Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Politique

N° 520 septembre-octobre 2006 *

IRAN

L'ombre de la guerre ou la guerre des ombres ?

Cf. aussi : [Iran] [Houshang Sépéhr]

Houshang Sepehr

Cinq jours avant la fin de l'ultimatum lancé par le conseil de sécurité pour la cessation de ses activités nucléaire, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a inauguré en grande pompe au centre de l'Iran une usine de production d'eau lourde. Cette inauguration est un nouveau pied de nez de Téhéran à l'Occident, alors qu'une campagne de propagandes autour des sanctions économiques et des attaques militaires éventuelles a commencé depuis plus de deux ans.

Cette campagne est une guerre psychologique afin que la République islamique accepte les exigences des États-Unis et de leurs alliés. Ces derniers veulent que le régime de Téhéran se soumette aux politiques qu'ils proposent pour le Proche et le Moyen-Orient. Selon l'évaluation faite par les va-t-en guerre, Téhéran a encore besoin de trois, quatre ou cinq années avant d'être membre du club nucléaire. Il y a donc encore de la place pour la diplomatie.

L'occupation de l'Afghanistan et de l'Irak par l'impérialisme des États-Unis et leurs alliés a fait accroître les protestations de masse dans toute la région. En l'absence d'alternatives révolutionnaires et démocratiques, c'est la République islamique d'Iran que profite des mécontentements de masse dans la région. C'est exactement pour cette raison-là que le régime de Téhéran peut se permettre de ne pas reculer immédiatement devant les exigences des États-Unis et de leurs alliés.

Le régime iranien a tiré les leçons du sort du régime de Saddam Hussein en Irak. La différence entre la guerre d'Irak et la menace de guerre contre l'Iran, c'est que le régime de Saddam Hussein ne possédait pas d'armes de destruction massive, alors que celui de l'Iran cherche sans aucun doute à se doter d'un armement nucléaire. Saddam Hussein, à la veille de la deuxième guerre du Golfe non seulement affirmait, en donnant même des preuves, qu'il ne possédait pas d'armes de destruction massive, mais il multipliait les initiatives et concessions destinées à détourner la menaces d'intervention. Au contraire, l'Iran et tout particulièrement son président font l'inverse.

Certes, le régime de Téhéran nie être en train de se doter de l'arme nucléaire. Mais, en même temps, les responsables iraniens font tout pour laisser croire qu'ils sont en voie de la posséder. Ils saisissent toutes les occasions pour mettre en avant leurs progrès dans le domaine militaire et, en particulier, dans la maîtrise des fusées capables de frapper Israël. Non seulement ils ne cherchent pas à cacher leur ambition nucléaire, mais au contraire ils la proclament en toute occasion et souvent de façon assez ambiguë pour que l'on puisse croire tout autant qu'il s'agit d'une ambition civile que militaire.

Le régime répète sans cesse que l'Iran ne risque strictement rien car les États-Unis sont affaiblis et durablement enlisés en Irak et en Afghanistan, pour qu'ils ne prennent pas le risque inouï d'ouvrir un nouveau front alors que l'opinion publique américaine exige déjà le rappel des GI. Ils ne cessent de surcroît d'évoquer les types de représailles qu'ils n'hésiteraient pas à utiliser en cas d'attaque, y compris l'envoi de milliers de kamikazes contre les Américains en Irak, en Afghanistan ou dans le monde entier. La nouvelle donne régionale issue de la guerre entre Israël et le Hezbollah libanais, dont le régime de Téhéran est le parrain, rend encore plus difficile une réaction rapide et forte des grandes puissances.

Le nucléaire, héritage du Shah

Le programme nucléaire iranien remonte à 1974. Il comportait bel et bien une dimension militaire, mais nul n'y trouvait à redire puisqu'il s'agissait de contrer l'URSS. L'Iran était l'allié d'Israël, que Washington avait laissé se doter de la bombe. Pour mieux comprendre les circonstances il faut rappeler la situation géopolitique de la région de l'époque. Au début des années 1960, la guerre menée par la Chine sur les confins de l'Inde entraînait ce dernier pays dans la voie nucléaire, avec une aide discrète initiale des États-Unis, relayée ensuite par l'Union soviétique. L'Inde disposait de l'arme nucléaire à la fin des années 1970 et celle-ci devenait opérationnelle dès le milieu des années 1980. Cette situation, jugée intolérable par les militaires pakistanais, aboutissait peu après à une riposte chinoise inévitable : la fourniture par Pékin des moyens techniques d'une contre-bombe pakistanaise qui allégerait le fardeau de la dissuasion chinoise.

