Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 560-561 avril-mai 2010

GRÈCE

Les travailleurs contre le programme dit de stabilité

Cf. aussi : [Grece]

Tassos Anastassiadis et Andreas Sartzekis *

En quelques semaines, la direction du Pasok vient d’adopter les pires mesures jamais prises contre la population depuis la fin de la guerre civile en 1949. Cet article revient sur ces mesures et sur les mobilisations ouvrières.

À l’heure où cet article est écrit, tout est fait dans les médias grecs pour que l’attention de tous se reporte non pas sur l’urgence d’une mobilisation massive et durable, mais sur le climat tendu des discussions au sein de l’Union européenne pour savoir si la Grèce « mérite » ou pas d’être aidée, et en quoi le recours au FMI peut être acceptable. Cette discussion n’est certes pas sans intérêt, au moins pour deux raisons : elle permet de voir à quel point les grands discours sur l’unité européenne et sa fameuse constitution deviennent chiffons de papier quand les contradictions inter capitalistes grandissent ; par ailleurs, la véritable mise sous tutelle de l’État grec par des institutions européennes non élues ou par les gouvernements allemand ou français rendent clair que la réponse vraiment efficace pour les travailleurs en Grèce exige une riposte ouvrière au niveau européen, et de nombreux témoignages en cette direction sont encourageants, même s’ils sont limités : ainsi la présence en tête de la grande manifestation athénienne du 24 février de John Monks, secrétaire général de la Confédération Européenne des Syndicats, et les nombreuses prises de position de solidarité avec les luttes des travailleurs en Grèce.

Mais après les très grosses grèves générales du 24 février et du 11 mars, les directions syndicales remettent les mobilisations à plus tard, confirmant, s’il en était besoin, les liens étroits de la bureaucratie dominante avec la direction du Pasok. Que ce soit pour la GSEE (Confédération générale des travailleurs de Grèce, confédération syndicale unique) ou pour Adedy (Fédération des travailleurs du public), le courant majoritaire dans la direction est celui du Pasok. Or, ce qui est en jeu pour le Pasok et le Premier ministre Giorgos Papandreou, dont il faut rappeler qu’il est le président en titre de l’Internationale socialiste, c’est bien de tout faire pour qu’on oublie que la grande victoire électorale de septembre 2009 (1) était avant tout une victoire contre la droite et sa politique d’austérité. En quelques semaines, la direction du Pasok vient d’adopter les pires mesures jamais prises contre la population depuis la fin de la guerre civile en 1949. Cet article revient sur ces mesures et sur les mobilisations ouvrières, mais il va de soi qu’au moment où en France par exemple, le Parti socialiste vient de remporter une grande victoire électorale contre la droite de Sarkozy, l’urgence pour battre non seulement la droite mais sa politique est de renforcer les mobilisations et de construire une organisation anticapitaliste indépendante de la social-démocratie et de ses capitulations.

Mesures catastrophiques

Prétextant la découverte de chiffres truqués par le précédent gouvernement et donc d’une situation économique plaçant le pays au bord de la faillite, Papandreou a voulu depuis la fin de l’automne préparer le pays à des mesures présentées d’abord comme inévitables, et ces dernières semaines comme exigeant l’union nationale due à une situation de guerre… Guerre sociale en effet puisque les mesures, annoncées en plusieurs «  paquets » espacés de quelques semaines, sont les suivantes :

► Rémunérations dans le secteur public : gel des salaires au-dessus de 2000 euros, mais surtout baisse de 30 % sur les treizième et quatorzième salaires, diminution de 10 % à 20 % des primes et avantages ;

► Retraites : gel des retraites et âge de la retraite repoussé à 62 ou 63 ans, avec versement de la retraite de base à partir de 65 ans. On estime que dans les années à venir, la baisse du montant des retraites pourrait se monter à 30 % ;

► Augmentation des taxes : électricité, carburants. L’essence sans plomb coûte désormais 1,428 euros le litre (3e prix le plus élevé en Europe derrière la Hollande et le Danemark). La TVA augmente de 2 points environ, s’établissant à 5 % ou 21 % selon les produits.

► Impôts : hausse non pas pour les entreprises, mais pour les salaires moyens et les professions libérales (par ailleurs une des bases électorales du Pasok), avec projet d’imposer enfin la très riche Église orthodoxe (non séparée de l’État). Il est à noter que dans sa « bonté », le gouvernement exonère les indemnités de licenciement jusqu’à 60 000 euros...

