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Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 621 novembre 2015 *

PORTUGAL

Résolution politique de la direction nationale du Bloc de gauche

Cf. aussi : [Portugal]

Bloc de gauche*

Lisbonne, le 18 octobre 2015

1. Le Bloc de gauche est le parti qui, avant même les élections, a mis en relief la nécessité d’un dialogue politique ayant pour objet d’interrompre le cycle d’appauvrissement du pays et de restaurer les revenus du travail et des pensions. Les défis et les conditions posées par le Bloc, en particulier par Catarina Martins à António Costa, ont marqué le débat préélectoral.

Synthèse et articles Inprecor

2. Par la volonté du peuple, le Bloc est aujourd’hui une force indispensable à une solution qui mette fin au cycle de droite au gouvernement, c’est ce qui a ouvert la voie aux négociations actuelles. Aujourd’hui comme hier, la preuve est faite que des concepts tels que « vote utile » ou « arc de gouvernance » n’ont aucun contenu. À l’heure de trouver des solutions pour en finir avec l’austérité, la contribution du Bloc a été celle qui est apparue le plus tôt et de la manière la plus claire.

3. Dans le cadre de ces négociations, le Bloc de gauche est uni autour de l’objectif d’apporter un changement politique de fond, en commençant par écarter la droite du gouvernement et par affirmer une majorité qui s’engage pour la protection de l’emploi, des salaires et des pensions. C’est un processus en cours, dans lequel on constate des avancées et des difficultés en suspens, mais qui exige des décisions qui fassent la clarté.

4. À l’invocation permanente, dans le débat public, de la nécessité d’un « engagement de stabilité », le Bloc répond par la clarté de son mandat : concernant la mise au point d’un programme de gouvernement, comme le vote de chaque budget de l’État, le Bloc est une garantie face à toute attaque contre les salaires, contre les pensions actuelles et à venir, contre l’emploi. La stabilité que nous défendons, c’est celle de la vie des gens, c’est celle de la restauration des revenus du travail et des services publics attaqués au cours de ces dernières années. Ce n’est pas le Bloc qui fera défaut à une majorité qui remplirait ces objectifs.

5. Lors de ces élections, le PCP a obtenu un résultat positif, renforçant son groupe parlementaire, et il a déclaré être disponible pour la mise au point d’un gouvernement d’alternative à la minorité PSD/CDS, ce qui est fondamental pour qu’une telle possibilité se concrétise. Nous prenons note de cette disponibilité et, dans le cadre du dialogue que les deux partis ont établi, le Bloc de gauche s’est déjà réuni avec le PCP pour analyser le processus de négociations qu’ils mènent l’un et l’autre avec le Parti Socialiste.

6. Le Bloc de gauche est maintenant confronté à des choix essentiels à propos des élections présidentielles qui auront lieu en janvier 2016. Le Bloc avait décidé lors de sa Convention nationale qu’il « serait disponible pour soutenir une candidature indépendante qui se placerait sans ambigüité dans le camp anti-austérité, pour la rupture avec le Traité budgétaire (1) et pour la mise en œuvre de la Constitution (2). Le Bloc n’exclut pas la possibilité de présenter son propre candidat ».

7. À trois mois des élections présidentielles, nous constatons qu’il n’y a pas eu de candidature à gauche suffisamment solide, mobilisatrice et large pour affronter la droite dans le cadre de ces élections. C’est pourquoi il est temps que le Bloc lance son propre candidat.

8. Après dix ans de présidence de Cavaco Silva, qui a joué le rôle de président d’une faction et a sans cesse contrevenu à la Constitution, la droite fait figure de grande favorite lors de ces élections. Marcelo Rebelo de Sousa, avec l’avantage de notoriété qu’un espace télévisuel hégémonique lui a donné, vise une victoire au premier tour.

9. C’est à la gauche qu’incombe la responsabilité de donner plus de densité à la campagne des présidentielles, en imposant un débat autour des thèmes essentiels au choix du Président de la République, en mobilisant son électorat et en démasquant le conservatisme du candidat de la droite. Marcelo Rebelo de Sousa représente le PSD et les grands groupes économiques, tout comme le conservatisme qui s’est opposé à des conquêtes essentielles de droits humains comme la dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse.

10. Le Bloc de gauche fait face à cette responsabilité avec une candidature centrée sur trois thèmes fondamentaux : les questions de souveraineté face aux traités et accords commerciaux internationaux qui n’ont pas été soumis à référendum, et face aux pouvoirs dénués de légitimité qui attentent à la démocratie et à la décision nationale ; le combat contre le conservatisme, pour la défense des droits humains, de l’égalité et de la liberté ; la mobilisation populaire pour la participation politique et pour des décisions démocratiques.

11. Marisa Matias est celle que nous avons choisie pour incarner cette candidature. Son expérience politique et sa reconnaissance nationale et internationale, sa grande connaissance des questions européennes, son dévouement aux causes des droits humains donnent des garanties d’une campagne de grande compétence, susceptible de mobiliser. Cette candidature contribue à la plus grande mobilisation électorale à gauche au premier tour, pour mettre en échec les ambitions de la droite. Et c’est une contribution fondamentale pour la participation populaire au débat sur les grandes questions du moment politique actuel.

Aussi, la direction nationale du Bloc de gauche décide :

• De présenter une motion de rejet du programme de gouvernement de l’alliance PSD/CDS, au cas où Passos Coelho serait choisi comme Premier ministre par le Président de la République ;

• De mettre en échec toute motion de rejet que la droite présenterait contre un programme de gouvernement du Parti socialiste ;

• De poursuivre les négociations avec le Parti socialiste en vue de la prise en compte, dans le programme de gouvernement, de principes de politique budgétaire cohérents avec la protection de l’emploi, des salaires et des pensions, et en vue de la mise en œuvre d’un gouvernement avec un soutien parlementaire de gauche ;

• De poursuivre le dialogue avec le PCP sur le processus de négociations avec le Parti socialiste et sur les défis présentés à la gauche anti-austérité dans la prochaine période ;

• De faire des meetings de présentation de la candidature de Marisa Matias à la Présidence de la République ;

• De promouvoir des initiatives ouvertes et publiques de débat et de proposition, en contact avec la population locale, les acteurs sociaux et les organisations militantes, permettant, sans les hiérarchiser, d’une part de faire l’inventaire des initiatives d’organisation du peuple, des expériences de solidarité directe et des organisations du mouvement social, d’autre part d’impulser la discussion sur la stratégie politique de la gauche et la création de réseaux d’intervention coordonnée.

* Résolution approuvée à l’unanimité par la Direction nationale du Bloc de gauche.

Notes

1. Il s’agit du pacte budgétaire européen, officiellement appelé traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) : mécanisme sur lequel se sont accordés 25 des 28 États membres de l’Union européenne sur la convergence de leur union économique et monétaire, notamment la zone euro. Le texte du traité, signé le 2 mars 2012 par les chefs d’État et de gouvernement, est entré en vigueur le 1er janvier 2013.

2. Référence à la campagne pour qu’un référendum soit fait au Portugal sur ce traité. Le Bloc a défendu l’idée, contre la droite et les socialistes, que la Constitution portugaise permettait un tel référendum, car ce traité ne concerne pas seulement le budget, mais l’organisation même du pouvoir dans l’Union européenne.

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