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Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale

 

N° 594 juin 2013 *

PORTUGAL

Un gouvernement de gauche pour annuler la dette

Cf. aussi : [Francisco Louçã] [Portugal]

Francisco Louçã *

Deux ministres importants du gouvernement de droite, responsables de la mise en oeuvre du plan d'austérité pour rembourser les créanciers internationaux, viennent de démissionner. Ils tirent eux-mêmes les conclusions de inefficacité dramatique de leur politique qui plonge le pays dans la récession. Francisco Louçã explique dans cet article la nécessité de l'union d'un gouvernement de gauche centrée sur un plan pour l’annulation de la dette, par le biais de négociations européennes ou, en cas de nécessité, par le biais de l’imposition unilatérale du moratoire et de l’annulation de la dette.

Francisco Louçã du Bloco de Esquerda. © José Goulao

Francisco Louçã du Bloco de Esquerda. © José Goulao

►1. Le problème portugais est un problème de démocratie. Ce problème, c’est la réponse démocratique au chantage à la dette et à l’austérité qui en résulte, avec des effets sociaux qui détruisent le Portugal. Tel est le problème des problèmes.

►2. S’il ne remporte pas une victoire sur la dette, le Portugal vivra une période de désagrégation sociale, entraînée par le transfert de rentes financières garanties sur les impôts présents et à venir, accentuant ainsi le projet libéral d’infliger au travail des pertes croissantes au bénéfice du capital.

Synthèse actualisée Inprecor

►3. C’est dans la réponse au problème de la dette que se sont organisés les deux grands changements dans la politique portugaise au cours de l’année passée : le Congresso das Alternativas (Congrès des Alternatives), qui a mobilisé des plateformes de réponse politique à la dette, et les deux manifestations « Que Se Lixe a Troika » (Que la Troïka aille se faire foutre), qui ont mobilisé des convergences populaires contre la dette.

Le rejet de la dette

►4. Aucun de ces changements n’aurait été possible avec une autre plateforme d’entente que celle du rejet du chantage à la dette. Tout autre choix aurait fragilisé et divisé. C’est par intelligence politique et volonté unitaire que ces plateformes contre la banqueroute ont été construites de la manière la plus large et mobilisatrice. Abandonner, mépriser ou diviser ces processus serait un désastre pour la gauche.

►5. À la fin de l’An Deux de la Troïka (1), la résistance à la banqueroute ne peut s’organiser que dans la lutte contre la dette, avec la proposition d’un engagement politique pour une majorité qui rejette le Mémorandum (2). Tout mépris de cet effort unitaire est une erreur.

►6. Pour former une majorité de gauche contre le Mémorandum, en d’autres termes un gouvernement qui rejette l’austérité et en finisse avec la dette au nom des salaires, des services publics et de l’investissement, il faut un engagement d’alliance. Le gouvernement de gauche contre la Troïka sera la forme de cette alliance. Pour travailler à ce gouvernement, il faut faire tomber l’alliance PSD-CDS, obtenir des élections et présenter au peuple une solution susceptible de changer le panorama politique actuel. Pour changer ce paysage, il faut concentrer les forces là où les partis doivent s’entendre et doivent s’engager : le rejet de la dette.

►7. Il n’y aura pas d’alliance victorieuse possible si sa plateforme devait être la sortie de l’euro. Comme la stratégie de Syriza en Grèce l’a démontré, la lutte pour un gouvernement de gauche a un drapeau : le rejet de la dette. Comme l’expérience de Syriza l’a démontré, la droite et le centre radical utiliseront la peur de la sortie de l’euro comme argument politique principal parce que c’est cette peur qui fait basculer les élections. Comme l’expérience de Syriza l’a démontré, on ne fait des pas en avant vers un gouvernement de gauche qu’avec de la rigueur tactique, avec de la clarté dans la proposition d’alliance et avec la concentration du débat là où c’est décisif : la dette.

►8. Il y a un travail immense à faire pour rapprocher les positions et pour articuler des propositions. La gauche, dans le passé, a fait peu de travail de proposition et d’articulation. Elle doit le faire le plus rapidement et le plus intensément possible. Elle ne peut le faire que si la voie est la rupture avec la dette et l’austérité. Ce chemin est viable et peut construire une alliance possible.

