Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 564-565 août-septembre 2010 *

VENEZUELA

Interview d'Andrea Pacheco : « Les positions défendues par les dirigeants étudiants chavistes tendent à être conservatrices »

Cf. aussi : [Venezuela]

Propos recueillis par Sébastien Brulez et Fernando Estaban

Andrea Pacheco est étudiante à l’école d’Études politiques de l’Université centrale du Venezuela. A 22 ans, elle est également membre de la Jeunesse du Parti socialiste uni du Venezuela (JPSUV) ainsi que du mouvement de jeunes de Marea Socialista, collectif de militants de gauche radicale au sein du PSUV. Nous l’avons rencontrée lors de la première réunion nationale des jeunes de Marea Socialista à Caracas en mai 2010.

Andrea Pacheco, du mouvement de jeunes de Marea Socialista, lors de la première rencontre des jeunes de Marea Socialista, le 17 mai 2010

Andrea Pacheco, du mouvement de jeunes de Marea Socialista, lors de la première rencontre des jeunes de Marea Socialista, le 17 mai 2010

Quelle évaluation fais-tu de l’élection de 10 jeunes lors des primaires du PSUV ?

Andrea Pacheco : Tout d’abord, on peut retenir de ces primaires que 44 % des candidats ont moins de 30 ans. Cela veut dire que réellement il y a un sentiment de renouvellement qui s’est exprimé parmi la base du PSUV. Cela veut dire que les gens ne voulaient plus des mêmes et cela reflète également le besoin de renouveler les cadres du parti. Enfin je pense qu’il est très positif pour la jeunesse que ces camarades participent en tant que titulaires et dans une moindre mesure et dans un plus grand pourcentage en tant que suppléants.

Je pense aussi que ce besoin de renouvellement va probablement se renforcer lors des élections du 26 septembre 2010, car malgré le fait que ces jeunes soient déjà des personnes connues, ils n’ont cependant jamais occupé de postes importants ni dans les ministères, ni ailleurs.

Il est nécessaire qu’ils débattent réellement avec la base de la jeunesse et qu’ils fortifient la JPSUV grâce à leurs candidatures. S’ils sont membres de la JPSUV, ils n’étaient cependant pas les candidats issus d’un débat en son sein. Cela veut dire qu’ils ne seront réellement les candidats de la JPSUV que lorsqu’ils convoqueront la base de la jeunesse afin de construire un programme, une alternative, et ainsi fortifier l’organisation de la jeunesse.

Quelle est ton opinion par rapport à la dynamique politique au sein de la JPSUV ?

Andrea Pacheco :

Les jeunes de Marea Socialista ont participé au congrès de fondation il y a maintenant deux ans. Mais depuis, il y a eu de nombreux problèmes d’organisation. La JPSUV n’organise pas ses cellules de base en tant que telles. Il y en a très peu qui fonctionnent au niveau national et très peu mènent un travail actif au niveau politique, communautaire ou culturel. En réalité il y a beaucoup plus d’initiatives communautaires ou culturelles provenant de petits collectifs d’étudiants isolés, que d’une jeunesse organisée nationalement avec des canaux de communication qui garantiraient un réel fonctionnement de type centralisme démocratique. La dynamique de la JPSUV a été jusqu’à présent assez dispersée.

Comment expliquer que ces dernières années ce soit la droite qui ait le plus réussi à mobiliser la jeunesse ?

Andrea Pacheco :

Réellement le nombre d’étudiants a augmenté dans la mesure où le gouvernement révolutionnaire a créé des mécanismes afin d’intégrer la population à l’éducation moyenne et supérieure. Ce nombre a augmenté de pratiquement 300 %. Cependant le mouvement étudiant qui est pris comme référence par les médias et en terme de mobilisation, provient en général des universités autonomes. Si c’est un mouvement qui, par le passé, faisait partie de la gauche la plus radicale du pays contre les gouvernements de la IVe, aujourd’hui on voit que la révolution n’a pas gagné dans ses rangs ce secteur de la classe moyenne qui est celui des universités mais également des lycées.

Nous disposons de peu de forces au sein du mouvement universitaire, qui historiquement a joué un rôle fondamental, et en particulier dans les universités autonomes. Fondamentalement, la JPSUV n’a pas de politique concrète par rapport à ce secteur. Les seules démarches qui ont été prises ont été sectaires et ont contribué à éloigner ces étudiants universitaires, à les polariser, à les envoyer plus vers la droite au lieu d’essayer de les gagner à la cause en dialoguant avec eux.

Un autre point est que les positions défendues par les dirigeants étudiants chavistes tendent à être conservatrices. Aujourd’hui ceux qui jettent des pierres sont les étudiants de droite ! Contrairement aux années 1980, maintenant c’est la gauche qui demande de ne pas aller manifester, de rester en classe, de ne pas faire grève.

Au contraire, la jeunesse de Marea Socialista pense que nous sommes dans une époque de transition de la transformation de l’État bourgeois. Et c’est justement parce que nous sommes dans une étape de transition qu’il est nécessaire de jeter des pierres, qu’il est nécessaire de réclamer, de s’organiser. Il n’est pas nécessaire de défendre les vices de l’État bourgeois !

Ce discours de défense de l’État éloigne ces jeunes gagnés à un discours plus radical. La jeunesse, et surtout la jeunesse étudiante des universités, a été historiquement le déclencheur de nombreuses révoltes et révolutions. Comme ce fut le cas lors de Mai 68 en France, du Cordobazo en Argentine, ou de la chute de la dictature du Général Pérez Jiménez ici au Venezuela. La jeunesse ne peut se sentir enthousiasmée par le discours de jeunes qui invitent à défendre le gouvernement, qui invitent à défendre la loi, à défendre la police.

Quelle est la position des Jeunes de Marea Socialista, afin de ne pas soutenir les revendications de la droite mais sans tomber dans le jeu de la bureaucratie ?

Andrea Pacheco :

La jeunesse de Marea Socialista est née justement de cette caractérisation : les différents mouvements étudiants au sein du processus ont fortement diminué. Beaucoup d’organisations nées avec la révolution n’ont fait que brider la jeunesse, elles empêchent la participation constante de leurs membres, elles imposent la ligne politique. Et finalement ce sont des organisations qui servent à la négociation de postes et de privilèges pour les dirigeants étudiants et qui n’aident aucunement à approfondir le processus.

Cela a permis à Marea Socialista de mettre le débat sur la table et de formuler une proposition : organiser une jeunesse autonome qui ne dépende, au niveau de sa ligne politique, d’aucune institution de l’État, une jeunesse internationaliste qui comprenne que le socialisme n’est pas possible dans un seul pays, qu’il est nécessaire d’étendre le socialisme, d’être solidaires et surtout de parier sur l’organisation des secteurs révolutionnaires dans d’autres pays. Nous voulons construire une jeunesse de classe qui comprenne son rôle en tant que mouvement étudiant et qui tente d’amplifier l’articulation avec le mouvement ouvrier.

Comment s’est construite la jeunesse de Marea Socialista en interne ? Quelle a été son évolution ?

Andrea Pacheco :

Marea Socialista est avant tout un courant de travailleurs né avec la création du PSUV. Marea Socialista a développé son mouvement de jeunes depuis l’année dernière. Le fait que nous essayions de construire une jeunesse au niveau national est une avancée importante. Au départ nous n’étions actifs que sur Caracas, aujourd’hui nous tentons de nouer des contacts dans d’autres États et de lancer des campagnes nationales. Nous voulons créer une Jeunesse qui existe réellement, qui soit active dans les luttes et qui n’existe pas uniquement sur une liste. ■

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