Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 598 octobre 2013

GRÈCE

Montée du mouvement néonazi et ses résultats

Cf. aussi : [Grece]

Jan Malewski *

Paris, le 4 octobre 2013

Depuis l’assassinat par les néonazis d’Aube Dorée (Chrissi Avghi) dans la nuit du 17 au 18 septembre, de Pavlos Fyssas, rappeur bien connu sous le pseudonyme Killah P, organisateur de concerts antifascistes et militant antifasciste, les mobilisations antifascistes se sont multipliées en Grèce. Dès le 18 septembre, des dizaines de milliers de manifestants sont sortis dans les rues de plusieurs villes grecques, pour dire : « plus jamais ça ! » La répression policière de ces manifestations a été largement critiquée dans les médias. Les manifestations antifascistes se sont poursuivies les jours suivants, culminant le 25 septembre par des manifestations de l’ensemble des organisations syndicales et politiques se réclament de la gauche.

Synthèse Inprecor

Face à cette pression, le gouvernement néolibéral a même commencé à s’intéresser aux nombreuses exactions du parti néonazi, bénéficiant jusque-là de l’impunité. Des enquêtes sur les liens entre les bandes armées néonazies et la police ont commencé, poussant à la démission neuf dirigeants de la police ou de ses forces « anti-émeute ». Le 28 septembre le gouvernement Samaras-Venizeolos (ND-PASOK) a finalement décidé de passer à l’action : six députés néonazis, dont le chef d’Aube Dorée Nikolaos Mihaloliakos, ont été arrêtés, les locaux du parti néonazi ont été perquisitionnés.

Ce n’est pas le premier meurtre des néonazis grecs. Depuis l’assassinat d’un Bangladais en mai 2011, plus de 300 attaques racistes ont été recensés, dont au moins six menés par des députés d’Aube Dorée, assassinant plusieurs immigrés, blessant gravement de nombreux autres. Ces agressions racistes ont été depuis élargies à des militants syndicalistes et de gauche. Le 12 septembre, une bande nazie a agressé, dans un quartier du Pirée, des colleurs d’affiches du Parti communiste (KKE), blessant gravement neuf d’entre eux. Fallait-il que la victime des nazis soit cette fois-ci un Grec, chanteur connu, pour que le gouvernement néolibéral commence à se préoccuper des violences néonazies ?

Embuscade

Le 17 septembre dans la soirée, Pavlos Fyssas suivait, avec sa compagne et des amis, un match de football dans un café de Kératsini, à l’ouest du Pirée. Des néonazis ont envahi ce café et, après des échanges tendus, Pavlos et ses amis ont tenté de se replier. Avec sa compagne et un autre couple ils ont été interceptés par un groupe de 15 à 20 fascistes, en uniforme d’Aube Dorée, qui leur crièrent : « Qu’est-ce que tu cherches ? Tu sais qu’il n’y a pas de place pour toi dans ce quartier. » Les deux couples s’éloignant, un autre groupe de 10 néonazis sortit d’une autre ruelle et parvint à les entourer. Arriva alors, en sens interdit, une voiture dont sortit un activiste de la section locale d’Aube Dorée, Yorgos Roupakias, qui poignarda le jeune rappeur antifasciste.

Tout cela s’est produit en présence d’une équipe de policiers motocyclistes (DIAS), qui ont observé sans intervenir jusqu’à ce que la majorité des fascistes aient quitté les lieux, alors que Pavlos Fyssas était à terre, mortellement blessé. Une jeune policière est intervenue toute seule, jetant à terre l’assassin, l’immobilisant, braquant son arme sur lui et lui passant les menottes. Elle aurait crié à ses collègues de se dépêcher de venir l’aider et ces derniers se seraient abstenus au motif que « les délinquants étaient nombreux ».

Après cet assassinat, le quotidien « Ethnos » a interviewé un ex-membre d’une des bandes armées d’Aube Dorée. Ce dernier affirme que « l’escadron d’attaque » basé dans le quartier Nikaia (Pirée), est dirigé par Yorgos Patelis, lui-même dépendant directement du député d’Aube Dorée, Ioannis Lagos. À propos de la mobilisation des membres d’Aube Dorée, la nuit fatale, il affirme que, s’il se passait quoi que ce soit dans le quartier, « tous en auraient informé Yorgos Pantelis. Ce dernier devait, à son tour, informer Lagos qui était le cerveau de toutes les actions de la branche. Si nous avions son accord, nous pouvions sortir dans les rues. Pour taguer nos slogans sur les murs de la ville, ou s’en prendre à des Pakistanais, il fallait que Pantelis et Lagos soient informés ». Selon lui, Roupakias était le « sous-chef » de cette section d’assaut, qui a reçu une formation des policiers de l’unité antiterroriste EKAM. Et leur local (le bureau officiel d’Aube Dorée à Nikaia) comme leurs nervis étaient bien protégés : un policier du commissariat de Nikaia, adhérant d’Aube Dorée, les prévenait en cas d’enquête et se chargeait de leurs membres pris en flagrant délit.

