Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 612-613 février-mars 2015

GRÈCE

Encore un gouvernement à la poubelle

Cf. aussi : [Grece]

Déclaration électorale de l’OKDE-Spartakos *

* OKDE-Spartakos (Organisation des communistes internationalistes de Grèce-Spartakos) est la section grecque de la IVe Internationale. OKDE-Spartakos fait partie de la Coalition Antarsya. Nous reproduisons ici sa déclaration électorale adoptée début janvier 2015.

Encore un gouvernement du capital, en l’occurrence la coalition ND-PASOK, qui s’écroule bien avant la fin de son mandat. La raison pour laquelle le gouvernement Samaras est tombé dans poubelle n’est pas l’incapacité des partis du système à restaurer les profits du capital. C’est l’échec de Samaras et Venizelos à conclure les négociations avec la troïka, car ils savaient qu’ils ne pourraient pas faire passer les nouvelles mesures dont ils avaient besoin, étant incapables de supporter un nouvel affrontement central avec le mouvement ouvrier.

En dernière analyse, c’est la colère sociale et la pression du mouvement qui a fait tomber le gouvernement, comme elle a fait tomber les précédents gouvernements mémorandaires de Papandreou et Papadimos. Le mouvement ouvrier ne s’est peut-être pas hissé aux niveaux de la période 2010-2012, et il a sans doute encore de nombreux obstacles à surmonter, mais les états-majors gouvernementaux savent bien à quelle vitesse peut se déclencher une explosion générale, et ce que cela voudrait dire. À l’été 2013, la lutte de l’ERT a privé la coalition gouvernementale de Kouvelis et de DIMAR, et l’a considérablement affaiblie. Le mouvement antifasciste de l’automne 2013, suite à l’assassinat de Pavlos Fyssas par Aube Dorée, a contraint le gouvernement à traîner les nazis en justice et à cesser les pourparlers de coopération avec eux. Les luttes des travailleurs du public qui ont bloqué les soi-disant évaluations, c’est-à-dire les licenciements massifs, ont ridiculisé Mistotakis et mis en furie la troïka. Les occupations des lycéens et les mobilisations étudiantes de l’automne ont rappelé le gigantesque soulèvement étudiant de 2006-2007. La lutte des réfugiés syriens a montré que les immigrés n’étaient pas disposés à subir passivement la politique raciste de l’État grec et le l’UE. Les mobilisations de masse en soutien au gréviste de la faim Nikos Romanos ont conduit le gouvernement, qui craignait une nouvelle insurrection semblable à celle de décembre 2008, à l’échec. Compte tenu de l’accumulation de mouvements d’ampleur ces dernières années et de l’empreinte du redressement des luttes, le gouvernement s’est trouvé obligé de fuir l’affrontement et d’ouvrir lui-même la porte de sortie.

Nous nous félicitons de la chute du gouvernement que nous considérons comme notre victoire. Nous n’avons pas peur de l’incessante rhétorique du gouvernement, des patrons et de l’état-major de l’UE sur le danger de dissolution du pays, car nos propres droits et conquêtes ont été dissous depuis longtemps. La « déstabilisation » ne nous inquiète pas car nous n’avons aucune raison de vouloir la stabilité d’un système qui repose sur notre exploitation et notre oppression !

Nous ne faisons pas de trêve, nous ne confions pas nos espoirs aux urnes et au Parlement, nous ne bordons pas de « réalisme » nos revendications. Ce que nous gagnons, nous le gagnons par des grèves, des luttes, des manifestations, des occupations. L’attaque, pas la défense !

Selon quel critère votons-nous ?

La chute du gouvernement a ouvert une nouvelle fissure dans la domination politique de la classe capitaliste. Nous ne devons pas laisser combler et refermer cette fissure. Nous ne devons pas retourner à la normalité. D’autres luttes, coordonnées, auto-organisées, sont nécessaires. Grâce à l’expérience politique accumulée par les militant-e-s dans les grands mouvements à l’ère de la crise, grâce à l’optimisme international généré par les luttes et les insurrections, du Brésil à Hong-Kong et de la Turquie et aux pays arabes jusqu’en Afrique du Sud, par l’action commune et massive, le pouvoir et le système de tous ceux qui vivent de notre sueur peut être renversé. La crise a amené la barbarie, mais elle a aussi mis la révolution à nouveau à l’ordre du jour.

