Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Dernières nouvelles 2010

MOTION SUR LE TEXTE RTQI

Rejetez la résolution : « Rôle et tâches de la QI »

Cf. aussi : [Seizième Congrès]

Broawn and al

Soumis au BDII par Brown (USA), Jette (Danemark), Andreas (Grèce), Konstanitin (Allemagne)

[Note introductive : les auteurs demandent à tous les délégués au congrès mondial 2010, quelle que soit leur position sur le texte intitulé « Rôle et tâches de la Quatrième internationale » (RTQI), de voter la motion ci-dessous. Notre mouvement mondial devrait se fixer la tâche d’alimenter la discussion autour de cette motion. Et ceux qui soutiennent le texte RTQI, et ses détracteurs, devraient se retrouver d’accord avec cette proposition. Nous espérons, également, que ceux qui considèrent (comme nous) que la résolution présentée par le CI est fondamentalement erronée et qu’elle ne peut pas être amendée ne voteront pas pour elle. Normalement, dans de telles circonstances, un courant minoritaire devrait proposer une contre-résolution. Nous avons décidé de ne pas le faire. Nous ne croyons pas qu’une contre-motion, écrite par une petite minorité qui représente des camarades d’une poignée de pays, ne peut pas traiter de manière adéquate un tel sujet. Pour y arriver, il nous faut une base d’expériences nettement plus large et une collaboration nettement plus importante. En plus, nous avons besoin d’un cadre de discussion alternatif pour pouvoir construire une nouvelle motion RTQI. Nous soumettons le texte suivant au Bulletin de Discussion International pour tenter d’expliquer ce que le cadre de discussion alternatif pourrait être et pourquoi celui-ci est nécessaire. Nous espérons qu’un vote de rejet de la présente motion nous permette de jeter les bases du futur développement d’un document alternatif qui correspondra à nos besoins collectifs.]

Ébauche de motion (pour le point de l'ordre du jour « Rôle et tâches de la Quatrième Internationale») :

« Le Congrès Mondial met en place une commission pour l’écriture d’un document qui mette en avant notre « vision stratégique commune » de la Quatrième Internationale, ainsi que les conséquences qu’a ce point de vue dans le processus large de construction d’organisations révolutionnaires aujourd’hui à un niveau national et international. La rencontre du CI en 2011 permettra d’avoir un premier échange, permettant de mettre en place un processus qui encouragera les directions des sections à contribuer, par le biais de textes appropriés et des discussions en interne dans leur organisation. »

* * * * *

Nous allons voter contre la motion « Rôle et tâches de la Quatrième Internationale » et nous vous incitons à en faire de même. Ce document n’arrive pas à poser les questions centrales auxquelles est confrontée la QI aujourd’hui de façon à ce nous puissions réellement les résoudre. Il montre une mauvaise compréhension de ce qu’est l’Internationale et ce qu’elle devrait être et par conséquent cela ouvre les portes à la construction d’une Internationale « Deux et demie » au lieu du mouvement mondial révolutionnaire dont nous avons désespérément besoin. Dans ce sens, ce texte nous fait nous poser la question de l’existence de la QI elle-même.

La motion que nous soumettons (ci-dessus) essaie de répondre à ce qui est, peut-être, l’imperfection la plus visible dans ce document en déclarant « Nous l’avions traduit, dés 1992, donc dans les deux derniers congrès mondiaux, dans le triptyque ‘Nouvelle époque, nouveau programme, nouveau parti’. » Il n’y a pas, cependant, de discussion dans ce texte, dans les discussions générales de la Quatrième Internationale ou de sa direction ces dernières années à propos des limites et des contradictions de ce « nouveau » processus. Pas plus qu’il n’y est pris en considération quelles pourraient être les implications de ce qui est nouveau (ou pas si nouveau …) dans ce qui est décrit dans le point 6 du texte comme notre « vision stratégique partagée ». Quelle est cette vision ? Et comment nous y travaillions et la mettons en œuvre aujourd’hui ?