Selon le quotidien To Vima, l’assassin a reconnu qu’Aube Dorée lui « prêtait » de l’argent et avait embauché sa femme et sa fille. La police a trouvé chez lui, outre des tracts néonazis, un taser et une matraque. Sa femme affirme qu’il a reçu un coup de fil lui ordonnant de rappliquer à Keratsini. Interviewé par la chaîne TV Alpha, un « ex-aubedorien » a affirmé que Pavlos Fyssas était une cible : « Ça les dérangeait que Pavlos Fyssas ait écrit quelques chansons qui dénonçaient Aube Dorée (…). Yorgos Roupakias avait dit que cet homme, tôt ou tard, ne serait plus vivant. » Et le même ajoute : « Il était payé pour faire ce travail, pour être l’homme de main, pour être au devant. (…) Il disait : mois je suis un aubedorien, moi je soutiens toutes les actions et moi je finis ce que commence Aube Dorée. »

L’ensemble des témoignages recueillis à ce jour indique que l’assassinat de Pavlos Fyssas était le résultat d’une attaque préméditée et d’une embuscade organisée.

Nombreuses agressions

Un réseau formé autour de la Commission nationale des droits de l’homme, du Haut commissariat des Nations unies et de 18 ONG a relevé 63 cas d’agression raciste en 2011. En 2012 plus de 150 agressions ont été totalisées, et au cours du premier semestre 2013 ce nombre a encore augmenté – la presse parlait en septembre de plus de 300 cas pour 2012 et pour 2013. Après l’assassinat de Pavlos Fyssas, la justice grecque a annoncé vouloir « accélérer » l’examen de… 32 affaires. Jusque-là, le moins qu’on puisse dire c’est que la justice n’était pas pressée : le 11 juin dernier le journal grec Efimerida ton Syntakton notait que le procès de trois néonazis, dont Themis Skordeli, ex-candidate d’Aube Dorée à Athènes, accusés d’avoir infligé en septembre 2011 de dangereux dommages corporels à des migrants, dont un Afghan poignardé, « a été ajourné pour la huitième fois » ! Et, lors du précédent ajournement, en septembre 2012, l’AFP indiquait que « cette affaire est la première portant sur des violences racistes à être jugée depuis 1999 ».

Des assassinats se multipliaient : après celui d’un jeune Bangladais en mai 2011, un jeune Irakien a été tué à coups de couteaux en août 2012 dans le centre d’Athènes et, en hiver dernier, un travailleur pakistanais, Shahzad Luqman, a été tué en pleine nuit dans une rue de la capitale grecque par un néonazi d’Aube Dorée. Selon Radio France Internationale, les blessés se compteraient par centaines.

Rappelons quelques cas. En juin 2012 Saleh Ibrahim, jeune exilé somalien de 26 ans traversait une place de ces quartiers nord d’Athènes où les immigrés se font chasser régulièrement depuis trois ans. Il a été agressé par un groupe de six personnes, armées de massues en bois, et s’est retrouvé à l’hôpital avec le bras dans le plâtre pour trois semaines. « Faut-il que je change de couleur de peau ? Et si je le pouvais, est-ce qu’ils arrêteraient vraiment de nous persécuter ? », demandait-il à RFI (1).

Au mois d’août 2012, alors que Hassan Mekki, migrant soudanais, marchait à travers Athènes en compagnie d’un ami mauritanien, des motards brandissant des drapeaux grecs et hurlant « rentrez chez vous, les nègres ! » l’ont frappé à la tête. Il ne s’est réveillé que des heures plus tard, couvert de sang. Ses agresseurs l’ont marqué à vie de deux croix dans le dos. « Je n’ai pas les papiers nécessaires, donc je ne peux demander de l’aide. Je ne dors plus. J’ai peur qu’ils me suivent, que ma vie soit en danger », expliquait-il à l’agence Reuters, qui a publié sa photo, sans montrer son visage.

Waleed Taleb, Égyptien, travaillait dans une boulangerie de l’île de Salamine. Il a eu le tort de réclamer son salaire impayé en automne 2012. Son patron, ancien maire de Salamine, et deux autres hommes lui ont attaché une chaîne métallique de huit mètres de long autour du cou et l’ont entraîné vers une étable. Un quatrième homme les y a rejoints. Là, l’Égyptien a été attaché à une chaise et frappé. Alors qu’il était parfois inconscient, ses agresseurs lui faisaient boire de la bière — qu’ils buvaient eux aussi — et se moquaient de lui car il est musulman. « Ils m’ont promené comme un chien. Je pensais que c’était la fin pour moi. Je m’évanouissais et, à chaque fois, ils me frappaient avec des tiges pour me réveiller. » Le calvaire de Waleed Taleb a duré 18 heures, au bout desquelles il parvint à s’enfuir, profitant d’un moment d’inattention de ses ravisseurs. Mais ce n’était pas la fin : emmené aux urgences après avoir été trouvé dans la rue, avec la chaîne métallique toujours autour du cou, l’homme a été interpellé par la police car sans-papiers. « Tout le monde pouvait voir que je souffrais. Je ne pouvais même pas voir, et je ne pouvais pas manger. J’ai cru que j’allais mourir », a-t-il expliqué à l’agence Reuters, un mois après son agression. Son employeur a été arrêté, puis relâché après trois jours, en attente de son procès, comme ses complices présumés… Par contre, Waleed Taleb a passé un mois dans un centre de rétention et s’est vu notifier l’obligation de quitter le territoire. L’expulsion a été finalement « suspendue » par un ministre, devant le tollé provoqué par le reportage publié par l’agence Reuters en décembre 2012.