Mais pour que puissent se concrétiser les énormes possibilités qui s’ouvrent à l’émancipation des opprimés et des travailleurs, il faut une réponse politique. Il doit devenir clair que la patience « en attendant que les conditions mûrissent » et la remise de nos espoirs entre les mains d’un futur gouvernement qui apportera la solution, ne peuvent nous conduire qu’à l’échec. La gauche réformiste du Parlement et les bureaucraties des fédérations syndicales ont de très sérieuses responsabilités dans la relative passivité qui a régné après la période des grandes grèves, des occupations de bâtiments publics et du mouvement des places, bien que les luttes n’aient pas cessé.

Aucun gouvernement, même de gauche, ne peut nous offrir quoi que ce soit sans que nous ne le revendiquions, car dans sa crise le capitalisme n’a rien à donner. Nous connaissons le besoin pour les travailleurs et les chômeurs de mettre fin aux mémorandums et à l’austérité, mais cela ne peut se faire par un simple vote, « au cas où ça pourrait changer quelque chose ». Pour gagner quoi que ce soit, il faudra que le prochain gouvernement soit otage d’un mouvement ouvrier et de la jeunesse fort.

La crise n’est pas due seulement à de mauvais gouvernements et à de mauvaises politiques, mais au système lui-même, le capitalisme. Pour que l’offensive contre les travailleurs soit repoussée, le système doit aujourd’hui être ébranlé dans ses fondations, et être renversé.

C’est sur la base de ces critères que doivent voter les militants et les militantes du mouvement, et pas dans la logique du moindre mal. Il faut une gauche anticapitaliste indépendante, qui poussera les luttes jusqu’au bout, et ne posera pas de limites au nom du « réalisme » ou du « consensus national ». Il faut une opposition combative et ouvrière, qui ne laissera pas de délai de tolérance à un éventuel gouvernement de gauche, mais combattra de façon intransigeante pour les besoins réels des travailleurs dès le premier instant. Une structure capable de réunir le plus grand nombre de militant-e-s qui posent consciemment l’objectif du renversement révolutionnaire est nécessaire. Malgré les difficultés et les problèmes d’orientation stratégique, Antarsya est aujourd’hui la coalition qui regroupe la plus grande partie de cette force militante consciente, qui mène les luttes en première ligne et sans craindre les sacrifices. Cette force doit être renforcée politiquement et électoralement.

Aucune voix aux partis du capital

Chaque vote pour la ND est un vote au parti-fétiche du capital, un vote aux banquiers grecs, aux armateurs, aux patrons. C’est un vote aux technocrates européens, aux multinationales, au FMI et à la troïka. C’est un vote au nationalisme, au racisme de l’État grec, à la barbarie policière. C’est un vote à l’axe impérialiste et réactionnaire Grèce-Chypre-Israël, et aux antagonismes dangereux autour de la Zone économique exclusive. C’est un vote catastrophique pour les travailleurs et les travailleuses, les chômeurs et les chômeuses.

Chaque vote pour le PASOK est un vote pour le même gouvernement, et pour exactement la même politique. Ayant depuis longtemps rompu chaque lien avec sa vieille base ouvrière, ayant même perdu la confiance de la bourgeoisie qui l’a soutenu au pouvoir pendant des années, le PASOK est devenu la béquille de la ND et un mendiant du pouvoir gouvernemental. Aucune illusion, aucun vote, ni pour le PASOK, ni pour le nouveau parti de Papandréou, premier Ministre du mémorandum.

Chaque vote pour Aube dorée est un vote à la pire barbarie capitaliste. Les nazis, présentés par eux-mêmes et par les médias comme antisystèmes, incarnent en réalité la version la plus pourrie et la plus sauvage du système lui-même. Elle n’est pas un contrepoids au gouvernement et aux politiques qui nous ont « menés ici », elle est au contraire l’aile la plus extrême de leur propre camp. Enracinée dans la haine petite-bourgeoise aveugle envers les plus faibles, Aube dorée s’est affirmée comme machine de guerre contre les travailleurs et les travailleuses, et surtout contre les plus pauvres et opprimés d’entre eux, les immigré-e-s. Mais une machine de guerre qui a été écrasée par le mouvement antifasciste dans les grandes manifestations, dans les lieux de travail et les quartiers, et qui maintenant supplie que ses députés ne soient pas envoyés en prison. L’heure est maintenant venue de faire disparaître Aube dorée électoralement.

Chaque vote pour le Potami est un vote pour le néolibéralisme le plus grossier. Sous le masque de l’ « indépendance » et avec le soutien sans faille des médias, Stavros Theodorakis a réuni une clique de politiciens du centre, usés et discrédités, et tente de s’imposer sur la scène politique. Avec des positions favorables aux licenciements, hostiles aux immigrés, pour les universités privées, le Potami sème les germes d’une dangereuse dépolitisation, alors même qu’il suit une politique bien précise au service des intérêts des grands entrepreneurs.