Il est arrivé à la Chine, notamment en matière balistique, de passer par l'allié nord-coréen pour éviter toute sanction américaine. Mais le financement de l'opération, très au-delà des moyens limités du Pakistan, aura été assuré à 75 % par l'Arabie saoudite, qui y voit toujours l'esquisse d'une véritable « bombe islamique », les Émirats et la Malaisie couvrant le reste. C'est, en échange, le Pakistan qui mettra, dans les années 1980, les Saoudiens en contact avec les Chinois (avec lesquels ils n'entretenaient alors aucune relation diplomatique) pour que le royaume wahhabite puisse acheter des missiles à moyenne portée, acte qui constituait pour le royaume intégriste le premier pas en direction de la nucléarisation. Si Sadate,, en échange du Sinaï, avait dû renoncer au programme nucléaire égyptien, en partie gelé et en partie transféré par Moubarak, après l'assassinat de Sadate, vers l'Irak de Saddam Hussein dans les années 1980, différents projets arabes concurrents voyaient le jour à cette même époque, en Algérie, en Libye et même dans la petite Syrie. Aucun de ces projets n'a pour l'instant pu aboutir, et le renoncement de Khadafi sera sans doute définitif.

C'est dans ce contexte chargé que l'Iran a voulu se doter de l'arme nucléaire dès l'époque du Shah. Les Américains y étaient favorables, pour dissuader une éventuelle attaque soviétique sur la frontière nord du pays, qui se trouvait être, avec son prolongement afghan, la seule ligne de défense occidentale au contact de l'URSS non garantie par le nucléaire. Ce fut la France qui se chargea, avec l'usine Eurodif, de fournir aux dirigeants iraniens de l'époque les moyens techniques initiaux. Par ailleurs, l'Iran entrait alors auprès de la France dans le capital d'Eurodif, un consortium européen d'enrichissement de l'uranium, et obtenait le droit de prélever 10 % de la production, à des fins civiles, de l'usine de Pierrelatte (qui à elle seule devait couvrir un tiers des besoins mondiaux). Parallèlement, l'Iran a prêté 1 milliard de dollars à la France, par le canal du Commissariat à l'énergie atomique (CEA). Le remboursement de cette somme devait commencer dès la mise en service d'Eurodif, c'est-à-dire en 1981. Après la révolution de 1979, la participation iranienne à Eurodif fut gelée. Dans son livre « Affaires atomiques », Dominique Lorentz, a bien montré le lien entre l'importance du contentieux Eurodif/Iran et les attentats de 1986-88 en France. Iran abandonna ce projet, mais les dirigeants iraniens le relancèrent au milieu des années 1980 contre la menace d'invasion par l'Irak de Saddam. La première guerre d'Irak et surtout les frappes américaines contre Bagdad en 1991, montraient en effet la vulnérabilité de leur pays

Après 1988, la France capitulait et réglait le contentieux Eurodif. Le régime de Téhéran, après l'armistice de 1988 avec l'Irak, se tournait vers l'Union soviétique, en échange du soutien de Téhéran aux Russes, contre les mouvements indépendantistes en Azerbaïdjan et en Asie centrale puis en s'abstenant de tout soutien à la cause tchétchène (laquelle s'appuyait de plus en plus sur l'axe sunnite saoudien-pakistanais).

« L'Amérique est coincée »

C'est en usant de ce modèle que les dirigeants iraniens actuels ont alléché tour à tour les Européens en quête d'une politique originale, puis les Américains eux-mêmes qui, derrière la lourdeur des proclamations propagandistes, se sont vus offrir un concours précieux de Téhéran, d'abord en Afghanistan pour y consolider le régime anti-taliban de Karzaï et, à présent, plus fondamentalement encore en Irak : sans l'appui constant du grand ayatollah Sistani, lui-même iranien d'origine, la situation des Américains à Bagdad serait bien plus difficile, bien plus précaire. Car le combat majeur en Irak oppose réellement des combattants étrangers ou formés à l'étranger : d'un côté les troupes alliées des États-Unis et de l'autre, des éléments armés reliés aux Gardiens de le révolution iranienne (Pasdarans et Irakiens précédemment exilés en Iran), comme la brigade Al Badr. Il s'agit d'une guerre de basse intensité entre les États-Unis et l'Iran se déroulant sur le sol irakien.

