Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 619-620 septembre-octobre 2015 *

GRÈCE

Unité populaire, un pôle d’espoir pour la gauche pour dépasser l’expérience de Syriza

Cf. aussi : [Grece]

DEA*

26 août 2015

La crise de Syriza n’est qu’à ses débuts. La démission honorable de Tassos Koronakis de son poste de secrétaire général n’est que le sommet de l’iceberg : des dizaines, voire des centaines de cadres politiques et organisationnels, qui avaient soutenu pendent quinze ans le projet unitaire de la gauche radicale, sont découragés, inactifs, en retrait. Ils sont suivis par des milliers de membres et sympathisants de Syriza, incapables « d’avaler » la transformation soudaine du gouvernement et du parti, qui, jusqu’à présent, luttaient, en serviteurs de la politique mémorandaire et réalisateurs de l’austérité thatchérienne.

Si ce phénomène restait sans réponse, nous risquerions une « évolution à l’italienne » : une destruction massive de la gauche qui ouvrirait une longue période de domination des forces politiques bourgeoises et la gestion des espoirs de la classe ouvrière et des couches populaires par les formations politiques les plus erratiques – du genre de Beppe Grillo – ou bien pire, réactionnaires et fascistes, comme l’Aube dorée.

Mais la réponse au risque d’une immense frustration de la gauche a déjà fait son apparition. D’abord au sein de Syriza lui-même. La Plateforme de gauche, qui au cours des dernières années avait systématiquement fonctionné comme un Syriza de gauche, a confirmé les attentes d’une grande partie de la gauche en assumant entièrement ses responsabilités, jusqu’à la rupture politique et organisationnelle complète avec la transformation mémorandaire de l’équipe de direction autour d’Alexis Tsipras. L’Unité populaire (LAE), qui a émergé de la rupture du groupe parlementaire de Syriza, peut être le début d’une refonte plus large de la gauche. Le processus visant à répondre à cette crise ne peut certainement pas se limiter aux forces provenant de Syriza, car c’est une préoccupation de toutes les « autres » gauches, qu’il s’agisse de celles regroupées dans Antarsya ou des militants provenant du monde du Parti communiste.

Le message des dirigeants des 13 organisations de gauche indique ce contour, qui n’est ni définitif ni délimité et pas encore structuré. L’appel a été réalisé avec sincérité, il faut maintenant le mettre en œuvre.

Pour être efficace, un tel regroupement doit être capable de répondre à deux catégories de problèmes :

1. Un cadre politique cohérent

Le programme de l’Unité populaire est « en construction » et il sera développé en même temps que la structure organisationnelle du projet. Mais certains éléments clés ont déjà été posés.

L’Unité populaire – à juste titre ! – assume la responsabilité de certaines promesses politiques faite par Syriza au monde du travail et de ses engagements prépondérants : abolition des mémorandums ; arrêt du paiement de la dette… en vue de son annulation totale ou du moins essentielle ; la fin de l’austérité et une politique de redistribution sociale des richesses ; la nationalisation des banques ; une reconstruction radicale du droit du travail ; un système fiscal redistributif ; l’arrêt des privatisations et la renationalisation ; la reconstruction des grandes entreprises et des organismes privatisés et leur fonctionnement sous contrôle social ; le financement de l’enseignement gratuit et de la recherche, etc.

Ces objectifs font partie d’un accord politique fort, sur la voie du socialisme du XXIe siècle.

Synthèse et articles Inprecor

En ce sens, l’Unité populaire propose un programme de transition en se fondant sur les expériences importantes de la gauche grecque et internationale.

Néanmoins l’expérience de Syriza a souligné une autre question brûlante : Une politique de lutte contre l’austérité est-elle possible dans le cadre de l’euro en recherchant un compromis ou un consensus avec les dirigeants impérialistes de l’eurozone ? L’Unité populaire a clairement répondu : Non. Et s’engage à quitter l’eurozone et à rompre avec la politique néolibérale de l’Union européenne. Le 13 juillet, la nécessité de cet engagement a été démontrée, car c’est une arme, un « accompagnement » transitoire indispensable d’un projet politique de renversement de l’austérité. Aux calomniateurs qui accusaient la gauche de Syriza d’être « le lobby de la drachme », l’Unité populaire a répondu que le changement de monnaie n’est pas une fin en soi, mais que c’est un instrument indispensable pour réaliser les changements radicaux et que, bien sûr, la garantie ultime de ces changements n’est pas la monnaie, mais la lutte des classes populaires.

Le débat doit certainement inclure la dimension antifasciste (le danger représenté par l’Aube dorée), mais aussi la dimension globale de lutte contre le racisme et la question de la solidarité nécessaire avec les réfugiés politiques et les immigrés. De plus il y a les fondements clairs pour quitter l’OTAN, éliminer les bases étatsuniennes, arrêter la coopération militaire avec l’État d’Israël et développer la solidarité avec la Palestine.

Il s’agit donc d’un cadre politique cohérent et un socle sérieux pour un accord politique sur l’essentiel, qu’il est certainement possible d’enrichir et de faire évoluer, mais dont les éléments fondamentaux sont déjà posés.

2. Un rassemblement « ouvert » et démocratique

L’Unité populaire se présente comme un front unifiant les organisations politiques, les mouvements, les associations et les militants indépendants, tout en se référant à l’auto-organisation des initiatives.

C’est un bon choix, qui devra être confirmé dans la pratique.

Nous avons mentionné la nécessité d’unir plus largement les forces de la gauche radicale anticapitaliste. Ces forces – qui n’ont pas l’expérience du travail en commun à l’image de celles provenant de Syriza, qui ont constitué ensemble la Plateforme de gauche – ont besoin d’un mode de fonctionnement « ouvert » pour être dûment intégrées et associées de manière efficace.

Mais la question du fonctionnement démocratique est aussi importante pour rallier les forces en provenance de Syriza. Car, au-delà de la Plateforme de gauche, nombreux sont ceux qui ont déjà réagi à la mutation mémorandaire, qu’il s’agisse de militants non alignés jouant un rôle clé dans les mouvements sociaux, d’une partie du regroupement « 53+ », d’une partie de la jeunesse, etc. Il faut gagner tout ce monde. Et cela exige d’identifier comment ils peuvent contribuer au projet initial, agir en commun et participer à la représentation du front.

Il est clair que les forces qui ont commencé la construction de l’Unité populaire ont entrepris une tâche herculéenne : mettre rapidement en place une nouvelle organisation politique et être présents dans une élection critique. Dans cet effort, des erreurs et des retards sont tout simplement inévitables. Mais le résultat du match aura un grand impact sur la gauche en Grèce et sur la scène internationale. Donc nous devons faire de notre mieux.

* La Gauche ouvrière internationaliste (DEA) est une organisation marxiste-révolutionnaire, co-fondatrice de Syriza, qui entretient des liens avec la IVe Internationale. Cet article a été publié sur le site web de DEA : http://dea.org.gr (Traduit du grec par JM).

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