Chaque vote pour Dimar et les Verts est également un vote pour des partis qui ont soutenu et soutiennent l’idée que les travailleurs et les travailleuses doivent payer la dette créée par l’autre classe, la bourgeoisie.

Chaque vote pour les Grecs Indépendants est un vote pour la droite. Les Grecs Indépendants ont voulu incarner la fraction du capital qui refuse les mémorandums, mais un à un ils se précipitent dans le char des mémorandums et de la ND à la première occasion. Il n’y reste que le nationalisme et le profil politique d’extrême droite de Kammenos.

La gauche gouvernementale ne suffit pas

Dans la période 2011-2012, la résonance électorale de la gauche, principalement de Syriza, a été significativement renforcée et reste élevée, lui donnant la possibilité de revendiquer le pouvoir gouvernemental. Mais cette gauche elle-même, en laquelle les espoirs ont été placés, ne peut répondre aux espoirs des travailleurs. Quand des milliers des personnes en lutte se trouvaient dans les rues, réclamant l’annulation de la dette et recherchant une alternative globale au système, Syriza et le KKE n’ont eu à leur répondre que d’attendre les élections, pour que les urnes les sauvent.

À mesure que Syriza s’approche du pouvoir, elle multiplie les gages de confiance au système et au capital. En deux ans, des grands mots autour du déchirement des mémorandums nous sommes passés à la logique de négociation avec la troïka. Du « aucun sacrifice pour l’euro », nous sommes passés à « tout faire pour sauver l’euro ». Des promesses de redistribution des richesses nous sommes passés aux engagements très modérés de Tsipras à la Foire internationale de Thessalonique cette année, où chaque mesure en faveur des travailleurs dépend désormais de la croissance, des crédits européens (comment donc négocier quand on est dépendant de cela ?) et de la gestion des comptes de l’État. Plus aucune discussion sur l’expropriation du grand capital, aucune discussion sur l’expropriation des banques, aucune discussion sur l’annulation unilatérale des mémorandums, ne reste que la gestion de la pauvreté.

Même l’ancienne promesse de Syriza d’instituer un contrat de vie commune pour les couples homosexuels est désormais assujettie au climat conformiste général et renvoyée au moment où « la vie politique et sociale sera stabilisée ». Bien que nous ne nourrissions pas d’illusions sur les institutions bourgeoises, et que la conquête de droits et le changement de mentalité des travailleurs ne se fassent que dans le cadre de leur auto-organisation et du mouvement, ce recul de Syriza, comme les éloges de Tsipras à l’orthodoxie et aux moines du Mont Athos, sont symptomatiques de l’évolution conservatrice rapide de Syriza .

La direction de Syriza jette des ponts avec des fractions du capital, national et international. Elle échange chaleureusement avec le SEB (organisation syndicale patronale équivalente au MEDEF - ndt), promet à l’Église qu’elle conservera les immenses richesses qu’elle a amassées au cours de siècles d’oppression des couches pauvres, discute avec les banquiers et entrepreneurs européens. Des porte-paroles de Syriza ont défilé à Paris dans la même manifestation que Samaras, Hollande et tous les dirigeants sociaux-démocrates et de droite européens, qui planifient et mettent en œuvre les attaques contre les travailleurs en Grèce et en Europe. Dans le cadre du regain de tension inter-impérialiste entre les États grec et turc à Chypre, la direction de Syriza a déclaré que les questions nationales appelaient le consensus, c’est-à-dire l’unité avec les capitalistes, les armateurs et les banquiers, qui veulent se partager les marchés de Méditerranée orientale et des Balkans avec le sang des peuples.

Mais ce n’est pas pour cela que des milliers de travailleurs, de chômeurs, et la jeunesse, ont mené tant de luttes et ont consenti tant de sacrifices ces dernières années !

Le KKE, de son côté, tente par sa rhétorique de gauche d’attirer une frange des travailleurs déçus à juste titre par Syriza. Mais en réalité son orientation politique n’est pas si différente. Il est en fait focalisé sur le renforcement électoral et le soutien aux menées de la direction bureaucratique de Perissou (siège du PC - ndt). Les grandes phrases autour du « pouvoir populaire » traduisent seulement le fait que le KKE n’est pas disposé à mener de luttes mettant réellement en cause le pouvoir des capitalistes. Les revendications qu’il met en avant sont en fait modérées et élémentaires (petites augmentations, abaissement de l’âge de départ à la retraite, etc.). Son comportement fractionniste dans le mouvement démontre un profond pessimisme quant à la capacité des travailleurs à s’auto-organiser, à lutter pour vaincre.