Mais si les Iraniens ont choisi ici le réalisme pragmatique contre Al Qaïda et l'intégrisme salafiste sunnite, c'est bien entendu pour être payés de retour. La constante modération du régime de Téhéran vis-à-vis de Moscou leur a donné la coopération nucléaire technique des Russes. Leur alliance tacite avec l'Inde leur permet d'isoler leur rival pakistanais. Leur soutien, aussi unilatéral que non proclamé, à l'occupation américaine de l'Irak leur rapportera certes l'arrivée inexorable d'un pouvoir chi'ite à Bagdad, mais cela n'est guère suffisant. Car en se consolidant, le nouveau pouvoir irakien deviendra plus libéral que son voisin et allié iranien. À ce moment-là, l'échange Téhéran-Washington deviendra beaucoup moins avantageux, beaucoup plus équilibré qu'il ne l'est aujourd'hui.

C'est pourquoi beaucoup estiment à Téhéran, et pas seulement parmi les extrémistes, qu'il faut se payer tout de suite sans rien demander à personne, puisque c'est le meilleur moment pour sortir du traité de non-prolifération et se déclarer ouvertement puissance nucléaire.

Les États-Unis, malgré le bluff des rodomontades, n'ont ni les moyens militaires, ni les moyens politiques (la stabilité de l'Irak serait en jeu), ni même les moyens financiers de la riposte : un simple blocage ponctuel du Golfe persique entraînerait un doublement du prix du brut et une chute en vrille du dollar. Engagés en Irak, en Afghanistan, dans plusieurs pays d'Afrique, en Indonésie et aux Philippines, les États-Unis ne peuvent aujourd'hui conduire une guerre terrestre contre l'Iran. Quant au régime islamiste de l'Iran, pour éviter cette guerre terrestre, il a décidé de fixer militairement les États-Unis en Irak. En témoignent les opérations qui se traduisent par l'encerclement, voire le bombardement de villes irakiennes.

Les principaux dirigeants iraniens et en particulier l'actuelle faction au pouvoir sont convaincus que « l'Amérique est coincée » à cause du fiasco irakien ; de la menace que représenterait pour les États-Unis un engagement massif des populations chi'ites du pays dans l'insurrection au côté des sunnites ; de la rapidité de la détérioration de la situation en Afghanistan ; du chaos en Palestine ; de la permanence de la menace terroriste que soulignent les récents attentats d'Égypte et la réapparition de Ben Laden ; de la crainte de l'utilisation de l'arme pétrolière ; du coût de plus en plus élevés des opération militaires lancées par Bush ; de l'évolution de l'opinion publique aux États-Unis même.

On pourrait y ajouter l'exaspération de l'antiaméricanisme dans le monde entier, le refus de la Chine et de la Russie, liées économiquement et militairement à l'Iran, de cautionner une intervention armée à laquelle même Tony Blair est opposé ; les défaites successives dans leurs pays respectifs des dirigeants politiques occidentaux qui ont cautionné l'intervention en Irak (l'Espagne, l'Italie, le Portugal, la Norvège et le Japon, etc.) ; la flambée des prix du pétrole qui enrichit tous les adversaires ou concurrents des États-Unis ; et finalement le basculement de quasiment toute l'Amérique latine. Pour toutes ces raisons donc les États-Unis ne peuvent pas prendre le risque d'un conflit de plus.

UE en quête de marchés

Officiellement, les États historiques de l'Union européenne (UE) voudraient empêcher les mollahs de disposer d'une bombe nucléaire islamique. Mais plus concrètement, ils voudraient reprendre aux Russes le marché des fournitures nucléaires iraniennes. Dans le rôle du challenger, ils doivent se montrer plus amicaux que les Russes : c'est pourquoi ils peuvent difficilement exiger plus que la suspension des activités nucléaires. Désormais, l'envie de reprendre ce marché très lucratif aux Russes vient se greffer aux actuels et très importants intérêts européens en Iran.

Car les Européens continuent à signer de nouveaux contrats de très grande envergure. Et le marché iranien n'est pas négligeable : en 2004 les importations iraniennes ont atteint 26,6 milliards de dollars ; les machines et équipements industriels (44,8 %), les métaux et minéraux (22,3 %), les produits chimiques de base (14,5 %) et les produits agro-alimentaires (9,7 %) représentent les principaux postes à l'importation en Iran. Dans l'ensemble 51,8 % des importations proviennent de l'Union européenne.