Par ailleurs, le « soutien » accordé par les pays de la zone euro le 25 mars n’est en fait qu’un soutien aux marchés et aux taux d’intérêts exorbitants qu’ils demandent à des pays endettés comme la Grèce, assorti de l’assurance que la zone euro va garantir, avec un panel des prêts par le FMI et les autres pays de la zone, la continuité des paiements. Dans cette perspective, quoi qu’en dise Papandreou, de nouvelles attaques se préparent, d’autant que l’accord, dont le texte n’a pas été publié, comprend précisément le recours (minoritaire) au FMI, dont « l’aide » à la Hongrie s’est traduite par la réduction du secteur public et par des privatisations.

Ce qui est attendu, c’est aussi que les attaques contre les salaires s’étendent au secteur privé, quelques entreprises ayant d’ailleurs déjà voulu prendre les devants. Mais il est aussi question du démantèlement du droit du travail, qui protège encore trop l’employé notamment en cas de licenciement, selon le patronat. Le directeur de la Banque de Grèce a de son côté affirmé son soutien aux mesures… en mettant comme condition que le gouvernement s’attaque au manque de compétitivité, en précisant que le coût du travail est trop élevé en Grèce comparé à celui des autres pays européens.

Quant à l’OCDE, elle prétend vouloir éviter le chômage des jeunes, qui pourrait arriver à 28 %, pour faire quelques recommandations : baisse de la rémunération pour le nouveau travailleur, facilités de licenciement (la loi interdit le licenciement mensuel de plus de 2 % des effectifs) et modifications des indemnisations...

Tout ceci suffit à voir l’inanité du débat sur les inspirateurs de toutes ces attaques et les « moins mauvaises » solutions : FMI, Union européenne ou bourgeoisie grecque, le but est bien pour tous de défendre les profits en s’attaquant aux travailleurs.

Conséquences dramatiques

Voici un exemple concret des mesures sur les salaires : un fonctionnaire qui gagnait 14 000 euros sur un an va perdre 1 200 euros, celui qui en gagnait 24 000 va en perdre 2 200. Pour les retraites, déjà de misère, elles vont plonger des centaines de milliers d’habitants dans des situations de survie, d’autant que la solidarité familiale qui pouvait jouer encore récemment s’est déstructurée : on connaît désormais dans les grandes villes les situations de SDF. Ces mesures ne font qu’encourager les attaques patronales : le journal To Vima  du 25 mars donne de nombreux exemples d’entreprises qui foulent aux pieds les conventions collectives pour imposer, sous menace de licenciements, des contrats individuels réduisant les rémunérations, et cela dans toutes les régions, que ce soit en Grèce du nord, dans les îles ou dans de grandes villes comme Le Pirée (chômage : 25 %) ou Patras. Bien sûr, les mesures vont faire chuter la consommation individuelle (estimation : de -3 % à -6 %) et vont avoir des effets négatifs sur des secteurs comme la construction (déjà 140 000 nouveaux logements restent vides) ou le tourisme : les hôteliers attendent un manque à gagner de 500 millions d’euros et dans un secteur où seul un travailleur sur trois est déclaré — d’ailleurs l’année 2009 a vu 10 000 travailleurs déclarés perdre leur emploi.

 carte grèce

 

© Inprecor/JR

Dans ces conditions, le chômage va exploser. Les chiffres officiels montrent qu’il est passé de 514 000 chômeurs au dernier trimestre 2009 à 766 000 en mars (sur une population de 11 millions d’habitants), avec une bien plus forte proportion de femmes et de jeunes, et des régions sinistrées (Macédoine orientale - Thrace). Le ministre du travail lui-même n’exclut pas le chiffre officiel de 20 % à la fin de l’année… et cela alors que les estimations officieuses donnent un chiffre actuel de chômage de 18 %, avec une récession estimée pour l’année à 2 %, voire 4 % à 5 %.

Crise grecque ?

