Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Débat

N° 672-673 mars-avril 2020 *

ALTERNATIVE AU CAPITALISME EN DÉBAT

La gratuité pour penser le socialisme et l’abondance

Cf. aussi : [Economie]

Gérard Vaysse*

Cet article se veut une réflexion sur le projet socialiste. Le socialisme est abordé non seulement comme processus de prise du pouvoir par le prolétariat, mais aussi par l’exploration de formes institutionnelles possibles pour une société où l’État et l’argent seraient en voie de dépérissement. Il prolonge un précédent article publié dans Inprecor (1).

Copyright : Photothèque Rouge/Taous

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Il sera question ici des revendications transitoires : leur finalité ne serait pas seulement de mettre le capitalisme en crise et de renforcer la puissance du prolétariat ; elles devraient être aussi ce qui permet, préfigure, et surtout n’est pas antagonique, avec la société que nous voulons. Cette démarche nous conduit à intégrer dès aujourd’hui dans nos luttes la question de la régression de l’argent et de l’État. Or cette problématique est ignorée par des revendications économiques qui s’en tiennent strictement au partage entre salaire et profit.

Voir aussi

De ce point de vue, nous examinons les potentialités de la gratuité, totale ou partielle, présente dans toutes les sociétés capitalistes et qui parfois représente une part importante du PIB dans les pays développés. Le cas français est ici utilisé comme point de départ de la réflexion. La santé et l’éducation y sont plus largement gratuites que dans la plupart des pays. Mais partout, la gratuité de nombreuses infrastructures – hôpitaux ou dans de nombreux pays de l’enseignement primaire – constitue des exemples sur lesquels les militants peuvent s’appuyer pour développer l’argument suivant : « à chacun selon ses besoins, tout de suite ».

I. La gratuité est parmi nous

Le remboursement des frais de santé met en scène une transaction monétaire, mais celle-ci s’estompe quand le ou la patiente bénéficie du tiers payant : alors se met en place l’expérience du soin sans argent. Si on prête attention à la facture, par exemple un décompte des frais d’hospitalisation, la moindre intervention se paye 2 000 à 5 000 euros, une hospitalisation un peu longue coûtera dix fois plus cher : des sommes sans commune mesure avec un salaire mensuel ordinaire. Mais peu de gens y prêtent attention. On sera plus attentif si on doit débourser, à défaut d’une bonne mutuelle, le forfait hospitalier (20 euros par jour d’hospitalisation).

Quand on marche sur le trottoir, on ne se dit pas que le trottoir est gratuit : la gratuité, quand elle n’est pas médiée par une opération de paiement-remboursement, passe alors complètement inaperçue. Et pourtant elle est massive : voies de circulation, éclairage public, panneaux de circulation, parcs urbains…

L’école primaire gratuite est effectivement pensée comme telle, et la gratuité est mise en évidence par contraste lors du paiement des fournitures scolaires, de la cantine. La gratuité de l’université française nous apparaît comme un bien indispensable au moment de sa remise en cause par le paiement des inscriptions (le processus est amorcé en France par le projet de paiement de lourds frais d’inscription par les étudiants étrangers). Les grandes écoles (Polytechnique, École nationale d’administration-ENA, école Centrale…) sont gratuites. Elles sont essentiellement destinées aux classes dominantes et conçues à cette fin. Les écoles intermédiaires, à mi-chemin entre celles destinées au bas peuple et celles qui sont réservées à l’élite, comme les écoles de commerce, formations de kiné, d’orthophoniste, par exemple, sont extrêmement chères… L’ascension sociale a un prix ; arrivé au sommet, ça redevient gratuit et même souvent les étudiants sont rémunérés (Polytechnique, École normale supérieure-ENS, ENA, École nationale de l’aviation civile).

Attention : La gratuité que nous observons ici se démarque radicalement de la « gratuité » capitaliste façon Facebook, Google, des chaînes de télévision ou de radio : ces entreprises, en diffusant de l’information ou de la mise en relation servent à capter « du temps de cerveau disponible » afin de diffuser de la publicité, ou à capter des informations sur les utilisateurs et les revendre à des marchands.

Gratuité et redistribution

• 157 milliards d’euros consacrés à l’éducation nationale en 2018 : 6,7 % du PIB. L’État est le premier financeur de l’éducation (57,4 %), devant les collectivités territoriales (23,4 %). Le reste, 20 % environ est financé par les entreprises, d’autres administrations ou les ménages (2). La part des ménages dans le financement, y compris dans l’enseignement privé, reste très minoritaire, bien que les statistiques ne les distinguent pas des entreprises et des « autres administrations » (nous pouvons l’estimer à moins de 10 %).

• Dépenses de santé : en 2018, sur 203,5 milliards d’euros, 7 % restent à charge des ménages après remboursement par la Sécurité sociale et par les assurances complémentaires.

Au total, l’accès gratuit aux services de santé et d’éducation représente, déduction faite de la contribution des ménages, une valeur de l’ordre de 320 milliards d’euros.

85 % de la population active en France est salariée.

Estimons maintenant ce que la gratuité ajoute au salaire. Faisons l’hypothèse que cette frange de la population active, 85 %, s’il n’y avait aucune redistribution, aurait à charge 85 % des soins de santé et d’éducation pour eux et elles, pour les personnes qui sont à leur charge, pour leur avenir de retraité·es. Dit autrement, il n’y aurait aucune possibilité de faire des études ou de se soigner sans que soi-même ou un proche ne les finance directement par son travail. Alors les 25,4 millions de salarié·es devraient ajouter annuellement à leurs dépenses, pour eux ou pour leurs proches, l’équivalent de 270 milliards d’euros qui sont dans la situation actuelle mis à disposition sans paiement, soit 890 € mensuels par salarié.

Faisons une hypothèse : ces sommes, pour la santé et l’éducation, ont été prélevées en amont, sous forme de cotisations sociales et d’impôts, sur l’ensemble de ces salaires, et proportionnellement aux revenus. Elles sont redistribuées de manière égalitaire. C’est une expérience de pensée : les contributions viennent aussi des entreprises (ce qui augmente les ressources disponibles par rapport à notre hypothèse) ; l’usage des soins de santé et de l’éducation est moindre pour les classes inférieures parce qu’elles sont moins éduquées et qu’elles vivent moins longtemps ; le financement de l’éducation se fait par l’impôt (en aval du salaire net), le financement de la santé principalement par la cotisation sociale (en amont du salaire net), la cotisation sociale est réduite pour les bas salaires, la part supérieure des hauts salaires est exonérée de l’assurance maladie ; enfin le RSA n’existerait pas dans une société sans redistribution. Le tableau ne peut donc pas être lu comme une expression comptable de la réalité.

graphique

Malgré ces réserves, le tableau ci-dessus, tout fictif qu’il soit, montre la puissance de la redistribution par les services gratuits. Elle est en partie réelle, en partie potentielle quand elle lève l’obstacle financier (il y en a d’autres) aux études.

En examinant ces chiffres, un seuil pourrait être estimé, quelque part entre les cadres moyens et les cadres de haut niveau, qui séparerait ceux qui ont intérêt à la redistribution et ceux qui auraient intérêt au paiement direct ou à des assurances privées ajustées à leur revenu et leurs besoins personnels. Les réformes néolibérales visent à activer ce seuil et à exacerber cet antagonisme potentiel en poussant les cadres vers les assurances privées ou l’enseignement privé, et en dépouillant ainsi les systèmes redistributifs pour les discréditer aux yeux de tous. Si cet objectif est atteint, les catégories inférieures sont privées de ressources, les mécanismes de redistribution sont décrédibilisés, la panique du chacun pour soi peut rapidement s’instaurer.

