Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 659-660 janvier-février 2019

VENEZUELA

Analyse de la situation au Venezuela au-delà des lieux communs

Cf. aussi : [Venezuela]

Decio Machado *

Il y a longtemps qu’il ne s’agit plus d’une question d’idéologie ou de classe. Le Venezuela est devenu un État mafieux dans lequel ses dirigeants sont confrontés à une opposition qui répond aussi à des intérêts manifestement illégitimes, soutenue par des puissances qui continuent à s’ingérer et reproduisent l’histoire de siècles de dépendance.

copyright https://flic.kr/p/QNXvNp

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Le 23 janvier, le député Juan Guaidó s’est autoproclamé président de la République bolivarienne du Venezuela. Ce jeune député de l’État de Vargas, inconnu il y a quelques jours encore de la majorité des Vénézuélien·es et surtout de la communauté internationale, appartient au parti Voluntad Popular (Volonté populaire) – une organisation politique fondée en décembre 2009 sous la direction de Leopoldo López – et a été nommé président de l’Assemblée nationale 18 jours seulement avant son autoproclamation.

Synthèse

Guaidó, à peine âgé de 35 ans, a commencé à faire de la politique pendant ses années universitaires. Il était l’un des leaders étudiants de « génération 2007 », un mouvement d’opposition au président de l’époque, Hugo Chávez. De là, il est passé à la politique institutionnelle, remportant un siège aux élections législatives de 2011 et réélu en 2016.

Le rôle assumé par Juan Guaidó implique un changement dans les stratégies d’une opposition qui, malgré les faiblesses du régime, a été caractérisée par sa fragmentation interne et la lutte entre les différents dirigeants. C’est finalement cette situation qui a permis à Nicolás Maduro de survivre au pouvoir malgré sa faible légitimité politique et sociale. Cependant, avec la plupart des leaders de l’opposition en exil ou disqualifiés par la « justice » bolivarienne – Leopoldo López, Antonio Ledezma, Julio Borges ou Henrique Capriles, entre autres – un personnage comme Guaidó, relégué au deuxième rang de l’opposition il y a encore quelques jours, a pris un rôle moteur et peut-être décisif dans la conjoncture politique actuelle du pays.

Quelques secondes à peine après que Juan Guaidó eut effectué sa déclaration d’autoproclamation – « Je jure d’assumer officiellement les compétences de l’exécutif national en tant que président responsable » –, le président américain, Donald Trump, et le secrétaire général de l’OEA, Luís Almagro, ont fait leur entrée en scène, remplissant un rôle stratégique préétabli. C’est ainsi qu’a été inaugurée une liste de plus en plus longue de pays et d’organisations internationales qui ont progressivement reconnu le nouveau chef de l’opposition au détriment de Nicolás Maduro.

Analyser le résultat du récent mouvement de pièces de ce jeu d’échecs effectué par un secteur de l’opposition sur l’échiquier politique vénézuélien nécessite une objectivité dont malheureusement la majorité des commentateurs sont dépourvus.

Dans ce sens, nous ferons un effort en ce qui concerne quatre axes de cette crise : légitimité ou non de l’autoproclamation présidentielle de Guaidó ; la réalité de l’ingérence étrangère dans le pays ; les stratégies des acteurs en conflit et les scénarios les plus réalisables qu’elles pourraient générer ; et enfin, quelle serait la meilleure solution pour les intérêts populaires.

Illégitimité démocratique des pouvoirs en conflit

En premier lieu, il convient de noter que le processus électoral du 20 mai dernier, par lequel Nicolás Maduro a été élu pour la deuxième fois président du Venezuela pour la période 2019-2025 – avec 67,84 % des suffrages exprimés – a eu lieu dans le cadre d’irrégularités importantes tant dans sa convocation que pendant le processus électoral. Il s’agit notamment de la disqualification de divers candidats, de l’entrave à la participation de plusieurs partis d’opposition, de l’absence de compétences constitutionnelles de l’Assemblée constituante pour convoquer des élections, du manque de temps pour les échéances prévues dans le règlement électoral et des multiples dénonciations d’achat des votes.

Diverses organisations internationales ont dénoncé l’absence de garanties démocratiques et de transparence dans le processus électoral, ce qui a même conduit les Nations unies à refuser de mandater des observateurs électoraux.