Un nouveau rapport de forces européen

►9. La proposition extravagante d’un Plan A (fédéralisme) et d’un Plan B (sortie de l’euro s’il n’y a pas de fédéralisme) a disparu du débat politique portugais. Cette proposition présupposait que la meilleure solution pour le Portugal et pour l’Europe serait la constitution d’un État européen, sous la forme fédérale, autrement dit que le Portugal devrait être une province de cet État, évidemment dirigé par un gouvernement allemand. Cette solution n’est ni la meilleure ni même plus ou moins bonne : ce serait une régression historique dont le Portugal ne se remettrait qu’avec un conflit de haute intensité pour son indépendance. Les partisans de cette idée l’ont abandonnée. Tant mieux.

►10. La proposition fédéraliste est aussi une duperie parce que ni le doublement du budget européen, pour qu’il atteigne 2 % par exemple, ni la gestion d’une monnaie unique n’exigent nécessairement un gouvernement européen d’un État européen. Cela exige certainement des règles communes et une coopération renforcée. Or la proposition fédéraliste veut imposer à la gauche un projet autoritaire de la bourgeoisie européenne. La gauche qui s’oppose au fédéralisme parce qu’elle est européiste ne peut ni ne doit renoncer à la lutte à l’échelle européenne, sans rester à attendre un recul des forces du centralisme fédéraliste, qui seraient illuminées par le bon sens social à l’encontre de leurs propres intérêts sociaux. Ce qu’il faut, c’est les vaincre.

►11. Pour obtenir un nouveau rapport de forces européen, il faut que soient élus des gouvernements de gauche, fidèles aux travailleurs qui les mandatent. Pour obtenir le gouvernement de gauche, il faut savoir où on va et où on doit concentrer la pression, parce que cette voie exige de clarifier les alternatives pour changer de partis et de politiques. Toute la pression doit être mise sur l’exigence que les partis présentent un plan pour l’annulation de la dette, par le biais de négociations européennes ou, en cas de nécessité, par le biais de l’imposition unilatérale du moratoire et de l’annulation de la dette.

►12. Le gouvernement de gauche ne sera pas constitué par le centre ni par une nouvelle combinaison des forces politiques du centre. Tant que perdurera l’engagement d’un parti vis-à-vis du Mémorandum, la direction de ce parti sera toujours un obstacle au gouvernement de gauche. Le bon sens d’une politique de gauche se fonde sur cette conviction : pour gagner il faut vouloir gagner et savoir gagner, il faut refuser la rente financière qui étrangle les salaires, les pensions et les services publics. Le gouvernement de gauche exige que la gauche ait une politique de gauche. Le problème démocratique du Portugal est celui du chantage du capital financier et c’est contre le capital financier que doit se déterminer le gouvernement de gauche.

►13. Toute proposition de maintien du Mémorandum produira un prochain gouvernement pire que l’actuel. Il n’existe pas d’austérité intelligente. Il n’existe pas de demi-austérité. Un nouveau gouvernement qui accepterait le chantage financier créera plus d’austérité et plus de destruction, parce que chaque jour ce que la Troïka imposera sera pire. Il est devenu évident que leur solution à l’incendie de l’austérité, c’est de souffler sur les braises pour activer les flammes. Ou, comme disait quelqu’un qui avait l’expérience de la négociation avec la Troïka, quand on est au fond du trou ils exigent que nous continuions à creuser.

►14. L’hypothèse favorable d’un allègement des conditions du chantage financier suite à la réélection de Merkel, ou d’une renaissance européenne après septembre 2013, est de la naïveté pure. Toute configuration politique du futur gouvernement allemand, y compris si Merkel avait besoin de s’allier au parti social-démocrate, le SPD, maintiendra la sauvagerie financière. Le président de l’Eurogroupe, qui est le ministre des finances des Pays-Bas, est la preuve vivante de la façon dont ces sociaux-démocrates libéraux s’assument comme étant la cavalerie prussienne de Merkel. Un nouveau gouvernement portugais ne peut compter sur des facilités de la part des institutions européennes, il doit compter avec son peuple et avec ses alliés des gauches populaires en Europe.

►15. Le gouvernement de gauche doit présenter un engagement catégorique : le jour où il prendra ses fonctions, il aura la légitimité électorale renforcée pour déclarer nul et non avenu le Mémorandum et entamer les négociations pour en finir avec la dette. Si la proposition d’annulation de la dette n’est pas acceptée par les autorités européennes, la meilleure réponse sera d’imposer unilatéralement un moratoire des paiements de la dette, la négociation avec les divers créditeurs de l’échange de la dette contre des titres d’une valeur inférieure, indexée sur une croissance à venir, et le contrôle des capitaux. Comme l’échec de la « décote de la dette » (3) de la Grèce l’a démontré, si les autorités européennes ne se plient pas à l’abattement de la dette qu’elles détiennent, ce sera par leur entremise que le capital financier continuera à toucher ses profits.