L’école et la santé représentent, en France, les plus gros budgets affectés à la gratuité. Cependant, les voies de circulation, les parcs urbains et naturels, l’éclairage public, les pompiers et bien d’autres services constituent des richesses disponibles pour tous et toutes sans qu’intervienne un paiement direct.

Gratuité et/ou augmentation de salaires ?

La gratuité est, pour les salariés moyens, un système d’accès aux richesses bien plus robuste que les augmentations de salaire qui peuvent être rabotées par l’inflation, l’augmentation du coût de la vie et notamment du logement.

L’extension de la gratuité est un puissant moyen de redistribution des richesses. C’est par conséquent un nœud du conflit social car les plus riches ne veulent pas payer, en pourcentage de leur richesse, des services qui leur coûteraient moins cher s’ils les achetaient directement. Les riches n’en ont rien à faire du métro gratuit ; si leurs enfants ne vont pas à l’école Centrale, à l’ENS ou à Polytechnique, ils auront toujours les moyens de leur payer une école de commerce qui leur coûterait moins cher que la redistribution par l’impôt à laquelle ils sont contraints. Les riches ne veulent pas payer pour la santé des pauvres, c’est particulièrement flagrant avec l’Obamacare aux États-Unis. Dans ce pays, même des salariés ordinaires, qui se sentent bien couverts par leur assurance privée personnelle ou d’entreprise, ont peur d’être lésés par l’entrée de plus pauvres qu’eux dans les mécanismes de redistribution. La gratuité est au cœur de la lutte des classes (santé, école gratuite). La destruction de la gratuité ou son absence est un puissant facteur de dislocation sociale.

L’extension de la gratuité est une mesure bien plus efficace socialement que l’augmentation des salaires qui est toujours inégalitaire. La structure des conventions collectives, des grilles salariales, fait qu’une augmentation des bas salaires, souvent exprimée en pourcentage, induit une augmentation plus grande des salaires plus élevés. Par la revendication salariale, il est impossible d’avancer vers une redistribution égalitaire des revenus, même en cas d’augmentation égale pour toutes et tous, qui ne fait que figer la situation présente.

Revendiquer une augmentation qui ne concernerait que les bas salaires, revendiquer une redistribution à l’intérieur du monde salarial, impliquerait une remise en cause des conventions collectives et des grilles salariales, ce qui est difficile à assumer d’un point de vue syndical.

Examinons la revendication salariale telle qu’elle est exprimée largement en France : la CGT revendique un salaire minimum de 1 800 € (brut) par mois, soit une augmentation de 18,5 %. L’extrême gauche (LO, NPA) vise un SMIC à 1 700 € net, donc 2 012 € brut (soit +500 € net), ainsi que « aucun revenu en dessous du SMIC revendiqué ». La démarche revendicative de l’extrême gauche conduirait, dans la structure salariale actuelle (conventions collectives et grilles de salaires inchangées) à augmenter la masse salariale des travailleurs en activité de 30 à 40 %. Si nous considérons que l’augmentation des retraites revendiquée avec un seuil bas à 1 700 € pourrait être financée par l’augmentation des salaires via les cotisations sociales, il reste par ailleurs à amener tous les autres revenus à 1 700 €, ce qui concerne 5 à 7 millions de personnes. Sans entrer dans les détails comptables, nous pouvons intuitivement en déduire une élévation de la part des salaires dans le PIB portée de 63 % actuellement à plus de 85 %, voire 90 %. Une telle revendication aboutie mettrait incontestablement le capitalisme en crise et donc répondrait formellement aux critères d’un programme de transition. Mais on peut être sceptique sur la possibilité, pour un gouvernement des travailleurs arrivé au pouvoir, de gérer un tel héritage. Affecter la quasi-totalité des richesses au revenu des ménages obère toute possibilité de création d’infrastructures (quid des transports gratuits ?), de transformation du système productif (quid de la transition écologique ?) et même du simple entretien de l’appareil de production ! D’un point de vue écologique, elle exacerbe la consommation individuelle de biens et donc la pression sur les ressources.

Il n’est pas question ici de contester le fait que, dans les conditions sociales de la France, il est difficile de vivre avec moins de 1 700 € par mois. Simplement nous devons prendre en compte le fait que la redistribution des richesses ne se réduit pas au changement du rapport entre salaires et profits, la redistribution au sein du salariat est incontournable et ce constat complique notre démarche revendicative.

Pour réserver une proportion raisonnable à l’investissement et augmenter tous les revenus jusqu’à 1 700 € net, il faudrait faire une incursion radicale dans l’échelle des salaires (échelle de 1 à 4, par exemple entre 1 700 € et 6 800 € ?). Un tel programme politique est-il assumable dans les conditions actuelles ? Comment un syndicat pourrait-il porter un tel projet ?

Faute d’avancer dans le domaine de la gratuité, en l’absence de mobilisations de haut niveau sur ce thème, il faudrait déjà réfléchir à des revendications salariales qui n’alimentent pas la croissance infinie de la consommation, qui n’altèrent pas notre crédibilité économique et qui vont dans le sens de la redistribution des revenus. Une augmentation uniforme de 300 € pour tous les revenus, combinée à un déplafonnement de la Sécurité sociale (les revenus au-dessus de 3 428 € par mois en 2020 sont exonérés d’assurance maladie, qui est de 8,55 % cotisation employeur, 7,9 % cotisation salarié) permettrait de maintenir le salaire net jusqu’à 5 fois le SMIC. L’effet de redistribution serait puissant, la Sécurité sociale se porterait mieux et les premiers niveaux de cadres seraient préservés. Mais cela supposerait une confrontation avec les salariés du haut de l’échelle, et pas seulement avec le patronat.

Gratuité ou revenu universel ?

L’idée de revenu universel consiste à donner à chacun un minimum pour vivre et acheter les biens et services dont chacun a besoin. L’extension de la gratuité s’oppose dans son principe au revenu universel. En régime capitaliste, acheter des biens et services entretient la rente, le profit et, par le moyen du crédit, l’intérêt versé aux banques. Le revenu universel ne contredit en rien ces phénomènes car il part du postulat que les biens et services doivent être achetés.

Par la gratuité, nous limitons les possibilités pour le capital de faire du profit, de prélever de la rente ou des intérêts. Nous limitons son territoire d’action.

II. Extension possible de la gratuité et ce qu’elle met en cause dans le capitalisme

Entre la gratuité totale, décrite précédemment, et le marché intégral, se trouve une zone floue dans laquelle les prix s’écartent de la valeur par divers mécanismes de redistribution ou de subventions. Par ailleurs, verser des retraites, des aides personnalisées au logement (APL), des indemnités maladie, des bourses d’études sans contrepartie directe de travail nous rapproche d’une certaine manière de l’idée de gratuité. Pour ce qui est des transports en commun de proximité, les collectivités locales financent entre 70 et 80 % des coûts, le billet ne représente alors que 20 à 30 %. : en Île-de-France, les voyageurs financent 28 % du coût (3).

À ce titre nous pouvons observer :

• Les secteurs avec des prix administrés. Certains services sont vendus, mais à un prix inférieur au coût de production. C’est le cas des transports urbains, dont la majeure partie du coût est financée par l’impôt.