« Substitut des autorités »

De telles agressions sont devenues monnaie courante. Les nervis d’Aube Dorée bénéficiant parfois de l’aide de la police. Ainsi le site « Rue 89  » racontait en septembre 2012 l’histoire d’une habitante de Kalamata (sud du Péloponnèse), qui, ayant aperçu un « homme de couleur » dans son jardin, a appelé la police. Le policier à l’autre bout de fil lui répond que la police ne se déplacera pas, mais qu’elle peut s’adresser à… Aube Dorée, lui dictant le numéro de téléphone du local des nazis ! Choquée, elle a refusé de le faire. Mais sans avoir été appelées par elle, les milices néonazies se sont pointées dans son quartier et, ne trouvant pas l’inconnu signalé, ont mis le feu à la maison toute proche d’un Pakistanais. (2)

Car Aube Dorée ne cache pas sa volonté de se substituer à l’appareil d’État, jugé inefficace. Après avoir « nettoyé » les quartiers touristiques d’Athènes des vendeurs ambulants, et soutenus par de nombreux petits commerçants faisant appel à eux pour « rétablir l’ordre » (c’est-à-dire les débarrasser à bon compte des concurrents), les nervis du parti néonazi ont commencé à détruire les stands tenus par des migrants sur les marchés. En septembre et à nouveau en octobre 2012, ils ont mené ces « opérations commando » au marché de Rafina (près d’Athènes), puis en octobre 2012 sur le marché agricole à Messolonghi, dans le centre du pays. L’attachée parlementaire d’Aube Dorée a justifié ces agressions : « Nous avions appelé la police à plusieurs reprises, mais elle n’est pas venue. Si la police dit non, quel est notre rôle ? De protéger notre peuple… » Sur une vidéo prise sur le marché de Rafina, après la destruction des stands tenus par des migrants, un des membres de la bande d’une trentaine de nazis, dont deux députés, déclarait « être venu écouter les problèmes rencontrés par les petits vendeurs, les bons vendeurs. On a appris que des immigrants illégaux vendaient leurs produits sans patente. On l’a signalé à la police et on a fait ce qu’Aube Dorée devait faire. »

Dimitris Psarras, auteur de « Aube Dorée — Le livre noir sur le parti nazi-fasciste grec » (3) souligne que Aube Dorée cherche de cette manière à passer pour « le seul groupe qui n’en reste pas aux paroles, mais matérialise ses positions en “nettoyant” les places. »

Les militants d’Aube Dorée se font aussi passer pour des policiers. Ce fut le cas le 26 juillet 2013, lors de l’attaque d’un centre pour migrants à Tavros, au sud-ouest d’Athènes. Ce jour-là, six hommes se sont présentés au centre en prétendant faire partie des forces de l’ordre, avant de révéler leur appartenance au parti néonazi, frappant violemment les migrants après leur avoir confisqué leurs attestations de travail.

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Début février 2013, plusieurs nervis d’Aube Dorée, vêtus des t-shirts noirs du parti, ont fait irruption à l’hôpital Panarkadiko de la ville de Tripoli dans les chambres des malades, pour exiger de façon musclée la nationalité des « apoklistiki » (infirmières engagées par les familles pour surveiller un des leurs gravement atteint) qui se trouvaient au chevet des patients. La directrice de cet hôpital, Eleni Siourouni, a expliqué dans une conférence de presse conjointe avec les néonazis : « sur la question des infirmières exclusives étrangères, la direction de l’hôpital a un but commun avec Aube Dorée » ! Les néonazis jouent ainsi la carte de la « concurrence » entre infirmières grecques et les garde-malades immigrées, alors que cette situation est le produit de la contraction budgétaire et du déclin du système hospitalier.

Le lendemain, une quarantaine de membres d’Aube Dorée ont mené une opération d’intimidation contre le dispensaire de Médecins du monde (MDM) à Pérama, dans la banlieue du Pirée, où sont soignés des malades démunis, quelle que soit leur origine. Ces activistes de la haine ont scandé des slogans orduriers et racistes contre MDM.

Dans la lignée des hitlériens, les néonazis grecs s’en sont pris aux minorités nationales (à Xianthi leur meute a agressé un maître d’école turcophone). Ils annoncent que « le tour viendra » pour les handicapés et les personnes souffrant de maladies héréditaires (ils prévoient leur stérilisation forcée et l’euthanasie, afin de « purifier le sang des Grecs »), pour les homosexuels (qui auraient à choisir : « changer de préférence sexuelle » ou « expier » ; en août 2012 des tracts annonçant « vous êtes les prochains, après les immigrés » sont apparus dans des clubs du quartier gay à Athènes).

Ils ont déjà blessé en 2012 des Grecs qui ont osé protester contre leurs exactions (un client s’indignant du saccage d’un salon de coiffure tenu par un Pakistanais à Athènes en octobre 2012, un enseignant qui collait des affiches pour une manifestation en défense de l’école en septembre 2012). En commun avec des intégristes de l’orthodoxie, Aube Dorée a réussi a arrêter la représentations d’une pièce de théâtre avant-gardiste jugée « blasphématoire », à Athènes, en octobre 2012. En Crète, à l’occasion de la célébration de la fête nationale le 28 octobre 2012, une chasse aux sorcières a visé les enseignants dont le « patriotisme » était jugé « défaillant ». Toujours en octobre 2012 un directeur de lycée athénien a menacé ses élèves de recourir au service d’ordre musclé d’Aube Dorée… Le tri ne s’arrête pas là : seuls les « Grecs et les Grecques de naissance et de conscience » pourraient avoir des droits politiques selon Aube Dorée, les naturalisés et les « mal pensants » seraient exclus.

