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Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Dernières nouvelles 2012

MEXIQUE

Fraude électorale et poursuite de la lutte contre le régime

Cf. aussi : [Mexique]

Héctor Márquez *

Début septembre, le Tribunal électoral du pouvoir judiciaire de la fédération (TEPJF) validait l’élection présidentielle du premier juillet. Face au retour du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI) aux commandes du pays, l’organisation d’une force politique des travailleurs est plus urgente que jamais.

Mexico, 23 mai 2012. Manifestation du mouvement Yo soy 132 contre l'élection d'EPN du PRI. ©  	MaloMalverde

Mexico, 23 mai 2012. Manifestation du mouvement Yo soy 132 contre l'élection d'EPN du PRI. © MaloMalverde

Début septembre, les derniers doutes concernant l’impartialité du TEPJF ont été dissipés. Le Mouvement Régénération Nationale (MORENA) d’Andrés Manuel López Obrador (AMLO) et la coalition électorale « Mouvement Progressiste », qui ont porté la candidature d’AMLO, ont été définitivement déboutés de leur demande d’annulation des élections. Malgré les évidences et les quantités de preuves apportées par le centre-gauche (sans prétendre à l’exhaustivité, mentionons l’achat massif de votes, l’utilisation d’incroyables quantités d’argent de provenance illicite et le dépassement millionnaire des frais de campagnes autorisés), le TEPJF a déclaré valides et « exemplaires » les dernières élections. Après les fraudes de 1988 et 2006 qui empêchèrent l’arrivée au pouvoir du centre-gauche, la résolution du TEPJF met probablement fin aux espoirs de ceux qui pensaient qu’une transformation du pays par la voie institutionnelle était encore possible.

Que signifie le retour du PRI au pouvoir ?

Félipe Calderón, dont la politique militariste de « guerre contre la drogue », lancée à la remorque du gouvernement états-unien, provoqua la mort de 60.000 à 80.000 personnes et le déplacement de plusieurs dizaines de milliers d’autres, quitte le pouvoir après un sexennat désastreux. Face à l’usure du Parti Action Nationale (PAN) après deux gouvernements successifs, l’oligarchie néolibérale et pro yankee a misé sur le retour du PRI, incarné par Enrique Peña Nieto (EPN), pour assurer la continuité du régime et la poursuite des politiques de saccages au service du capital transnational. Parmi les politiques de choc annoncées durant sa campagne, signalons la révision de la loi sur le Travail qui fera table rase des conquêtes historiques des travailleurs mexicains, en flexibilisant de manière radicale les conditions d’embauche. D’autres mesures anti populaires, comme la réforme fiscale ou la privatisation du pétrole, font également partie des « réformes structurelles » qu’EPN entend bien imposer. Toutes ces mesures auront pour conséquences immédiates de rendre encore plus difficile le quotidien d’une population qui a vu ses conditions d’existence et de survie se détériorer à l’extrême. Face à cette situation, une augmentation des luttes et des conflits sociaux est prévisible à court terme. Pour contenir une situation sociale toujours plus explosive, la poursuite de la politique de « sécurité » décidée à Washington apparaît comme une nécessité absolue pour le régime. Pour ce faire EPN s’est arrogé les services du colombien Óscar Naranjo Trujillo, ex-Directeur Général de la Police Nationale colombienne. Ce dernier, en plus de son appartenance à la Drug Enforcement Administration (DEA) états-unienne, est considéré comme l’un des artisans du « terrorisme d’État » en Colombie. Il est également soupçonné par de nombreuses ONG d’entretenir des liens avec des organisations criminelles.

Synthèse actualisée Inprecor

Quelles réorganisations à gauche ?

Les partis de la gauche institutionnelle regroupés dans la coalition électorale « Mouvement Progressiste », ont accueilli avec soulagement la résolution du TEPJF déclarant officiellement vainqueur EPN. La priorité étant pour eux de mettre fin au conflit post-électoral afin de pouvoir négocier postes et positions avec le nouvel homme fort du pays. Ils n’ont en aucun cas vocation à entreprendre une lutte frontale contre le régime. Lors d’un meeting tenu le 9 septembre qui a à nouveau fait le plein sur le Zócalo de Mexico, AMLO a annoncé sa séparation « sans rupture » avec les partis composant le « Mouvement Progressiste ». Au cours de cette assemblée, il a annoncé la poursuite du travail de construction de MORENA qui tiendra un congrès national en novembre au cours duquel sera probablement décidée sa transformation en parti politique doté de reconnaissance juridique. AMLO a également annoncé que MORENA ne reconnaîtra pas EPN comme Président et a présenté un plan de « désobéissance civile » qui frappe par son caractère extrêmement « légaliste » et qui se contente de dénoncer de manière symbolique le caractère illégitime du président tout en renonçant de fait à entreprendre une lutte de masse pour empêcher pratiquement son intronisation le premier décembre.

L’annonce d’AMLO qui renonce de fait à poursuivre la bataille contre l’intronisation d’EPN en fait reposer le poids exclusif sur le mouvement étudiant « Je suis le 132 » et sur la « Convention Nationale contre l’Imposition ».

Il est évident que pour être à la hauteur de la situation un front unique faisant appel aux 16 millions de personnes ayant voté pour AMLO aurait été nécessaire. En lieu et place, sa proposition d’un nouveau parti pluriclassiste dont le programme ressemblera fortement à celui du Parti de la Révolution Démocratique (PRD) des origines semble notoirement insuffisante.