• Les secteurs dont les prix sont maintenus à un niveau bas par l’intermédiaire de subventions aux producteurs. C’est le cas des produits agricoles : dans l’agriculture, le total des subventions versées est du même ordre de grandeur que le revenu global des paysans, ou, dit autrement, en moyenne les paysans ne vivent qu’avec des subventions, les ventes de produits ne générant, en moyenne, aucun revenu pour les paysans (ce qui ne veut pas dire que tous les agriculteurs en bénéficient également). En 2013, le montant moyen des aides par exploitation représentait 94 % du revenu des paysans, selon la Commission européenne. Deux remarques :

– il semble difficile de trouver ses statistiques consolidées d’après 2013, les chiffres publics qui apparaissent après cette date sont répartis par type de production ;

– les aides sont versées proportionnellement aux surfaces ou aux quantités de bétail, ce qui a pour conséquence que 20 % des exploitations aidées reçoivent 62 % des aides.

• Les subventions à la consommation : aides au logement, à l’isolation des maisons, aux voitures électriques. Ces mesures ne bénéficient pas nécessairement aux consommateurs : elles servent à entretenir leur solvabilité et sont souvent une subvention indirecte à des secteurs d’activité. Par exemple, l’aide au logement est un facteur d’augmentation des prix des loyers. Rendre solvables les familles les moins riches permet de pousser le prix du foncier vers le haut (même phénomène avec la baisse du coût des crédits).

• Le remboursement total ou partiel : c’est le cas des soins de santé. Le tiers payant, pour les patients qui possèdent une bonne assurance complémentaire, revient à une quasi-gratuité de la plupart des soins. Mais pour ce qui concerne les soins dentaires, ophtalmo ou auditifs, nous sommes en France plus proches du système libéral de santé des États-Unis, du Canada, du Chili, etc. c’est-à-dire chacun pour soi, selon ses maladies et ses moyens financiers.

Pourquoi ce détour par les transferts financiers pour parler de la gratuité ? Parce que gratuité ne signifie pas dans notre société extériorité par rapport au capitalisme. La gratuité ou quasi-gratuité de la santé va de pair avec un secteur de la santé largement capitaliste : production de médicaments, cliniques privées. Les remboursements entretiennent des rentes de monopoles pour l’industrie pharmaceutique ou les cliniques : l’assurance maladie avait un déficit supérieur à 10 milliards d’euros de 2001 à 2015 ; or le bénéfice net annuel de Sanofi (un parmi d’autres des producteurs de médicaments largement remboursés par la Sécurité sociale) tourne autour de 10 milliards.

Le fait que le remboursement des soins de santé bénéficie aussi aux grands groupes capitalistes ne nous dissuade pas de nous battre pour leur remboursement intégral, mais ce combat se heurte aux intérêts privés et au renchérissement des coûts qu’il induit. Il ne pourra aboutir que s’il est lié au développement d’un service public de la santé et de la production de médicaments.

De même, nous revendiquerons les transports urbains gratuits, une quantité gratuite d’électricité, d’eau, etc.

Organisée par des subventions aux entreprises prestataires, la gratuité financée par l’impôt, attribuée aux utilisateurs par le moyen d’entreprises privées, ne combat en rien la domination du marché sur l’économie. La conséquence est plutôt qu’un certain nombre d’entreprises prélèvent leurs bénéfices sur nos impôts. Elles organisent leur activité de manière à maximiser leur profit, aussi la qualité de la prestation sera toujours l’enjeu d’un conflit. Des activités annexes viennent parasiter la prestation : la publicité dans le métro ou sur les abribus qui dégrade l’espace public.

Pourtant, dans le contexte marchand actuel, la gratuité totale est, comme nous l’avons montré, un formidable outil d’égalité sociale. Des services dont tout le monde a besoin, de manière incontournable, sont mis à disposition quel que soit le revenu : école, santé, transports peut-être bientôt. Les conséquences de la gratuité partielle sous forme d’aides personnalisées aux usagers sont plus contrastées : les aides au logement sont en grande partie captées par les propriétaires fonciers en poussant à la hausse les loyers.

Un service public sera toujours plus efficace, quel que soit le mode de distribution, gratuité totale, partielle ou paiement intégral, qu’une entreprise privée pour fournir des services à des prix administrés : un service public du logement devrait faire baisser massivement les prix, à défaut d’obtenir à court terme une gratuité complète. En effet, une part importante du prix du logement urbain est générée par la rente foncière (15 % dans le logement social, plus de la moitié dans le secteur privé, notamment dans les grandes agglomérations où le prix n’a plus aucun rapport avec le coût de construction). L’objectif serait de ramener le prix du logement à ce qu’il coûte réellement à construire : l’indice public des coûts de construction en France en 2019 est de 1 746 €/m², soit environ 150 000 € pour un grand appartement (85 m²) de bonne qualité dans un immeuble collectif neuf, alors qu’il est vendu de 200 000 à plus de 1 000 000 €. Un logement ancien, fini d’être payé depuis des décennies, est souvent vendu quasiment au prix d’un neuf.

TABLEAU 2

graphique

Délesté du poids de la rente foncière, le logement gratuit ou quasi gratuit deviendrait alors beaucoup plus accessible pour des budgets publics : le prix d’un logement neuf est amorti en une vingtaine d’années, le prix de l’ancien est limité au coût de son entretien. Avec un coût de 33 % pour les ménages les plus modestes, le logement est leur premier poste de dépense. Il représente 18 % en moyenne (4).

Nous voyons ici que la question de la gratuité pour l’habitat ne pourrait pas se résoudre seulement par la mise à disposition des logements tels qu’ils sont valorisés et financés dans le contexte actuel. Ils sont parasités par la rente foncière, et leur financement en l’état par des fonds publics reviendrait à entretenir la classe des rentiers (ce qui est déjà en partie le cas avec le système d’aide personnalisée au logement, APL). La gratuité du logement n’est envisageable que si les financements publics s’accompagnent de l’abolition de la rente foncière.

Pour le logement comme pour la santé, la gratuité ne pourra se développer et se généraliser que si le marché est aboli ou fortement refoulé. Dans ces deux secteurs, le marché conduit en effet à la plus parasitaire des formes de capitalisme, au capital prédateur par excellence : la rente. La rente foncière, c’est le droit d’un propriétaire de prélever de la richesse sans qu’aucune production n’intervienne, simplement parce qu’il est là. La rente de monopole sur les médicaments permet aux firmes ayant déposé un brevet de fixer le prix qu’elles veulent au prétexte qu’on sera prêt à payer n’importe quel prix pour sauver sa vie. De ce fait, la santé gratuite ne trouvera son plein accomplissement que par la création d’un service public du médicament et des services de santé.

Nous voyons par ces exemples que la cherté du logement ne peut pas de manière efficace être compensée par des augmentations de salaire ou des aides au logement car ces mesures, en augmentant la solvabilité, contribuent à renchérir encore les prix du logement.

Retirer du marché privé les secteurs de la gratuité ou ceux dont les prix sont subventionnés est une précondition à son extension. À défaut, la gratuité est un canal de transfert de richesses (issue de nos impôts) vers des entreprises capitalistes. La subvention des producteurs ou l’aide aux consommateurs conduit systématiquement à une distorsion des prix. L’exemple de la privatisation de l’eau en France dans les années 1980 et 1990, bien documentée par les associations d’usagers, est sans appel : les factures ont augmenté en moyenne de 27 % lors du passage au privé (5) : rente, corruption, tarifs de monopole sont inséparables d’un système privé sans concurrence tel que la distribution d’eau. L’exemple du tarif des autoroutes est également parlant : + 122 % depuis 2006.