En octobre 2012 le Parlement grec a réagi, votant la levée de l’immunité parlementaire de quatre députés d’Aube Dorée, accusés d’exactions, dont Ilias Kassidiaris, porte-parole du parti néonazi, inculpé pour complicité de vol à main armée. Cela n’a nullement freiné leurs agissements. Le 19 mai 2013, à la tête d’un rassemblement visant à empêcher la construction d’une mosquée à Athènes, Kassidiaris pérorait : « Si une mosquée est construite pour les criminels islamistes en Grèce, un front de 100 000 Grecs dirigés par Aube Dorée sera créé ». Au même moment, les musulmans d’Athènes recevaient une lettre estampillée du logo du parti les menaçant en grec, en arabe et en anglais « d’être abattus comme des poulets » et de « faire couler le sang », s’ils ne quittaient pas le pays sans demander leur reste.

Idéologie d’Aube Dorée

Avant de constituer un parti, « Aube Dorée » fut une revue, créée en décembre 1980 par Nikolaos Michaloliakos, actuellement député et « archigos » (équivalent de « führer ») du parti néonazi, et quelques autres rescapés du « Parti du 4 août » d’extrême droite (4). Cette revue, écrit Dimlitris Psarras, « ne fait aucun effort pour dissimuler son identité idéologique. Dès le début, Nikolaos Michaloliak

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os y apparaît comme le principal responsable. La croix gammée est présente sur la couverture, entremêlée avec d’autres formes et symboles occultes. Quelques numéros portent le sous-titre “Revue nationale-socialiste”. La thématique du magazine est dominée par Hitler lui-même et certains de ses éminents collaborateurs, comme le théoricien du nazisme Alfred Rosenberg, le juriste Roland Freisler qui a organisé la nazification du cadre institutionnel du IIIe Reich, Léon Degrelle, fasciste belge et général des Waffen SS, mais aussi des cadres du mouvement néonazi comme Colin Jordan (5), etc. (…) Outre Michaloliakos, d’autres personnes écrivent dans le magazine (…) qui l’accompagneront durant toute la trajectoire du parti Aube Dorée jusqu’au Parlement, comme Christos E. Pappas, tête de liste du parti sur la liste des députés d’État aux élections de mai et juin 2012. En 1983, Pappas, actuellement député d’Aube Dorée, avait rédigé un hymne en l’honneur de Hitler à l’occasion de l’anniversaire de la chute du nazisme : “Le Führer du Reich allemand, ce visionnaire de la nouvelle Europe, et Eva Braun, se suicideront à 15h30 le 30 avril 1945. Le même jour, le 30 avril et 38 ans plus tard, nous, les Grecs nationaux-socialistes, serons au garde-à-vous pour saluer avec le Salut Éternel et nous observerons une minute de silence. S’embrase dans nos cœurs la foi dans les paroles d’Hitler : ’les prochaines générations me rendront justice’. S’embrase dans nos cœurs la confiance en la victoire. La victoire sera nôtre. Une victoire qui marquera la cosmogonie nationale-socialiste et l’anéantissement de l’empoisonneur de tous les peuples : le judaïsme international. 30 avril 1945 — 30 avril 1983 : la lutte continue, l’avenir nous appartient. » (6)

Il ne s’agissait pas d’une exception. Le chef d’Aube Dorée lui même, Michaloliakos, a répété quasiment les mêmes termes le 30 avril 1987, traitant Hitler de « grand homme du XXe siècle, animateur et apôtre de la révolution de la croix gammée » et présentant son credo : « Nous n’aspirons pas à la politique politicienne, nous ne souffrons pas du stress de la présence parlementaire, nous ne cherchons pas une place sous le soleil de la république, nous nions la république, nous nions la règle de la majorité, nous refusons la politique du marketing et nous restons dévoués aujourd’hui, quand tout le monde est devenu infidèle, nous restons fidèles aux idéaux du national-socialisme. » (7)

C’est en 1990 que l’organisation Aube Dorée a tenu son premier congrès. En Yougoslavie voisine, la bureaucratie post-titiste met alors en avant les nationalismes pour diviser les luttes sociales et démocratiques montantes. En écho, en Grèce en 1992 la bourgeoisie stimule une vague nationaliste et xénophobe, ancrée d’abord contre la reconnaissance de la République de Macédoine, puis contre l’afflux des immigrés albanais lorsque s’effondre le régime de Tirana. C’est la résurgence d’un nationalisme agressif et militariste, qui a été alimenté pendant près de cent ans par la « grande idée » voulant faire de ce pays le creuset de la reconstitution de l’empire byzantin par la conquête de Constantinople, une ambition que la catastrophique défaite de l’armée grecque devant l’armée turque en 1922 a définitivement ruinée. L’idéologie d’Aube Dorée tente de ressusciter cette « grande idée » et prétend que « les Grecs sont des gens spéciaux, uniques, avec une langue unique, des racines dans l’Antiquité et des références très anciennes » (8). Cette caricature de l’histoire colle parfaitement à la montée du chauvinisme, au « climat de peur et d’insécurité » et de « “risques nationaux” soulevés par la question du nom de Macédoine » (9). « Aube Dorée entame sa première apparition politique lors de la grande manifestation panhéllenique en 1992 sur le sujet de la République de Macédoine. La plupart des partis politiques à l’époque se conduisent avec une “hystérie nationaliste”. Aube Dorée fait donc partie intégrante du courant de pensée politique de l’époque. Ce qui est intéressant, c’est le parallélisme que l’on peut dresser entre l’extrémisme des messages et des slogans politiques de 1992 et ceux adoptés par Aube Dorée d’aujourd’hui » explique Dimitris Psarras (10).

