Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Dossier

N° 545-546 janvier-février 2009 *

GRÈCE

Nous n’allons pas payer leur crise ! 15 objectifs immédiats de lutte proposés par Syriza

Cf. aussi : [Grece]

Nous reproduisons ici des extraits significatifs de la proposition de 15 objectifs immédiats (plan d’action) rendue publique par le Secrétariat de la Coalition de la gauche radicale (Syriza). Fondée avant les élections législatives de 2004, Syriza regroupe actuellement les organisations suivantes : Citoyens actifs (EP), Organisation communiste de Grèce (KOE), Mouvement démocratique social (DIKKI), Intervention écologique (OP), Gauche ouvrière internationaliste (DEA), Kokkino (“Rouge”), Mouvement de gauche pour l’action unifiée (KEDA), Unions populaires des groupes sociaux bipartisans (LEYKO), Renouveau de la gauche communiste écologique (AKOA), Synaspismos (SYN), Organisation socialiste internationaliste (Xekinima), ainsi qu’un grand nombre de militantes et militants de gauche indépendants. Lors des législatives de 2004 Syriza a obtenu 241 539 suffrages (3,3 % et 6 député-e-s) et 361 211 suffrages (5,04 % et 14 député-e-s) aux législatives de 2007.

Alors que des larges couches populaires prennent de plus en plus conscience de la faillite des mythes de l’idéologie néolibérale, le devoir de la Gauche est de redonner l’espoir à la classe ouvrière, à la jeunesse, aux femmes, aux immigré/es, aux pauvres. De présenter la perspective du socialisme et de la justice sociale dans notre pays, en Europe et dans le monde entier, non seulement comme une vision libératrice qui constitue la seule alternative au capitalisme et le seul espoir de la société, mais aussi comme un objectif qui envahit et enrichit les orientations, les conceptions et les luttes d’aujourd’hui. Et aussi, de mettre en avant un projet politique immédiat de grands changements politiques et sociaux, afin de faire sortir le peuple et le pays du marais du bipartisme et les classes travailleuses des impasses du néolibéralisme. Un projet politique qui devra constituer une politique cohérente de changements, de réformes et de transformations et en même temps un programme d’action des forces politiques et sociales afin de soulager et améliorer tout de suite la vie du peuple travailleur, des chômeurs, des jeunes hommes et femmes. Ce projet sera porté en rapport et en collaboration constructive avec le mouvement syndical et les mouvements sociaux multiformes, dans le cadre d’un nouvel internationalisme à l’échelle de l’Europe et du monde.

Aujourd’hui, dans le cadre des élaborations programmatiques initiées par Syriza en vue de la formation, à travers des procédures de masse ouvertes et participatives, nous proposons un programme de lutte pour résoudre les problèmes du peuple et constituer une nouvelle majorité des forces sociales et politiques, hors des limites du bipartisme et en rupture avec les politiques des forces du capital, de l’impérialisme et de la guerre.

Il faut que le bipartisme soit définitivement défait. Les scénarios de centre-gauche et la gouvernance servent en dernière analyse le néolibéralisme et ses politiques et ne concernent pas la gauche radicale.

Notre vision est et reste le socialisme. Les théories sur la fin de l’histoire et des idéologies, qu’ils nous assènent depuis tant d’années, se sont effondrées. L’actualité du socialisme est encore plus prononcée en raison des conséquences de la crise capitaliste barbare, vécue aujourd’hui par toute la planète.

L’assassinat du jeune Alexandre Grigoropoulos a fait déborder le vase. Les grandes mobilisations de la jeunesse, qui ont duré longtemps faisant preuve de grande endurance, ont concentré la solidarité d’une partie très large des travailleurs et des couches populaires. En même temps, elles ont mis en avant la nécessité de la société grecque de se pencher sur la jeune génération, d’entendre son cri de désespoir, ses problèmes et ses besoins. Pour que le peuple grec devienne partenaire et protagoniste aux côtés de la jeunesse de notre pays afin qu’on sorte vraiment des impasses actuelles.