La restauration et l’extension de services publics seraient un bénéfice économique global. Elles feraient baisser les prix par l’absence de profits et la suppression des rentes de monopole.

III. Au-delà de la gratuité : régression du rôle de l’argent

1. En régime capitaliste

Le combat que mène la bourgeoisie contre les services publics, contre la santé gratuite, contre l’enseignement gratuit situe parfaitement les enjeux : par la privatisation, la classe capitaliste veut augmenter les possibilités de prélever du profit, de la rente et des intérêts. Quand, dans les pays où le système de santé public est défaillant, les personnes atteintes d’une maladie grave doivent emprunter pour se faire soigner, c’est un triple bénéfice pour la bourgeoisie : une fois pour l’employeur qui ne paie pas de cotisations sociales liées au salaire, une deuxième fois pour l’entreprise capitaliste de soins, une troisième fois par la banque qui prête de l’argent (ou qui capitalise l’assurance santé privée, ce qui revient au même, dans une autre temporalité). Le résultat est visible dans les données macroéconomiques : le coût global de la santé est de 17,2 % du PIB aux États-Unis alors qu’il n’est que de 11,5 % en France (6). Ceci pour une qualité de soins bien meilleure en France.

En France, nous avons l’habitude de la santé gratuite ou de l’école gratuite. Nous mesurons à quel point c’est un progrès social par comparaison à d’autres situations : une famille chilienne qui doit choisir entre conserver sa maison et soigner un enfant ou un parent atteint d’un cancer, les étudiants aux États-Unis qui se retrouvent endettés de 50 000 à 100 000 dollars à l’entrée dans la vie active. Par de tels exemples, on mesure à quel point l’argent nécessaire pour satisfaire les besoins fondamentaux de la vie est une limite absolue à la vie.

Une gratuité adossée à des services publics, même en régime capitaliste, peut être étendue de manière significative. Elle est l’enjeu de lutte des classes. Cette gratuité « réformiste » limite techniquement le rôle de l’argent. Son coût est diminué des profits. Si l’on retient l’argument de Jean-Marie Harribey (7) sur le fait que les services publics créent la valeur qui s’exprime dans leur financement, nous disons que cette valeur est constituée des salaires et des approvisionnements externes. La valeur générée par les services publics ne compte pas les profits réalisés sur le travail des fonctionnaires, elle ne contribue au profit global capitaliste que par les approvisionnements venant du secteur privé. Sans plus-value, le prix du travail des fonctionnaires et sa valeur sont identiques. Transférer une activité du privé au public revient à l’amputer du profit réalisé sur les salaires, à diminuer la grandeur de son expression monétaire, à créer une même richesse (valeur d’usage) avec moins de valeur. À l’inverse, la privatisation fait augmenter les prix du montant des profits issus de la plus-value extraite de la force de travail (de manière globale car les profits se répartissent en fonction des monopoles, des productivités, etc.). Dit autrement, si le service des eaux passe de privé à public, le prix de l’eau va diminuer, un même service sera offert pour un prix moindre (amputé du profit capitaliste).

Pour redire la même chose sous un autre angle, nous pouvons avancer l’hypothèse suivante. Les salaires ne sont pas le seul coût : il faut aussi compter le coût d’acquisition et d’amortissement des moyens de production, les approvisionnements. Ce coût est très variable : faible en proportion du coût total dans l’enseignement (principalement des locaux), plus élevée dans la santé (des équipements hospitaliers coûteux), très important dans les transports urbains (du matériel roulant et des voies de circulation). Il s’agit du coût des moyens de production. Dans le secteur privé le taux de profit s’applique à toutes les sortes de capitaux : salaires, matériel, approvisionnement, locaux. Le fait que le taux de profit exigé par les capitalistes porte aussi sur les salaires investis dans la production, alors que dans le secteur public il n’y a pas d’exigence de rentabilité des salaires investis, renchérit mécaniquement l’activité privée par rapport au secteur public. Ceci sans tenir compte des monopoles et des corruptions sous-jacentes qui peuvent être une composante non négligeable des surcoûts.

Deux constats empiriques confirment ce que nous exprimons ici théoriquement : la différence du coût global de la santé entre la France et les États-Unis, la baisse du prix de l’eau lors des opérations de re-municipalisation ou à contrario son augmentation à l’occasion des privatisations.

2. La gratuité dans un contexte de transition socialiste

Après avoir examiné la gratuité « en mode réformiste » telle qu’elle a été conquise et qu’elle est enjeu de luttes à l’intérieur du capitalisme, imaginons-la dans un contexte de transition au socialisme. Supposons que les travailleurs aient pris le pouvoir et qu’ils dirigent l’État.

Le secteur marchand tend à diminuer et il est pour partie remplacé par des services publics du logement, de l’énergie, de l’eau, de la santé, des transports, de l’éducation, de la culture, etc. Les besoins de base en eau et en énergie sont fournis gratuitement selon un forfait par personne. Au-delà des besoins fondamentaux, leur fourniture devient payante (par exemple, les premiers 40 m3 d’eau, les premiers 1 500 kWh par personne sont gratuits). Les transports de proximité, la santé et l’éducation sont gratuits. Le logement est subventionné ou fourni de telle façon que les besoins de base d’un ménage soient satisfaits gratuitement (mais pas nécessairement en tous lieux – problème de demande supérieure à l’offre). Des systèmes de carte à points permettent de se procurer un certain nombre de produits alimentaires, définis selon les critères de besoins des personnes, de l’aménagement du territoire (proximité et diversité agricole) et de l’écologie (alimentation écologiquement soutenable), les cantines scolaires et d’entreprise sont gratuites sous réserve de respecter un cahier des charges écologique et alimentaire. On peut ainsi continuer à faire marcher notre imagination et solliciter nos désirs d’une vie meilleure. La gratuité s’étend avec pour seule limite la contrainte écologique et le combat contre le gaspillage.

3. Le paiement en régime capitaliste

Raisonnons à partir de la situation actuelle : des salaires sont versés et des impôts et contributions sont prélevés sur ces salaires. Examinons la situation d’un·e salarié·e situé sur la médiane, fictive mais réaliste : 1 800 € net par mois, soit 21 600 € par an. Son salaire total annuel cotisations sociales comprises est de 39 000 € : il/elle va payer un impôt sur le revenu (disons arbitrairement 1 500 € par an), de la TVA sur les achats (en moyenne 12 % des achats), une taxe foncière (1 000 €) et, jusqu’à ce jour, une taxe d’habitation (1 000 €). En roulant 15 000 km par an, il/elle paiera 1 200 € de taxes sur les carburants. Ses achats diminués des taxes et son revenu diminué des impôts se ramènent finalement de 21 600 € à 17 000 €.

Pour cette personne fictive (mais réaliste), environ 43 % de son salaire total (39 000 €, salaire net et cotisations sociales) est effectivement disponible pour des achats hors taxes.

