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Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Dernières nouvelles 2010

PALESTINE - ISRAËL

L’évolution du mouvement national palestinien « non-islamique » depuis la fin des années 1980

Cf. aussi : [Seizième Congrès] [Israël-Palestine] [Julien Salingue]

Juilen Salingue

Intro : avant 1987

L’objet de l’exposé est de traiter des évolutions du mouvement national non-islamique depuis la fin des années 80. D’où le choix de « fusionner » les deux topos proposés en un seul, tant il est difficile de penser les évolutions de la gauche sans les évolutions du courant majoritaire de l’OLP, le Fatah.

Le point de départ de l’exposé sera l’année 1987, car elle marque un tournant, dans la mesure où il peut y avoir des tournants en histoire et en politique, avec l’explosion de la première intifada. On ne peut évidemment comprendre ces événements et leurs conséquences sans revenir en arrière, mais étant donné les délais impartis, je ferai ici le minimum syndical, donc forcément rapide et schématique.

Le mouvement national palestinien prend réellement son essor à partir de 1967 et de la défaite des armées et des états arabes face à Israël lors de la guerre des 6 jours. Jusqu’à cette date, la question palestinienne était restée entre les mains des Etats arabes, une confiscation matérialisée par la création de l’OLP en 1964, à l’initiative des états de la ligue arabe, notamment de l’égypte nassérienne. La charte de l’OLP précise par exemple que l’organisation n’exerce aucune souveraineté régionale sur la Cisjordanie et la Bande de Gaza.

Ces territoires sont respectivement sous administration jordanienne et égyptienne qui, avec des modalités différentes et dans le cadre d’une lutte d’influence, se prémunissent du développement de courants « nationaux » palestiniens autonomes tout en s’appuyant sur les élites locales (notamment les grandes familles de notables).

En réaction à cette confiscation de la question palestinienne s’est formé, en 1959, le Fatah, par des Palestiniens exilés au Koweït (Arafat, Kaddumi, Abu Jihad, Abu Iyad), qui dénoncent la passivité des régimes arabes depuis 1948 et revendiquent la palestinisation de la lutte. Ils prônent la « guerre populaire » (sur le modèle algérien) menée par les masses palestiniennes et s’implantent dans les camps de réfugiés de Jordanie et du Liban depuis lesquels ils multiplient, à partir de 1965, les opérations armées contre des cibles militaires israéliennes.

Avec la défaite de 1967 le Fatah gagne en crédibilité, crédibilité renforcée avec la bataille de Karameh, en 1968, où la guérilla palestinienne tient tête aux forces armées israéliennes. C’est un tournant et en 1968-69, les organisations de guérilla, Fatah en tête, prennent le contrôle de l’OLP, palestinisent sa charte et développent considérablement l’organisation jusqu’alors peu implantée. L’OLP se développe dans les camps de l’extérieur car l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza y rend impossible l’établissement de cellules de guérilla.

La direction de l’OLP, bien qu’implantée à l’extérieur des territoires, va acquérir une légitimité auprès des populations de l’intérieur, notamment après septembre 70 où les massacres perpétrés par l’armée jordanienne dans les camps palestiniens détournent la population et le sentiment nationaliste de la Jordanie et des notables pro-jordaniens. C’est ainsi que se développe à l’intérieur un mouvement nationaliste, fortement lié à l’OLP qu’il reconnaît comme seul représentant légitime du peuple palestinien, mais à la recherche d’une autonomie relative vis-à-vis de la direction de l’extérieur. Plusieurs tentatives de structuration de l’intérieur (Front National Palestinien en 1972, Comité d’Orientation Nationale en 1978) seront reprises en main et sabordées par la direction de l’extérieur.

La direction Fatah de l’OLP, qui gère la manne financière de l’organisation, va mener une politique qui consiste à s’assurer d’être le courant dominant dans les territoires, en s’appuyant sur des cadres locaux militants et populaires, tout en se prémunissant de l’émergence d’une véritable direction de l’intérieur.

La gauche palestinienne, principalement le PCP (implanté dans les territoires palestiniens), le FPLP et le FDLP perdent progressivement du terrain face au Fatah. Qui plus est, les rapports de force étant différents entre l’intérieur (gauche relativement forte) et l’extérieur (domination nette du Fatah), la progressive mainmise de l’extérieur sur l’intérieur participe de cet affaiblissement.

