Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 639-640 mai-juin 2017

PHILIPPINES

Déclaration sur la loi martiale à Mindanao et les attaques à Marawi

Cf. aussi : [Philippines]

RPM-M *

30 mai 2017

Le Parti révolutionnaire des travailleurs-Mindanao (RPM-M) condamne les meurtres barbares et les destructions insensées de biens dans la cité islamique de Marawi, à Mindanao. Le groupe dirigé par la famille Maute, inspiré par l’État islamique d’Irak et du Levant (EIIL), et leurs soutiens armés, ont tenté une attaque de diversion dans plusieurs zones stratégiques de Marawi pour aider le dirigeant d’Abu Sayyaf (Isnilon Hapilon) à échapper au raid et au filet tendu par les Forces armées des Philippines.

Synthèse et articles Inprecor

Il s’avère, au vu des événements, que le groupe Maute n’a pas été seulement capable de permettre à Isnilon Hapilon de s’échapper, mais qu’il a aussi pu mener des attaques armées précises et libérer des centaines de prisonniers (inclus leurs camarades) de la prison centrale. Ils ont été à même d’incendier ladite prison, ainsi que des bâtiments et institutions identifiés aux églises chrétiennes (la cathédrale Sainte-Marie et l’université de Dansalan, administrée par les protestants). Ils ont pu prendre en otage des personnes dans ces institutions, dont un prêtre et des enseignants.

Notons que dans ce processus conduisant à l’incendie de la ville, à l’expulsion et aux meurtres de ses habitant-e-s, le groupe Maute et ses soutiens extrémistes armés ont systématiquement cherché à infliger plus de dommages et de souffrances à la minorité chrétienne. Ils essaient d’amorcer une guerre religieuse.

Tous ces événements tragiques se sont produits alors que le président Rodrigo Duterte, les officiers supérieurs et ses principaux conseillers se trouvaient à Moscou pour des discussions officielles avec le président russe Vladimir Poutine, portant entre autres sur les questions de défense et d’accords militaires. L’attaque révèle clairement un plan préétabli par Maute et Abu Sayyaf, ainsi qu’une défaillance majeure des services de renseignements des Forces armées. Mais ce qui est encore pire, c’est qu’au moment de l’attaque, la 103e Brigade armée (basée dans la ville) a été entièrement prise par surprise. Plusieurs de ses hommes et femmes étaient en vacances, malgré le fait qu’il y avait déjà des rumeurs selon lesquelles quelque chose se préparait.

Le président Duterte a écourté sa visite officielle à Moscou, mais il a de Russie proclamé la loi martiale à Mindanao.

Le président Duterte est parfaitement averti des inconsistances constitutionnelles de sa déclaration de loi martiale, mais il est plus conscient et concerné par les mesures de déstabilisation initiées par l’Agence centrale du renseignement (CIA) étatsunienne à l’encontre de son gouvernement par l’intermédiaire du groupe Abu Sayyaf, utilisant la famille Maute sous couvert de radicalisme religieux.

Les responsables étatsuniens des opérations secrètes ont reconnu qu’il était très difficile de déstabiliser Duterte, qui a un taux de popularité très élevé (80 %). Ils doivent cependant agir rapidement à cause du basculement, qui ne semble pas pouvoir être stoppé, de Duterte du côté de la Russie et de la Chine. Les États-Unis ne veulent pas perdre définitivement un allié stratégique aussi important que les Philippines, après plus d’un siècle de soi-disant amitié.

La déclaration de loi martiale à Mindanao est une tentative claire de la part de Duterte de contenir les événements de Marawi et de prévenir une escalade dans d’autres parties du pays. La méthode que Duterte veut utiliser est aussi devenue évidente : lancer sa guerre contre le terrorisme en la liant à sa guerre contre la drogue illégale. Les exécutions extrajudiciaires seront couvertes par la loi martiale avec la suspension de l’ordonnance d’habeas corpus, le contrôle de la presse et des déplacements. Voilà qui va encourager les militaires à poursuivre en toute impunité leur guerre au terrorisme et à la drogue.

Pendant ce temps-là, la ville de Marawi est réduite en poussière, déplaçant et disloquant sa population de plus de 200 000 habitants (à 93-95 % musulmans et 5-7 % chrétiens). Le nombre de morts augmente chaque jour – les pertes de Maute et Abu Sayyaf auraient presque atteint la centaine, les Forces armées auraient perdu plus de trois dizaines de soldats, mais à en croire les chiffres officiels, le nombre de civils tués resterait stable, en dessous de 20. Pourtant, tout le monde sait que les rues de Marawi ont été littéralement inondées de corps à l’abandon.

Les événements de Marawi et la déclaration de loi martiale ont révélé une autre triste réalité – à savoir que l’on ne peut pas compter sur les deux chambres du Congrès pour défendre les droits du peuple. Elles ont approuvé sans débat la prolongation de la déclaration par Duterte de la loi martiale à Mindanao.

Une fois encore, nous condamnons les meurtres insensés et barbares commis à Marawi et ailleurs dans le pays.

Nous appelons avec force le président Duterte à révoquer immédiatement sa déclaration de loi martiale à Mindanao. La guerre contre la drogue et le terrorisme ne peut l’emporter à coup de meurtres et de restriction des droits fondamentaux du peuple. Une guerre contre la drogue et le terrorisme ne peut être efficace que si elle est menée contre les causes de ces terribles symptômes, avec le peuple et par le peuple.

Nous appelons les États-Unis et leurs agents secrets à arrêter immédiatement d’utiliser la guerre religieuse pour mener leurs interventions et protéger leurs intérêts aux Philippines et ailleurs dans le monde.

Nous appelons à la mise en œuvre d’activités armées et non-armées pour défendre les droits du peuple et combattre le terrorisme et les drogues illégales.

Nous appelons les groupes de solidarité et toutes les personnes qui partagent cet état d’esprit et qui désirent la paix – à Mindanao, dans tout le pays et le monde – à manifester leur soutien afin de faire pression sur le gouvernement philippin pour qu’il révoque immédiatement la loi martiale à Mindanao et ne l’étende pas ailleurs dans le pays.

Nous vaincrons !  ■

*Nous reproduisons ici la déclaration du comité exécutif du comité central du Rebolusyonaryong Partido ng Manggagawa-Mindanao (Parti révolutionnaire des travailleurs-Mindanao) publiée sur son site (www.rpm-m.org), traduite en français par Europe solidaire sans frontières (ESSF) : http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article41212

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