cette impuissance s’explique fondamentalement par le déclin économique du capitalisme européen ; les entreprises européennes ne voient plus leur salut qu’en Asie. Mais s’y ajoute un facteur proprement politique qui tient aux institutions dont la bourgeoisie européenne s’est dotée. Le grand marché ouvert à la concurrence, sans gouvernement et sans légitimité populaire, ne pèse d’aucun poids sur la scène internationale. D’où la nécessité absolue d’opposer à l’Union européenne la perspective argumentée d’une Europe des travailleurs, dont l’une des taches serait ce « plan de reconstruction industrielle et sociale » dont l’idée a été esquissée plus haut, dont le but serait de reconstruire un outil de production garantissant l’emploi, placé au service des besoins sociaux et à basse intensité en énergie. C’est avec une intervention préparée sur ces questions que le NPA doit pouvoir se rendre au «contre-sommet » de Bonn début juin.

Cochabamba

Dans l’élaboration d’une politique internationaliste sur le climat, il faut donner une place à part au rendez-vous de Cochabamba. En voici les raisons.

Ce sont les peuples indiens de l’Altiplano et de l’Amazonie qui, à cette étape, ont lié le plus étroitement la question climatique et la question « sociale », entendue comme question touchant les conditions de reproduction sociale des peuples comme des classes sociales. Depuis une dizaine d’année, ils ont redonné à la lutte anti-impérialiste un vrai contenu social. Ils ont sans doute les premiers donné l’exemple de campagnes dans lesquelles les cibles impérialistes ont été clairement désignées : dans le cas de l’eau les groupes industriel-financier transnationaux, Betchel, Vivendi-Générale des Eaux, Suez-Lyonnaise des Eaux. Aux côtés du MST, les organisations paysannes indiennes ont donné à Via Campesina la place centrale que celle-ci occupe dans le mouvement altermondialiste. Cette fois, c’est hors de leur continent, qu’ils ont fait entendre leur voix, haut et fort.

C’est cela et cela seulement, qui exige de nous de soutenir l’appel d’Evo Morales et non le fait qu’il serait « dans le camp anti-impérialiste » aux côtés de dirigeants peu fiables, sans parler de ceux qui sont les ennemis de leur jeunesse et de leur prolétariat. Il faut tourner la page du lobbying, des négociations d’antichambre, des conseils aux puissants. La machinerie onusienne a démontré son incapacité à apporter une réponse humaine à la crise climatique, mais c’est pour laisser la voie ouverte à un G20 ou un G30, cache-sexe pour un « directoire mondial » encore plus restreint, dont les peuples « faibles » et les pays sans poids politique sont exclus. Evo Morales et son parti le MAS ont toujours fonctionné en combinat institutions et mouvement social. C’est le cas encore de cette « Conférence Mondiale des Peuples sur le Changement Climatique et les Droits de la Mère Terre », appelée à se tenir en avril à Cochabamba. Elle se présente comme l’occasion, peut-être la seule de cette nature pendant longtemps, de relever ce défi à l’échelle mondiale et de dresser un contre-exemple à l’enlisement de Copenhague. Il faut y aller, préparés politiquement, de même qu’il faut aller qu’au Sommet des peuples européens, caribéens et latino-américains, Enlazando Alternativas IV, qui se tient à Madrid en mai lors de la réunion conjointe des gouvernements d’UE et de l’ALC.

Plus que toute autre, la question climatique est une question planétaire. Les seules solutions possibles sont à l’échelle mondiale. On ne peut donc pas se contenter de dénoncer les institutions de la mondialisation capitaliste. Il faut leur opposer une perspective de centralisation mondiale. Le mouvement altermondaliste pouvait encore chercher à lutter pied à pied contre la progression de la mondialisation capitaliste, chercher à mettre des « grains de sables dans les rouages ». Maintenant sur la question du climat, il ne suffit plus de refuser, il faut chercher comment passer à l’offensive et cela à l’échelle mondiale. Ce qui nécessite, un drapeau, un point de ralliement, une coordination mondialisée. Pas seulement un lieu d’échanges d’idées, mais un centre de convergence pour l’action. C’est à cela que peut donner naissance le sommet de Cochabamba.

Pour nous résumer en deux phrases. Les réponses à la crise écologique ne relèvent pas de l’écologie, mais de la politique et même de la politique révolutionnaire. Ces réponses doivent prendre appui sur des situations et des processus immédiats, être ancrées dans une situation économique et sociale d’ensemble, être liées aux révoltes qui sourdent contre l’ordre capitaliste. A Copenhague, les associations et les organisations ont été doublées sur leur gauche, NPA inclus. Ce sont des jeunes inorganisés ou venus avec des groupes libertaires qui ont lancé le mot d’ordre System change, not climate change !, auquel une partie d’entre eux ont donné un contenu anticapitaliste certain. La situation économique et sociale et la construction d’un appareil d’État axé toujours plus exclusivement sur la répression crée un terrain de nature à provoquer des explosions sociales, où la crise écologique aura aussi sa place. Pour être à la hauteur de telles situations de crise, le NPA doit s’y préparer en tournant le dos aux pièges de la cogestion, pour privilégier systématiquement une démarche d’auto-organisation. La crise climatique ne peut que nous conforter dans la certitude que seuls les producteurs associés sont capables d’apporter des réponses à la crise que traverse l’humanité. C’est cette conviction que nous devons faire partager autour de nous. ■

28 janvier 2010,

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