Toutes les forces de la gauche radicale, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de Syriza, doivent assumer leur rôle et leurs responsabilités, en regroupant dans leurs rangs les forces sociales attaquées. Elles doivent soutenir les résistances sociales, encourageant les revendications ouvrières, contribuant au niveau local et sectoriel à des initiatives qui font développer les luttes. La gauche radicale et Syriza considèrent qu’il n’y a pas de projet de transformation de la société qui puisse avancer d’en haut s’il n’est pas appuyé sur l’organisation et les luttes des travailleurs.

1. Défendre la Paix, lutter contre la guerre et l’impérialisme

— Réactiver le mouvement pacifiste. Résister à la militarisation, au Nouvel Ordre et au militarisme. Ouvrir un front contre le nationalisme.

— Retrait de la Grèce de l’OTAN et en même temps lutte pour la dissolution de l’OTAN.

— Fermeture des bases militaires américaines de Souda et Aktion.

— Rejet du bouclier antimissile américain et de tout projet et action visant à dresser des nouveaux murs et divisions de guerre froide en Europe.

— Diminution draconienne des armements et des dépenses militaires au profit de la satisfaction des besoins sociaux. Abolition de toutes les armes nucléaires et des armes de destruction massive.

— Désengagement immédiat de notre pays des accords bipartites ou multipartites et des actions liées à la soi-disant « guerre contre le terrorisme », qui ne servent que des logiques de restriction des droits démocratiques, de répression des mouvements et des résistances ainsi que les projets hégémoniques des États-Unis et des forces dominantes de l’Union européenne (UE).

— Retrait des forces militaires grecques des territoires étrangers, fin immédiate de l’occupation de l’Afghanistan, de l’Iraq et des Balkans, justice pour la Palestine, non à la menace militaire contre l’Iran.

— Pas un soldat hors des frontières de son pays.

— Faire avancer la paix et la stabilité aux Balkans et en mer Égée. Promouvoir une politique d’amitié, de collaboration et de solidarité entre les peuples de la région, une politique de développement des rapports interétatiques, de bon voisinage, de collaboration équitable et de respect du bien mutuel et de l’intégrité territoriale de tous les pays. C’est seulement sur cette base qu’on pourra faire avancer la juste solution des grands problèmes tels que celui de Chypre, des rapports entre la Grèce et la Turquie, de FYROM (Former Yugoslav Republic of Macedonia), du Kosovo, etc.

2. Pour une autre Europe : Lutter pour faire capoter les choix néolibéraux

Syriza conteste en bloc le cadre des Traités sur lesquels l’UE s’est formée et fonctionne en tant qu’Union de pays qui est néolibérale, monétariste et atlantiste. Syriza revendique et lutte pour :

— L’abrogation des Traités de l’UE et plus spécifiquement des clauses du Traité de Maastricht et de Lisbonne, qui promeuvent la constitutionnalisation du néolibéralisme, en violant toute procédure démocratique, même dans des pays dont les peuples se sont exprimés différemment, comme en France, en Hollande et en Irlande.

— Retrait immédiat de la signature de la Grèce du Traité de Lisbonne. Modification des Traités de l’UE seulement par voie référendaire.

— Abrogation du Pacte de Stabilité. Agir en commun et lutter au niveau national et européen pour formuler des politiques qui promeuvent le droit à l’emploi plein et stable.

— Abrogation de l’impunité politique imposée par le Traité de Maastricht et instauration du contrôle public et parlementaire de la Banque centrale européenne (BCE) et du Système Européen des Banques Centrales (SEBC), dont fait partie la Banque de Grèce.

— Ouverture de fronts de lutte grecs et européens contre les politiques économique, sociale et géopolitique dominantes de l’UE, qui ont une orientation anti-ouvrière et anti-populaire. Soutenir à l’échelle européenne des politiques qui combattent le chômage et prendre des mesures en faveur de l’emploi et de la politique sociale.

— Lutte pour une Europe qui se meut hors des dogmes de l’atlantisme, vers une direction progressiste et socialiste.

