Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 642-643 août-septembre 2017

OCTOBRE 1917-2017

D’un communisme décolonial à la démocratie des communs : Le « siècle soviétique » dans la tourmente de la « révolution permanente » (2/4)

Cf. aussi : [Samary Catherine] [Révolution Russe]

Catherine Samary

II- La poursuite de la révolution permanente après Staline, dans un siècle brouillé

Molotov, Staline et Voroshilov en 1937

Molotov, Staline et Voroshilov en 1937

II- La poursuite de la révolution permanente après Staline, dans un siècle brouillé

Les communistes yougoslaves ne voulurent pas du plan Marshall et ne se plièrent pas aux accords de Yalta. De même, la révolution chinoise ne respecta pas les limites d’un étapisme que la radicalité des confrontations sociales et politiques rendait peu praticables. Toutes ces révolutions furent, selon des chronologies et scénarios différents, sources de crise majeure de l’hégémonie stalinienne soviétique dans le monde communiste, sans pour autant mettre fin au substitutisme du parti unique parlant au nom des travailleurs, ni au bureaucratisme – des maux concernant tout le mouvement ouvrier, même révolutionnaire (55)...

Les révolutions yougoslave et chinoise mettaient en danger le contrôle du PCUS (parti communiste de l’Union soviétique) sur les PC et les luttes anticapitalistes du monde entier. Mais la révolution yougoslave était en conflit direct avec la diplomatie de Yalta et elle avait un impact continental immédiat et direct sur la sphère d’influence du Kremlin (comme en témoignait la popularité des projets de confédération balkanique). C’est pourquoi Staline décida de saluer la victoire de la Chine communiste mais d’« excommunier » le « titisme » en 1948 en le calomniant – et en imposant une purge dans les PC.

C’est dans le contexte des excuses de Khrouchtchev aux communistes yougoslaves, et de la dénonciation des « crimes de Staline » au XXe Congrès de 1956 – sans en avertir les partis frères qui s’étaient réclamés de Staline –, que les rapports avec la Chine allaient se tendre. Mao se réclamera de Staline contre Khrouchtchev – tout en radicalisant le soutien aux résistances anti-impérialistes, contre la « coexistence pacifique » prônée par Moscou ; alors que les communistes yougoslaves s’étaient réclamés de Marx et de la Commune de Paris contre Staline – en introduisant l’autogestion en 1950. Cette singularité va ouvrir les vannes d’une expérience et de débats d’une très grande richesse, sans équivalent ailleurs, que l’on évoquera plus loin (56).

Autrement dit, la révolution continuait à s’étendre – mais en incorporant à la fois les conflits avec le monde impérialiste, et ceux internes au mouvement communiste. La « construction du socialisme dans un seul pays » était battue en brèche ; mais il ne s’agira pas pour autant de la fin du parti unique et des rapports de domination entre pays frères. Elle modifiait les rapports de forces mondiaux en marquant une étape décisive de la décolonisation.

L’impact du mouvement communiste dans le monde colonial accentua le basculement des États-Unis : se présentant initialement comme anticolonialistes pour rivaliser avec les vieilles puissances européennes, ils adopteront désormais le profil guerrier de « défenseur du monde libre ». Leur peur du communisme fut auto-réalisatrice à Cuba, l’interventionnisme étatsunien radicalisant le processus révolutionnaire jusqu’à la rupture anticapitaliste et le rapprochement avec l’URSS en 1962. Mais la lutte contre le communisme fut aussi le motif explicite de l’intervention des États-Unis au Vietnam après la défaite française. Tel était désormais, dans ce siècle, « l’axe du mal » légitimant les guerres impérialistes supposées civilisatrices, renforçant à son tour la transcroissance des luttes anticoloniales vers l’anti-impérialisme.

Mehdi Ben Barka, le dirigeant marocain président du comité préparatoire de la conférence Tricontinentale (assassiné avant sa tenue à La Havane en 1966), résumait la portée historique de cette conférence (57) à ses yeux : y seraient représentés « le courant surgi avec la révolution d’Octobre et celui de la révolution nationale libératrice ». La révolution cubaine était à la jonction de ces deux courants. Cette conférence fut bien plus importante et politiquement radicale que celle de Bandung que les études postcoloniales valorisent davantage, à tort, comme l’analyse Robert J. C. Young (58).

L’appel du Che à la Tricontinentale, l’année suivante – « créer un, deux, trois Vietnam » – soulignera sa dynamique : chercher à vaincre l’agression impérialiste et étendre la révolution – ce qui était aux antipodes de la « coexistence pacifique » entre systèmes recherchée par le Kremlin. Saïd Bouamama rappelle l’impact de cette conférence contre le colonialisme, le néocolonialisme et l’impérialisme à la fois dans le tiers monde et au cœur même des puissances impérialistes, confrontées à la fois à la montée du mouvement antiguerre et à la radicalisation de toutes les composantes du mouvement des Noirs étatsuniens, ou encore dans les franges révolutionnaires du Mai 1968 en France.