A la veille de l’Intifada on a donc un mouvement national qui se structure autour de l’OLP mais avec certaines dissensions, la direction bureaucratisée de l’OLP, qui s’est résolue à une solution négociée dès le milieu des années 70 (cf discours d’Arafat à l’ONU en 1974), refusant de laisser trop d’autonomie à des cadres de l’intérieur plus radicalisés par le combat quotidien contre l’occupation. Il ne s’agit pas de surestimer ces dissensions mais d’en avoir conscience, car elles expliquent bien des développements futurs.

L’intifada

L’explosion de 1987, conséquence de la violence de l’occupation israélienne et du développement du nationalisme palestinien dans les territoires occupés depuis les années 70, n’est ni programmée ni organisée par l’OLP. Elle est un vrai soulèvement populaire qui n’est pas au départ maîtrisé ou dirigé par les organisations politiques palestiniennes : les émeutiers arrêtés par les forces israéliennes dans les premières semaines du soulèvement ne sont pas des militants connus et/ou organisés.

Des dirigeants locaux vont émerger, issus notamment des factions de l’OLP, et un certain nombre de structures aut-organisées vont voir le jour, que ce soit au niveau local (comités populaires) ou au niveau national (Commandement National Unifié du soulèvement).

Les revendications, les formes d'action et les dates de mobilisation fixées par le CNU sont reprises par les Comités populaires locaux et les autres structures. Le CNU affirme son allégeance à l'OLP mais ne se considère pas comme une simple émanation de la direction de Tunis ou sa courroie de transmission dans les territoires palestiniens et revendique son autonomie (mais en aucun cas son indépendance) vis-à-vis des instances de l'OLP. Le CNU est, au départ, « l’instrument d'un processus de dépossession de l’initiative politique par l’Intérieur au détriment de l’Extérieur » (J-F. Legrain). Il est également l’expression des rapports de force de l’intérieur, puisqu’il est paritaire entre les organisations membres de l’OLP (contrairement à la direction de l’OLP).

Mais dès l’été 1988, l’autonomie relative du CNU disparaissait : sous la pression des directions politiques de l'extérieur (Fatah mais aussi FPLP et FDLP), les cadres de l’intérieur investis dans le CNU sont dépossédés de la décision politique. Les communiqués sont désormais rédigés à Tunis et le factionnalisme va progressivement reprendre ses droits dans les territoires occupés. En prenant indirectement le contrôle du cadre légitime de direction du soulèvement, la direction de l’OLP s'assure la mainmise sur la représentation de la population des territoires occupés et donc sur la revendication de la légitimité à négocier en leur nom.

En juillet 1988, le roi de Jordanie annonce sa décision de renoncer à la souveraineté sur la rive ouest du Jourdain. Lors du Conseil National Palestinien qui suit, à Alger, en novembre, proclame l’Etat indépendant de Palestine sur les territoires occupés en 1967, proclamation agrémentée d’une reconnaissance de la résolution 242 de l’ONU et donc d’Israël dans ses frontières de 1949. Ce faisant, l’OLP tente de s’appuyer sur le soulèvement pour se poser comme interlocuteur incontournable et raisonnable dans le cadre d’un hypothétique processus négocié.

Mais le chemin est encore long. Considérablement affaiblie par son soutien à Saddam Hussein lors de la Guerre du Golfe, et poussée par le jeu de mise en concurrence d’Israël qui affirme préférer discuter avec les Dirigeants de l’intérieur, le noyau dirigeant de l’OLP va finir par accepter de négocier dans le plus secret à des conditions plus que minimales, dans le dos des Palestiniens de l’intérieur et des instances dirigeantes de l’OLP.

Le pari des Etats-Unis et d’Israël et le suivant : la direction Arafat est suffisamment affaiblie pour accepter de sauver sa peau à des conditions plus que favorables aux Israéliens mais encore suffisamment légitime pour faire accepter à une population écrasée par 5 années de répression féroce et à bout de souffle des accords qui ne sont en réalité une capitulation : Oslo. Les Accords d’Oslo ne sont en effet rien d’autre que la résolution du vieux problème israélien (état juif et démocratique) sur la base du plan Allon (abandon des zones les plus densément peuplées à un pouvoir autochtone soumis et maintien de l’emprise israélienne sur l’essentiel de la Palestine).

Les années Oslo

L’AP est ainsi créée : sa fonction réelle, dans le cadre du projet sioniste (et ce quels que soient les intentions ou les illusions d’Arafat) est le maintien de l’ordre dans les zones autonomes palestiniennes et la destruction de la résistance palestinienne au profit de la construction d’un pseudo-appareil d’Etat.