3. Pour un cadre antilibéral d’exercice de la politique économique au profit des travailleurs et de la société

Nous luttons pour un changement radical et progressiste dans notre pays et nous considérons que la condition sine qua non en est la modification radicale de l’actuel cadre pour l’exercice des politiques économiques et sociales. Sur cette base nous proposons et revendiquons :

— Le retour sous propriété publique et sous contrôle social de toutes les entreprises et organismes publics des secteurs de l’énergie, des télécommunications, des ressources et de la distribution de l’eau, des Transports, sans indemniser les grands actionnaires. La création d’une structure sociale des transports maritimes côtiers sous responsabilité de l’administration locale et de l’État.

— La récupération du contrôle et de la propriété publique des infrastructures du pays (ports, aéroports, marinas, routes, installations touristiques, etc.), qui ont été concédées ou vendues à des privés ou à des entreprises multinationales grecques et étrangères, sans indemnités. Annulation des SDIT (Coopérations entre Secteurs Public et Privé) et des contrats de cession. Réforme radicale, pleine transparence et contrôle populaire du système d’adjudication-exécution des grands travaux et des politiques foncières.

— Création d’un pôle étatique d’intervention dans le système bancaire, ayant comme pylônes la Banque nationale, ATE (Banque Agricole de Grèce) et la Caisse d’Épargne, lesquelles passent sous contrôle absolu et propriété de l’État.

— Nationalisation, sans indemnités, de toute banque qui n’est pas en mesure de remplir ses obligations et servir ses déposant/es et nécessite le soutien de l’État.

— Investissements publics à caractère écologique. Encouragement des formes d’économie collective et coopérative. Développement équilibré entre le centre et la périphérie.

— Instauration et institutionnalisation du rôle et du contrôle social par les travailleurs et leurs syndicats, dans les entreprises et organismes publics (DEKO). Les nationalisations pour lesquelles nous luttons ne concernent pas seulement les titres de propriété mais aussi le changement de la structure des services publics à travers la participation des travailleurs à la prise des décisions et le contrôle social, afin que ces entreprises ne servent pas l’accumulation capitaliste mais les besoins sociaux.

— Contrôle de la gestion, avec participation des travailleurs, des entreprises qui licencient, pratiquent l’évasion fiscale ou détournent les subventions publiques.

— Les objectifs susmentionnés entrent en conflit avec les réglementations et la politique de l’UE. Cependant, notre lutte n’est pas limitée ou reportée jusqu’à ce que l’UE change. Au contraire. La promotion de ces objectifs s’inscrit dans un processus de subversion du néolibéralisme au niveau tant local qu’européen et contribue à la création d’une alternative politique.

4. Rapports de travail – emploi – chômage

— La lutte pour un emploi plein, stable et sûr pour tous et toutes est la réponse de la gauche au projet néolibéral de généralisation de la précarité et de l’errance du travail, qui frappe surtout la jeunesse, la génération à 700 euros et les femmes.

— Abrogation de toutes les formes de travail élastique, à temps partiel et atypiques et leur remplacement par des rapports de plein emploi. Jusqu’à l’abrogation du travail à temps partiel, ceux qui sont employés moins de 4 heures sont assurés d’une rémunération correspondant au moins au salaire minimum de la convention salariale nationale.

— Remplacement des contrats de travail à durée déterminée et intérimaire par des contrats de travail à durée indéterminée. Embauche avec les contrats de travail à durée indéterminée de tous les contractuels des secteur public et privé, qui en couvrent des besoins fixes et permanents. Abrogation du statut du contractuel.

— Abrogation des règlements et directives anti-ouvrières de l’UE (directive Bolkestein, flexicurity, arrangement de l’ensemble du temps de travail, location des travailleurs, programmes de stages, contrats de travail intermittent, etc.).

— Salaire égal à travail égal et totale égalité de droits de travail pour les deux sexes.

— Congé parental (non maternel) de deux ans tant pour le secteur public que privé. Après la fin du congé parental, le retour doit s’effectuer au même niveau de travail (poste de responsabilité), sans diminution de salaire et de droits à la sécurité sociale. Séminaires de réinsertion.

— Attribution sans conditions d’une allocation de chômage et des droits correspondants aux femmes qui ont interrompu pour un grand laps de temps leur travail en raison des soins rendus à des mineurs ou des personnes handicapées.

— Abrogation de toutes les discriminations négatives aux dépens de jeunes, établies depuis 1992.