Mais cet impact se fait aussi sentir jusqu’à Belgrade dans le juin 1968 de montée des grèves et des occupations de facultés où circulent des textes du Mai 1968 français, mais aussi des photos de Che Guevara et des slogans pour la victoire du FNL vietnamien. S’y ajoutent des revendications – « autogestion de bas en haut ! » et contre la « bourgeoisie rouge » – influencées par les critiques des enseignants marxistes de la revue Praxis, contre le « socialisme de marché ». Pendant ce temps, en Tchécoslovaquie, les conseils ouvriers, soutenus par l’aile autogestionnaire du PC et des syndicats, résistent aux tanks soviétiques après le Printemps de Prague « pour un socialisme à visage humain ». L’année 1968 dans le monde fut marquée par cette « dialectique de la révolution mondiale » (59) et la radicalité des confrontations (60).

L’URSS poststalinienne confirmait son poids de façon contradictoire : d’un côté le ralliement du régime cubain exprimait la recherche d’un contrepoids essentiel contre l’impérialisme étatsunien à ses portes ; un tel ralliement était source de prestige sur lequel le Kremlin voulait s’appuyer dans le monde anti-impérialiste. Mais cela ne mettait pas fin à sa réalité bureaucratique et à son comportement de grande puissance. Sa politique de « coexistence » était celle d’une rivalité avec le capitalisme (dans le contexte d’une forte croissance en URSS supérieure à la moyenne des pays capitalistes développés, « Monsieur K » pronostiquait le dépassement du capitalisme en 1980 !). Mais ce n’était pas une rivalité sans tensions, comme la « crise des missiles » à Cuba en atteste. Et elle s’accompagnait plus que jamais de l’exigence du pouvoir poststalinien de contrôler les « pays frères » : l’aide soviétique impliquait un alignement sur le « modèle », de façon que celui-ci ne puisse être contesté par la tentation d’autres orientations. L’intervention soviétique en Hongrie en 1956, contre la révolution des conseils ouvriers, mit fin aux illusions des communistes yougoslaves d’un « post-stalinisme » égalitaire et respectueux de la diversité des choix : d’où la convocation d’un congrès de l’autogestion pour proclamer la « voie autogestionnaire au socialisme » – et l’insertion dans le mouvement des non-alignés (avec toutes ses ambiguïtés).

Les sociétés post-capitalistes après la stalinisation : le contenu social du politique et réciproquement.

Mais l’histoire de l’URSS ne s’est pas non plus arrêtée sur la stalinisation, et allait même la remettre en question de façon spectaculaire et inattendue – bien que partielle. Le choc mondial du XXe Congrès en témoigna. Mais il s’agissait, après la mort de Staline, du besoin de l’appareil bureaucratique lui-même de stabiliser son pouvoir par d’autres moyens. De l’intérieur même de l’appareil, s’exprima donc le besoin de rompre avec l’arbitraire du totalitarisme. Et de tenter de rendre plus efficace la planification – sans remettre en cause le règne (et les privilèges) du parti unique. C’était nécessaire du point de vue de la nomenklatura au pouvoir, pour la protection des vies et des emplois des bureaucrates eux-mêmes ; mais aussi pour légitimer leur pouvoir – et ils voulurent le faire « au nom des travailleurs » et du socialisme (ce que la répression ne permettait pas longtemps). Cela passait par la remise en cause officielle du goulag et au moins d’une partie des crimes de Staline – donc de réhabilitation d’une partie de ses victimes : les excuses exprimées à Belgrade aux communistes yougoslaves en firent partie.

Mais il s’agissait aussi d’infléchir les priorités de la planification pour satisfaire les besoins de consommation. Le rôle des syndicats fut modifié même s’ils restèrent courroie de transmission des choix du parti : il fallait rendre compatible la distribution planifiée des ressources matérielles avec un choix désormais libre de poste de travail pour les travailleurs. Il fallait donc stabiliser la force de travail dans les secteurs prioritaires du plan par d’autres moyens que l’assignation impérative : les syndicats assureront la distribution aux travailleurs d’avantages en nature associés aux emplois (logements, crèches, dispensaires médicaux, produits…) dans les secteurs prioritaires. La stabilisation du système passera de plus en plus par le développement de ces formes hybrides de « socialisation » non marchandes au cœur des grandes entreprises, exprimant les pressions ouvrières de façon aliénée, mais non sans efficacité.

L’absence de réel pouvoir démocratique des travailleurs (au sens large, de tous genres et catégories), comme producteurs et citoyens subsistait. C’est la raison pour laquelle les marxistes antistaliniens refusaient de qualifier l’URSS et les régimes similaires comme « socialistes ». Cela n’était pas modifié par les réformes de Khrouchtchev. Mais, comme le disait Moshe Lewin, cela n’impliquait pas qu’elle était capitaliste. Mais elle pouvait le redevenir. Quels critères pour en juger ?