Ce type d’interrogation s’est également produit à l’intérieur du Venezuela, enregistrant la plus forte abstention dans l’histoire des élections présidentielles depuis l’arrivée de la démocratie dans le pays en 1958. Alors qu’en 2006 la participation électorale était de 74,7 %, en 2012 de 80,5 % et en 2013 de 79,6 %, en 2018, elle a à peine atteint 46 % des inscrits, c’est-à-dire que moins de la moitié de la population convoquée a voté. Sur un recensement électoral de 20,5 millions de citoyens, seuls 9,4 millions se sont rendus aux urnes, dont seulement 6,2 millions ont soutenu le régime de Nicolas Maduro.

Toutefois, et au-delà de ce qui précède, l’article 233 de la Constitution (qui prévoit que si un président élu ne peut pas prêter serment pour commencer son mandat, la présidence doit être confiée au président de l’Assemblée nationale jusqu’à la nomination d’un nouveau président) n’est pas applicable dans les circonstances actuelles.

Cet article a été conçu en tenant compte de la possibilité qu’un président élu ne soit pas en mesure d’assumer la responsabilité du pays, une situation très éloignée de la réalité que vit actuellement le Venezuela. Ce qui existe actuellement, c’est un président qui n’a pas été reconnu par la majorité de la société de son pays, mais pas une vacance du pouvoir.

Dans ce contexte, l’autoproclamation de Guaidó et sa reconnaissance internationale obéissent à des logiques politiques nationales et internationales, mais manquent de fondements juridiques. En ce qui concerne la sphère régionale, et au-delà de des agissements éhontés de l’Organisation des États américains (OEA), la situation actuelle est celle d’une Union des nations sud-américaines (UNASUR) complètement désactivée après la mise en place d’une nouvelle hégémonie néolibérale en Amérique du Sud.

Malheureusement les précédents établis par cet organisme d’intégration sont tombés dans l’oubli, qu’il s’agisse de la crise politique en Bolivie en 2008, du coup d’État contre le président Zelaya au Honduras en juin 2009, de l’installation de bases militaires américaines en Colombie en août 2009, des tensions frontalières et géopolitiques résultant de la rupture des relations entre la Colombie et le Venezuela en août 2010, de la crise en Équateur après la mutinerie de la police en septembre 2010, du renversement du président Fernando Lugo au Paraguay en juin 2012 ou des tentatives de déstabilisation du Venezuela entre avril 2013 et mars 2015, date à laquelle les dirigeants sud-américains se sont réunis en sommet présidentiel pour reconnaître le président Maduro et la légitimité du processus électoral en avril 2013.

Ingérence étrangère dans les affaires intérieures du Venezuela

Malgré deux décennies de règne des chavistes au Venezuela, les États-Unis demeurent le principal importateur de pétrole vénézuélien et le premier fournisseur de devises étrangères au Venezuela. Cependant, malgré les rivières d’encre employées par les analystes de la gauche traditionnelle pour affirmer le contraire, l’intérêt étatsunien pour le pétrole vénézuélien se limite strictement aux activités de ses sociétés transnationales.

La dépendance des États-Unis à l’égard du pétrole étranger s’est considérablement réduite ces dernières années, devenant presque autosuffisante à la suite du développement brutal de son industrie de la fracturation. Cependant, comme l’a déjà annoncé John Bolton, conseiller de Trump à la Maison Blanche, les compagnies pétrolières américaines souhaitent investir et produire du pétrole au Venezuela, une condition liée à la sortie de Nicolás Maduro du palais présidentiel à Miraflores.

Les États-Unis ont systématiquement négligé le Venezuela et le reste du sous-continent depuis 2001, lorsque l’administration Bush a mené ses guerres dans le golfe Persique et en Afghanistan. Depuis l’arrivée de Donald Trump dans le Bureau ovale, on constate à Washington un fort désintérêt pour la conception d’une politique bien pensée stratégiquement, ambitieuse, systématique et axée sur la défense des intérêts des États-Unis et de leurs alliés.

Synthèse

La semaine dernière, même le Sénat américain a voté – avec le soutien majoritaire des Démocrates et des Républicains – contre ce qu’il a défini comme le « retrait précipité » des troupes de Syrie et contre la réduction du nombre de ses soldats en Afghanistan. En ce sens, il semblerait que les discours belliqueux de Trump et les pressions diplomatiques américaines auraient en réalité pour objectif le réajustement avec l’électorat républicain le plus radical sur le plan idéologique, condition nécessaire du fait du blocage opposé à la proposition présidentielle concernant la construction d’un mur gigantesque à sa frontière avec le Mexique.

