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Politique

N° 503 avril 2005 *

FRANCE / CÔTE D’IVOIRE

La LCR pour le retrait des troupes françaises et contre la politique xénophobe de Gbagbo

Cf. aussi : [Côte D'Ivoire]

Alain Mathieu

Alain Mathieu, membre de la Direction nationale de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR, section française de la IVe Internationale) et membre du Comité International de la IVe Internationale.

La crise du système de domination impérialiste de la France en Afrique ne cesse de s’approfondir. Interventions militaires de l’armée coloniale, qui dispose en permanence de 8 000 soldats sur le continent ; soutien aux dictatures et à des régimes qui mettent ouvertement en œuvre des politiques ethnistes xénophobes ; pillage des ressources du continent. Dans sa zone d’influence, l’État français applique avec toutes leurs rigueurs les recettes du FMI et les préceptes de la globalisation libérale.

L’opposition de Chirac à la guerre en Irak a pu entraîner des illusions dans une partie de l’opinion progressiste dans le monde, qui considère que la politique de la France et de son armée pourrait être un moindre mal face à l’impérialisme dominant des États Unis. C’est oublier qu’il y a dix ans, au Rwanda, après avoir laissé se développer le projet génocidaire d’un régime quelle soutenait, conseillait, armait et finançait, l’armée française n'est intervenue que pour évacuer ses ressortissants et a abandonné les Tutsis et les opposants Hutus à la merci des tueurs. Puis elle est revenue pour sauver les tueurs, les aidant parfois à " finir le travail ", et protéger le régime qui avait commis le troisième génocide du XXe siècle. En ce début d’année 2005, des responsables militaires et politiques français sont désormais poursuivis devant les tribunaux pour " complicité de génocide ". Ce travail de vérité et de justice est indispensable pour mettre fin à leur insupportable impunité.

La crise en Côte d’Ivoire est là pour rappeler le rôle de puissance impérialiste de la France en Afrique, et le danger qu’elle représente en maintenant sa domination au prix d’un soutien à des régimes capables des pires exactions. Depuis que l’armée française est intervenue dans la guerre qui s’est déclenchée en Côte d’Ivoire en 2002, peu de voix se sont élevées dans la gauche française pour exiger que la France se retire du pays. La Ligue communiste révolutionnaire (LCR) a défendu, un peu seule, pendant deux ans, que la France ne pouvait faire partie de la solution tant elle faisait partie du problème, et que son armée n’intervenait pas pour mettre fin aux exactions du régime de Gbagbo, mais pour y défendre les intérêts français.

Depuis la crise de novembre 2004, l’évidence s’impose : non seulement elle n’a ni voulu, ni pu, arrêter la logique raciste et xénophobe de Gbagbo, mais lorsque les va-t-en guerre du régime s’en sont pris aux soldats français, l’armée a réagi avec son armada de troupes coloniales.

Un débat s’est ouvert dans la gauche radicale française, comme dans la gauche africaine : lutter pour le retrait des troupes françaises, porter une solution politique et démocratique pour les Ivoiriens, tenir compte de l’urgence et de la nécessité de ne pas laisser les populations sans défense face aux exactions de masse du régime Gbagbo. Plusieurs débats publics ont été organisés à Paris par ceux qui partagent ces objectifs, entre la LCR, les courants anarchistes, le Comité pour l’Abolition de la Dette, l’association Survie, différents regroupements de militants africains opposants tant aux régimes de Gbagbo qu’au régime de Compaoré au Burkina.

On a pu aussi apprécier le vrai Chirac, qui s’en est pris à Thabo Mbeki et a la médiation qu’il mène au nom de l’Union Africaine en Côte d’Ivoire, conseillant à Mbeki de " s’immerger dans l’Afrique de l’Ouest pour en comprendre la psychologie et l’âme ". Un Chirac qui se croit chez lui en Côte d’Ivoire et méprise Mbeki l’Africain. Venant d’un responsable français qui avait l’habitude de souligner dans les années 1980 que " la démocratie est un luxe pour l’Afrique ", et qui préside un pays qui fut un des principaux soutiens au régime d’apartheid, invectiver en ces termes un de ceux qui renversèrent le régime d’apartheid en dit long sur la politique et " l’âme " des dirigeants français. Ils viennent encore de le montrer en soutenant l’incroyable coup d’état du fils du dictateur du Togo décédé, ami de trente ans des gouvernants français et un des plus vieux piliers du système franco-africain.

Mais les manifestations en France en réaction à la situation au Togo, comme les initiatives sur la Côte d’Ivoire, sont encore trop limitées tant la gauche française est habituée à rester passive devant la politique africaine de ses gouvernements successifs.

Dès les première jours des affrontements militaires à Abidjan en novembre dernier, la LCR et Lutte Ouvrière ont organisé un rassemblement de plusieurs centaines de militants réclamant le retrait des troupes françaises de Côte d’Ivoire et marquant une opposition radicale au régime ethniste de Gbagbo. A l’occasion de ce rassemblement, Olivier Besancenot a pris la parole et donné la position de la LCR. Nous la publions ici, comme contribution de la LCR au débat des gauches africaines et européennes.