Pour les secteurs de la gauche anticapitaliste qui ont appuyé la candidature d’AMLO, l’heure de faire des choix semble donc arrivée. Face à la poursuite des politiques néolibérales les plus brutales et aux luttes qui s’annoncent de manière inexorable, la construction d’un parti des travailleurs indépendant doté d’une base de masse et défendant un programme de classe doit être la priorité. La jeune Organisation Politique du Peuple et des Travailleurs (OPT), fondée il y a un an à peine à l’initiative du combatif Syndicat Mexicain des Électriciens (SME) et rejoint depuis par d’autres organisations syndicales et populaires, en représente aujourd’hui la forme embryonnaire. C’est probablement à la construction d’une organisation de ce type, seule à même de représenter une alternative aux partis de la gauche institutionnelle, que doit s’atteler la gauche socialiste et révolutionnaire. ■

* Héctor Márquez est le correspondant à Mexico du bimensuel suisse « solidarités ».

Déclaration du Parti Révolutionnaire des Travailleurs

Extraits*

Pour un « véritable changement »

Avec cette énorme force sociale, populaire, pluri-classiste, nous avons la possibilité de nous confronter politiquement au régime oligarchique néolibéral, de le mettre en crise et de rendre effectif le « véritable changement » en imposant, dans l’unité la plus large et la lutte de masses, un régime qui élargisse la démocratie et abandonne le néolibéralisme. (…) La posture d’AMLO exigeant l’invalidation des élections, refusant de reconnaître la légalité des votes achetés par le PRI et dénonçant le caractère inéquitable de l’ensemble du processus électoral, ouvre un horizon de lutte politique et de dispute pour le pouvoir. (…)

Rappelons-nous qu’au cours des années obscures du néolibéralisme mexicain, les travailleuses, les travailleurs et les forces populaires ont mené des batailles exemplaires, locales et sectorielles, sans pour autant parvenir à freiner les contre-réformes, faire stopper les coups et les reculs sociaux. (…) C’est pour cela que nous disons qu’il est aujourd’hui possible, avec une unité large et une conjonction de toutes les forces politiques et de tous les mouvements sociaux, de mener une bataille décisive contre le régime néolibéral.

Une vision stratégique

Il est évident que le temps dont nous disposons pour profiter d’une telle opportunité nous est compté. (…) Nous en sommes maintenant à l’étape légale de la lutte contre la fraude. La mise en évidence de cette dernière contribue à délégitimer l’éventuelle élection imposée de Peña Nieto tout en alimentant l’indignation populaire et la pression sur les institutions. A cette étape, la revendication centrale est celle de l’invalidation ou de l’annulation des élections. (…) La lutte en cours pour obtenir l’annulation de l’élection ne se mène pas uniquement à coup d’arguments légaux, elle se mène sur le terrain de la lutte politique et du rapport de force. (…) Pendant qu’AMLO et son mouvement de régénération nationale (Movimiento Regeneracíon nacional -MORENA) continuent à mettre à nu les diverses formes prises par la fraude et à délégitimer le supposé triomphe de Peña Nieto, le mouvement étudiant « Je suis le 132 » se convertit en une sorte d’avant-garde provisoire qui maintient et élargit les mobilisations massives et les actions de rues. (…) Il ne s’agira pas de tout miser sur une mobilisation unique mais de travailler à la confluence des forces et à l’incessante mobilisation de masses pour que grandisse la conscience du caractère illégitime du triomphe de Peña Nieto. (…) C’est une autre bataille politique qui débutera si le Tribunal Électoral valide la fraude et permet l’élection imposée de Peña Nieto. (…) Quoi qu’il arrive l’heure est à la lutte. (…)

Synthèse actualisée Inprecor

Une autre gauche est nécessaire

La lutte actuelle se déroule au milieu d’une importante crise du système politico-électoral ainsi que d’une crise de tous les partis politiques qui entrent dans un processus de recomposition. (…) Au cours de cette lutte s’impose aussi l’évidence qu’une autre manière de faire de la politique est nécessaire comme nous le montre la mobilisation impulsée par « Je suis le 132 ». La nécessité d’un autre type de parti, d’une autre gauche urgente et nécessaire devient également patente. (…) Une gauche qui a des principes et des contours clairs et qui n’est pas dominée par le pragmatisme, l’opportunisme électoral et la vision à court terme. Une gauche dotée de principes mais unitaire, qui rejette le sectarisme et qui participe de manière loyale à la construction d’un mouvement plus large sans prétendre dogmatiquement donner des « leçons ». (…) C’est pour cela que nous avons soutenu et répondu de manière affirmative à l’appel lancé en son temps par la direction du Syndicat Mexicain des Électriciens (SME) en vue de constituer une Organisation Politique du Peuple et des Travailleurs (OPT). Cette initiative ouvre la voie à la possibilité de construire un parti large des travailleuses et des travailleurs et de leurs organisations par la fusion entre la gauche socialiste et révolutionnaire et l’avant-garde du mouvement ouvrier.

Au milieu de la crise, de la lutte pour l’annulation de l’élection présidentielle et pour le changement de régime, se forge également l’alternative politique partidaire du peuple travailleur et de la gauche. ■

* Publiée par le supplément n° 11 de Bandera Socialista, organe du Parti révolutionnaire des travailleuses et des travailleurs (PRT, section mexicaine de la IVe<:sup> Internationale), le 30 juillet 2012 (Traduit en français par « Solidarités“ n° 212 du 31 août 2012)

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