De l’autre côté de la barricade se trouvent la Russie et la Chine, qui sont les principaux fournisseurs d’armes du Venezuela. Le soutien politique de la Russie à Maduro n’est que pécuniaire, car au-delà des intérêts politiques – le Venezuela a exprimé son soutien à la Russie sur des questions telles que la reconnaissance de l’Abkhazie, de l’Ossétie du Sud et la situation en Ukraine – elle détient environ 5 % de la dette publique extérieure du pays, qui était destinée à financer l’achat d’avions de combat et quelques sous-marins.

De ce fait, en cas d’un changement de régime, Vladimir Poutine court le risque de perdre plus de 17 milliards de dollars investis dans ce pays des Caraïbes au cours des deux dernières décennies. La plupart d’entre eux concernent des appels d’offres peu transparents accordés par l’establishment bolivarien à la compagnie pétrolière d’État russe Rosneft.

Dans le cas de la Chine, ses relations avec le Venezuela découlent du projet du président Xi Jinping d’étendre l’influence de Pékin à l’échelle internationale. Bien que plusieurs pays se soient retirés du commerce avec Caracas ces dernières années, la République populaire de Chine a doublé son assistance. Au cours de la dernière décennie, le Venezuela a reçu plus de 62 milliards de dollars de la Chine, principalement sous forme de prêts, ce qui représente 53 % du total des crédits accordés par le géant asiatique en Amérique latine.

La dette extérieure du Venezuela envers la Chine atteint 23 milliards de dollars. Ce qui fait de la Chine le plus grand créancier du pays et l’acteur qui pérennise encore – grâce à son portefeuille – le régime de Nicolás Maduro. Un changement de gouvernement avec une orientation pro-américaine pourrait compliquer les mécanismes de paiement de la dette extérieure vénézuélienne.

Stratégie des acteurs du conflit et scénarios prévisibles

Le scénario politique qui s’est ouvert après l’autoproclamation présidentielle de Juan Guaidó a des objectifs clairs et concrets : augmenter encore plus l’actuelle usure politique et l’absence de légitimité de Nicolás Maduro et de sa clique au Venezuela ; installer une nouvelle direction politique dans le pays en cherchant à unifier les partis de l’opposition autour d’une stratégie commune ; parvenir à l’isolement mondial complet du régime bolivarien par le recours aux sanctions internationales ; et, vu le potentiel des enjeux actuels, fissurer le soutien des Forces armées à Nicolás Maduro.

Pour cela, Donald Trump a déjà pris des mesures qui visent directement le point le plus fragile de l’économie vénézuélienne en sanctionnant la compagnie pétrolière publique PDVSA et en bloquant ses actifs et comptes. Citgo, une entreprise vénézuélienne qui opère aux États-Unis avec des milliers d’installations, de raffineries et de stations-service, sera remise à l’opposition politique. Désormais, les fonds que les États-Unis doivent verser au gouvernement vénézuélien seront versés à un prétendu gouvernement de Juan Guaidó. L’objectif est d’achever l’effondrement économique du régime de Maduro – le FMI prévoit une hyperinflation de 10 000 000 % cette année – sans se préoccuper de l’impact que de telles actions ont sur une société vénézuélienne, qui vit plongée dans la pénurie de nourriture et de médicaments.

Cette situation se produit avec un PDVSA en défaut de paiement et une production pétrolière – fruit de l’inefficacité du gouvernement et de la corruption institutionnelle – au niveau le plus bas des trois dernières décennies : 1,3 million de barils par jour.

Tout cela se fait en installant une nouvelle équipe dirigeante pour tenter de surmonter la frustration ressentie par une partie de la population vénézuélienne après quatre mois de manifestations en 2017, qui ont fait 125 morts. Actuellement, les chefs traditionnels de l’opposition comme Henrique Capriles ou Henry Ramos Allup n’apparaissent pas en quête d’un rôle actif et ne remettent pas non plus en question la nouvelle stratégie de l’opposition. Cela semble indiquer un pacte transitoire entre les chefs de l’opposition, malgré le fait que le soutien explicite des États-Unis à la stratégie imaginée par Voluntad Popular suscite des mécontentements.