Si nous ne pouvons pas formuler un ensemble d’idées et les écrire, de manière à expliquer ce que nous entendons par « notre vision stratégique partagée », alors toute référence à cette vision dans un texte comme le RTQI n’a pas de sens. De notre point de vue, cette « vision stratégique partagée » demande à ce que nous affirmionscollectivement un ensemble de principes de base qui inclue au moins :

1) Nous réaffirmons la possibilité d’une révolution socialiste mondiale et la centralité de la classe ouvrière dans ce processus révolutionnaire, en même temps qu’une alliance active entre la classe ouvrière et les opprimés, ainsi que tous les groupes qui sont victimes du système capitaliste.

2) Nous affirmons la nécessité pour la classe ouvrière et les opprimés de maintenir leur indépendance politique par rapport à la classe dirigeante.

3) Nous préconisons et faisons en sorte qu’un gouvernement révolutionnaire arrive au pouvoir, gouvernement dans lequel l’auto organisation des opprimés pourra exercer son hégémonie, avec l’objectif d’en finir définitivement avec le vieil état bourgeois et dans le but de construire un nouvel Etat basé sur le pouvoir de la classe ouvrière. C’est à l’opposé de l’idée d’un « front large » de forces « progressives » dans lequel les intérêts d’autres classes peuvent dominer, ce qui amène à se reposer sur le vieil Etat bourgeois plutôt qu’à une rupture avec celui-ci (ce à quoi fait correctement référence le terme « front populaire »).

4) Nous reconnaissons la nécessité absolue de consolider des cadres révolutionnaires avec une compréhension suffisante des éléments programmatiques essentiels (dont ils vont se servir comme outil politique) et avec un poids social suffisant lorsque la révolution devient une possibilité objective pour que l’énergie massive qui sera libérée dans la société dans son ensemble puisse déborder des canaux habituels et mener à la défaite nécessaire de l’ancien pouvoir d’état.

5) Nous essayons d’établir une stratégie anticapitaliste basée sur des revendications transitoires et des méthodes transitionnelles.

En plus de ces éléments programmatiques essentiels, qui ne sont pas discutés dans le texte RTQI (dans quelle mesure font-il partie du « nouveau programme » ?), des points supplémentaires doivent être ajoutés dans n’importe quel texte qui voudrait développer sérieusement une appréciation du rôle et des tâches de la QI aujourd’hui :

► Il n’y a pas d’éléments dans le texte du CI sur la différence entre les organisations révolutionnaires et les formations « anticapitalistes » dans un sens plus large, sans parler des blocs ou partis que nous pourrions caractériser de « centristes » ou « réformistes de gauche ». Toutes les différences entre ces partis ou ces fronts sont traitées comme si les problèmes posés par un travail commun étaient essentiellement similaires pour les révolutionnaires.

► Même si cette résolution développe une orientation convenablement nuancée concernant un engagement dans un regroupement ou un processus de recomposition, qui prend en compte les éléments programmatiques ci-dessus et d’autres problèmes que nous avons signalés ici, une telle orientation reste une possibilité réelle uniquement pour une minorités des sections de la QI aujourd’hui. La plupart des organisations affiliées à la QI sont engagées dans la construction d’organisations indépendantes et, dans une écrasante majorité des cas, c’est l’orientation appropriée pour les Marxistes révolutionnaires dans chacun de ces pays. RTQI ne dit rien, cependant, sur l’importance de cette tâche et comment nous l’orientons.

► Même dans les cas où nous participons effectivement à des formations larges, ou bien si nous pouvons potentiellement le faire, l’évolution uniforme de ce type d’organisation vers une vision véritablement révolutionnaire est à peine garantie (et c’est une sous-estimation). L’indépendance de notre cadre politique propre – et les efforts requis pour la maintenir, une sorte de formation séparée du point de vue organisationnel – doit impérativement être conservée. Comment, autrement, nous préparerions-nous à la possibilité, voire à la probabilité étant donné nos récentes expériences en Italie ou au Brésil, de crises résultant du fait que les réformistes ou les centristes choisissent de soutenir, participent ou contribuent à former un gouvernement capitaliste ? Et même dans le cas d’une crise moins grave, l’existence d’un pôle programmatique/organisationnel au sein de la formation large anticapitaliste, militant autour de la « vision stratégique partagée » de la QI, sera vraisemblablement décisif. Pays après pays, les sections de la QI ont trébuché ces récentes décennies à cause d’un manque d’attention sur ces questions. Et là encore, le texte RTQI n’a absolument rien à en dire. Nous reconnaissons que les réponses sont rarement simples ou faciles dans de telles situations, mais c’est précisément pour cette raison que les questions doivent être posées et que les possibilités alternatives doivent être sérieusement envisagées.