L’organisation trouve alors, après avoir décidé de se donner un caractère plus « ouvert », un terrain favorable pour développer son action publique. « Seules Aube Dorée et quelques petites organisations fascistes furent ainsi capables de profiter politiquement de la situation », commente Dimitris Psarras (11), alors que les manifestations chauvines anti-macédoniennes étaient organisées en commun par toute la droite — dont l’actuel premier ministre Samaras — et même une partie de la gauche. Cet ultra chauvinisme se marie parfaitement avec les références hitlériennes d’Aube Dorée. Ainsi, la main levée hitlérienne, salut du mouvement, ne serait qu’un emprunt à l’Antiquité. Et son emblème aux allures de croix gammée reproduirait un ancien symbole grec...

Quant à l’idéologie païenne, paganiste, du parti néonazi, elle a été de plus en plus éclipsée — du moins en public — au profit de la religion orthodoxe, l’un des piliers de l’identité nationale grecque. « Même si, depuis sa fondation, Aube Dorée produit des textes anti-chrétiens, elle a adopté avec succès la stratégie des partis fascistes de l’entre-deux-guerres : ne pas s’attaquer à la religion en public. Elle se pose, au contraire, en défenseur de l’orthodoxie, plus exactement de la “race orthodoxe grecque” », explique Stavros Zouboulatis, auteur du livre « Aube Dorée et l’Église » (12).

Nommé à la tête de la jeunesse néonazie, l’ami de la fille de « l’archigos », Arthémios Matthéopoulos, anime également un groupe de musique au nom significatif : Pogrome. On lui attribue, entre autres, l’air « J’entrerai au Parlement, le feu j’y mettrai, la ville entière j’illuminerai » (il est devenu depuis député) ainsi que la chanson négationniste « Auschwitz » (13).

L’épouse du führer grec, Eleni Zaroulia, députée et nommée par le Parlement grec à la Commission sur l’égalité et la non-discrimination de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (!) a résumé en octobre 2012 le point de vue de son parti. Dans une intervention au Parlement, elle a lancé une diatribe pour dénoncer les droits consentis selon elle aux immigrés, traités de « sous-hommes » et réclamer un traitement à part pour ceux « de souche grecque » ayant afflué notamment d’Albanie et de Russie, soutenue à grands cris par son groupe parlementaire : « Il est inacceptable qu’ils soient assimilés à ce genre de sous-hommes qui ont envahi notre patrie, avec toutes les maladies qu’ils trimballent. » (14)

Alors que les autorités grecques commençaient enfin à se préoccuper des crimes des néonazis, Ourania Michaloliakos, la fille du chef, s’est adressée aux membres de son parti en déclarant : « Pose-toi donc la question de savoir si tu es prêt à mourir pour ce en quoi tu crois, sans pour autant devenir un héros couvert de gloire et d’honneur. » (15)

Percée électorale

Aux élections européennes de 1994 et aux législatives de 1996, Aube Dorée n’a pas réussi à dépasser 0,1 % des suffrages. En 2004, s’étant camouflé dans une « Alliance patriotique » avec d’autres groupuscules, elle obtint 0,17 % des voix aux européennes et en 2006, sous le même sigle, 1,34 % aux élections municipales à Athènes. Se présentant à nouveau sous son sigle en 2009, le parti néonazi obtint 0,29 % des suffrages aux législatives et aux européennes 0,5 %.

Ce n’est qu’en novembre 2010, lors des élections municipales, qu’Aube Dorée parvient à percer, obtenant 5,3 % à Athènes, où Mihaloliakos devint conseiller municipal. Avec la crise, le traditionnel bipartisme Nea Demokratia / PASOK commence à s’effondrer. Mais c’est après que le parti d’extrême droite traditionaliste LAOS (Alerte populaire orthodoxe) a intégré, en novembre 2011, le gouvernement de Lucas Papadimos imposé par la troïka (FMI, Banque mondiale, Union européenne), qu’un espace électoral s’est ouvert à droite. En mai, puis en juin 2012 le parti nazi obtient respectivement 6,97 % et 6,92 %, soit 21 et 18 sièges au Parlement. Depuis, jusqu’à la fin septembre 2013, les sondages indiquaient sa progression, annonçant qu’il pourrait dépasser les 15 % des suffrages. Et si, en juin 2012, selon une étude, le parti néonazi a obtenu 20 % des suffrages dans les bureaux de vote où sont inscrits les policiers, en été 2013 d’après certains sondages sa cote de popularité dans la police frisait les 50 % (16).

Synthèse Inprecor

Les politiques d’austérité d’une très grande brutalité menées par les gouvernements successifs sous contrôle de la troïka à partir de 2009 ont provoqué un écroulement du rapport de représentation des partis politiques dominants, le PASOK et la Nouvelle Démocratie (ND). En même temps les règles du système démocratique ont été bafouées. De plus en plus les gouvernements légifèrent par décrets, des grèves sont déclarées illégales et des salariés réquisitionnés (grève du métro athénien en janvier 2013, par exemple). Dans la lignée de ses prédécesseurs, l’actuel gouvernement a fait du racisme une politique d’État. De véritables camps de concentration ont été construits pour les étrangers sans papiers. En juillet 2012, le gouvernement a lancé une vaste campagne de répression des immigrés, cyniquement appelé Xenios Zeus (du nom du dieu de l’hospitalité !).