Considérer que toute aliénation du travail est « capitaliste » est une faiblesse qui ne permet pas d’analyser l’imprévu (anticipé par les anarchistes, sans que leurs réponses soient convaincantes...) – notamment les rapports bureaucratiques au sein du mouvement ouvrier et des révolutions. De même il n’est pas convaincant de réduire les formes spécifiques de légitimation socialiste des régimes de partis uniques à de simples « chiffons de papier », sans contraintes. L’analyse concrète des rapports réels de production s’imposait, derrière l’opacité et les mensonges des discours et des Constitutions. Mais la restauration capitaliste éclaire « l’essentiel » de ce qui distinguait ce système d’un système d’exploitation capitaliste.

Karl Polanyi (61) avait souligné dans son ouvrage de 1944 les contours de la « grande transformation capitaliste » : la force de travail, la terre, la monnaie devenaient des marchandises spécifiques. Le marché des biens avait préexisté au capitalisme, « encastré » dans des sociétés et rapports sociaux à dominante non marchande. Et un tel marché a aussi existé dans les sociétés post-capitalistes, encastré dans des rapports politico-sociaux non marchands. L’analyse concrète des rapports réels de propriété passe par l’examen du rôle « actif » de la monnaie et du marché (62).

Les « cibles » de la restauration capitaliste depuis 1989 ont été de fait analogues à celles analysées par Polanyi, mais dans un contexte profondément différent. L’analyse concrète du scénario des privatisations des années 1990 permet de mesurer à quel point – notamment voire surtout en URSS – la restauration capitaliste signifie un changement structurel du rôle de la monnaie et de l’État, une privatisation des ressources naturelles et des moyens de production – recouvrant toute une industrie non marchande devenue dominante –, une marchandisation de la force de travail perdant son statut légal et ses protections antérieures. En effet, dans le système « soviétique », l’argent ne fonctionnait pas comme capital susceptible d’être accumulé et investi. Il n’y avait pas de marché du capital ni de banques privées ; et le rouble « comptable » utilisé pour exprimer les prix administratifs dans l’industrie était distinct du rouble-monnaie distribué comme pouvoir d’achat de biens de consommation. Les déséquilibres économiques (pénuries, queues) exprimaient une mauvaise production de valeurs d’usage, sans sanction marchande des entreprises (pas de faillites) et des travailleurs (pas de licenciements), sans même une réelle comptabilité des coûts, et sans mécanismes marchands d’ajustement et de choix des investissements.

Le système politique de parti/État relevait à la fois de la « superstructure » idéologique et de « l’infrastructure » économique de ces sociétés – créant des contradictions, comportements rationnels (des gestionnaires et des travailleurs) et des déséquilibres spécifiques. Gérard Roland (63) a produit une intéressante conceptualisation concernant la façon dont cette « économie politique du système soviétique » s’efforçait de « mesurer » et fixer (via divers indices non monétaires) la production de valeurs d’usage et non pas de valeurs marchandes – en dépit de l’utilisation de « prix » et d’une monnaie. De même les échanges internationaux entre ces pays illustrent une logique combinant rapports de « troc » et choix politiques, prenant partiellement en compte les prix mondiaux – mais fort éloignés de rapports marchands autant que d’une effective et efficace coopération socialiste égalitaire (64).

L’absence de domination de rapports marchands et l’impossibilité d’une accumulation capitaliste de plus-value monétaire n’empêchaient pas que des pressions et forces sociales procapitalistes se manifestent. Et elles n’empêchaient pas non plus que les travailleurs soient soumis à des rapports de domination spécifiques, bureaucratiques, qui, dans bien des cas, n’avaient rien à envier au capitalisme réellement existant. C’est, en partie, ce dont voulait rendre compte le concept de « capitalisme d’État » (65). Mais l’expansion des révolutions et la spécificité des PC par différence avec la social-démocratie, furent mieux pris en compte par les partisans des thèses de la « nouvelle classe » (66). Toutefois, sur « l’espace-temps » du « siècle soviétique », les différentes phases, expériences, contradictions et crises des pays se réclamant du socialisme ne peuvent bien s’appréhender avec des concepts « purs ». Il faut prendre « le meilleur » de chaque approche, mais retenir ce qui permet d’intégrer la diversité des phases et pays et la bifurcation réelle et mondiale de ce que fut la nouvelle « grande transformation capitaliste » de ces pays (67).

L’approche proposée par Michael Lebowitz (68) des « contradictions du socialisme réel » (au sens de pays réels qui se proclament socialistes) est utile en ce qu’elle souligne à la fois la contradiction principale dans l’absence de pouvoir réel des travailleurs au nom desquels règne le parti ; mais elle intègre pleinement la dimension politico-économique du règne « au nom des travailleurs » et du socialisme : elle se traduisait – en dehors des phases de répression totalitaire (69) qui ne doivent pas être assimilées au « tout » (comme le souligne Moshe Lewin), par un « contrat » (de fait) entre le parti (dit d’avant-garde) visant à trouver une forme de légitimation de son pouvoir au nom des travailleurs ; mais la société et le parti-État sont « travaillés » par des logiques contradictoires, dont les pressions procapitalistes (70).