Le problème principal du noyau dirigeant de l’AP (Arafat et ses proches, Qoreï, Abbas, Nabil Shaath) est d’asseoir son autorité politique dans un territoire sur lequel ils n’ont pas de souveraineté réelle. Il va donc falloir que l’AP s’assure d’un soutien des forces sociales de l’intérieur, tout en neutralisant les forces contestatrices (forces islamiques et, dans une moindre mesure, forces de gauche) et en conservant l’essentiel des leviers de commandes afin de demeurer l’interlocuteur unique et incontournable d’Israël dans le processus continu de négociations.

De puissantes forces de sécurité sont construites, dans lesquelles vont être recyclés nombre de militants Fatah de la Première Intifada et à la tête desquelles sont placés des individus fiables mais légitimes dans les territoires occupés (Rajoub et Dahlan à la tête de la Sécurité Préventive, élément essentiel du dispositif de contrôle des zones autonomes). Ces forces de sécurité vont se signaler par une collaboration sans faille avec les services israéliens, par de nombreuses arrestations et aussi par une répression parfois très violente (14 morts lors d’une manif Hamas-Jihad à Gaza en novembre 1994).

Avec le monopole sur la manne des aides financières internationales à l’OLP et la construction d’un appareil d’Etat principal pourvoyeur d’emplois dans une société marquée par la fermeture du marché israélien à plus de 100 000 travailleurs palestiniens, Arafat constitue un vaste réseau de clientèle et instaure la corruption à tous les étages des « institutions palestiniennes » en construction, accélérant la dépolitisation du Fatah et de l’ensemble de la société palestinienne.

Lors des élections législatives de 1996, les dirigeants du Fatah récalcitrants sont mis au pas (cf Hussam Khader à Balata) tandis que le noyau dirigeant de l’OLP n’hésite pas à remettre en selle de nombreux notables locaux qui ont brillé par leur absence durant la première Intifada et à s’appuyer sur les grandes familles. Cela assure au Fatah la victoire aux élections, mais ce sont bien souvent les considérations locales qui l’emportent sur les considérations nationales, élément à double tranchant pour la direction de l’AP : elle tente de s’assurer d’être la seule force pouvant avoir un pouvoir à l’échelle nationale mais dans le même temps elle renforce les tendances centrifuges dans la société palestinienne, déjà considérablement favorisées par la fragmentation liée à la colonisation et à l’isolement de Gaza.

La légitimité de la direction de l’AP repose sur le passé de l’OLP et d’Arafat et sur la promesse de la libération à venir. Mais cette légitimité s’effrite au cours des années Oslo et la désillusion est rapide.

Nombre de militants du Fatah, désorientés, abandonnent le terrain politique. La gauche palestinienne s’est divisée avec Oslo : tandis que le PCP (devenu PPP) soutient le processus avec de timides réserves et participe même au gouvernement de l’AP, le FPLP et le FDLP sont dans une attitude attentiste : critique d’Oslo, ils n’osent guère entrer en confrontation avec la direction de l’AP. Paralysés au cours des premières années, les militants du FP et une partie du PPP vont se replier sur les ONG ou les centres culturels dans les camps de réfugiés, désertant le champ politique national. Cette NGOïsation de la vie politique palestinienne (dont la figure la plus marquante est Mustapha Barghouthi) participe de la dépolitisation et de la dépendance de plus en plus forte des éléments critiques «  de gauche » d’Oslo vis-à-vis des bailleurs de fonds… parrains d’Oslo.

Cette attitude « un pied dedans, un pied dehors » de la gauche va contribuer à son affaiblissement et le « retard à l’allumage » de ces forces politiques va laisser le champ libre au Hamas, sans ambiguïté par rapport à Oslo et beaucoup plus performant dans son réseau associatif (plus rapide et moins dépendant des « parrains » impérialistes…)

Conscient des limites du processus, confronté à des critiques relativement montantes de la gauche (qui s’est considérablement affaiblie avec la perte des attributions de l’OLP au profit de l’AP et par une attitude attentiste (FP, FD), voire suiviste (PC, devenu PPP, qui participe pleinement à la mise en place de l’AP, avec même des Ministres)) et d’une partie du Fatah, Arafat refuse les « offres généreuses » de Barak à Camp David à l’été 2000 et va se saisir du soulèvement de septembre 2000, qu’il a largement encouragé, pour tenter (que d’illusions…) de modifier le rapport de forces avec Israël.