L'Allemagne occupe la première place avec 11,4 % et la France la seconde avec 8,5 % du marché iranien. Elles livrent surtout des machines industrielles et leurs pièces détachées. Dans le secteur automobile, la France occupe la première place avec 1,3 milliard de dollars (2e place pour la Chine avec 360 millions de dollars). En mai 2006 Renault a remporté les enchères d'une joint-venture (d'une valeur de 2 milliards de dollars)avec son projet L90 (Logan), dans le but de fabriquer annuellement 300 000 véhicules en Iran avec l'espoir de monter en puissance pour atteindre le million chaque année vers 2010-2012. Le stock global de l'investissement français en Iran est (selon les sources françaises) de 35 milliards de dollars hors contrats de Buy-Back signés dans le secteur pétrolier et gazier par Total.

C'est pourquoi l'UE fera tout pour que la République islamique échappe aux sanctions du Conseil de Sécurité de l'ONU. Car les sanctions restreindraient les relations économiques avec l'Iran. L'Europe veut une solution négociée : c'est-à-dire elle veut obtenir le marché de la fourniture à l'Iran des centrales civiles et du combustible nucléaire. Exclus de l'Irak, les Européens considèrent maintenant l'Iran comme une base alternative : y poser un pied c'est obtenir un accès privilégié à son pétrole. Mais cela ne signifie pas que les dirigeants européens sont prêts à s'effacer complètement face au régime iranien. En témoigne les déclarations d'Angela Merkel, le 29 janvier 2006 à Jérusalem, qu'un Iran possédant l'arme nucléaire « n'est pas juste une menace pour Israël, mais aussi pour les pays démocratiques du monde entier ». De son côté, Jacques Chirac a déclenché une tempête politique en Europe en menaçant « les dirigeants d'États qui auraient recours à des moyens terroristes contre nous, tout comme ceux qui envisageraient d'utiliser d'une manière ou d'une autre, des armes de destruction massive », il déclarait que la « réponse » de la France, dotée d'armes nucléaires, « peut être conventionnelle, elle peut aussi être d'une autre nature ».

Mais l'Allemagne et la France ont aussi cherché à contrebalancer le bellicisme américain en préconisant des « négociations » et même le gouvernement britannique a déclaré qu'il « n'y a pas d'option militaire » dans cette crise.

Forces et faiblesses des arguments russes et chinois

Ni la Russie cliente, ni la Chine, qui cherche à sécuriser son approvisionnement en hydrocarbures iraniens, n'hésiteront à faire usage de leur veto au Conseil de sécurité afin de protéger les arrières de Téhéran.

Un objectif de longue date de la politique russe – qui coïncide avec celle de l'Iran – a été de mettre un terme à la présence politique, militaire, et économique des États-Unis en Iran et de peser de tout son poids sur l'ensemble de la région. Ainsi, la vente à l'Iran du savoir-faire nucléaire et d'armes conventionnelles (plus de 8 milliards de dollars d'armes entre 1999 et 2005) est l'un des moyens les plus efficaces et les plus productifs d'atteindre cet objectif.

Il y a des doutes quant à l'acceptation par les Russes des sanctions économiques contre leur partenaire iranien : un bombardement signifie destruction et contrats de reconstruction et rien ( ?) sur les ventes d'armes, alors que les sanctions signifient la fin de la suprématie économique de la Russie pour les ventes d'armes et de technologie nucléaire.

La Russie a rejeté la demande des États-Unis de cesser sa coopération nucléaire (civile) avec le régime de Téhéran et spécialement la construction d'une centrale à Bouchehr. Le ministère russe des affaires étrangères a publié un communiqué selon lequel chaque pays est libre de coopérer avec le pays de son choix, chaque pays doit avoir le droit de décider de la façon et des conditions de sa coopération avec un autre pays.

Tout montre que les Russes ont énergiquement aidé les mollahs dans leur entreprise d'enrichissement industriel de l'uranium à usage militaire. La déclaration concernant la liberté de coopération industrielle entre l'Iran et la Russie est à classer dans la catégorie contre-attaque, mais la Russie n'a d'autre choix que de céder : les Russes choisiront la neutralité.

La Chine reçoit de l'Iran 14 % du pétrole nécessaire à son économie en pleine croissance. Fin 2004, la Chine a signé avec l'Iran un accord de 70 milliards de dollars en pétrole et en gaz naturel sur une durée de 30 ans. La compagnie pétrolière d'État chinoise, Sinopec, a obtenu une part de 51 % dans le champ pétrolifère iranien de Yadavan, récemment découvert, dont les réserves sont estimées à trois milliards de barils.