De son côté, Nicolás Maduro et la bolibourgeoisie installée au pouvoir ne semblent pas avoir une stratégie qui va au-delà de la recherche d’une logique d’enlisement dans la résolution du conflit. À cette fin, il est possible qu’ils optent pour une option de dialogue avec l’opposition dans le but de gagner du temps.

Une fois tarie la stratégie du culte de la personnalité d’Hugo Chávez, il ne reste plus au régime de Maduro qu’à militariser les secteurs de la population qui lui sont les plus inconditionnels. Avec l’objectif annoncé d’atteindre deux millions de miliciens recrutés et armés pour défendre son gouvernement, le régime cherche à faire une démonstration de force contre l’initiative politique de l’opposition pour décourager et démobiliser, par la stratégie de la peur, les manifestations de rues prévisibles et permanentes. En fait, une étude de la firme Torino Capital – une banque d’investissement et courtier en valeurs mobilières ayant son siège social à New York et des investissements importants en Amérique latine – n’attribue que 40 % des probabilités et 30 % des possibilités à un scénario qui obligerait le gouvernement de Maduro à organiser des élections présidentielles anticipées.

Parallèlement, Maduro cherche à diminuer l’impact des sanctions américaines sur PVDSA en augmentant la vente de pétrole à des intermédiaires qui revendent ensuite les barils aux États-Unis ou dans d’autres pays, ainsi qu’en augmentant les exportations de pétrole brut en Chine et en Inde. En même temps, une initiative a été lancée pour rechercher de nouveaux fournisseurs afin d’acquérir les diluants qui permettent la commercialisation du pétrole brut lourd de la Ceinture de l’Orénoque et des carburants qu’ils achètent à l’étranger en raison des pannes permanentes des raffineries du pays.

Pour répondre aux besoins, le gouvernement de Maduro doit dépenser immédiatement environ 3 milliards de dollars pour importer les produits de base – dont beaucoup ont été réorientés vers le Mexique, la Russie et la Turquie – comme la farine, le riz, les pâtes et le lait en poudre qu’il vend à des prix subventionnés aux populations à faibles revenus et pour l’achat de carburant afin d’éviter la pénurie d’essence et les interruptions du service électrique. Quoi qu’il en soit, on s’attend à ce que l’approvisionnement alimentaire soit réduit, à ce que les problèmes de fourniture de l’essence se multiplient et à ce que les coupures du courant et autres failles électriques se multiplient.

Synthèse

Finalement, compte tenu de la chute imminente des recettes en devises, la Banque centrale du Venezuela met en œuvre des mesures d’urgence pour prévenir la montée du dollar et une nouvelle dévaluation du bolivar. En ce sens, elle vise à réduire considérablement le crédit et à augmenter substantiellement la part de l’argent que les institutions financières doivent geler à titre de réserves. En tout état de cause, il est prévisible que l’hyperinflation ne s’arrêtera pas, étant donné que la cause fondamentale en est que le gouvernement fait fonctionner la planche à billets pour couvrir une grande partie de ses dépenses. Le plus probable, c’est que le resserrement du crédit va aggraver la récession économique actuelle, qui a commencé en 2013 et s’est approfondie à partir de 2015.

Si l’opposition politique vénézuélienne ne parvient pas à fissurer le soutien des militaires à Maduro – une condition inéluctable pour le démettre – il est prévisible que la réduction des revenus en devises étrangères entraînera une forte diminution des importations de matières premières et d’intrants dans le pays. Selon une récente analyse du Crédit Suisse, les sanctions américaines contre le Venezuela, en raison des restrictions de change, feront augmenter le taux de change et l’inflation, ce qui entraînera une récession plus grave.

Quoi qu’il en soit, il se peut que la stratégie des États-Unis et de l’opposition trandforme le gouvernement de Nicolás Maduro en une sorte de big brother, ce qui le maintiendra au pouvoir dans un pays encore plus appauvri où il sera le seul capable de répartir quelque chose grâce à ses négociations avec la Chine, la Russie, la Turquie et le Mexique.