► Aujourd’hui, nous sommes confrontés au problème de comment maintenir notre indépendance politique/ organisationnelle, du fait de la création du NPA en France. Comme dans d’autres cas, nous ne prétendons pas que la réponse est simple ou facile ici. Mais certaines réponses doivent être consciemment développées. Les auteurs de ces lignes sont prêts à écouter une discussion où plusieurs solutions seraient envisagées. Mais nous nous retrouvons incapable de concevoir une alternative qui inclut un courant ou une structure, qui cherche à maintenir et à développer ce cadre, qui inclut le NPA, et qui est en lien avec la politique de la Quatrième Internationale et donc avec l’identité politique de la section française.

► De manière générale, si nous sommes engagés dans la construction de nos propres sections en tant qu’organisations indépendantes ou au sein de formations plus larges, la première et la plus importante des tâches de la QI et de ses sections est de maintenir et de développer un cadre révolutionnaire basé sur notre « vision stratégique partagée ». Par ce moyen, nous gardons à l’esprit la construction des sections de la QI. Nous sommes favorable à la participation à des pôles, des partis et/ou des alliances larges anticapitalistes. Mais ce n’est pas un but en soi. Cela doit être compris comme un moyen pour un but nettement plus fondamental : établir des partis de masse véritablement révolutionnaires qui pourront faire partie d’une Internationale révolutionnaire de masse. Il n’y a pas de raccourcis pour cet objectif stratégique large. On ne peut pas arriver à avoir l’influence que nous souhaitons avoir au sein des mouvements, en se raccrochant au train des autres forces. Nous devons travailler pour atteindre ce but en nous basant sur nos propres forces politiques, en tant que courant révolutionnaire avec nos propres contributions.

* Les mêmes problèmes que nous avons signalés plus haut en terme de partis nationaux hantent également ce texte quant à sa vision d’une « nouvelle Internationale », remplaçant vraisemblablement la QI. Ici encore, la distinction entre formation révolutionnaire, anticapitaliste, centriste et réformiste est ignorée, comme l’est la question de la construction d’un pôle Marxiste révolutionnaire dans cette formation. Nous sommes favorable à une vision qui est plus large que la QI telle qu’elle est aujourd’hui. Nous ne sommes pas, cependant, en faveur d’une vision qui renie la QI telle qu’elle est, ou la continuité programmatique qu’elle représente. RTQI reste simplement trop ouvert aux nombreuses possibilités de son point de vue. Il est par conséquent complètement inadapté en tant que guide pour l’action.

► Finalement, ce texte ne mentionne pas les moyens que les groupes de la QI pourraient ou devraient mettre en œuvre pour résoudre la crise actuelle de direction qui traverse les luttes partielles aujourd’hui - dans le mouvement ouvrier, autour des questions de racisme et d’oppression nationale, d’oppression de genre, l’égalité entre hommes et femmes et/ou l’émergence manifeste de mouvements fascistes – autant que de travailler à construire les cadres de la QI et la masse critique de ses sections. Aucune autre tendance politique n’a donné des indications qui pourraient devenir un substitut pour le rôle programmatique crucial que les marxistes révolutionnaires ont constamment essayé de jouer, en travaillant de ce fait pour résoudre la crise de direction qui a infesté la classe ouvrière et ses alliés ces quatre-vingts dernières années. Cette crise continue à être un obstacle majeur dans les luttes pour la transformation sociale, ainsi que les luttes pour la révolution socialiste dans le monde d’aujourd’hui.

Toutes ces insuffisances, prises ensemble, nous obligent à voter contre ce texte et à appeler la prochaine direction de la QI à lancer une large discussion qui puisse impliquer notre mouvement mondial en entier de manière à écrire un meilleur document. Une telle discussion sur les réels rôles et tâches de la Quatrième Internationale devra prendre en compte les nombreuses erreurs qui sont arrivées depuis 1985 et qui ont conduit, par exemple, aux désastres de la section mexicaine en 1990 et de la section brésilienne après 2000. Sur la base d’une telle discussion large dans nos rangs, un nouveau document devra être développé dans les années à venir qui pourra faire aller de l’avant notre Internationale et ses sections. ■

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