Les chiffres sont connus : fin 2009, la dette publique avait atteint 135 % du PIB, le déficit 12,7 %. Ces chiffres étaient prétendument cachés, ce qui aurait choqué nos vertueux responsables de l’économie européenne. On ne pourrait que sourire, si la situation n’était pas aussi dramatique : il suffit de se rappeler que les opposants aux Jeux olympiques de 2004 mettaient en cause l’endettement durable et terrifiant qu’entraînerait l’organisation des JO à Athènes…

Comme le dit Pascal Franchet, « depuis 2001, la commission européenne ne pouvait ignorer le peu de fiabilité des comptes présentés par la Grèce » (2). En tout cas, dans cette situation, la Grèce s’enfonçait dans une spirale de faillite, avec des emprunts sur le bien nommé marché à des taux qui ont dépassé 7 % et donc renforcé la dette ! D’où les mesures de Papandreou, d’où l’appel à l’aide européenne.

Papandreou a expliqué que cette aide était surtout un signe politique en direction des spéculateurs comme quoi la Grèce disposait de la garantie européenne de paiement pour ses emprunts (5 milliards recherchés à court terme). Et sur le plan intérieur, il voulait pouvoir justifier par un « bon accord » l’utilité des sacrifices populaires. Il a en fait obtenu un soutien mitigé : la chancelière allemande a exigé que le FMI entre dans le jeu, pour environ un tiers du soutien financier, alors que le président français ou le patron de la Banque centrale européenne, Jean Claude Trichet, prétendaient vouloir une solution strictement européenne.

Toute cette négociation aura surtout été une belle mise en scène : d’abord parce que le même Trichet insistait bien sur le fait qu’il ne s’agissait pas de donner des subventions, mais seulement une garantie de prêt à un taux un peu inférieur à ceux des spéculateurs ! Ensuite parce qu’en fait de règlement européen, la conduite des discussions a été menée par Merkel et Sarkozy, faisant participer ensuite les autres acteurs européens. On ne connaît pas le détail de la discussion, mais la réalité à prendre en compte, c’est que la Grèce est le deuxième meilleur acheteur d’armements de l’Allemagne (9,6 % de ses ventes sur 30 ans, dont 18,2 % en 2006), le quatrième pour la France (5,5 % en moyenne, dont 35,9 % en 2007 !), et que ces deux pays veulent que la Grèce puisse acheter les six frégates françaises (coût : 3 milliards d’euros) ainsi que le sous-marin et les dizaines d’avions militaires allemands prévus !

Ce qui est sûr en tout cas, c’est que tant le FMI que les dirigeants de la zone euro vont désormais intervenir de plus belle dans la situation grecque, en exigeant par exemple une réforme radicale de la sécurité sociale ou la privatisation d’entreprises publiques.

Or, si l’on considère que la Grèce n’est pas un cas isolé en Europe, on comprend qu’au fond, le traitement par les responsables européens du cas grec se veut exemplaire : réussir à imposer des mesures draconiennes à la population en Grèce doit avant tout servir d’exemple, aux travailleurs d’un côté, et aux banques et autres spéculateurs de l’autre, en montrant clairement quels intérêts sont servis.

Car sur le fond, l’accord de Bruxelles ne règle rien et ne fera qu’empirer les choses : ainsi, rien n’est réglé par rapport à la fraude fiscale et ni Papandreou ni les dirigeants européens ne remettent en question le statut « off shore » des grands armateurs grecs qui échappent ainsi à l’impôt !

Leur passion pour l’entreprise privée va renforcer une des faiblesses du système social grec : on estime à 1,5 million le nombre de travailleurs non déclarés en Grèce, travaillant dans les pires conditions. Ainsi, dans le secteur des postes privées, il y a 12 000 travailleurs, sans convention collective, avec des paies en retard, pas de quatorzième mois cette année (exemple sur le secteur public...), pour lesquels les accidents nombreux (déplacements) ne sont pas considérés comme accidents du travail. Dans les centres d’appels téléphoniques privés, les contractuels travaillent cinq jours par semaine, dont le dimanche, de 20 h à 24 h, pour 450 euros par mois. Sans parler des « travailleurs loués » à des grandes entreprises et travaillant 8 heures par jour pour 650 euros par mois. Tout ceci est illégal, mais il y a trop peu d’inspecteurs du travail dans le pays, et tout ceci explique qu’il n’y ait que 15 % de syndiqués dans le secteur privé.

Étendre un tel modèle à toute l’Europe, voilà le rêve de la bourgeoisie européenne et de ses représentants, préférant offrir des profits à court terme aux spéculateurs et aux marchands d’esclaves modernes plutôt que d’assurer même de classiques solutions keynésiennes.