La meilleure solution possible

La première chose à comprendre c’est qu’il ne s’agit plus d’un différend idéologique ou de classe. L’actuel gouvernement au Venezuela a plus en commun avec les pratiques de Fujimori qu’avec celles mises en œuvre par le chavisme dans ses moments de grande légitimité politique et sociale. Être chaviste aujourd’hui au Venezuela ne signifie pas nécessairement soutenir le régime de Nicolás Maduro. De plus, ce sont les quartiers populaires de Caracas ont été les acteurs des mobilisations populaires de ces dernières nuits, précisément ceux qui étaient auparavant sous le contrôle du régime.

Le Venezuela est devenu un État mafieux dans lequel ses dirigeants sont confrontés à une opposition qui répond aussi à des intérêts manifestement illégitimes. L’idéal, mais peu réalisable, serait que dans ce contexte une troisième force apparaisse, qui soit de nature sociale et au sein de laquelle la société civile joue un rôle afin d’imposer la volonté majoritaire impliquant une issue politique loin des effusions de sang et de l’interventionnisme étranger.

Pratiquement, la solution politique la plus appropriée consiste à organiser des élections libres, ce qui implique des questions collatérales telles que la mise en place immédiate d’un nouveau Conseil électoral national (CNE) – l’organe directeur de la démocratie actuellement aux mains du parti au pouvoir – qui serait pour le moment formé seulement par des universitaires et des personnalités reconnues au niveau national, non liés aux intérêts des partis.

Il ne fait aucun doute que Nicolás Maduro doit quitter le pays, peut-être pour un pays allié qui lui offrirait – du moins au début – une protection. En même temps, les soldats devraient comprendre que, malgré les privilèges dont jouissent actuellement leurs commandants, ils ne doivent pas réprimer la majorité dissidente de leur société, ni être complices de la répression exercée actuellement par les groupes paramilitaires aux ordres du régime. Selon les rapports compilés par Provea – une ONG de défense des droits humains au Venezuela – les Forces d’action spéciales (FAES) de la Police nationale bolivarienne sont responsables des assassinats de 205 citoyens entre janvier et décembre 2018.

Un scénario de guerre au Venezuela résultant d’une hypothétique invasion étrangère du pays, peu probable mais qui est un argument sur lequel le régime tente de se légitimer depuis des années, ne donnerait pas la moindre chance de victoire à la Force armée nationale bolivarienne (FANB), malgré les importants investissements en armements réalisés ces dernières années.

Synthèse

Au-delà des trémolos héroïques et patriotiques de Nicolás Maduro, les États-Unis continuent d’être la première puissance militaire de la planète et ont toute capacité de réaliser des « frappes chirurgicales » avec moins d’exposition que lors des conflits du siècle dernier, tandis que le Venezuela se classe au 45e rang du classement militaire de 131 pays. Une guerre au Venezuela ressemblerait davantage à ce qui s’est passé en Irak et en Libye qu’à l’exemple tant cité du Vietnam.

Le plus probable aujourd’hui, c’est que les vaillants dirigeants patriotes de l’armée bolivarienne chercheront des mécanismes pour négocier des amnisties et la suspension des enquêtes judiciaires, qui pourraient être ouvertes contre eux pour corruption et atteintes aux droits de la population civile. À ce moment ils pourraient abandonner Maduro à son sort, s’ils le considèrent comme le perdant de l’affrontement actuel.

* Decio Machado

, consultant et journaliste argentin, est coordinateur du Grupo de Estudios de Geopolitica Critica en América Latina. Il a publié, entre autres, Cambiar el mundo desde arriba – los limites del progressismo, Editorial Consequencia, Curitiba 2017 (avec Raúl Zibechi) et participé au livre collectif Rescatar la esperenza – Más allá del neoliberalism y del progressismo, Editorial Entrepueblos, Barcelona 2016. Cet article a d’abord paru le 6 février 2019 sur le blog La Ruta del Jaguar du journal espagnol El Salto

(https://www.elsaltodiario.com/la-ruta-del-jaguar/analisis-de-la-situacion-en-venezuela-maduro-guaido-lugares-comunes), et a été traduit par la revue électronique suisse À l’Encontre (http://alencontre.org/ameriques/amelat/venezuela/venezuela-de-la-propagande-imperialiste-a-la-politique-repressive-de-maduro-cabello-ni-guaido-et-ses-sponsors-ni-maduro-et-le-militaire-cabello.html).

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