Ces conflits étaient tributaires de luttes sociales et politiques ouvertes (dans plusieurs phases historiques) à diverses variantes. Dont la restauration capitaliste. On peut se tromper de jugement. Le recul des crises et des dynamiques constatées permet de rectifier. Globalement la caractérisation de ces sociétés comme « transitoires entre le capitalisme et le socialisme » fait sens, à la condition de ne pas associer cette formule à une quelconque hypothèse de transformation socialiste assurée. Ce concept inclusif n’empêche en rien d’analyser les tendances contradictoires évoquées par Lebowitz. On peut y ajouter l’analyse des tendances de la bureaucratie à se cristalliser comme « classe » non bourgeoise (71) (qui a toujours cherché à transmettre ses privilèges à sa progéniture !). Castoriadis avait raison de dire que les PC au pouvoir (ni même ceux qui se trouvaient dans les pays capitalistes) ne se comportaient pas en « défenseurs du capitalisme » – tout en soulignant l’échec de cette tendance : avant les années 1980-1990, les contraintes spécifiques de règne au nom des travailleurs n’ont jamais permis une réelle autonomisation cohérente d’une nouvelle classe. La bureaucratie semi-classe « bonapartiste » a donc oscillé entre les classes fondamentales, en fonction des contextes. Et c’est vers le capitalisme qu’une bonne partie de la nomenklatura a cherché à consolider ses privilèges de pouvoir dans les années 1990. Il s’est agi de choix politico-sociaux, incluant les effets de la répression politique des aspirations et luttes antibureaucratiques cherchant à réduire l’écart entre réalité et promesses socialistes.

L’idéologie socialiste était contredite par tout ce qui empêchait le contrôle de leur travail par les travailleurs eux-mêmes. Mais l’on ne peut comprendre, dans un système interdisant l’auto-organisation des travailleurs y compris au plan syndical, l’ampleur des protections sociales antagoniques aux rapports marchands et aux pleins pouvoirs de propriété bureaucratiques, sans analyse de cette dimension « politico-sociale » aliénée pénétrant les rapports de production et de propriété hybrides : les bureaucrates étaient « nommés » et sans stabilité dans les rapports de propriété. Ils n’étaient pas des propriétaires « réels » (ils ne pouvaient transmettre aucune propriété à leurs descendants ni fermer les entreprises et les vendre) – ils étaient seulement des gestionnaires, « au nom des travailleurs ».

De nombreuses grèves (pourtant interdites « contre l’État ouvrier » !) avaient un effet très rapide sur un appareil de gestion « nommé » politiquement, au nom des travailleurs. Cela exprimait une forme très structurelle, mais très aliénée (sans capacité de contrôle cohérent), de pouvoir « de veto » des travailleurs empêchant à la fois la mise en place de mécanismes de marché (72) et les pleins pouvoirs bureaucratiques. Pour prendre le dernier exemple du « siècle soviétique » : le syndicat autonome Solidarnosc en Pologne, au tournant des années 1980, est né de la contestation de l’introduction des prix de marché pour les biens de consommation – une décision perçue à juste titre comme « politique » (venant « d’en haut ») et contraire aux principes égalitaires du système. En dépit de la confusion idéologique frappant le sens des mots, c’est bien une « république autogestionnaire » qui émerge du programme de Solidarnosc, aux antipodes de ce que sera dix ans plus tard la thérapie de choc libérale des privatisations. Et dans chacune de ces phases une grande partie des membres du parti unique a rejoint et soutenu les revendications ouvrières, pendant que les sphères dirigeantes hésitaient entre un recours à l’intervention soviétique ou un général « communiste » polonais.

Globalement, le fait même de ne plus être soumis aux « lois » aveugles du marché capitaliste en se réclamant du socialisme a toujours donné, comme on l’a souligné, un contenu politique aux enjeux économico-sociaux – et réciproquement (73) : cela ouvrait des contradictions spécifiques dont l’issue n’était pas fixée d’avance. Cela légitimait d’inclure l’ensemble des pays du « socialisme réel » dans le même « bateau conceptuel » (jusqu’au basculement de la restauration capitaliste), c’est-à-dire dans la catégorie adoptée par les bolcheviks des années 1920 : des « sociétés de transition entre le capitalisme et le socialisme » – sans aucune assurance quant au sens des évolutions, et sans cesser la critique interne sur le grand écart entre réalité et finalités socialistes/communistes, rejetant tout étapisme. Il serait aberrant d’inclure l’URSS du « communisme de guerre » des années 1920 (avant la stalinisation) dans la catégorie de « société de transition entre le capitalisme et le socialisme » – et pas la Yougoslavie autogestionnaire... Mais encore faut-il comprendre pourquoi l’autogestion pouvait être (et fut) introduite par un PC alors que l’URSS était dominée par Staline.