Résistances !

L’annonce des mesures, présentées comme les seules possibles, a été immédiatement accompagnée de sondages indiquant que la majorité de la population les soutenait. Mais si les directions syndicales du Pasok tentaient de freiner, les travailleurs poussaient à la mobilisation, et cela grâce à deux facteurs : la réussite d’une première grève à caractère général le 17 décembre, et le rôle actif des syndicats de base contre l’inertie confédérale et fédérale.

En fait, depuis plusieurs mois, des branches locales de syndicats, avant tout dans le secteur public, poussent à la mobilisation face à la crise, contre laquelle le gouvernement Pasok élu en septembre n’avait pris aucune mesure. Leur rôle a été décisif pour le lancement d’une journée de grève dans tout le pays le 17 décembre, assez bien suivie dans quelques secteurs. Cette grève a été largement investie par le secteur syndical du KKE (PC grec), dénommé Pame, avec une logique sectaire (contre la GSEE et le Pasok), mais finalement, malgré cette forte présence de Pame, la grève du 17 décembre n’a pas été perçue contre la GSEE, mais plutôt comme ce qu’il convenait de faire.

Aussi, quand Papandreou a annoncé le premier paquet de son « programme de stabilité et de développement » (!) en expliquant qu’« en tant que peuple, que nation, qu’hellénisme, nous ne sommes pas en situation de pouvoir supporter des barrages, des grèves ou des arrêts de travail », Adedy a dû sans tarder appeler à une première grève le 10 février, très bien suivie par les travailleurs du secteur public, mais dont chacun savait, bien sûr, qu’elle n’était qu’une étape.

L’étape suivante, sous la pression des travailleurs, fut la grève générale du 24 février, appelée conjointement par GSEE et Adedy, avec au moins 50 000 travailleurs dans les rues d’Athènes, suivie par une plus massive encore le 11 mars, pendant qu’entre-temps intervenaient des arrêts de travail, des occupations (celle du ministère des Finances par Pame, celle d’une avenue centrale d’Athènes pendant une semaine par les travailleurs licenciés de la compagnie aérienne Olympiaki…), et bien sûr des manifs, comme celle du 23 mars à l’appel d’Adedy . Résultat : à la mi-mars un sondage du journal Eleftherotypia  indiquait que 62 % des habitants étaient prêts à se mobiliser contre les mesures antisociales !

Mais, sans surprise, on constate qu’au lieu d’encourager les luttes, les directions GSEE et Adedy ne donnent désormais aucune échéance centrale. Le congrès de GSEE, qui vient de se tenir, était à dix mille lieues des urgences de mobilisation. Il faut dire que la philosophie de son dirigeant, Giannis Panagopoulos, est claire : il n’est pas juste que les travailleurs paient toute la crise… donc il est entendu qu’ils doivent en payer une partie. GSEE se félicitera ensuite du fait que les indemnisations de licenciement ne soient pas imposables jusqu’à 60 000 euros ! Même si dans ses discours publics le même dirigeant ose dire que ce n’est pas aux travailleurs de payer la crise, l’aplatissement du courant dominant de GSEE devant le Pasok est clair, rompant d’ailleurs avec l’affrontement qu’avait assumé en 2001, contre le projet Pasok de réforme des retraites, le dirigeant syndical d’alors, pourtant lui aussi encarté au Pasok. Que dit d’ailleurs d’autre le dirigeant de la CES, quand il déclare à propos de la Grèce : « Nous voulons des plans bien équilibrés et socialement acceptables » ?

On voit donc le rôle décisif qu’ont dans ce contexte les syndicats de base pour accentuer la pression dans le sens d’une grève générale durable, qui ne peut évidemment se décréter, mais doit se préparer par des mobilisations concrètes (grèves, occupations…). Face à la volonté évidente de démobiliser les travailleurs (la crainte d’une explosion sociale dépassant de loin la révolte de décembre 2008 est sous la plume de bien des commentateurs) et de les rendre spectateurs des « conflits » entre représentants du grand capital, les forces militantes doivent pouvoir proposer des initiatives larges et unitaires, au contraire par exemple du courant Pame.

