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Notes de lectures

N° 526-527 avril-mai 2007 *

Penser le genre

Didier Epsztajn

Eleni Varikas, Penser le sexe et le genre, PUF 2006, 134 pages, 28 euros

« Pas plus que l'uniforme que vous portez, votre sexe ne saurait dire qui vous êtes ; vous n'êtes pas transparente ! ». L'ouvrage d'Eleni Varikas souligne la difficulté de penser la différence des sexes dans sa dimension proprement politique. L'auteur traite de l'historicité du genre comme principe organisateur de la politique, de l'ordonnancement de la diversité humaine en deux groupes socialement constitués de manière hiérarchique et autoritaire. Au centre de ce livre, sous la double référence à Hannah Arendt et à Walter Benjamin, les procédés de différenciations plus que les différences.

Ce livre n'est pas d'un accès facile. Mais le travail de l'auteure mérite plus qu'un détour, plus qu'une promenade autour des deux parties : « Genre : un concept voyageur » et « Pertinences et impertinences du genre »

Pour l'auteure, « introduire un concept qui nomme spécialement le rapport de pouvoir entre les hommes et les femmes, refuser de le subsumer sous d'autre rapports sociaux met d'une manière ou d'une autre en question les paradigmes dominants ».

Interroger les sociétés modernes en utilisant la grille du genre, étudier un groupe dominé tout en sapant les procédés de catégorisation qui légitime sa domination, rendre compte de la pluralité et de l'historicité des expériences féminines, se confronter à la question centrale du rapport de forces dans lequel le genre construit et est construit par le politique à un moment historique donné, voilà quelques problématiques évoquées par Eleni Varikas à partir des débats des différents courants féministes qui se sont développés en France et à l'étranger.

L'auteure nous invite à revisiter l'aventure universaliste, l'assujettissement civil et politique des femmes, la naturalisation construite des différences, etc.

Je termine cette incitation à lire, en citant la dernière phrase de l'introduction de cet bel ouvrage : « Il n'y a pas de langage politique pour penser la liberté ou, ce qui revient au même, la non-liberté des femmes ; pas de langage pour concevoir une telle absence en termes politiques. Ce langage, il faudra l'inventer. »