Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 639-640 mai-juin 2017

VENEZUELA

La Plateforme de défense de la Constitution demande le rejet de la convocation de la Constituante

Cf. aussi : [Venezuela]

Reportage d’Aporrea*

Des membres de la Plateforme citoyenne de défense de la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela se sont présentés mardi 9 mai au siège du Conseil national électoral (CNE) où ils ont remis un document dans lequel ils exigent la nullité, pour inconstitutionnalité, du décret émis par la Présidence de la République convoquant l’Assemblée nationale constituante.

Mercredi 10 mai 2017.

Le document est signé par Ana Elisa Osorio, Clíver Alcalá Cordones, Héctor Navarro, Gustavo Márquez, Juan Garcia Viloria, Santiago Arconada, Edgardo Lander, Esteban Emilio Monsonyi, Oly Millán Campos, Ramón Rosales Linares et Gonzalo Gómez.

Plusieurs porte-parole de la plateforme ont fait des déclarations à ce sujet. En premier lieu Santiago Arconada. Il a affirmé : « Nous croyons qu’il est de notre responsabilité citoyenne en tant que militants du mouvement populaire, en tant que militants du processus bolivarien de défendre l’héritage le plus important du président Hugo Chávez Frias, la Constitution de la République Bolivarienne du Venezuela » (CRBV). Santiago Arconada est connu pour avoir impulsé les Mesas Tecnicas de Agua (1), pour avoir dirigé une grève nationale des ouvriers textiles dans les années 1980 et pour son activité de soutien aux peuples indigènes. « Avec l’article 348 le Président a le pouvoir de prendre l’initiative mais il n’a pas le pouvoir constituant de réaliser la convocation qui est la prérogative exclusive du peuple du Venezuela, en vertu de sa souveraineté. Nous croyons que sans consultation, sans référendum consultatif qui évalue, par scrutin, la volonté du peuple du Venezuela de réaliser ou non une constituante, il ne peut y avoir d’Assemblée constituante valide. »

Ensuite Gustavo Márquez (ex-ministre du commerce extérieur de Chávez) a déclaré : « Nous sommes ici devant le Conseil national électoral pour exiger qu’il assume sa responsabilité, une responsabilité historique car c’est à cet organe du pouvoir public qu’il revient en accord avec la Constitution de convoquer le référendum populaire par lequel le peuple décide s’il veut ou non qu’on change ou qu’on abroge la Constitution. La Constituante n’a qu’un objet, celui de changer la Constitution, réorganiser l’État et changer tout l’ordonnancement juridique… Ce que se propose de faire le président Maduro, c’est de changer la Constitution de la République Bolivarienne du Venezuela. »

« Nous sommes ici, malgré les obstacles posés par les institutions, pour que les citoyens puissent s’exprimer, a signalé Clíver Alcalá Cordones (Major Général à la retraite), nous sommes ici pour informer sur les abus de cette institution, ce Conseil national électoral qui ne permet pas le libre exercice de la relation du citoyen avec ses institutions. »

Synthèse et articles Inprecor

Pour sa part Ana Elisa Osorio (ex-ministre de l’environnement de Chávez) a mentionné : « L’héritage principal du président Chávez c’est cette Constitution de 1999, et la convocation pour une Constituante faite par le président Maduro est tout d’abord contraire à la Constitution. (…) Le président a le pouvoir de l’initiative, c’est-à-dire qu’il peut dire : nous allons faire une Constituante, souvenons-nous de comment a procédé Chávez en son temps. Quand Chávez a dit nous allons faire une Constituante, ce fut parce qu’il allait faire un référendum, ce qu’il a effectivement fait. On ne peut passer par-dessus la Constitution de cette façon. Nous exigeons qu’on respecte la Constitution, qu’on respecte l’article 347 qui est explicite : c’est le peuple qui appelle à une assemblée constituante et l’article 348 précisément traite des mécanismes qui peuvent l’activer. Le principal objectif des vrais chavistes, ce que nous sommes, c’est de défendre cette Constitution de la République Bolivarienne du Venezuela. »

Gonzalo Gómez ferma ce tour de déclarations des membres de la Plateforme de défense de la CRBV, en commençant par se référer à l’article 333 de la Constitution : « Cette Constitution ne perdra pas sa validité si on cesse de la respecter par un coup de force ou si on l’abroge par tout autre moyen que celui qu’elle prévoit. Dans une telle éventualité, tout citoyen, toute citoyenne, investis ou non d’une autorité, auront le devoir de collaborer à son rétablissement. On utilise la Constitution comme une excuse, comme un subterfuge, comme une manœuvre, pas pour respecter son essence, c’est-à-dire que les objectifs du gouvernement sont déjà établis et on veut leur adapter une interprétation malsaine de la Constitution pour usurper au peuple vénézuélien – le souverain, le dépositaire originaire du pouvoir et de la prise de décision – sa faculté de convoquer une Constituante ou de l’approuver ; en conséquence ici on est en train de nous enlever cette démocratie participative et décisionnelle et ce pouvoir primaire pour qu’il soit assumé par une personne et une élite au pouvoir.