L’introduction de l’autogestion à cause de la rupture avec Staline – pourquoi ?

Le « développement des forces productives » de la Yougoslavie issue de la guerre n’était en rien plus avancé que l’URSS des années 1920. Et l’autogestion ne fut pas non plus le produit d’un mouvement d’en bas, spontané – comme l’introduction des soviets –, mais bien un choix politique. Ce fut et reste à la fois à mettre à l’actif de cette direction et une faiblesse. Mais de quel parti ? Tito se déclarait le « premier stalinien du monde » ! Et la IVe Internationale avait été construite sur la base du constat de « la Révolution trahie » par Staline, de la subordination des PC à la « construction d’un seul pays » et, après les « zigzags » sectaires puis droitiers de l’IC, son incapacité à orienter les PC contre le fascisme : c’était enregistrer la fin d’un effectif communisme de l’IC un peu avant qu’elle ne soit explicitement dissoute par Staline pour crédibiliser sa politique. Le diagnostic était donc clair : les PC liés à Moscou étaient des variantes du réformisme. Cela suffit à bien des antistaliniens sincères (dits « trotskistes » par Staline et les staliniens pour associer à l’étiquette les pires injures et les liquider), pour estimer qu’il ne pouvait plus y avoir de révolution dirigée par des PC staliniens. L’acceptation de l’assassinat de Trotski et de nombreux trotskistes réels ou présumés ou leur répression ne pouvait pas être, pour eux, le fait de révolutionnaires. C’est d’ailleurs pourquoi, avec tristesse, Natalia Sedova-Trotski rompit avec la IVe Internationale quand celle-ci soutint la révolution yougoslave contre Staline (74).

Mais dans le monde répressif stalinisé, il fallait voir les conflits cachés bien antérieurs à la rupture de 1948 avec Staline – et cela aide à comprendre à la fois ce qu’était ce parti et les causes de l’introduction de l’autogestion. Elles se trouvaient dans la réalité d’une révolution dirigée par les communistes yougoslaves pendant la Seconde Guerre mondiale (donc encore vivante dans la mémoire populaire en 1950) – un parti qui s’était protégé de la pure dissolution qu’avait subi le parti frère polonais, et s’était autonomisé de Moscou, même au plan financier depuis les années 1930. La révolution elle-même fut en contradiction avec les orientations prônées par Staline (relevant de la stratégie de « construction du socialisme dans un seul pays ») qui s’inséraient dans le cadre des accords de Yalta : selon le partage de « sphères d’influence » décidé entre grandes puissances alliées, la Yougoslavie devait rester dans la sphère occidentale sous domination d’une dynastie serbe réfugiée à Londres. Le règne de celle-ci avait été à la fois une dictature sociale (interdiction du parti communiste et des syndicats) et nationaliste grand-serbe (oppression des nationalités non serbes). Et cette idéologie et le projet d’un retour du roi étaient portés sur le terrain par la résistance des tchetniks dont l’anticommunisme radical tempérait l’antifascisme.

Ce que les communistes yougoslaves ont rejeté, ce fut à la fois ce passé-là, la subordination à la résistance des tchetniks soutenue initialement par les Alliés, et les consignes de Staline exigeant de renoncer à la faucille et au marteau pour appliquer les accords de Yalta. Alors que le PC yougoslave n’avait guère plus de quelque 5 000 membres avant la guerre, sa force fut d’organiser la lutte des partisans, sur la base d’une Armée populaire de plusieurs centaines de milliers de paysans, travailleurs et intellectuels en armes, et dans des Comités de libération (inspirés par les soviets) à la fois contre les envahisseurs fascistes, et sur des bases nationales fédératives et sociales. Mais c’est aussi pourquoi les communistes yougoslaves purent tenir tête et à Staline et à ses alliés pour qui l’essentiel était dans l’immédiat la victoire contre les forces de l’Axe mené par l’Allemagne. Dire, comme certains courants trotskistes, qu’il n’y aurait eu qu’une révolution « politique », ou « petite-bourgeoise », ou encore que c’est la pression des masses qui aurait poussé le PC, est s’aveugler.

Pourtant, il est vrai que jusqu’en 1948 toute critique publique fut interdite envers le « grand frère » soviétique – dont l’aide était (légitimement) espérée. Mais les conflits avec Staline notamment révélés dans les écrits de Milovan Djilas (75) ou de Dedijer (76) étaient majeurs. Tito qui avait organisé les brigades internationales en Espagne avait constaté la disparition de maints brigadistes dans les procès et purges staliniennes – et il s’en était protégé. Et surtout, l’orientation stratégique était autonome : outre la ligne évoquée des Partisans, les rencontres se multipliaient entre partis communistes de la région, pour un projet de fédération balkanique qui échappait au contrôle de Staline (allant de la Bulgarie à la Grèce) – illustrant la dynamique de révolution permanente au sein du siècle soviétique... Telle fut la cause réelle (derrière les mensonges et prétextes mis en avant par Moscou) de « l’excommunication » du titisme décrétée par Staline en 1948 : on ne peut ici en analyser toutes les conséquences, notamment vers l’Albanie et la Grèce ; mais elle fut accompagnée de purges dans toute la région, le « titisme » devenant une nouvelle injure, comme « trotskiste ». Pour tous ceux et celles qui avaient rejoint la lutte des Partisans, voire adhéré à un parti communiste qui se réclamait d’Octobre 1917 « donc » de Staline la rupture fut un choc profond : le film Papa est en voyage d’affaires de Kusturica met en scène avec humour comment les « Kominterniens » prosoviétiques furent du jour au lendemain réprimés de façon stalinienne.