Il a également légitimé la participation d’Aube Dorée à la vie politique en donnant de l’écho à la prétendue théorie des « deux extrêmes », visant à criminaliser les mouvements de résistance populaire et la gauche radicale, surtout Syriza, devenue aux dernières élections le second parti du pays. Cette théorie, propagée par les médias, légitime les néonazis. La répression féroce des militants antifascistes allait de pair avec la tolérance des autorités vis-à-vis d’Aube Dorée. Par exemple, le 9 octobre 2012, le quotidien britannique « The Guardian » publiait les témoignages de plusieurs dizaines de militants antifascistes qui avaient été torturés par la police après avoir été arrêtés lors d’une manifestation contre Aube Dorée.

La vraie vie est très éloignée de la réussite que le gouvernement prétend réaliser : le taux de chômage est passé en quatre ans de 7,8 % à 27 % de la population active, un Grec sur trois n’a pas de revenu, les pensions de plus de deux tiers des retraités sont inférieures à 675 € par mois, 150 000 fonctionnaires ont été licenciés, les réduction des salaires atteignent jusqu’à 50 %, les impôts ont été brutalement augmentés, plus de la moitié de la population ne peut plus acheter des médicaments… mais la dette publique – que les cures d’austérité devaient éponger – ne cesse d’augmenter, alors que le PIB continue de reculer pour la sixième année de suite. Ajoutons à cela que les politiciens et les médias européens ont présenté une image humiliante des Grecs depuis 2010, ce qui a conduit un nombre croissant d’entre eux à la colère et à un sentiment de conspiration.

Un étude sur les « évolutions politiques », réalisée en février 2012, indiquait qu’une grande majorité de la population grecque employait les termes « déception » et « colère » pour exprimer leurs sentiments envers le gouvernement, les médias, les syndicats et l’opposition politique. 50 % d’entre eux craignaient de perdre leur travail, 90 % estimaient que leur salaire sera diminué et 80 % demandaient l’expulsion immédiate des immigrés clandestins ! En 2011, « l’Eurobaromètre » indiquait que selon 71 % des sondés en Grèce l’Union européenne a « agi de manière inefficace » (17).

Le parti néonazi a su tirer profit de cette crise de société. Avec un très grand écho médiatique, il a conduit des opérations « humanitaires » réservées aux seuls Grecs : distribution spectaculaire d’aliments sur la place centrale d’Athènes, création d’une « agence pour l’emploi », annonces d’une aide médicale surnommée « Médecins avec frontières », tentative de créer une « banque de sang grec » (ce qui, heuresement, a échoué grâce à l’hostilité du monde de la santé).

Selon Dimitris Psarras « il y a eu plus de communication que d’aides réelles » (18). Parfois il s’agissait d’une simple mise en scène : le grand journal « Proto Thema » titrait ainsi « Les “scouts” d’Aube Dorée – On attire les gens vers l’extrême droite » un reportage illustré de deux pages sur de « vrais gardiens des distributeurs du centre-ville, les membres d’Aube Dorée [qui] protègent surtout les femmes et les personnes âgées qui, chaque fois qu’elles veulent aller à la banque, appellent “un de ces gars” pour les y accompagner. » La retraitée, dont la photo s’étalait en première page et dont les déclarations dramatiques sur l’insécurité provoquée par les non-Grecs étaient largement citées, était la mère d’un dirigeant local néonazi, candidat dans la circonscription électorale d’Athènes-centre (19).

Néanmoins, le prétendu rôle social d’Aube Dorée a ainsi réussi à contraster avec l’inaction des autres partis et l’indifférence d’une classe politique traditionnelle perçue comme égoïste, indifférente, voire corrompue et responsable de la crise. Aube Dorée a pu tirer profit de la confusion et des déceptions et a gagné des voix et la sympathie, même dans les rangs du Parti communiste (KKE), il est vrai marqué par la tradition stalinienne, le sectarisme et le « national-communisme ». En témoigne l’interview de Grigoris, présenté comme « toujours communiste » : « À qui faire confiance ? La droite, je ne veux pas en entendre parler. Le PASOK, non plus. La seule fois où j’ai voté pour eux, en 1981, pour enfin se débarrasser de la droite, je l’ai amèrement regretté. Et le petit nouveau, le Tsipras de la gauche radicale, c’est un autre Papandreou qui nous trahira aussi. (…) Je votais pour le parti communiste jusqu’à l’an dernier. Mais ils sont impuissants. Rien de fort ne sort de là. » Et il annonçait, début septembre 2013, qu’il allait voter pour Aube Dorée, pour « punir ceux qui gouvernent » : « Je ne suis pas d’accord avec leurs idées, ce sont des “gestapistes”. Mais je les admire. Eux, au moins, ils en ont. » (20) Les effets du sectarisme « de gauche » peuvent conduire à accepter l’inacceptable…

La fin de l’impunité ?