Le soulèvement de septembre 2000

S’il serait exagéré de dire qu’Arafat a organisé le soulèvement, il est indéniable qu’il s’y est préparé et s’est donné les moyens de le contrôler le plus étroitement possible. Il va valoriser et favoriser des individus comme Marwan Barghouthi, incarnation de l’aile militante du Fatah et des cadres de l’intérieur issus de la première intifada qu’il n’a pourtant cessé de marginaliser au cours des années Oslo. Il l’aide considérablement à créer et développer « la » branche armée du Fatah, les Brigades al-Aqsa. La direction de l’AP sape toute tentative d’auto-organisation du mouvement, encourage la militarisation pour ne pas perdre de terrain face au Hamas et pour dé-populariser le soulèvement, et se proclame leader naturel du soulèvement en lui offrant comme perspective de nouvelles négociations.

Cette politique va échouer. La violence de la répression israélienne et la ligne politique de Barak, puis de Sharon, notamment après le 11 septembre, ont pour objectif non seulement de casser le soulèvement mais aussi de démanteler les structures mises en place par Arafat, notamment les forces de sécurité qui retournent parfois leurs armes contre Israël. C’est la réoccupation des zones autonomes (octobre 2001) et la vaste offensive de mars-avril 2002, combinée à la mise en quarantaine d’Arafat, déclaré infréquentable. Des fissures apparaissent dans la direction de l’AP, certains, comme Abu Mazen ou Nabil Amr, condamnent ouvertement le soulèvement et le retour à la lutte armée.

Des pressions sont exercées sur Arafat pour qu’il réforme l’AP et accepte de partager le pouvoir avec eux. Un poste de Premier Ministre est créé en 2003 (Abbas), mais Arafat refuse d’abandonner le contrôle des services de sécurité et la rupture est consommée. Au cours de ces années, la lutte est de plus en plus prise en charge par le Hamas, le Jihad et le FPLP, tandis que le Fatah implose : la dépolitisation orchestrée par l’AP dans les années 90 et la mise en avant de potentats locaux qui ont leur propre réseau de clientèle va largement contribuer à une autonomisation des notables du Fatah, à une exacerbation des rivalités entre eux et à une décomposition et une autonomisation des groupes armés liés au Fatah (notamment les Brigades Al-Aqsa).

La gauche palestinienne, et notamment le FPLP qui participe à sa mesure à la résistance armée et dont les structures associatives font la preuve de leur utilité dans une période de paupérisation généralisée et de démantèlement des maigres infrastructures de l’AP, retrouve une maigre partie de son assise. Le FPLP opère un examen critique des 10 années qui se sont écoulées depuis Oslo et tente d’actualiser son orientation, y compris en terme de liens internationaux. Mustapha Barghouthi en fait de même, pour des raisons davantage politiciennes et opportunistes que pour des convictions.

La mort d’Arafat et l’avènement d’Abu Mazen et Fayyad

La mort physique de Yasser Arafat en novembre 2004 est une étape d’importance. Il était le seul à assurer un semblant d’unité dans le Fatah et dans l’AP, le seul à incarner la résistance passée et le processus « de paix ». Abu Mazen prend sa succession et est « mal élu » en janvier 2005 (peu de participation et surtout 20% des voix pour Barghouthi, candidat soutenu, entre autres, par le FPLP). Il opère une série de réformes dans l’AP, réorganise les services de sécurité en tentant d’en changer une partie des responsables.

Au cours de l’année 2005, des élections municipales sont organisées dans les grandes villes, quasiment toutes remportées par le Hamas, avec pour la première fois, de la part du FPLP, le choix de s’allier avec l’organisation islamique dans plusieurs municipalités (notamment Béthléem). Israël et les Etats-Unis contraignent Abbas à organiser des élections législatives en janvier 2006. Le Hamas et le Fatah sont au coude à coude sur les scrutins de listes, nationaux, mais au niveau des circonscriptions (la moitié des sièges), la défaite du Fatah est sans appel : les individus assimilés à l’AP (anciens ministres ou hauts responsables) sont balayés. Le FPLP obtient 4% des voix, Mustapha Barghouthi 2.5.