Par un raisonnement abstrait, imaginons que ce salarié·e gagnerait seulement 17 000 € par an, la somme aujourd’hui effectivement disponible déduction faite des impôts, taxes et prélèvements, il/elle ne payerait ni impôt ni TVA : rien ne changerait à son niveau de vie. Il s’agit là seulement d’une expérience de pensée concernant la situation actuelle. Nous percevons un revenu exprimé en argent que nous devons, pour la plus grande part, rendre immédiatement. Le salaire réel (net et cotisations sociales) apparaît subjectivement comme un gain fictif. Le prélèvement d’impôt à la source, la cotisation sociale prélevée en amont font que nous ne verrons pas passer une partie du salaire. La TVA, les taxes sur le carburant, prélevés sans distinction de richesse lors de l’acquisition de biens indispensables, les taxes sur le logement, interviennent à posteriori et font de ce gain nominal versé sur le compte en banque un gain fictif différé.

4. L’argent dans la transition socialiste

Projetons-nous maintenant dans la société socialiste en transition décrite ci-dessus : ce n’est plus quelque 43 % du revenu qui sont utilisés pour des achats mais beaucoup moins, car la plupart des besoins de base sont fournis gratuitement. Logement, nourriture, énergie, transports sont actuellement, dans le contexte capitaliste, les principaux postes de dépense des familles de travailleurs. Imaginons que dans un monde socialiste, ils sont fournis sans paiement, pour subvenir aux mêmes besoins, à structure de consommation égale. (À lui seul le logement pèse 30 % du budget de notre salarié fictif). Nous n’aurions alors besoin que d’environ 20 ou 25 % de notre salaire et non plus 43 %. Cela ne veut pas dire que sous le socialisme rien ne changerait dans les habitudes de consommation, mais par cette expérience de pensée, nous pouvons envisager de ramener la circulation monétaire à un cinquième de ce qu’elle est actuellement, toutes choses égales par ailleurs. Cela suppose que les biens et services de base seraient fournis sans passer par l’achat et la vente et que seule une partie de l’économie serait comptabilisée en valeur monétaire, la partie réservée au marché étant désormais minoritaire.

Le financement des services publics par l’impôt, avant la production, tel que le décrit J.M. Harribey, implique, d’ores et déjà, que la formation des prix dans les services publics ne se fait pas par le moyen du marché. Le prix des services est égal à leur financement. Le service est payé lors de la production et non pas à l’occasion de la distribution. Dans la transition au socialisme, l’économie des services publics peut se déconnecter progressivement de la notion de valeur marchande car la formation des prix n’a aucun besoin du marché. Dans ce secteur, non concurrentiel, qui concerne les services et les biens qui ne sont pas achetés (éducation, santé, énergie domestique, eau, transports, une part de l’alimentation, un certain type de logement), l’expression monétaire sous forme d’argent n’est plus nécessaire. La gestion peut consister alors en une affectation de la main-d’œuvre. Dans ce secteur (mais pas dans le secteur marchand) la comptabilité peut être exprimée directement en temps de travail, puisque la transformation, par le marché, du temps de travail en valeur ne s’effectue plus. Comme le secteur public n’est pas étanche par rapport au privé, national ou international (achat de moyens de production, vente d’énergie, de locaux, etc.) une double comptabilité, en valeur monétaire et en temps, peut être nécessaire.

Les salaires distribués sont maintenant divisés par 2 ou 3 en comparaison avec la situation actuelle. Dans le secteur privé résiduel, l’impôt et la cotisation sociale continuent à fonctionner, mais avec des taux augmentés à proportion de la diminution du salaire direct (compensé par la gratuité, pour tous et toutes, des principaux moyens de subsistance).

La valeur créée par le secteur privé a pour contrepartie les achats du secteur public (machines, locaux) qui ne sont pas produits par le secteur public ainsi que les achats effectués par les travailleurs au-delà de la zone de gratuité.

Le secteur public crée lui aussi de la valeur marchande sous forme de vente au-delà de la gratuité : énergie, eau, logement consommés par les ménages au-delà des normes fixées pour la zone de gratuité, énergie consommée par les entreprises privées, etc.

IV. Les conditions subjectives de participation à la société de gratuité et sa cohésion

Pour que des gens continuent à travailler alors que la rémunération monétaire tend progressivement à s’éteindre, pour que des consommateurs acceptent les biens et services qui leur sont proposés, pour que tous participent au fonctionnement des institutions économiques et productives, à la définition des besoins, d’autres motivations que le gain d’argent et le pouvoir d’achat doivent émerger.

L’idéologie bourgeoise prétend que la motivation pour agir se réduit à l’intérêt personnel de l’individu calculateur. En optimisant ses gains, il participerait à la définition globale des besoins et des ressources, grâce à la concurrence marchande. La cohésion sociale ne serait que la résultante des intérêts égoïstes. Cette fable a été largement démontée par les sociologues. Le besoin d’appartenance sociale est aussi vital que la survie biologique ou le confort matériel : les valeurs morales des individus, leur socialisation, les motivations en termes de reconnaissance, les sentiments altruistes, le besoin de pérenniser et d’élargir son environnement social sont toujours juxtaposés aux actes que l’idéologie prétend fondés sur le calcul égoïste de l’intérêt.

Mais il serait risqué de postuler que la suppression de la concurrence marchande et de la propriété engendrerait automatiquement les comportements sociaux de coopération nécessaires à la cohésion sociale et à la production.

Nous aurons l’héritage des subjectivités construites dans un monde de prédation : dans le capitalisme, l’usage de la terre comme source de matières premières ou comme espace de déjection des résidus de la production est un usage prédateur. La concurrence généralisée, qui consiste à n’utiliser autrui que comme ressource, construit aussi une subjectivité prédatrice.

Indépendamment du capitalisme, la prédation est une relation possible partout où il y a de la vie. Ce mode d’être se situe à l’interface entre les espèces et les groupes qu’aucune solidarité ne relie, mis à part le fait d’être une ressource l’un pour l’autre. Le renard a un comportement prédateur dans son rapport au lapin. Les tribus de pillards qui vivent aux dépens des populations environnantes ont un comportement prédateur. La fraude dans les transports ou le vol dans les supermarchés, sont des comportements prédateurs de la part de personnes qui n’ont aucun attachement personnel à l’économie des supermarchés ou au système de paiement des transports publics.

Une société de la gratuité sera celle qui saura limiter les comportements de prédation et favoriser les comportements de coopération. La gratuité ne sera pas seulement une solution technique pour la répartition, elle devra s’appuyer sur des comportements sociaux émergents.

La gratuité évoque le don. Quelles sont les possibilités d’une économie du don telle que l’ont étudiée des anthropologues dans des sociétés différentes de la nôtre, dites primitives, ou plus précisément sans État ?

Une économie morale du don

Le don est radicalement différent de la vente ou du troc. Dans ces deux types d’échanges, la contrepartie immédiate, que ce soit de l’argent ou un autre objet, considérée comme équivalente à l’objet proposé, clôt la relation. L’opération terminée, les individus se quittent et sont quittes. Plus rien ne les relie l’un à l’autre.

Le don est différent. Il appelle lui aussi une contrepartie, mais celle-ci ne peut être rendue immédiatement. La contrepartie est réputée non identique et non équivalente. Dans cet espace entre le don et le contre-don se noue une relation qui ne peut plus être éteinte, un attachement entre les personnes que seul le conflit ou la guerre peut défaire. L’objet donné porte plus que lui-même : une partie de la personne du donateur lui est attachée. Dans les sociétés dites primitives, le don est au commencement de la politique.

Le sociologue Marcel Mauss exposait (en 1923) la triple obligation du don comme principe universel de ce type de relation : « obligation de donner, obligation de recevoir, obligation de rendre » (8).

