Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 575-576 juillet-septembre 2011

ISRAËL

Tel-Aviv, La « Tente 1948 »

Cf. aussi : [Israël-Palestine]

Abir Kopty *

Si vous êtes Palestinien, vous aurez du mal à trouver quelque chose à quoi vous identifier dans le village de tentes du le boulevard Rothschild de Tel-Aviv, jusqu’à ce que vous parveniez à la Tente 1948. Ma première visite là-bas date de quelques jours. Son message central est que la justice sociale devrait être pour tous. Elle rassemble les citoyens juifs et palestiniens qui croient en une souveraineté partagée dans un Etat pour tous ses citoyens.

© Itzuvit

© Itzuvit

Pour moi, comme Palestinienne, je ne me sens pas faire partie du « mouvement du 14 juillet », et je ne suis pas là comme participante. Presque tous les coins de ce camp me rappellent que ce lieu ne veut pas de moi. Ma première visite a été assez déprimante, j’ai trouvé plein de drapeaux israéliens, un homme faisant un discours à des jeunes avec une vision sioniste sur ses souvenirs de la « guerre de 48 », un autre groupe avec des panneaux appelant à la libération de Gilad Shalit, un autre poussant des chants sionistes. Ce n’est sûrement pas un lieu où les 20 % de la population [des « Arabes israéliens »] se sentiraient chez eux. Le lendemain, j’ai trouvé Ronen Shuval, d’Im Tirtzu, l’association d’extrême droite, faisant un exposé provocateur et haineux contre les associations de gauche et des droits humains. Les colons avaient déjà monté une tente et dansaient avec joie.

L’existence de la Tente 1948 dans le camp est un défi vers les gens qui participent au mouvement du 14 juillet. Les premiers jours, la tente a été attaquée par un groupe de droite, qui a battu les militants de la tente et détruit son drapeau palestinien. Certains leaders du mouvement du 14 juillet ont dit clairement qu’avancer les questions centrales concernant la communauté palestinienne en Israël ou l’occupation ferait « perdre sa force » à la lutte. Ils ont souvent dit que la lutte est sociale, pas politique, comme s’il y avait une différence. Ils avaient peur de perdre des supporters s’ils insistaient sur les questions palestiniennes.

La vérité, c’est que c’est vrai.

En vérité, c’est exactement ce qui pourrait aider Netanyahou ; s’il appuyait sur le bouton de la peur, recréait l’« ennemi » et reproduisait la « menace sécuritaire », il serait capable de faire taire le mouvement. Le problème n’est pas avec Netanyahou, ce n’est pas le premier leader israélien à faire appel à ça. Le problème principal, c’est que les Israéliens ne sont pas encore prêts à voir au-delà des murs qui les entourent.

Pourtant, il faut l’admettre, il se passe quelque chose, les Israéliens se réveillent. Il y a un développement ; les gens se rencontrent, discutent des questions. L’assemblée générale du camp a décidé vendredi qu’elle n’accepterait aucun message raciste parmi ses participants. Même à la Tente 1948, beaucoup d’Israéliens sont venus, ont lu les tracts, écouté ce que représente la Tente 1948 et discuté calmement. Peut-être, si j’étais une Israélienne juive, je serais fière du mouvement du 14 juillet. Mais je ne suis pas juive, je ne suis pas sioniste, je suis palestinienne.

Je ne veux pas béatifier la réalité, ni cacher quoi que ce soit pour servir une « tactique » et je n’accepterai pas des miettes. Je veux parler de la justice historique, je veux parler de l’occupation, je veux parler de la discrimination et du racisme, je veux tout mettre sur la table, et je veux parler de cela au cœur de Tel-Aviv.

La justice sociale ne peut pas être divisée ou classifiée. Si ce n’est pas une justice pour tous, y compris tous les Palestiniens, alors c’est une fausse justice, une justice d’élite ou une « justice pour Juifs seulement » exactement à la manière dont fonctionne la démocratie israélienne « pour Juifs seulement ». Le mouvement du 14 juillet est une grande occasion pour les Israéliens de refuser à leur Etat de continuer à sombrer en un régime d’apartheid. ■

Tel-Aviv, le 8 août 2011

* Abir Kopti est une militante politique palestinienne et une analyste des médias. Elle a été membre du Conseil municipal de Nazareth et porte-parole de Mossawa, le Centre d’avocats pour les citoyens palestiniens-arabes en Israël.

Synthèse actualisée sur la Palestine et Israël
Inprecor)

Traduction : JPB-CCIPPP

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