Enfin, l'impérialisme états-unien a multiplié des bases militaires en Asie centrale, pratiquant un encerclement stratégique de la Chine et visant à contrôler les ressources pétrolifères à la fois contre la Russie et la Chine. Les États-Unis poursuivent une politique d'endiguement de la Chine, en renforçant les liens militaires avec le Japon et en livrant à l'Inde (un pays qui n'a pas signé le Traité de Non-prolifération Nucléaire et qui dispose d'un important arsenal nucléaire) des technologies nucléaires très avancées pour faire contrepoids à la Chine.

Les choses évoluent très lentement entre les Américains, les Russes et les Chinois : on peut d'ores et déjà conclure à un accord de principe entre ces grands sur le caractère « indésirable » du régime des mollahs et ce pour de multiples raisons comme le besoin de renforcer la stabilité du Moyen-Orient et de l'Asie Centrale, la nécessité de sécuriser l'approvisionnement en pétrole, la guerre contre le terrorisme et la lutte contre le terrorisme nucléaire… mais si Russes et Chinois peuvent arriver à accepter que les États-Unis se chargent du « boulot », ils aimeraient être sûrs que leurs intérêts en Iran n'en souffriront pas trop.

Mais chacun sait qu'il peut encore aller plus loin et que pour le moment cette affaire est encore dans sa phase médiane… Le régime des mollahs sait qu'il peut éviter de « céder » et quand même multiplier les provocations car il se dit qu'il pourra de toutes les manières signer in extremis (avec l'UE ou avec la Russie) pour « empêcher l'escalade » ou pour « sauver la paix ». En revanche, les occidentaux savent qu'ils peuvent laisser la crise s'amplifier car à tout moment ils ont les moyens de bombarder l'Iran et de détruire ses installations… s'ils le jugent nécessaire.

Israël

Il ne reste donc plus qu'une menace sérieuse sur le passage de l'Iran au statut de puissance nucléaire : c'est Israël. Certes, la dispersion des centres atomiques rend la riposte israélienne hasardeuse.

Certes, la bombe iranienne, qui ne sera véritablement opérationnelle que dans trois ou quatre ans, préviendra définitivement le pays contre un chantage direct par ses voisins saoudiens et pakistanais, avec lesquels les rapports sont bien plus tendus dans la réalité quotidienne qu'avec Israël.

Les options offensives sont, elles, en revanche, des plus limitées : pour une frappe aléatoire sur Israël (les défenses antimissiles de l'État hébreu progressent elles aussi à grands pas), le sous-marin de Tsahal en immersion permanente en mer d'Oman et équipé de missiles de croisière à têtes multiples pourrait vitrifier Téhéran, la zone pétrolière, la capitale religieuse de Qom et encore plusieurs centres nucléaires dispersés, avec une précision de 15 mètres environ. Nul doute que les mollahs, de moins en moins fanatiques, de plus en plus adonnés aux joies simples de l'existence, choisiraient en fin de compte la vie plutôt que la mort.

Aussi comme l'ont fait d'ailleurs, depuis les années 1950, tous les nouveaux détenteurs successifs de la bombe atomique, l'apparente tragédie qui se noue en ce moment entre Israël et l'Iran peut aussi déboucher sur un coup de théâtre. Les États-Unis ne veulent pas compromettre encore plus leur position en Irak. L'Iran aura gros à perdre s'il sacrifie, tels des pions, ses positions de force chez les chi'ites arabes de l'Irak et du Liban. Et Israël ne pourra pas avancer assez vite sur le terrain palestinien si une crise régionale d'ampleur se déclenche.

Dans l'immédiat, la bombe iranienne gêne bien davantage le Pakistan et l'Arabie saoudite qu'Israël. Et Jérusalem ainsi que Téhéran partagent tout de même une relation très amicale avec l'Inde (et secondairement avec la Turquie). Si un compromis acceptable peut être trouvé, à chaud, dans la crise, peut-être alors le grand basculement du monde oriental est-il en passe de se réaliser sous nos yeux.

Aujourd'hui, il est certain que régime islamique désire se procurer secrètement la bombe nucléaire comme Israël. Par contre le but du régime iranien n'est pas de détruire Israël comme le camp des va-t-en guerre le prétend. Depuis des années l'Iran a renoncé au mythe de la Révolution islamique dans le monde musulman pour privilégier les intérêts de la classe au pouvoir, la seule préoccupation du régime.

Houshang Sepehr est un militant marxiste révolutionnaire iranien exilé. Il anime la revue En Défense du marxisme publiée en persan et le Comité de solidarité avec les travailleurs en Iran.

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