« Le don n’est pas fait dans l’inconscience, sans attente de retour. On espère bien que celui à qui on a donné rendra, ou plutôt donnera à son tour (à soi ou à un autre) mais on n’en est nullement assuré. C’est cette dimension d’incertitude et de pari, cette marge de jeu qui caractérise le don entre sujets humains. (…) C’est cette dimension d’inconditionnalité qui scelle l’alliance. Le don est un opérateur d’alliance. » (9)

Caillé reprend la théorie du don de Mauss et l’approfondit. Il ajoute la prise en compte de la demande, « la possibilité de demander ». Du plus, il développe la notion de donation, différente du don en ce sens qu’elle crée une dette mais n’implique pas une obligation de rendre. Elle est une dette qui ne peut pas être éteinte. Si à notre naissance la terre et la vie nous sont données, alors nous sommes redevables indéfiniment (envers nos ancêtres, nos géniteurs, les générations futures, la Terre…).

La gratuité que nous voulons étendre peut être abordée comme une économie du don. Elle renoue avec une composante universelle de l’échange au sein des sociétés primitives, elle entre en résonance avec une dimension anthropologique qui ne s’est jamais éteinte, bien qu’enfouie sous les strates de l’échange marchand, refoulée aux confins des relations personnelles (cadeaux de Noël, vie de famille, pseudo-cadeaux publicitaires). À un niveau plus large, le don reste encore un ressort social non négligeable : le don de sang, l’action humanitaire, le care (de l’anglais : ensemble d’activités et métiers mettant en œuvre la « sollicitude », en tant que concept éthique, sociologique et politique). Mais il n’ouvre pas, la plupart du temps, la possibilité d’une relation, c’est un don atrophié, ou parfois perverti. L’obligation de rendre, quand elle ne peut pas être réalisée, crée une relation de domination (charité). Le non-recours massif aux aides sociales (plus de 30 % des bénéficiaires potentiels du RSA n’y ont pas recours) pourrait être observé en partie sous l’angle de l’impossibilité de rendre de la part de gens qui ne veulent pas se positionner en tant qu’exclus de la vie économique (ceux qui ne demandent pas « par fierté ») (10).

Nous partons du principe que l’économie du don n’a pas seulement un fondement historique daté, lié à un certain type de société, mais qu’elle est une dimension anthropologique et universelle. Si elle est refoulée aux marges ou manipulée par l’économie marchande, elle peut être réactivée et revenir au centre de la vie humaine.

Dans une économie du don, voici comment les quatre obligations pourraient s’articuler :

• L’obligation de donner serait celle qui amène chacun à participer à la production. On en trouve les ressorts dans le monde actuel quand les travailleurs veulent donner du sens à ce qu’ils font, veulent être utiles, ou quand les chômeurs dépriment car ils se sentent « exclus » c’est-à-dire inutiles.

• L’obligation de recevoir : les personnes et les groupes se situent face à la mise à disposition de biens et services tels qu’ils sont définis par la société. Leurs désirs particuliers sont mis en relation avec l’intérêt collectif ; il s’agit de prendre en compte les contraintes écologiques et les besoins collectifs des producteurs. L’achat de légumes hors saison, écologiquement et socialement insoutenable, les voyages en avion, la voiture individuelle, les magasins ouverts la nuit ou le dimanche, devront être limités. L’acceptation de cette limitation, si elle est éthique et non pas marchande ou policière, ne peut être motivée que par l’obligation de recevoir ce qu’on produit et ce qu’on donne.

• L’obligation de rendre ferme la boucle et alimente la motivation du travailleur qui trouve satisfaction dans ce que la société lui donne, s’engage à perpétuer le cycle donner, recevoir, rendre.

• Enfin, pour maintenir la cohérence de la société du don, la possibilité de demander. L’expression des besoins implique la confrontation avec les moyens disponibles, avec la volonté des producteurs, avec la soutenabilité écologique. C’est la démocratie citoyenne de l’expression des besoins.

Chacun de ces moments de l’économie du don se heurte à la possibilité de l’échec ou de grippage du système :

• L’obligation de donner échoue avec la possibilité de garder : le corporatisme des producteurs (les travailleurs du nucléaire ou de l’armement qui défendent « leur usine » ; des objets ou des services de mauvaise qualité).

• L’obligation de rendre échoue avec la possibilité d’arrêter le cycle : le corporatisme des consommateurs, le parasitisme de groupes ou d’individus.

• L’obligation de recevoir échoue s’il y a refus des objets et des services produits : égoïsme anti-écologique, comportement tout puissant de consommateurs qui exigent des supermarchés 24h/24.

• La possibilité de demander échoue face à un système bureaucratique de planification (on sait ce qui est bon pour vous).

Le déploiement des moments de l’économie du don et de ses possibilités d’échec, son potentiel de division sociale voire de violence sociale, implique le déploiement des institutions qui :

1. définiront les demandes et les confronteront entre elles. La possibilité de demander fonde la démocratie citoyenne pour définir les besoins ;

2. permettront aux producteurs de prendre en charge les moyens de production et d’adapter la production aux demandes sociales ainsi que l’affectation de moyens (contrôle collectif de l’investissement). L’obligation de rendre fonde la planification démocratique ;

3. placeront les producteurs dans des cadres viables pour eux et utiles à la société. L’obligation de donner fonde l’autogestion ;

4. permettront la prise en compte de l’intérêt général et des contraintes écologiques. L’obligation de recevoir fonde la définition de normes écologiques (économie d’énergie et de matière), sociales (le temps de travail est réduit, les travailleurs ne sont pas disponibles tout le temps et pour tout faire). Une nouvelle législation remet des limites au monde de la croissance infinie, de la consommation compulsive et de la mise à disposition sans borne de toute sorte de main-d’œuvre.

Les quatre obligations de l’économie du don sont imbriquées et ne peuvent fonctionner séparément. C’est en suivant leur cheminement logique et temporel que nous pouvons mettre en évidence les points de friction et les possibilités de conflit.

Ainsi se déploie une éthique imbriquée à l’économique et au politique, en rupture avec la morale individuelle de l’individu souverain.

L’économie du don n’est, pas plus que l’économie capitaliste, une économie apaisée où les conflits sociaux seraient inexistants. Elle se fait toujours au risque de « la guerre » et de la confrontation. Elle est génératrice d’égalité, pas inévitablement de paix. Mais notre utopie n’est pas une société humaine sans conflits, une sorte de nirvana où la souffrance et la violence seraient exclues. Notre utopie n’est pas une société morte, le repos éternel, la paix universelle. Notre utopie est une société vivante dans laquelle le conflit génère le développement humain, la diversité des institutions, leur démocratie, la créativité institutionnelle et instituante à partir de la base. Une société dans laquelle la résolution des contradictions ne se fait pas par l’abaissement des individus et la domination d’une classe, ou par l’extraction d’un groupe qui sait ce qui est bon pour les autres. La société du don c’est l’abolition des classes sociales.

Les institutions dans lesquelles une économie du don peut s’enraciner

La distribution de biens et services gratuits, nous l’avons en partie sous les yeux dans le monde capitaliste. Des services publics de l’eau, de l’énergie, de la santé, etc. existent potentiellement ; ils peuvent être renforcés, approfondis. À partir de l’existant, nous pouvons imaginer un fonctionnement.

