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Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

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GRECE - DEBAT. A LA VEILLE DES ÉLECTIONS EN GRÈCE

Pour un programme de confrontation avec le capitalisme, pour un parti anticapitaliste et révolutionnaire indépendant

Cf. aussi : [Grece]

Contribution au débat sur la situation en Grèce de 16 camarades de la Quatrième internationale.

Voir les signataires

La Grèce est aujourd’hui l’épicentre de la crise du capitalisme. Elle est la cible de l’attaque la plus sauvage du capital européen. Les travailleurs et des jeunes de Grèce ont répondu par une mobilisation qui a décrédibilisé le régime politique traditionnel du PASOK et de ND. La classe dirigeante ne contrôle plus la situation, mais la classe ouvrière n’est pas encore capable dans l’immédiat de prendre le pouvoir et de renverser le capitalisme.

Dans ces conditions, une partie de la colère populaire a été captée par l’extrême droite, mais c’est principalement sur la gauche réformiste de Syriza que se portent les espoirs à la veille des élections.

L’État espagnol et l’Italie sont les prochaines cibles de la Troïka (puis peut-être la France) : l’issue de la lutte en Grèce est donc décisive pour l’ensemble des anticapitalistes et des révolutionnaires en Europe et dans le monde.

Il existe un débat sur l’attitude que les révolutionnaires doivent adopter. Doivent-ils soutenir un gouvernement dirigé par Syriza ? Doivent-ils soutenir Syriza ? Doivent-ils s’effacer électoralement devant eux ? Ou doivent-ils présenter une politique indépendante des réformistes ?

 

1- Le programme de Syriza et les déclarations de ses dirigeants les plus en vue reflètent à la fois un rejet des mesures anti-ouvrières mais aussi une volonté de compromis avec les classes dirigeantes de l’UE. C’est ce qu’indiquent le refus net de toute sortie de l’euro et de l’UE, la volonté affichée de réformer le cadre actuel de l’UE pour le restabiliser.

Il est clair qu’un gouvernement qui abolirait les mesures du mémorandum constituerait une avancée importante pour les travailleurs et leurs luttes.

Mais comment rejeter le mémorandum sans abolir la dette ? Comment financer les mesures d’urgence nécessaires sans socialiser le système bancaire ? En un mot : comment améliorer aujourd’hui un tant soi peu la situation des classes populaires grecques sans s’attaquer au pouvoir de la minorité capitaliste sur l’économie et sur la société ?

Car il est évident que si un quelconque gouvernement mettait en cause le programme du capital financier, les banques et l’UE couperaient immédiatement toutes les possibilités d’emprunts et de financements, et n’hésiteraient pas à expulser la Grèce de la zone euro. Dans une telle situation, il faudrait soit se soumettre et mettre en pratique la même politique désastreuse que la population grecque a subi ces dernières années. Soit s’attaquer au pouvoir des banquiers et des capitalistes, en reprenant ce qu’ils ont volé et en mettant en cause leur contrôle sur la marche de l’économie.

En termes de mesures à prendre pour sortir de la crise, un programme de confrontation avec le capital est nécessaire. Un programme d’urgence, de mesures transitoires telles que l’augmentation générale des salaires, l’interdiction des licenciements, la baisse radicale du temps de travail, la socialisation du secteur bancaire et des secteurs clés de l’économie. Un tel programme implique une confrontation non seulement avec la classe dirigeante grecque mais également avec la bourgeoisie européenne, ses institutions.

 

2- La seule manière de mettre en œuvre un programme de lutte contre la crise et de rupture avec le capitalisme, c’est une mobilisation d’ensemble des travailleurs et des masses populaires.

Ce n’est pas un slogan ou une vue de l’esprit. La pression du capital sur le peuple grec est énorme. Les grèves nationales de 24 ou 48 heures, les mobilisations sectorielles... ont entraîné une crise politique grave pour la bourgeoisie grecque mais n’ont pas suffi à stopper l’offensive bourgeoise.

Il est donc nécessaire de s’appuyer sur les luttes partielles, de chercher à les étendre et de systématiser les éléments d’auto-organisation qui ont pu s’y exprimer et qui dans certaines circonstances peuvent constituer le point de départ d’une dualité de pouvoir. C’est par la généralisation des luttes et en fédérant les organes d’auto-organisation qu’un pouvoir alternatif à celui de la bourgeoisie pourra surgir. C’est en menaçant d’une extension de la lutte aux autres pays d’Europe que les travailleurs grecs pourront se protéger de la pression de l’Union européenne. La classe ouvrière et la jeunesse grecques ont les clés de la situation entre leurs mains, c’est sur eux qu’il faut s’appuyer.