►16. Le gouvernement de gauche doit avoir la force suffisante pour imposer une révolution fiscale, créant les moyens d’une réorganisation du système productif, y compris la réindustrialisation pour l’emploi, la substitution d’importations, la reconversion énergétique et environnementale et une concentration d’investissements dans cette direction. Encore une fois, cette politique s’en prend au capital financier.

Être préparé à tout conflit

►17. Dans ce contexte, le gouvernement de gauche doit être préparé à tout conflit, y compris une pression qui le forcerait à sortir de l’euro. Dans A Divida Dura, livre que j’ai publié en 2012 avec Mariana Mortágua, nous avons écrit clairement : « Dans le contexte actuel, la sortie de l’euro est la pire de toutes les solutions et ne peut être imposée que par la volonté du directoire européen. Or, on ne peut accepter la pire des solutions que lorsqu’il n’en existe rigoureusement aucune autre, quand ont été épuisées toutes les alternatives, quand la survie l’exige. C’est pourquoi il n’existe qu’une condition où la sortie de l’euro peut devenir nécessaire pour le peuple portugais, et cette situation ne peut être exclue a priori : si, face une débâcle des institutions et des règles européennes, son indépendance est mise en cause et que le Portugal n’ait d’autre solution que d’abandonner l’Union européenne, et par conséquent l’euro, pour retrouver sa capacité de décision. Encore est-il nécessaire que la majorité de la population soit impliquée dans cette réponse, de façon à la conditionner à la force des mouvements populaires et à la défense des intérêts des travailleurs. » (4) Je maintiens ce point de vue. Nous devons nous tenir prêts à toute éventualité, y compris à la pire des solutions, s’il arrivait qu’elle soit la seule possible.

►18. Je ne crois pas qu’il puisse y avoir une sortie facile de l’euro. Il ne faut pas s’attendre à des gestes de bonté pour soutenir le Portugal en cas de sortie de l’euro. Il ne faut pas s’attendre à ce que le gouvernement allemand autorise un nouvel emprunt, cette fois-ci inconditionnel et éventuellement pour des sommes égales ou supérieures à celles du premier sauvetage, de façon à favoriser ainsi la politique d’un gouvernement de gauche si ce dernier avait à choisir de sortir de l’euro. Même si le gouvernement allemand voulait imposer cette sortie, il n’est pas probable qu’il la financerait, mais bien au contraire il chercherait à en faire un exemple négatif. Cette hypothèse d’un accord entre gens bien élevés paraît ne pas tenir debout politiquement. Parmi les dirigeants européens, il n’y a pas de gens bien élevés, il y a des intérêts sociaux on ne peut plus autoritaires.

►19. Une sortie de l’euro conduite sous les ordres de Merkel ou d’un gouvernement de droite signifierait une lutte de classes sans merci contre les travailleurs, pour transformer et accélérer le processus d’accumulation du capital au bénéfice exclusif d’une partie de l’oligarchie. Et elle ne donnerait aucune garantie d’annulation de la dette ; tout au contraire, dans ce cas, ce choix pourra être une façon d’accentuer le transfert des ressources du travail vers le capital par le biais d’une austérité qui accélérerait l’ajustement violent. La gauche qui se sera identifiée à cette hypothèse ne méritera pas de survivre politiquement, parce qu’elle passera du côté de l’austérité et de la sauvagerie. Quiconque défend la sortie de l’euro sans l’annulation de la dette ne peut résoudre le problème démocratique du Portugal.

►20. Dans la lutte contre la dette, si le gouvernement de gauche était forcé de sortir de l’euro, il devrait avoir à ses côtés le peuple, mobilisé pour rejeter la menace de Merkel et du capital financier et prêt à se soulever pour la démocratie. Les effets d’une sortie de l’euro sont si profonds qu’elle ne peut se justifier que par une urgence nationale précipitée par la violence extérieure et ne peut être gérée que par un gouvernement qui aura créé un très vaste consensus national sur cette décision. Cette question politique sera toujours fondamentale, vu la pression et les difficultés que la conduite de ce processus impliquera. Seul le pouvoir démocratique du peuple assure la force de faire les choix nécessaires dans un tel contexte. Quiconque ignore cette menace et ces risques extrêmement élevés n’est pas préparé à gouverner, ne serait-ce qu’un mois.