On l’a dit, l’autogestion n’a pas surgi « par en bas » ou dans la continuité des mobilisations révolutionnaires, mais par en haut. Pas pour « restaurer le capitalisme » (comme certains courants trotskistes continuent à le dire !), mais pour résister sur deux fronts. Le choix d’un système autogestionnaire obéit en 1950 à plusieurs objectifs : en se réclamant du Marx valorisant la Commune de Paris, contre le dirigeant du Kremlin, les dirigeants titistes revendiquaient leur pleine légitimité au sein du mouvement communiste mondial en y cherchant des soutiens. Mais il s’agissait aussi de consolider la base sociale du régime, en assurant l’industrialisation du pays malgré l’arrêt de toute aide soviétique – donc, dans cette phase d’isolement, en mobilisant la population dans un programme concret et populaire de « construction » du pays (de ses infrastructures, de ses usines), associé à la proclamation d’un statut autogestionnaire. Celui-ci devait aussi faire contrepoids aux pressions de « l’aide » impérialiste – même si des concessions furent faites de ce côté, face à la guerre de Corée. Enfin, il fallait aussi expliquer (et compenser) une traumatisante rupture avec la « Patrie du socialisme » jusqu’alors glorifiée (et avec laquelle resta toujours l’espoir d’une réconciliation) : la critique de l’étatisme, notamment exprimée par Milovan Djilas, permettait d’expliquer la consolidation bureaucratique d’un parti révolutionnaire devenu État et se comportant en « grande puissance ». Il fallait donc s’en protéger et s’en dissocier par une mobilisation populaire, tout en cherchant des soutiens à gauche, parmi ceux pour qui importait la référence à la Commune de Paris contre l’étatisme soviétique.

Comme ce fut le cas de l’URSS à Cuba en passant par toutes les autres révolutions, se manifestèrent les mêmes tendances « substitutrices » d’un parti d’avant-garde ayant conduit une lutte de masse armée révolutionnaire – sur des bases largement dirigistes. Mais l’autogestion fut une réalité expérimentée par des centaines de milliers de travailleurs, dans toutes les sphères de la société (sauf l’armée !), avec reconnaissance constitutionnelle d’un « statut » qui sera très populaire, même s’il lui fallait trouver les moyens de se réaliser de façon cohérente. Trois grandes combinaisons de plan, de marché et d’autogestion seront expérimentées – et non pas seulement la variante de « socialisme de marché » (1965-1971). Toutes les réformes furent introduites et interrompues par en haut – compte tenu des contradictions et luttes surgies, après répression de tout mouvement autonome. Mais jusqu’à la mort de Tito (et d’autres dirigeants historiques) au tournant des années 1980), toutes les réformes ont renforcé les droits de l’autogestion et les droits nationaux – les deux bases « légitimant » le pouvoir révolutionnaire, au plan constitutionnel. Après 1989, il s’agira au contraire du démantèlement de ce système et de ses bases, dans une logique de restauration capitaliste. 1968 sera le moment le plus élevé des avancées de luttes et propositions allant dans le sens du dépassement de l’aliénation de l’autogestion des travailleurs par l’étatisme et par le marché.

* Catherine Samary, économiste, est membre de la gauche radicale en France et du Comité international de la IVe Internationale. Elle a publié, notamment, Yougoslavie, de la décomposition aux enjeux européens (éditions du Cygne, 2008), Les Conflits yougoslaves de A à Z (L’Atelier, 2000, écrit avec Jean-Arnault Dérens), La Déchirure yougoslave – Questions pour l’Europe (L’Harmattan, 1994), Le Marché contre l’autogestion, l’expérience yougoslave (Publisud-La Brèche, 1988).

Notes

54. Moshe Lewin, le Dernier Combat de Lénine, Syllepse-Page 2, Paris-Lausanne 2015 (rééd.)

55. Dans son essai De la bureaucratie (http://www.ernestmandel.org/new/ecrits/article/de-la-bureaucratie), Ernest Mandel distingue la critique du « substitutisme » de parti à l’œuvre dès les années 1920 et facilitant la cristallisation bureaucratique stalinienne, et cette dernière. Il synthétise à la fois les grandes étapes de la prise de conscience du mal bureaucratique, notamment au sein du mouvement ouvrier, et les moyens de le combattre consciemment. Moshe Lewin a fait connaître « le dernier combat de Lénine » notamment contre les comportements grand-russes de Staline et la bureaucratisation de l’État ouvrier. Sur les débats et combats internes au parti bolchevik contre le bureaucratisme dans les années 1920, lire notamment Éric Toussaint, « Lénine et Trotski face à la bureaucratie. Révolution russe et société de transition » (http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article37007).

