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Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Dernières nouvelles 2012

ESPAGNE. 13 MARS 2012

Menaces de retour en arrière sur l'avortement

Cf. aussi : [Espagne] [Avortement]

Jacques Radcliff

Le gouvernement de droite de Mariano Rajoy a l'intention de modifier la loi sur l'avortement en exigeant des femmes qui souhaitent avorter des justifications exceptionnelles.

"Avorter, c'est ma décision et ma liberté". © Stéphane M. Grueso

"Avorter, c'est ma décision et ma liberté". © Stéphane M. Grueso

Actuellement, selon la loi, une femme en Espagne peut demander un avortement avant 14 semaines de façon libre et sans donner de justification. Avec ce projet de loi, l'Espagne va établir une loi revenant en arrière en établissant des conditions plus restrictives sur l'avortement. L'Espagne risque de revenir à une situation comme avant 1985 où l'avortement n'était pas un droit et n'était autorisé que pour les cas de viol, de fœtus mal formé ou des risques pour la santé de la mère. Si la loi passe, l'Espagne pourrait être ramenée au niveau de l'Irlande ou la Pologne, où les conditions sont les plus restrictives d'Europe.

En Europe, le gouvernement très à droite de Hongrie, dirigé par Viktor Orban, a aussi entamé une action similaire de modification de la Constitution pour restreindre le droit à l'avortement, actuellement autorisé jusqu'à 18 semaines.

Parmi les pays européens, l'avortement est totalement interdit à Malte. En Irlande il n'est autorisé que dans le cas où la mère est en danger de mort (un amendement constitutionnel de 1983 met la vie de l'embryon au même niveau que celui de la mère). La pratique de l'avortement est également interdite en Irlande du Nord (mais les Irlandaises ne sont pas poursuivies pour avaorter en Grande-Bretagne…).

En Pologne, l'avortement était légal depuis 1956 jusqu'à la loi du 7 janvier 1993 (modifiée en 1997). Cette loi prévoit que l'avortement ne peut avoir lieu qu'en cas de danger pour la vie ou la santé de la femme (confirmée par au moins un médecin qui ne participe pas à l'avortement), en cas de forte probabilité d'une grave et irréversible déficience du fœtus, ou en cas où la grossesse est le résultat d'une infraction (confirmé par le procureur, jusqu'à 12 semaines). Bref, l'avortement est interdit et, même dans les cas prévus par la loi, très difficile. Si la femme n'est pas poursuivie, le médecin et tous ceux qui ont aidé la femme à avorter (par exemple en l'accompagnant, en lui prêtant de l'argent) sont passibles de trois ans de prison et même de 8 à 12 ans si le fœtus est considéré comme apte à la vie autonome. Selon le rapport de Human Rights Watch de 2012, la loi polonaise est une des plus restrictives au monde.

Le projet réactionnaire du gouvernement espagnol va à l'encontre des recommandations du Conseil européen qui demande que l'avortement soit reconnu comme un droit dans tous les pays, et de celles de l'Organisation Mondiale de la Santé qui signale que les opérations d'avortement sont plus nombreuses dans les pays où il limité ou criminalisé. Comme l'indique l'OMS, les lois restrictives n'empêchent pas les avortements. Ceux-ci se font dans la clandestinité pour les plus pauvres ou par des voyages à l'étranger pour celles qui en ont les moyens. Aujourd'hui, 6.000 irlandaises se rendent chaque année au Royaume Uni pour pouvoir avorter, une opération qui leur coûte entre 800 et 1200 euros. ■

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