Immédiatement après l’assassinat de Pavlos Fyssas les autorités grecques ont tergiversé. Si le ministre de l’ordre public, Nikos Dendias, a ordonné le transfert de 32 dossiers en cours au procureur de la Cour suprême et décidé que les enquêtes sur les violences commises par des membres d’Aube Dorée seront confiées désormais aux services antiterroristes et non aux simples services de police, tout le monde avait en mémoire qu’en octobre 2012 il avait déjà déclaré que « le gouvernement ne tolérera pas l’action de sections d’assaut » (21), sans que cela ne change rien. Un débat parlementaire sur Aube Dorée, demandé « en urgence », a été reporté, officiellement en raison de l’emploi du temps du Premier ministre. En réalité, le gouvernement, qui ne dispose que d’une majorité de quatre sièges et dont les composantes ont baissé dans les sondages, craint les divisions dans son propre camp, car des élus conservateurs ont tissé des liens avec Aube Dorée, dans laquelle ils voient un point d’appui possible contre la gauche radicale. De plus, ce gouvernement impopulaire craint les menaces de Mihaloliakos, qui a annoncé « l’instabilité politique » en faisant démissionner successivement ses 18 députés pour provoquer « des élections à répétition ».

Mais le gouvernement Samaras se trouvait le dos au mur. La Grèce prendra la présidence de l’Union européenne en janvier 2014 et les pressions, tant allemandes qu’états-uniennes se sont renforcées pour que « le président de l’Europe » ne puisse être accusé de complicité avec les néonazis. La base politique de Samaras se délitait et Aube Dorée pouvait potentiellement mettre en question l’hégémonie de la ND au sein du bloc de droite. Samaras lui même était sous le coup d’attaques dans son propre parti alors que certains de ses dirigeants espéraient pouvoir s’appuyer sur Aube Dorée pour réorganiser le bloc de droite en tant que courant de masse contre les grèves et contre la gauche

Forcés d’attaquer Aube Dorée, Samaras et le vice-premier ministre Venizelos (PASOK) ont fait le choix d’apparaître comme des gardiens de la démocratie, espérant reconquérir ainsi une légitimité dont ils ont besoin pour imposer un nouveau mémorandum. Wolfgang Schäuble, le ministre des finances allemand, a clairement indiqué que le prêt de 77 milliards d’euros serait conditionné à un ensemble de nouvelles mesures d’austérité. Les dirigeants des partis gouvernementaux proposent un « arc constitutionnel » dans l’espoir d’opérer un clivage entre, d’une part, la dénonciation des pratiques et de l’idéologie du parti néonazi et, d’autre part, la mobilisation sociale contre Aube Dorée et contre la politique d’austérité.

L’arrestation de 6 députés d’Aube Dorée, dont le chef Nikolaos Mihaloliakos, le 28 septembre, a fait dire à certains médias que le parti néonazi était « décapité ». Mais si quatre d’entre eux ont été inculpés, le 2 octobre, pour « constitution et appartenance à une organisation criminelle », trois ont bénéficié de liberté conditionnelle, dont le porte-parole Ilias Kassidiaris, et ont quitté du tribunal en vainqueurs. Un seul, Ioannis Lagos, a été maintenu en détention provisoire. Le chef néonazi, Mihaloliakos, a lui été inculpé le 3 octobre pour « participation à une organisation criminelle » et placé en détention provisoire, de même que le « n° 2 » du parti néonazis, Christos Pappas. Par ailleurs, quatre policiers soupçonnés de liens avec le parti néonazi ont été arrêtés.

La libération conditionnelle des néonazis inculpés indique que le « parakratos », cet « État profond » grec, cet appareil qui n’a pas été épuré après la fin de la dictature des colonels en 1974, reste divisé. La presse grecque a critiqué l’attitude de la justice après que trois députés néonazis ont été libéré : le journal conservateur « Kathimerini » a titré « Effet de surprise et questions », alors que le quotidien de gauche « Eleftherotypia » parlait de « Démocratie honteuse » et que « Ta Nea » titrait : « Le chef en prison, le gang est dehors ». L’enquête ira-t-elle jusqu’au bout ?

Après le retournement des grands médias, jusque-là si utiles aux néonazis, les sondages indiquent un recul des intentions de vote en faveur d’Aube Dorée. Mais pas un effondrement : un sondage réalisé entre le 25 et le 30 septembre pour le site web rizopoulospost.com lui donne 8,5 % des intentions de vote, c’est-à-dire toujours plus que le score obtenu en mai et juin 2012 (22). Les nervis néonazis sont loin d’avoir pris la fuite. Le 2 octobre, ils étaient une centaine devant le tribunal à scander « Du sang ! De l’honneur ! Aube Dorée ! La victoire ou la mort ! » Et au moment de son arrestation, le député néonazi Ilias Panagiotaras annonçait fièrement : « Les idées d’Aube Dorée survivront. Nous reviendrons peut-être avec un autre nom, mais nous reviendrons. »

Construire le mouvement antifasciste

C’est que Aube Dorée ne peut être détruit par des mesures juridiques, ni par la répression d’un appareil d’État illégitime aux yeux de larges masses. Il ne s’agit plus d’un petit groupe néonazi, mais déjà d’un petit mouvement qui a pu émerger parce que la Grèce est un pays dévasté par la stratégie de choc mise en œuvre au cours des dernières années sous le diktat de l’Union européenne et du FMI, où la récession, le chômage et la pauvreté ont atteint des niveaux jamais vus dans cette partie du monde depuis les années 1930, où la démocratie a été détruite et où la société entière a été humiliée. Il n’est pas possible de combattre Aube Dorée sans combattre, simultanément, ces politiques qui permirent son ascension.

Pour combattre le fascisme il faut construire un mouvement antifasciste dans l’unité la plus large possible. Mais cette unité ne doit, d’aucune manière, servir de prétexte pour établir des ponts avec des partis ou un système qui ont nourri le développement du fascisme. Cette union ne peut concerner que toutes les forces impliquées dans les résistances populaires contre l’austérité, contre les mémorandums imposés par la troïka.