— Interdiction des licenciements collectifs, mais aussi des licenciements individuels aux entreprises qui font des profits. Toute entreprise qui veut licencier est obligée d’ouvrir se livres de comptes et d’accepter le contrôle de sa gestion avec la participation des travailleurs.

— Ajustement de l’indemnité de licenciement des ouvriers et des employés.

— Couverture assurance sociale et assurance maladie des chômeurs durant leur chômage.

— Mesures spéciales en faveur des chômeurs à long terme et des chômeurs de plus de 50 ans.

— Instauration et contrôle de l’application des 35 heures (7 heures, 5 jours de travail) sans diminution de salaire, avec des mesures spécifiques pour soutenir l’application de la mesure dans les petites et moyennes entreprises.

— Embauches massives dans les secteurs de la santé, de l’enseignement et des services sociaux. Programme immédiat de création de 100 000 nouveaux emplois visant à empêcher la montée du chômage en raison de la crise et à améliorer la qualité des services sociaux.

— Application de la loi 3488/2066 sur l’égalité de Traitement Hommes et Femmes aux lieux de travail, loi qui inclue la répression du harcèlement sexuel.

(…)

15. Droits démocratiques et droits individuels

— La proportionnelle simple en tant que système électoral durable à tous les niveaux de représentation et pour tous les organes électifs. Instauration de la représentation équitable des deux sexes.

— Droits égaux, levée et lutte contre toute discrimination de genre, de religion, de couleur, d’origine, d’orientation sexuelle. Actions positives en vue de l’élimination des inégalités existantes.

— Choix libre, paritaire et garanti par la loi du mode de cohabitation, indépendamment de l’orientation sexuelle. Non aux modifications conservatrices du droit familial.

— Légalisation et inscription à la sécurité sociale de tous les travailleurs immigrés. Garantie de leurs droits politiques et sociaux, déconnexion de la légalisation des préconditions pour l’inscription à la sécurité sociale, délivrance du certificat de naissance à leurs enfants, droit d’élire et d’être élu aux élections administratives, insertion des immigrés dans le mouvement syndical organisé. Respect des droits des minorités, des Roms et des détenus.

— Asile politique pour les réfugiés. Nationalité grecque pour tous les enfants qui sont nés en Grèce ou qui s’y sont installées en bas âge. Octroi de la nationalité grecque aux immigré/es après 7 ans de résidence au pays.

— Abrogation de la loi anti-terroriste, des clauses qui imposent la société du mouchardage (caméras qui suivent les citoyens), ainsi que rejet des conventions et directives internationales qui, prenant comme prétexte le terrorisme, sapent la démocratie et minent les droits politiques.

— Dissolution des Forces spéciales de répression. Interdiction d’utiliser des gaz chimiques lors des manifestations.

— Abolition de toutes les clauses qui permettent l’enrôlement des grévistes ou le travail forcé pour certains secteurs de travailleurs.

— Réforme radicale du système carcéral. Charte de droits des détenus.

— Diminution du service militaire à 6 mois, reconnaissance du droit au refus pour raisons de conscience, service civil alternatif d’une durée égale au service militaire.

La condition fondamentale pour que les questions relatives au travail et la question sociale se placent à la pointe de la confrontation politique et sociale face au néolibéralisme est le redressement du mouvement syndical. Ceci signifie une nouvelle qualité du syndicalisme avec la neutralisation de la bureaucratie et du syndicalisme patronal, avec des syndicats de classe, combatifs, participatifs qui encouragent la participation massive des hommes et des femmes à leur action dans chaque lieu de travail. Avec des syndicats qui regrouperont dans leurs rangs les jeunes, les immigré/es, les chômeurs et le monde de la précarité.

Syriza, qui depuis sa fondation s’est positionné publiquement et sans hésiter en faveur de l’action commune et de la collaboration politique des forces de la gauche radicale, adresse les 15 objectifs immédiats à toutes les forces de la gauche pour qu’on en discute et qu’on agisse en commun dans la société et les mouvements.

En tout cas, ces objectifs constituent une proposition faite aux forces travailleuses de la société et seront finalisés quant à leur contenu à travers un grand dialogue politique et social.

15 décembre 2008

Traduction : GM (du grec)

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