Un service public national, même efficace techniquement, s’il est étatique, n’est en capacité de prendre en compte les demandes que par le moyen de statistiques et de sondages. Un tel système dessaisit les citoyens de leur pouvoir. Les usagers n’ont alors que deux alternatives : « satisfait » ou « non satisfait ». Ce qui n’est pas différent sur le principe du « satisfait ou remboursé » pratiqué par les supermarchés. C’est lourd de déformations bureaucratiques potentielles au sein des institutions gestionnaires.

Une société socialiste hériterait d’institutions déjà existantes et structurées sur une grande échelle (éducation, santé). Ou alors, de nouvelles institutions pourraient provenir de la nationalisation d’entreprises privées dispersées et hétérogènes parce qu’organisées en chaînes de valeur et non en fonctions d’usages, et qu’il faudrait rendre cohérentes. Le passage par une phase nationale et quasi étatique peut être inévitable sous un premier gouvernement des travailleurs. Dans ces structures de grande ampleur, nous pouvons envisager dès le début l’élection au suffrage universel des directions des services publics, combiné à des modes de désignation issus des travailleur·es, des entreprises concernées, des régions.

Quel que soit le niveau – local, régional, national – les dirigeant·es des institutions de services ou de production devront être élu·es directement, que ce soit au suffrage universel ou par des assemblées. Une pyramide ascendante dans laquelle des délégué·es de base éliraient des dirigeant·es de niveau supérieur, qui eux-mêmes seraient autant susceptibles de s’autonomiser que les pyramides de pouvoir descendantes que nous connaissons bien. Toute pyramide de pouvoir nourrit une bureaucratie qui s’autonomise à la mesure de l’éloignement entre les mandataires et les mandatés.

Pour que le processus d’appropriation collective aille à son terme, le service en question doit être progressivement décentralisé au niveau le plus bas possible selon les aspects à prendre en compte. Une véritable appropriation se réalisera au mieux par des communautés humaines réduites. La démocratie à grande échelle par délégation de pouvoir (suffrage universel pour désigner des représentant·es) sera autant que possible remplacée par des désignations à plus petit niveau (décentralisation), avec une montée en puissance d’une démocratie d’assemblées, constituées de gens présents physiquement et qui se parlent (démocratie directe).

Construire des services publics élargis, rendus cohérents, démocratisés par l’élection des dirigeant·es serait la première étape d’un pouvoir socialiste. Cependant la pleine intégration dans la société de chacun de ces services publics ne peut être accomplie que par sa transformation en « commun », selon le sens de Dardot et Laval (11). Le commun est l’institution dont les usager·es et les travailleur·es sont les maîtres, ce qui va au-delà de l’élection de dirigeant·es. Il s’agit de définir ensemble les règles de fonctionnement, les domaines de compétence, les contours géographiques, les relations avec les autres institutions elles-mêmes devenues des communs. Il s’agit de construire des relations dans la double direction géographique et professionnelle (au sens où par exemple les syndicats sont organisés en métiers et en structures locales).

La part de l’économie qui resterait dans le domaine marchand (entreprises coopératives ou privées) serait constituée d’entreprises qui pourraient vendre et acheter, renouveler leurs moyens de production de manière souveraine. Mais la reproduction élargie du capital, aujourd’hui captée par les banques (intérêts) et la Bourse (dividendes) serait collectée par un organisme unifié et affectée selon des critères de choix politiques (et non de rentabilité). Il y aurait un marché des biens mais pas de marché des capitaux (12). L’affectation du « capital » serait le résultat du débat politique. De même, le partage entre l’économie marchande et l’économie des services serait l’enjeu permanent de la délibération.

Alors, les citoyens, usagers, travailleurs pourront se sentir partie prenante d’une nouvelle économie, donner, recevoir, rendre et demander. « Pour pouvoir participer à l’économie sociale ordinaire, faite d’une multitude de relations don/contre don ou de donnant/donnant, il faut s’inspirer d’un moment ou d’une instance inconditionnelle qui les fonde et à défaut de laquelle chacun ne voulant donner que dans l’espoir de recevoir plus que ce qu’il donne, aucune relation de confiance ne serait possible » (13).

À ce stade de réflexion, dans une phase initiale du socialisme, il semble peu réaliste d’imaginer que l’interaction sociale (économie morale du don) puisse satisfaire à la totalité de l’organisation sociale. Il s’agit d’un substrat social dans lequel la politique prend racine. Obliger chacun à prendre sa part au travail commun ne peut être envisagé au départ uniquement sous forme d’obligations morales, par une éthique qui est entièrement à construire. La question du pouvoir politique et d’une certaine forme de coercition reste posée. Le nier dans la constitution des prémisses du socialisme peut conduire à de graves désillusions – c’est le penchant de Bernard Friot (14) : tout le monde reçoit un salaire, les gens iront travailler même s’ils ne sont pas obligés par le manque. C’est la naïveté des partisans du revenu universel : chacun travaille s’il veut. À l’opposé, on trouve les conceptions aussi très radicales des anarchistes ou des communistes du XIXe siècle ou de la première moitié du XXe (hors stalinisme) : celui qui ne participe pas au travail commun sera exclu de la citoyenneté. Pourtant, entre l’exclusion totale pour « parasitisme » et la liberté totale de travailler, il existe une grande marge d’action : les radars pour la limitation de vitesse, les jetons sans valeur pour obliger à ramener les chariots de supermarché, les pénalités de retard pour les impôts, nous donnent des indices pour y réfléchir. Par ailleurs, toute société sera confrontée à un niveau irréductible de prédation : dans la nôtre c’est le travail au noir, les petits trafics, les congés maladie pour convenance personnelle… Ça met de l’huile dans les rouages tant que ça ne dégénère pas en contre-pouvoir et en mafia. Quelle est la part du pouvoir politique dans la contrainte sociale ? La question reste ouverte, mais elle ne peut pas être éludée. De plus, la question du pouvoir politique et de la contrainte est ici abordée en faisant abstraction du nécessaire pouvoir de coercition contre les classes ennemies résiduelles ou allogènes.

Enfin, un marché résiduel ne peut s’intégrer à une économie socialiste que sous condition d’une monnaie souveraine et d’une abolition préalable de la dette (15).

V. Nos traditions révolutionnaires questionnées par la gratuité

Socialisme et abondance

Par cette entrée depuis la gratuité vers la transition au socialisme, nous pouvons remettre en débat la question de la société d’abondance. Selon Marx puis Lénine, la première phase du socialisme est régie par le principe « à chacun selon son travail », puis le communisme, parce qu’est advenue une société d’abondance : « à chacun selon ses besoins ». Mais l’hypothèse de l’abondance a été abandonnée avec le surgissement de la question écologique et des limites de la planète, ce qui semblait rendre obsolète le principe « à chacun selon ses besoins », dont plus personne ne parle. Dans le Sourire du spectre, Daniel Bensaïd (16) prend en compte la question des limites naturelles, invitant la gauche à renoncer au « joker de l’abondance ». Il ironise à nouveau sur le joker de l’abondance dans Éloge de la politique profane (17) ou dans son Introduction critique à « l’Introduction au marxisme » d’Ernest Mandel (18). Nous avons exploré ici des espaces d’abondance : la santé, l’éducation, déjà présents au sein du capitalisme et dont nous ne craignons pas que les gens abusent. La gratuité interroge sur la signification « des besoins ». Ainsi, Paul Ariès met en relation « besoins de » et « droits à », besoins et désir, ce qui inscrit la gratuité dans l’accomplissement des relations humaines. « La gratuité change la logique du besoin en faisant primer sa définition collective qui prend alors la forme de droits-créances. J’attends beaucoup de ce double passage de l’individuel au collectif et de la logique du besoin à celle des droits » (19). L’hypothèse de l’abondance doit être remise au centre : l’abondance, depuis le néolithique, est liée aux besoins que l’on se donne. Si on se donne très peu de besoins avec un peu de moyens, la société d’abondance est là : dans les sociétés dites primitives (sociétés sans État) on ne « travaille » que 3 ou 4 heures par jour, et encore pas tous les jours (20). Quant à la succession des phases, du socialisme au communisme, « de chacun selon son travail » à « chacun selon ses besoins », nous avons vu que ces deux possibilités sont totalement imbriquées, et ce dès maintenant, à l’intérieur du capitalisme. La perspective de conquêtes partielles permet d’envisager et d’élargir en permanence des espaces d’abondance. Prise sous l’angle des ressources naturelles limitées, l’abondance peut apparaître comme une chimère dangereuse. Sous l’angle des droits et des services, elle est à notre portée.