Dans les circonstances actuelles, compte tenu de la nature de Syriza, un gouvernement dirigé par Syriza ne peut être rien de plus qu’une coalition parlementaire, ce qui est tout à fait différent d’un gouvernement des travailleurs. La situation comporte des incertitudes : Syriza va-t-elle réussir à former les alliances nécessaires pour former un gouvernement, comment Syriza et les masses réagiraient aux mesures de rétorsion du capital... Mais il est certain que l’affrontement d’ensemble est nécessaire. Et il faut donc un instrument politique pour préparer cet affrontement et pour populariser le programme nécessaire.

 

3- Dans la situation que connaît la Grèce, le mot d’ordre de gouvernement des travailleurs devient d’actualité. Il n’est évidemment pas applicable dès maintenant : il est même difficile d’en prévoir à l’heure actuelle la possible composition. Cependant, il est indispensable de proposer une solution politique d’ensemble et de commencer à formuler une réponse compréhensible par les larges masses, même imparfaite, à la question « qui doit exercer le pouvoir en Grèce ? ».

Un tel gouvernement devrait être capable de mettre en œuvre un programme d’urgence de lutte contre la crise, prêt à mettre en œuvre des mesures de transition-clé, par exemple par l’expropriation des banques et d’autres secteurs de l’économie. Un gouvernement appuyé sur une lutte d’ensemble des travailleurs et sur leur auto-organisation. Un gouvernement qui regrouperait les forces prêtes à défendre les revendications des masses. Les révolutionnaires seraient prêts à participer avec d’autres à un tel gouvernement sur la base d’un programme de confrontation et d’un degré de mobilisation élevé des jeunes et des travailleurs. Car un tel gouvernement encouragerait la possibilité de la prise du pouvoir par les travailleurs et des structures d’auto-organisation.

 

4- Si un gouvernement dirigé par Syriza prenait des mesures favorables aux travailleurs, telles que la remise en cause des mémorandums, il est évident que les révolutionnaires les soutiendraient. Cependant, un tel soutien conditionnel et critique à un gouvernement Syriza n’implique en aucun cas le renoncement avec l’indépendance politique et organisationnelle de la part de la gauche anticapitaliste et révolutionnaire en Grèce, représentée aujourd’hui principalement par Antarsya.

Un parti indépendant, dont le centre de gravité soit les luttes de classes, un parti capable de constituer un pôle politique visible dans les élections comme dans les luttes de masse, est nécessaire pour défendre la seule perspective permettant aux travailleurs grecs d’éviter la catastrophe. Un parti capable à la fois d’avoir une politique de front unique vis-à-vis des autres forces du mouvement ouvrier et de défendre sa propre perspective politique de rupture avec le capitalisme et de prise du pouvoir par les travailleurs. Dans la situation actuelle, la création d’un tel parti se fera principalement autour d’ANTARSYA, malgré ses contradictions. Ce processus pourra aussi inclure associer les forces anticapitalistes minoritaires dans Syriza et de petites organisations indépendantes. Si l’arrivée d’un gouvernement « de gauche » se terminait en déroute, c’est probablement l’extrême droite qui en profiterait. Mais ce n’est pas une fatalité. Tout dépendra de la capacité de la gauche révolutionnaire à prendre la tête les luttes et à rendre crédible un programme de confrontation et de rupture avec le capitalisme.

C’est pourquoi nous, militants anticapitalistes et révolutionnaires de plusieurs pays, appelons à soutenir la gauche révolutionnaire grecque, en particulier Antarsya, et à renforcer les liens entre militants partageant une perspective révolutionnaire à l’échelle européenne et internationale.

Signataires

- France/NPA: Gaël Quirante (membre du Comité Exécutif), Xavier Guessou (membre du Comité Politique National)

- Etat Espagnol/Izquierda Anticapitalista : Ruben Quirante, (membre du secrétariat confédéral), Pechi Murillo (membre)

- Grèce/OKDE-Spartacos: Charis Mertis (membre du Bureau Politique), Anastasia Vergaki (membre du Bureau Politique), Panagiotis Sifogiorgakis (membre du Bureau Politique/délégué au 16e congrès de la Quatrième Internationale), Manos Skoufoglou délégué au 16e congrès de la Quatrième Internationale)

- Allemagne/RSB: Jakob Schäfer (membre du Secrétariat Politique, membre du Comité International de la QI), Peter Berens (membre du Secrétariat Politique)

- Grande Bretagne/Socialist Resistence: Dave Hill (membre du Conseil National)

- Irlande/Socialist Democracy: John McAnulty (secrétaire), Kevin Keating (membre du Comité central)

- Belgique/LCR-SAP: Mauro Gasparini (secteur jeune)

- Danemark/SAP: Jette [Lulu] Kroman (membre)

- USA/Socialist Action: Jeff Mackler (Secrétaire national)

- USA/FI Caucus of Solidarity: Brown (ancient membre du CI de la QI)

Tous les signataires sont membres ou sympathisants de la Quatrième Internationale.

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