« De plus cette Constituante est inutile et très dangereuse, alors que ce qu’il faudrait faire c’est respecter la Constitution actuelle qu’on ne respecte pas. On ne la respecte pas quand le gouvernement lui-même, ainsi que nous l’avons dénoncé, viole les articles de la Constitution qui stipulent qu’il aurait dû présenter pour approbation du décret sur l’Arc minier de l’Orénoque, qui revient à livrer le pays aux transnationales et aux prédateurs, au détriment de notre biodiversité, de nos ressources en eau et des peuples indigènes, des études d’impact environnemental et socioculturel exigés par la CRBV et qu’il aurait dû consulter les peuples indigènes. Là ils ont violé la Constitution. »

Il a également affirmé qu’on viole la Constitution et les droits qu’elle contient quand le gouvernement ne satisfait pas à l’obligation de garantir au peuple nourritures et médicaments en réduisant les importations essentielles pour donner la priorité au paiement de la dette extérieure illégitime. Et cela, de son point de vue, doit être résolu par des politiques et des mesures adéquates et non en changeant l’actuelle Constitution.

La Garde nationale bolivarienne postée à l’entrée du CNE n’a pas laissé passer le groupe et ensuite un « collectif » l’a intercepté en leur intimant l’ordre de se retirer.

Une situation « insolite » dénoncée par les membres de la Plateforme de défense de la Constitution qui se sont présentés devant le CNE pour remettre leur document. Ils ont dénoncé le fait qu’une institution publique comme le CNE, qui est obligée de recevoir les citoyens et les citoyennes et d’examiner leurs démarches, soit bloquée par la Garde nationale bolivarienne (GNB) au point qu’on ait dû remettre les documents à des fonctionnaires dans la rue afin qu’ils soient reçus, signés et scellés parce que la GNB empêchait sans raison valable l’entrée dans les locaux (il ne s’agissait pas d’une manifestation, seulement d’une délégation de quelques personnes). Pour les membres de la Plateforme, c’est là une négation de l’attention qui était due. D’autre part ils se plaignent que pour le simple fait de s’être présentés pour apporter un document ils aient été filmés par les personnels qui empêchaient l’entrée des citoyens dans l’établissement électoral, attitude de claire intimidation. Ils ont qualifié ces conditions d’« irrespectueuses », « indignes », « offensantes » et « discriminatoires » pour les électeurs.

Pour finir ils signalent qu’après avoir fait des déclarations pour Aporrea.org, ils ont été abordés sous les yeux de la GNB par un supposé « collectif » de « Résistance » dirigé par un certain Marquina qui, usurpant les fonctions de l’autorité et de l’institution, leur a ordonné de quitter les lieux d’une façon hautement provocante, se comportant en maîtres du territoire y compris des rues. Ces individus, eux, n’ont pas été filmés par la GNB comme ce fut le cas pour les personnes qui d’une façon civilisée venaient porter leur texte au CNE, chose qui était parfaitement de leur droit. Ils regrettent que cette situation soit un exemple de ce qui se passe dans la République et ils se demandent jusqu’à quel point l’ordre constitutionnel et l’état de droit sont mis à mal par les autorités elles-mêmes et par des groupes de choc qui empêchent le déroulement démocratique. « Bien entendu nous n’avons fait aucun cas de ces personnages usurpatrices des fonctions publiques et autoproclamées comme autorités de la rue » ont commenté les signataires du document.

Finalement, ils ont réussi à entrer, profitant du contact avec un des directeurs du CNE, qui leur a montré un peu de réceptivité, et ils lui ont remis le texte en mains propres, dans les formes requises. ■

* Fondé en mai 2002 par l’Assemblée populaire révolutionnaire (APR, constitué le 10 avril 2002, a joué un rôle dans la mobilisation populaire contre le coup d’État), Apporea est un site web d’informations, d’analyses et de débats. En 2006, Apporea a reçu le Prix national de journalisme alternatif du Ministère de la communication et de l’information du Venezuela. Un de ses cofondateurs et animateurs, Gonzalo Gómez, militant de Marea socialista, fait partie des signataires de la Plateforme citoyenne de défense de la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela. Nous reprenons ici le reportage publié le 10 mai 2017 par Apporea : www.aporrea.org/ideologia/n308233.html (Traduit du castillan par Didier Germain-Thomas).

Notes

1. En 2001 l’Institut national des statistiques du Venezuela a réalisé une enquête dans 335 municipalités du pays, d’où il ressortait que les services d’eau potable étaient insuffisants dans 231 municipalités, soit près de 70 % (absence de traitement des eaux usées – encore en 2007 seulement 20 % étaient traitées, mauvaise qualité, fourniture insuffisante, etc.). Le gouvernement de Hugo Chávez a aidé les expériences communautaires visant à assurer l’approvisionnement en eau de qualité, en particulier les coopératives et les associations sans but lucratif appelées « Mesas Tecnicas de Agua » (assemblées techniques de l’eau). En 2007 le Venezuela comptait 2 800 « Mesas Tecnicas de Agua ».

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