Mais un autre aspect de l’abondance n’a pas été examiné ici : l’abondance de travail. L’automatisation, qui dans le capitalisme est cause de chômage et d’épuisement des ressources, pourrait devenir la base d’une réduction du temps de travail, mais pas seulement. L’économie de travail en certains points pourrait libérer du travail en d’autres lieux : on valoriserait des ressources aujourd’hui gaspillées (réparation d’appareils), on s’intégrerait mieux à la vie naturelle (agriculture biologique, agroforesterie, agriculture urbaine, exploitation de terrains non mécanisables), on produirait avec le souci de la beauté et de la diversité. Libérer le travail de la concurrence permettrait de faire cohabiter des niveaux de productivité hétérogènes. Si produire une imprimante coûte 40 € et la réparer coûte 60 €, la concurrence du travail pousse à la jeter, le travail libéré de la concurrence permet de la réparer. De même il serait possible de cultiver des arbres fruitiers sur les terrasses des Cévennes et en même temps dans les plaines irriguées de la vallée du Rhône sans que la concurrence des plus productifs ne vienne anéantir la production des zones plus exigeantes en travail. Augmenter la productivité du travail pour s’en libérer n’est peut-être pas le but final du communisme.

Quel parti pour la révolution ?

Un certain étapisme a toujours séparé la prise du pouvoir du projet socialiste. Le parti révolutionnaire est conçu comme celui dont l’objectif stratégique est la prise du pouvoir par le prolétariat. Le social se connecte au politique par les luttes, apparues de manière contingente, et qui par leur ampleur créent les conditions de la révolution. Ce qu’il adviendra ensuite ? Nous n’avons pas à nous en préoccuper : « Le communisme n’est pas pour nous un état de choses qu’il convient d’établir, un idéal auquel la réalité devra se conformer. Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l’état actuel des choses. Les conditions de ce mouvement résultent des données préalables telles qu’elles existent présentement. » (21)

Examinons les choses sous un autre angle : quels points d’appui avons-nous, dans nos luttes et dans nos acquis sociaux, qui permettraient d’imaginer et de désirer le socialisme ? (plutôt que de se limiter à imaginer et désirer la révolution). Se libérer de l’argent, subvenir aux besoins fondamentaux pour toutes et tous , peut s’inscrire de manière réaliste dans nos combats. Si, au lieu d’être en attente des mouvements sociaux, apparus sans nous, pour travailler à leur convergence et à leur victoire revendicative, nous étions celles et ceux qui tracent la carte des combats nécessaires pour que le communisme soit pensable ?

Une Sécurité sociale intégrale et élue, sans assurance complémentaire ni ticket modérateur, ni CMU ; des transports gratuits ; un panier alimentaire gratuit, écologique, sain ; le logement pour toutes et tous et la chasse aux spéculateurs ; une augmentation de salaire fixe et non en pourcentage avec déplafonnement de la Sécurité sociale, la gratuité des bases indispensables d’énergie, d’eau, d’internet ; un contrôle démocratique des subventions publiques aux entreprises ; des administrations de services publics élues, etc. Prises ensemble, ce ne sont pas que des revendications, c’est une utopie concrète, enracinée dans l’expérience, qui peut être dessinée ainsi.

Ce qui unifierait les militant·es de ces causes n’est pas seulement la convergence des luttes pour renverser le capitalisme, ce n’est pas seulement qu’ils et elles sont « anticapitalistes » et veulent « faire la révolution », c’est une vision commune du communisme, l’unité du combat et du projet. Chaque combat mené, victorieux ou pas, renforce le projet communiste en incluant toujours plus de militant·es, en renforçant leur cohésion autour d’une vision stratégique commune, une utopie mobilisatrice, en évitant que des divergences tactiques soient des motifs de rupture.

Alors, la révolution apparaîtrait comme un moyen pour un but inscrit dans les combats d’aujourd’hui et non pas, comme c’est le cas dans l’imaginaire militant, comme un seuil pour passer d’une société injuste et destructrice à une société libérée du mal.

* Gérard Vaysse, syndicaliste retraité, ancien salarié de l’industrie chimique, embauché en 1983 avec pour objectif de « construire la LCR dans l’industrie », est militant du Nouveau parti anticapitaliste (NPA, France) et de la Quatrième Internationale.

Notes

1. Gérard Vaysse, « La stratégie ne se limite pas à la prise du pouvoir », Inprecor n° 653-654 de juillet-août 2018.

2. Source : ministère de l’Éducation.

3. Cf.: www.iledefrance-mobilites.fr

4. Paul Ariès, Gratuité versus capitalisme : Des propositions concrètes pour une nouvelle économie du bonheur, Larousse, Paris 2018, p. 261.

5. Paul Ariès, op. cit., p. 172.

6. Christian Chavagneux, « Une santé hors de prix aux États-Unis », Alternatives économiques, 14 novembre 2018

7. Jean-Marie Harribey, la Richesse, la valeur et l’inestimable : Fondements d'une critique socio-écologique de l'économie capitaliste, Les liens qui libèrent, Paris 2013.

8. Marcel Mauss, Essai sur le donv, La République des lettres, Paris 2013 (1re édition, 1923).

9. Alain Caillé, Extensions du domaine du don, Actes Sud, Arles 2019, p. 35.

10. Paul Ariès, op. cit., p. 360.

11. Pierre Dardot, Christian Laval, Commun – Essai sur la révolution au XXIe sièclev, La Découverte, Paris 2014.

12. Gérard Vaysse, Inprecor n° 653/654, op. cit.

13. Alain Caillé, op.cit., p. 257.

14. Bernard Friot, l’Enjeu du salaire, La Dispute, Paris 2012.

15. Voir Renaud Lambert, Sylvain Leder, « Face aux marchés, le scénario d’un bras de fer » : https://www.cadtm.org/Face-aux-marches-le-scenario-d-un-bras-de-fer

16. Daniel Bensaïd, le Sourire du spectre, Michalon, Paris 2000.

17. Daniel Bensaïd, Éloge de la politique profane, Albin Michel, Paris 2007.

18. http://danielbensaid.org/Introduction-critique-a-l-Introduction-au-marxisme-d-Ernest-Mandel

19. Paul Aries, op. cit., p. 334.

20. Marshall Sahlins, ge de pierre, âge d’abondance – L’économie des sociétés primitives Gallimard, Paris 1976.

21. Karl Marx, Friedrich Engels, l’Idéologie allemande, Éditions sociales, Paris (édition de 1974).

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