Mobilisations et alternative anticapitaliste

L’importance des enjeux et les obstacles dressés à la mobilisation nécessite bien sûr de prendre en compte le positionnement des partis politiques et leurs éventuelles contradictions, à commencer par le Pasok. En apparence, les militants de base semblent KO : les seuls débats opposent des dirigeants entre eux, pour savoir s’il fallait ou pas accepter l’intervention du FMI… sachant d’ailleurs que c’est Papandreou lui-même qui l’a mise sur les rails en menaçant de s’adresser au seul FMI si l’Union européenne n’aidait pas la Grèce ! En fait, les critiques « de gauche » venues de cadres portent non pas sur la nécessité des mesures, mais sur l’absence de mesures conjointes permettant le développement. L’enjeu est donc de pouvoir associer dans les mobilisations la grande masse de la base du Pasok aujourd’hui silencieuse, qui avait pourtant participé aux mobilisations précédentes.

Le pire pour le Pasok, c’est que son soutien politique principal aujourd’hui, ce n’est pas la droite, qui a bien du mal à se remettre de sa défaite de septembre, mais l’extrême droite, qui joue la carte de l’unité nationale et ne peut bien sûr que se réjouir de ces attaques contre les travailleurs. En dehors du fait que son chef espère ainsi tirer profit du discrédit du Pasok, il est à noter que l’extrême droite continue à relever la tête, avec des groupuscules fascistes extrêmement violents s’en prenant aux immigrés et aux militants de gauche. L’influence de cette extrême droite nationaliste dans les corps de répression se manifeste par ailleurs assez fréquemment, et une riposte unitaire devient urgente !

A gauche du Pasok, on peut distinguer deux types de réaction : celle du KKE et de son courant syndical Pame. Derrière un discours aux accents parfois anticapitalistes se dégage un dangereux sectarisme : la solution à la crise pour eux, c’est seulement de renforcer leur courant, et tout est fait pour ne jamais appeler en commun ni aux mêmes endroits que les syndicats majoritaires. Cela dit, la combativité de bien des militants est évidente, l’enjeu restant de pouvoir les faire travailler dans des cadres unitaires.

L’autre positionnement, c’est la recherche d’une mobilisation unitaire pour mettre en échec les mesures du gouvernement. Se retrouvent sur cet axe les deux regroupements de la gauche antilibérale et anticapitaliste, Syriza et Antarsya. Bien sûr, il y a beaucoup de nuances d’analyse, ne serait-ce qu’entre les fractions désormais assez éclatées de Syriza : d’un côté, son porte-parole Alexis Tsipras insiste surtout sur l’absence de mesures de développement, pendant qu’Alekos Alavanos, ancien porte-parole, exige la démission du gouvernement. Dans Antarsya, il y a aussi des nuances entre tel courant, qui ne jure que par la grève générale, et d’autres, comme OKDE-Spartakos (section grecque de la IVe Internationale) qui insistent sur les processus nécessaires pour arriver à cette grève générale. Quoi qu’il en soit, les deux regroupements mettent en avant aujourd’hui la nécessité de comités contre le programme de stabilité du Pasok, dans une démarche de comités locaux qui s’adressent au plus grand nombre, et cet appel tente ainsi d’associer les militants du KKE, mais aussi, même s’il n’y pas d’appel direct à leur parti, ceux du Pasok. Mais le plus important est que ces comités tentent de faire militer ensemble militants syndicaux (rôle des syndicats de base), politiques, de quartiers, non organisés, et de premières initiatives montrent que c’est possible, mais surtout indispensable, pour enclencher la dynamique que redoutent tous les défenseurs de l’ordre (désordre) bourgeois ! Pour cela, l’axe doit être une logique de remise en cause radicale du capitalisme : refus des dépenses militaires, salaire minimum à 1400 euros, réduction du temps de travail, nationalisation des banques, embauche de titulaires dans les services publics...

Athènes, 28 mars 2010

* Tassos Anastassiadis et Andreas Sartzekis sont membres de la direction de l’OKDE-Spartakos, section grecque de la IVe Internationale, qui fait partie de la coalition de la gauche anticapitaliste Antarsya.

Notes

1. cf. Inprecor n° 555 de novembre 2009, « Une déroute de la droite… reste à battre sa politique ! »

2. Cf. : http://www.cadtm.org/Le-sens-de-la-crise-grecque

Vous appréciez ce site ?
Aidez-nous à en maintenir sa gratuité
Abonnez-vous ou faites un don
Qui sommes-nous ? |  Contact | Abonnement | Design et codage © Orta