Au plan stratégique, le KKE fait de la sortie de l’UE une tâche prioritaire et la lie au « pouvoir populaire ». Mais le « pouvoir populaire » lui-même n’est rien d’autre qu’un pas en direction du pouvoir ouvrier, comme il l’indique brièvement dans ses thèses. En d’autres termes, il ajoute un stade supplémentaire avant le pouvoir ouvrier, stade qui ne peut être rien d’autre que la gestion de l’économie capitaliste. Une voie de développement capitaliste hors de l’UE.

Une gauche radicalement différente du réformisme parlementaire est nécessaire, une gauche anticapitaliste et révolutionnaire. Une gauche qui ne s’isolera pas des autres courants dans le cadre des luttes, qui croira dans les capacités autonomes des masses, mais qui ne fera pas cadeau de son indépendance politique et organisationnelle à la première occasion. Pour que les anticapitalistes d’ Antarsya puissent jouer ce rôle, il faut qu’une stratégie révolutionnaire moderne soit élaborée, une stratégie indépendante du capital et de son État. Il faut que les chantages et les pressions pour des alliances vers la droite soient repoussés. Il faut que soient ignorées les sirènes des solutions faciles, reposant sur une monnaie nationale ou un « redressement productif » national, sans renversement des rapports de classes. Sur la base de l’indépendance vis-à-vis de tout réformisme, démocratiquement et sur un pied d’égalité, rassemblons tou-te-s les forces anticapitalistes qui marchent encore séparément. Approfondissons le programme anticapitaliste, adressons-nous aux dizaines de milliers des travailleurs et de chômeurs, ouvertement, par l’action commune dans le mouvement. Construisons ensemble la gauche anticapitaliste dont nous avons besoin !

C’est cette position que l’OKDE-Spartakos défendra, y compris dans les élections

Un programme transitoire de ruprure avec le capitalisme est nécessaire

Abolition unilatérale des mémorandums et de toutes les lois mémorandaires

Annulation de la dette, loin de la logique de la « négociation » avec les banques et les créanciers

Expropriation de toutes les banques, sans indemnisation des banquiers, et mise en place d’une banque publique, sous le contrôle des travailleurs

Expropriation des grandes entreprises, sans indemnisation des capitalistes, et fonctionnement sous contrôle ouvrier

Occupation et autogestion des entreprises qui ferment

Interdiction des licenciements, réembauche immédiate des licenciés du public, remise en marche intégrale de l’ERT sous statut d’autogestion

Réduction du temps de travail, avec augmentation des rémunérations, comme seule solution pour faire disparaître le chômage

Augmentation des salaires au niveau des besoins réels des travailleurs, et pas sur la base des marges comptables et des lois du marché

Taxation importante des profits, expropriation des biens de l’Église et des grands capitalistes

Coopératives de petits agriculteurs et soutien à ceux-ci de la part de la banque publique

Régularisation de tous les immigrés et réfugiés, pleins droits politiques et sociaux, ouverture des frontières pour tous les travailleurs

Désarmement de la police, dissolution des MAT et de toutes les unités spéciales de police, abolition des lois de terreur et des prisons spéciales

Liberté syndicale dans l’armée

Dissolution d’Aube dorée, assemblées antifascistes de masse partout

Affrontement anticapitaliste et désengagement intégral de l’euro et de l’UE, lutte internationale pour leur dissolution

Sortie de l’OTAN et de chaque mécanisme impérialiste

Aucune tolérance envers l’agressivité impérialiste de l’État grec, dissolution de l’axe réactionnaire Grèce-Chypre-Israël, solidarité internationaliste des travailleurs turcs et grecs comme seule solution aux rivalités pour la Zone économique exclusive

Egalité et pleins droits pour la minorité turque de Thrace, liberté en matière de culte et d’enseignement, reconnaissance des autres minorités dans l’espace grec

Pour une nouvelle internationalisation socialiste des Balkans, de l’Europe, de la Méditerranée

Pour la protection de l’environnement, des espaces publics et des biens communs

Pour les droits des femmes et l’auto-organisation du mouvement féministe

Pour les droits des LGBTI

Pour un gouvernement des travailleurs eux-mêmes, responsable devant leurs assemblées générales

Pour l’auto-direction, l’auto-organisation et le pouvoir des travailleurs

Ce programme doit et peut être adopté par la frange la plus militante du monde du travail, à commencer par la gauche anticapitaliste. L’OKDE-Spartakos lutte pour une telle orientation politique, et sur cette base elle appelle les militant-e-s à se regrouper dans Antarsya.  ■

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