Un projet intraitable

►21. La confrontation d’un gouvernement de gauche avec le capital financier est desservie par ceux qui pensent qu’un slogan constitue une politique. C’est pourquoi je crois fondamental que ceux qui veulent travailler à la préparation d’un nouveau gouvernement de gauche présentent un projet intraitable, prenant en considération toutes les éventualités, évaluant les meilleures alternatives face à chaque problème susceptible d’être posé dans le développement de ce gouvernement, y compris la sortie de l’euro et la dévalorisation du nouvel escudo.

►22. Cette étude de la façon de contrer les effets négatifs à court et moyen terme d’une éventuelle sortie de l’euro inclut nécessairement :

a) le constat que le Portugal court le risque que la nouvelle monnaie, l’escudo, soit pendant quelques mois purement scripturale, la possibilité restant de faire les transactions dans une monnaie étrangère, dont la circulation tendra à diminuer et qui dépend d’une Banque centrale européenne avec laquelle le pays peut se trouver en conflit ;

b) les risques qu’il y ait deux monnaies en circulation dans le pays pendant une longue période et que soit lancé un mouvement spéculatif contre l’escudo ;

c) la perception que les déposants se sentiront menacés et lésés et réagiront en cherchant à retirer leurs dépôts en euros des banques ;

d) le constat que l’impact immédiat de l’augmentation des prix des importations, suite à la dévalorisation de l’escudo, ne sera compensée que quelque temps plus tard par une augmentation des exportations, qui dépend de commandes ;

e) le constat que les exportations sont dangereusement sensibles au climat politique, au cycle économique et aux règles de financement, qui subiront des restrictions ;

f) le constat que les taux de crédit tendront à s’élever, avec des effets sur la distribution interne défavorables aux débiteurs, en même temps que l’inflation atteindra des niveaux inconnus ces dernières années, ce qui a aussi des effets redistributifs défavorables aux salaires et aux pensions ;

g) la redéfinition légale des valeurs des dettes intérieures, y compris des dettes hypothécaires, et les effets de cette redéfinition sur le bilan des banques ;

h) l’idée que les banques pourront tomber en faillite du fait de l’augmentation de la valeur en monnaie nationale de leurs dettes externes et que, si elles sont nationalisées, la dette extérieure augmentera aussi de manière significative ;

i) l’étude des façons de distribuer à toute la société les bénéfices que la dévaluation procure au secteur exportateur ;

j) la remise à plat des institutions, y compris du fonctionnement de la Banque du Portugal et de la CDG (5), tout comme celle de l’administration du système financier.

►23. Cette étude inclut encore les conditions politiques et européennes de la décision d’un gouvernement de gauche :

a) la vérification des majorités nécessaires pour prendre l’éventuelle décision de sortie de l’euro, en tenant compte du pouvoir du président et de la nécessité d’une majorité parlementaire qui puisse le cas échéant passer outre son veto ;

b) la définition du nouveau modèle de changes dans un contexte de conflit avec les autorités européennes et de leur éventuelle hostilité à l’inclusion du Portugal dans le régime européen des pays qui ne font pas partie de l’euro ;

c) la vérification que l’État peut revendiquer juridiquement le pouvoir souverain pour relibeller ses dettes dans la monnaie nationale, mais que les entreprises et les banques n’ont pas ce pouvoir légal et que, donc, leurs bilans en subiront des dommages ;

d) la redéfinition des relations avec l’Union européenne, en particulier pour permettre des politiques protégées d’industrialisation, de création d’emplois et de renationalisation de biens communs stratégiques ou fondamentaux pour la gestion budgétaire.

Préparer une autre politique

►24. Des réponses existent, si difficiles soient-elles, à toutes ces menaces et à toutes ces questions. Aucune de ces réponses ne se réduit à un slogan. Le slogan est inutile et ne remplace pas la préparation détaillée de la réponse aux problèmes économiques et sociaux. Le slogan est un drapeau. Il est légitime de faire de la politique avec un drapeau. Mais un drapeau ne fait pas un gouvernement. Il est impossible de renoncer à créer un gouvernement de gauche pour chercher à répondre au problème démocratique du Portugal, qui est la dette. C’est pourquoi une stratégie victorieuse dépend d’un travail approfondi de préparation des réponses, un travail qui commence par constater les difficultés afin de les affronter.