56. Ce débat est particulièrement nécessaire avec les courants anarchistes, attachés aux principes autogestionnaires, avec un retour nécessaire tant sur le passé titiste que sur la phase des « privatisations de masse » (par actionnariat populaire) après 1989. Cf. ma contribution au centenaire de la CNT à Barcelone, (« L’autogestion yougoslave pour une appropriation plurielle des bilans », Actes du colloque de la CNT, Barcelone 2010 : http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article21299). On trouvera sur mon site http://csamary.free.fr/ des textes sur différentes dimensions et phases de cette expérience.

57. Cette conférence réunit les forces mobilisées contre l’impérialisme et le colonialisme sur trois continents (Afrique, Asie et Amérique latine) en présence de délégations d’URSS, de Chine et de nombreux pays. Cf. à ce sujet R. Galissot, et S. Bouamama (op. cit, note 8).

58. J.C.R. Young, « Postcolonialism : From Bandung to the Tricontinental », Historein, Vol 5, http://ejournals.epublishing.ekt.gr/index.php/historein/article/view/2160

59. Ce sont les termes de la résolution adoptée par la IVe Internationale que l’on trouvera dans son numéro d’archives numérisées (Textes du Congrès mondial de 1963, notamment « La dialectique de la révolution » : http://asmsfqi.org/IMG/pdf/16-014-00099.pdf).

60. Un numéro spécial de la revue Contretemps (« 1968 : un monde en révolte » : http://www.contretemps.eu/wp-content/uploads/Contretemps 22.pdf) souligne ce contexte international. On y trouvera notamment un article sur le Printemps 1968 de Prague et l’automne des conseils ouvriers sous l’occupation des tanks soviétiques, et un autre sur le juin 1968 de Belgrade et les impasses du titisme.

61. Karl Polanyi, la Grande Transformation, Gallimard, Paris 1983.

62. C. Bettelheim a – à juste titre – insisté sur la nécessité de distinguer les rapports juridiques de propriété et les rapports réels – autrement dit l’écart entre la proclamation de « socialisme » et la réalité. Mais cette méthode de bon sens a été appliquée par tous les marxistes et autres chercheurs n’obéissant pas à une approche apologétique et idéologique du « socialisme réel » – notamment Ernest Mandel. Elle n’implique nullement l’utilisation des concepts du capital hors d’un système capitaliste. Sur les modalités de la nouvelle « grande transformation capitaliste » en Europe de l’Est, voir C. Samary, « La grande transformation capitaliste en Europe de l’Est » : http://revista-theomai.unq.edu.ar/NUMERO17/Samary.pdf

63. Gérard Roland, Économie politique du système soviétique, Harmattan, Paris 1989.

64. Le caractère non marchand des échanges internationaux entre pays du « socialisme réel » est organiquement lié à des traits similaires au plan national. Lire à ce sujet Marie Lavigne (« Les relations intra-CAEM dans les années 1990 : un marché unique est-il concevable ? », in Réforme et échanges extérieurs dans les Pays de l'Est, Dir. Wladimir Andreff, Harmattan 1990). Ces réalités d’un « système de production » non capitaliste et sans régulateur marchand s’exprimaient dans l’importance croissante (en URSS) du « salaire social », non monétaire (logements, crèches, services de santé et magasins gratuits, associés au lieu de travail) rigidifiant l’emploi, bien analysé par David Mandel (« Révolution, contre-révolution et classe ouvrière en Russie », Inprecor n° 418, novembre 1997) ; mais aussi au travers du « rôle passif » de la monnaie (n’orientant pas les choix d’investissements) analysés par Wladimir Brus (Problèmes généraux du fonctionnement de l’économie socialiste, Maspero, Paris 1968 et Socialist ownership and political systems, Routledge & Kegan Paul, London and Boston 1975) ou encore, par « l’absence de contrainte budgétaire forte » pesant sur les entreprises, pour reprendre les formulations célèbres de Janos Kornaï (Socialisme et économie de la pénurie, Economica, Paris 1971). Cf. également sur le rôle dominant des valeurs d’usage, Gérard Roland (op. cit, note 63).