Synthèse Inprecor

La Grèce est depuis quatre ans un « laboratoire » des classes dominantes européennes dans le but de tester une politique de démantèlement social. Leurs « experts » ont jusque-là considéré la montée du néonazisme dans ce pays comme un « dommage collatéral ». C’est une raison de plus pour que le mouvement antifasciste grec puisse compter sur la solidarité d’un mouvement antifasciste européen. Construire un tel mouvement est d’autant plus nécessaire aujourd’hui que les forces d’extrême droite dans les pays européens progressent, entrant dans le gouvernement en Norvège, atteignant 21,4 % des voix aux élections en Autriche, gouvernant en Hongrie, montant dans les sondages en France, en Flandre, aux Pays-Bas… ■

* Jan Malewski, rédacteur d’Inprecor, est membre du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Notes

1. Amélie Poinssot, « La Grèce face à une vague de violences racistes », RFI le 30 juillet 2012 : http://www.rfi.fr/europe/20120728-grece-vague-violences-racistes-athenes-aube-doree-immigres-human-rights-watch-bruxelles-union-europeenne

2. Cf. : http://www.lematin.ch/monde/En-Grece-la-police-s-appuie-sur-les-neonazis/story/25469047

3. Dimitris Psarras, « Aube Dorée — Le livre noir sur le parti nazi-fasciste grec », éditions Polis, Athènes 2012, va paraître en traduction française de Panos Angelopoulos au printemps 2014, coédité par les éditions Syllepse (Paris) et M. Éditeur (Québec). Il est possible d’aider à l’édition de ce livre en souscrivant au prix de 15,00 € (chèque à l’ordre des éditions Syllepse, à envoyer à Éditions Syllepse, 69 rue des Rigoles, 75020 Paris).

4. Parti du 4 août a été une organisation fasciste fondée en 1965 par Constantinos Plévris. Son nom est inspiré par le « régime du 4 Août », nom donné à la dictature dirigée par Ioannis Métaxas à la veille de la Seconde Guerre mondiale (1936-1941).

5. Colin Jordan (1923-2009) a été un dirigeant néonazi après la Seconde Guerre mondiale en Grande-Bretagne et en Europe.

6. Dimitris Psarras, « Aube Dorée — Le livre noir sur le parti nazi-fasciste grec ». Cet extrait a été traduit du grec par Amélie Poinssot et Vassiliki Polychronopoulou et publié en date du 25 octobre 2012 sur le site français Mediapart.

7. Cité par Iefimerida : http://www.iefimerida.gr/news/48267/νίκος-μιχαλολιάκος-όταν-ο-αρνητής-της-δημοκρατίας-υμνούσε-τον-χίτλερ

8. Analyse d’Aristos Doxiadis, chercheur grec, cité par Elisa Perrigueur dans son reportage publié par « la Tribune » du 26 octobre 2012 : http://www.latribune.fr/actualites/economie/20121025trib000727141/plongee-au-coeur-de-l-aube-doree-en-grece.htm

9. Dimitris Psarras, Mediapart, op. cit.

10. Entretien avec Touteleurope.eu : http://www.touteleurope.eu/fr/nc/print/organisation/etats-membres/grece/actualite/actualite-vue-detaillee/afficher/fiche/6097/t/90887/from/4626/breve/lextreme-droite-en-grece-bilan-sur-une-evolution-inattendue.html

11. Dimitris Psarras, Mediapart, op. cit.

12. Cité par Jean-Baptiste Naudet : http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20130919.OBS7738/aube-doree-ces-dangereux-neonazis-grecs.html

13. Ces paroles ordurières disent notamment : « Fuck Wiesenthal, Fuck Anne Frank, Fuck toute la race d’Abraham, L’étoile de David me fait vomir ! Vous, Juifs de merde, je ne vous laisserai pas, au mur des lamentations je viendrai pisser. Juden raus ! Je suis feu et flamme pour Auschwitz »…

14. Notons que le ministre de l’Intérieur, le conservateur E. Stylianidis, interpellé par le président de séance, a refusé tout rappel à l’ordre de la députée néonazi. Cf. : http://www.rtbf.be/info/monde/detail_grece-une-deputee-neonazie-qualifie-les-immigres-de-sous-hommes-au-parlement?id=7859063

15. Correspondance d’Alexia Kefalas, Le Point.fr 24 septembre 2013.

16. http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20130919.OBS7738/aube-doree-ces-dangereux-neonazis-grecs.html

17. Toute l’Europe.eu du 30 octobre 2012 : http://www.touteleurope.eu/fr/nc/print/divers/flux-rss/afficher/fiche/6097/breve/lextreme-droite-en-grece-bilan-sur-une-evolution-inattendue.html

18. Cité par Jean-Baptiste Naudet : http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20130919.OBS7738/aube-doree-ces-dangereux-neonazis-grecs.html

19. Dimitris Psarras, op. cit., Mediapart.

20. Interview réalisée par Effy Tselikas : http://fr.myeurop.info/2013/09/06/grigoris-communiste-toujours-mais-aube-dor-e-cette-fois-12187

21. AFP, le 24 octobre 2012.

22. Voir http://rizopoulospost.com/ du 3 octobre 2013 et http://www.reuters.com/article/2013/10/04/us-greece-goldendawn-poll-idUSBRE99309K20131004

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