Synthèse actualisée Inprecor

►25. Le réalisme est une condition de l’intelligence. Toutes les réponses réalistes exigent une politique économique telle que le Portugal n’a jamais autant eu besoin d’avoir : contrôle du crédit, intervention publique dans le système financier, fiscalité apte à mobiliser les ressources, stratégie pour l’emploi. Il n’est pas réaliste d’accepter le chantage à la dette, et pas plus de lui opposer des solutions irréalistes.

►26. Ma conclusion est la suivante : la seule plateforme qui puisse créer une majorité de gauche est la lutte contre la dette. Un gouvernement de gauche ne peut gagner que s’il constitue une alliance et cette alliance exige la clarté sur l’annulation de la dette. Ce gouvernement doit se tenir prêt à rejeter toutes les pressions du capital financier et à prendre toutes les mesures nécessaires en ce sens, y compris de sortir de l’euro si c’est la seule solution qui reste. Cette préparation exige un travail détaillé et attentif, réunissant nombre des meilleur-e-s économistes de gauche. Ce travail reste à faire. Le mieux est de s’y mettre tout de suite. ■

* Francisco Louçã, économiste, est membre de la direction du Bloco de Esquerda (Bloc de gauche), dont il a été porte-parole, et militant de la IVe Internationale. Nous reprenons cet article du Monde diplomatique-Edição portuguesa, II série n° 79, de mai 2013 (traduit du portugais par Jean-José Mesguen). Les intertitres et les notes sont de la rédaction d’Inprecor.

Notes

1. Par « Troïka », on désigne les équipes composées de représentants de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du FMI, chargées de superviser les plans d’austérité dans les États ayant fait l’objet de programmes d’assistance européens.

2. Le Mémorandum, qui consiste en une politique d’austérité draconienne, a été imposé par la Troïka comme condition d’aides financières visant à garantir le paiement de la dette publique à ceux qui possèdent les obligations de l’État portugais. Les partis qui gouvernaient depuis le début de la crise — le Parti socialiste, le Parti social-démocrate et le Centre démocratique et social - Parti populaire — ont accepté de se soumettre et ont réalisé la politique d’austérité. Les mesures d’austérité ont consisté en une augmentation de la TVA portée à 23 % (y compris sur le gaz et l’électricité, où elle était avant de 6 %), une augmentation de la durée du travail dans le secteur privé, le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux (dernier accord : suppression supplémentaire de 30 000 postes de fonctionnaires), hausse de 15 % des tarifs des transports, baisse de 27 % des traitements dans la fonction publique et gel de salaires pour 4 ans (en mai 2013, en plus, allongement de leur durée de travail de 35 à 40 heures), gel des retraites et report de l’âge de retraite (en mai 2013 à 66 ans), réduction de 20 % du revenu social d’insertion et durcissement des conditions, durcissement des conditions d’obtention des bourses (20 % des étudiants privés de la bourse dès la première année), réduction des allocations pour handicapés, accélération des privatisations des entreprises publiques et para-publiques, réduction draconienne des dépenses budgétaires (en particulier de la santé et de l’éducation), etc.

3. En mars 2012, un accord sur la décote de la dette publique grecque détenue par les banques privées a eu lieu, une grande majorité de ces dernières (mais pas le FMI ni la BCE) acceptant une réduction de 53,5 % du montant nominal des obligations détenues, pour un montant de 107 milliards d’euros, obtenant en échange de nouvelles obligations de droit anglais, arbitrés au Luxembourg. Plus d’un tiers de cette dette étant détenue par des banques privées grecques, ces dernières ont dû être recapitalisées par le gouvernement grec pour un montant de 48 milliards d’euros, augmentant d’autant l’endettement…

4. Francisco Louçã, Mariana Mortágua, A DívidaDura — Portugal na crise do Euro, éd. Bertrand, Lisbonne 2012.

5. Caixa Geral de Depósitos, caisse générale des dépôts, est une institution financière publique portugaise fondée au XIXe siècle sur le modèle de la Caisse des dépôts et consignations française. La CGD est devenue un établissement de crédit en 1929, puis une société anonyme à la suite de l’entrée du Portugal dans l’Union européenne en 1986.