65. Mais les courants utilisant ce concept sont éclectiques comme les critères sous-jacents à ce concept – englobant des stalino-maoïstes ou des courants se réclamant de l’anarcho-communisme en passant par des variantes du trotskisme (cf. Toni Cliff, le Capitalisme d’État en URSS de Staline à Gorbatchev, EDI, Paris 1990 et les textes du SWP à ce sujet). C’est vrai aussi de tous les autres concepts – analysant la bureaucratie comme nouvelle classe – ou préférant l’approche en termes de caste et d’États ouvriers bureaucratisés. Avec les mêmes concepts, des positions totalement polaires ont pu être prises face à des événements majeurs (révolutions et soulèvements). En sens inverse, avec des concepts différents, des positions communes – voire une présence durable commune dans une même Internationale (la IVe Internationale dirigée par le Secrétariat unifié) étaient possibles – et souhaitables…

66. Je reviens plus loin sur les échecs de cette conceptualisation, notamment l’absence de réelle autonomisation de cette « nouvelle classe » par rapport au mouvement ouvrier à la fois au sens social et politique international. Mais les aspects fondés de ces approches – la cristallisation d’intérêts sociaux spécifiques antagonistes avec ceux des travailleurs sous une forme non capitaliste – peuvent être pleinement intégrés aux approches plus convaincantes de la bureaucratie comme « caste » ou quasi-classe intermédiaire oscillant entre les classes fondamentales selon les contextes.

67. Il faut étudier chaque scénario qui ne relève d’aucun automatisme « économique » : les contradictions et impasses des sociétés dites « du socialisme réel » n’imposaient aucune fatalité de restauration capitaliste tant que les appareils dominants ne l’ont pas décidé. Tout en se préservant un solide contrôle de l’État-parti (contrairement à ce que fut le cas russe), la Chine a basculé vers un vrai capitalisme bureaucratique d’État (cf. Au Long Yu, China’s rise : strength and fragility, avec contributions de Bai Ruixue, Bruno Jetin & Pierre Rousset, Resistance Book and IIRE, Merlin Press 2012) – je n’ai pas de connaissance sur le scénario vietnamien, qui a également clairement basculé vers le capitalisme. Pour les scénarios de la Russie et des bourgeoisies compradors d’Europe de l’Est, cf. Samary (« La grande transformation capitaliste en Europe de l’Est », op. cit. note 62 et « Russie : du court siècle soviétique à la Russie de Poutine », Contretemps : https://www.contretemps.eu/du-court-siecle-sovietique-a-la-russie-de-poutine-ruptures-et-reinsertions-dans-le-systeme-monde-capitaliste/) ; M. Myant & J. Drahokoupil J., Transition Economies : Political Economy in Russia, Eastern Europe and Central Asia, John Wiley & Sons 2011. Cf. aussi les ouvrages coordonnés par Wladimir Andreff notamment (Réforme et Echanges extérieurs dans les Pays de l’Est, l’Harmattan 1990 et Economie de la transition – La transformation des économies planifiées en économies de marché, Bréal 2007). Pour la situation spécifique de Cuba, cf. Samuel Farber The Politics of Che Guevara : Theory and Practice (Haymarket Books, Chicago 2016 (en français, aux éditions Syllepse, 2017), S. Brana et al, la Transition monétaire russe. Avatars de la monnaie, crises de la finance (1990-2000), L’Harmattan 2002.

68. Michael A. Lebowitz, The Contradictions of “Real Socialism”: The Conductor and the Conducted, Monthly Review Press 2012.

69. Avec certains traits de l’époque de Lénine...

70. C’est ce que je me suis efforcée de faire, dans le cadre de la planification soviétique ou des réformes, avec ou sans autogestion. cf. C. Samary, Plan, marché et démocratie – l’expérience des pays dits socialistes, Cahiers de l’IIRE, n° 7/8, Amsterdam 1988 (http://www.iire.org/images/stories/notebooks/pdf cer 7_8.pdf) et « La grande transformation capitaliste en Europe de l’Est » (op. cit. note 62) – et les articles sur ce sujet sur mon site (http://csamary.free.fr/).

71. Cf. notamment Cornelius Castoriadis, la Société bureaucratique, 10/18, Paris 1973.

72. C’est un élément très concret des rapports sociaux de propriété, à l’œuvre dans la planification et que les analyses de Bettelheim sur le caractère « marchand » des liens entre entreprises a toujours totalement occulté.

73. D’où les débats de sourds sur la « révolution politique » bien que la notion ait pour fonction pour décrire la reprise de la « révolution permanente » au sens d’une phase ouverte par Octobre – qui sera fermée en 1989-91.

74. Publiée avec la réponse du Secrétariat unifié, dans le dossier « Controverses – D’Octobre 1917 à l’effondrement de l’URSS » du Forum pour la Gauche communiste internationale : http://www.leftcommunism.org/IMG/pdf/CT-1.pdf

75. Milovan Djilas, Une guerre dans la guerre : la révolution de Tito 1941-1945, éd. Robert Laffont, Paris 1980.

76. V. Dedijer, The Battle Stalin Lost, Memoirs of Yugoslavia 1948-1953, New York Viking 1970, en français : Le défi de Tito : Staline et la Yougoslavie, préface de K.S. Karol, Gallimard, Paris 1970.

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