Après le putsch manqué de juin 2007, Abu Mazen décrète l’état d’urgence et nomme (sur les recommandations des Etats-Unis et de l’UE) Salam Fayyad au poste de Premier Ministre. Le nouveau gouvernement de l’AP est un gouvernement d’économistes, de technocrates, et le tandem Abu Mazen-Fayyad se fixe trois objectifs majeurs : normaliser les relations économiques avec Israël, reconstruire et réformer les services de sécurité et démanteler la résistance.

La réorganisation des services de sécurité est significative des changements en cours avec Fayyad et Abu Mazen : le recrutement ne se fait plus sur une base partisane (au contraire de ce qui s’est passé après Oslo, il vaut mieux éviter d’être au Fatah ou d’avoir un passé de combattant), la formation des nouvelles recrues est officiellement sous supervision états-unienne (le Général Dayton), les dirigeants des principaux services sont remplacés par des individus réputés proches des Etats-Unis (tel Hazem Atallah, nommé responsable des forces de Police en Cisjordanie, à la place de Kamal Sheikh, membre du Fatah mais jugé trop conciliant à l’égard du Hamas)…

Les opérations de « restauration de l’ordre » se succèdent, à Naplouse, à Jénine, à Hébron, avec des centaines d’arrestations, de graves incidents (morts, blessés) et le démantèlement de l’ensemble des groupes armés. Lors des événements de Gaza, ces forces de police ont servi à réprimer les manifestations en Cisjordanie, à les empêcher de se rendre vers des objectifs israéliens, à arrêter des dizaines de manifestants, notamment des militants de gauche et du Hamas.

Conclusion

Si l’équipe Arafat était elle qui pouvait faire passer « idéologiquement » les Accords d’Oslo, l’équipe Abu Mazen-Fayyad est probablement celle sur laquelle certains comptent, en Israël et aux Etats-Unis, pour les faire accepter définitivement, en maniant la carotte (économique) et le bâton.

Les 20 années qui se sont écoulées ont achevé de transformer la direction de l’OLP d’un appareil d’Etat sans Etat à un élément intégré au dispositif d’administration coloniale israélien. L’OLP, vidée de ses prérogatives et de sa légitimité, en a fait les frais ; le Fatah, qui a complètement implosé, en a fait les frais. Abu Mazen n’incarne pas « une stratégie » du mouvement national, mais la collaboration la plus ouverte, ce qui ne va pas sans critique au sein « des » Fatah.

La gauche a été considérablement marquée par les 20 dernières années. Le PPP est très affaibli, décrédibilisé et nombre de ses militants demandent un retour critique sur les années Oslo, voire plus. Le FDLP est devenu une organisation groupusculaire dans les territoires palestiniens, décimée par la scission de Yasesr Abed Rabbo au moment d’Oslo et la fondation de FIDA. Mustapha Barghouthi, incarnation de la NGOïsation de la vie politique palestinienne et de l’opportunisme politique, a davantage de crédibilité et d’audience dans le mouvement de solidarité qu’en Palestine.

Reste le FPLP. La direction du parti est considérablement affaiblie (la moitié des cadres sont en prison), le FP est lui aussi marqué par les localismes, mais l’organisation a réussi à se maintenir, voire même à retrouver un second souffle. Nombre de ses militants ont une légitimité réelle, leurs critiques « de gauche » de l’AP ont une audience relative, et l’organisation, s’est ouverte sur l’extérieur et a conscience des changements à l’œuvre à l’échelle internationale, notamment des recompositions politiques à l’œuvre dans la gauche radicale que dans les pays d’Amérique Latine.

Le FPLP semble néanmoins manquer d’une vision stratégique sur le moyen et le long terme : Barghouthi en 2005, puis Hamas aux municipales, puis tout seul aux législatives, tout en demeurant dans l’OLP ; avec le Hamas en Cisjordanie (manifs, élections étudiantes), en confrontation permanente avec le Hamas à Gaza. Depuis les élections de 2006, le FPLP a essentiellement tenté de jouer le rôle d’unificateur entre Hamas et Fatah, sans nécessairement développer une stratégie de construction d’une alternative politique crédible.

Leurs récentes déclarations, suite à Gaza, valorisent l’unité « dans la résistance ». Certains dirigeants du FP participent également à des discussions sur la refonte de l’OLP, avec l’éventuelle intégration du Hamas, ce qui indiquerait une sensible évolution. En outre, le Fatah abrite en son sein nombre d’éléments critiques qui pourraient eux aussi participer à des processus de recomposition de la résistance palestinienne et de l’OLP, impliquant également des membres des factions islamiques, voire des Palestiniens de 1948. ■

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