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Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Dernières nouvelles 2010

VERS UNE INTERNATIONALE LARGE À TOUT PRIX ?

Pourquoi nous rejetons le projet de résolution « Rôle et tâches de la IV. internationale »

Cf. aussi : [Seizième Congrès]

Secrétariat politique du RSB (Allemagne)

Comme nous l’avons expliqué lors de différentes réunions du Comité International nous avons au moins six divergences majeures avec ce texte :

1. Nous pensons qu’il ne peut y avoir une tactique unique de construction d’une organisation révolutionnaire. Or le texte en discussion suggère qu’il peut y avoir une ligne universelle de construction, quoique les situations dans les pays soient bien différentes et bien que la plupart des sections ne puissent appliquer la tactique de regroupement avec d’autres forces et encore moins appliquer la ligne de construction d’une organisation large. Donc « le parti large » ne peut pas être le but universel dans la construction de nos organisations.

2. Nous tenons à souligner qu’à notre avis il n’y a aucune raison de négliger la différence entre le réformisme et le marxisme révolutionnaire. Plus encore : avec la crise actuelle très grave du capitalisme le terme « anticapitaliste » devient un peu la mode dans le vocabulaire de forces très diverses. Or ce terme perd de sa pertinence concrète et ne suffit plus comme point de repère. Ce ne sont pas les tâches qui sont devenues moindres et il n’y pas de rapprochement objectif entre le réformisme et le communisme révolutionnaire, bien au contraire : avec la perte de marge de manœuvre pour le réformisme, la quasi-totalité des partis réformistes s’intègre de plus en plus dans le système capitaliste. Il en résulte qu’a ce niveau là nos tâches sont devenues plus difficiles et plus compliquées si on ne veut pas être pendu aux basques du réformisme.

3. Le projet de résolution crée l’illusion que dans le futur proche on pourra créer une nouvelle Internationale ou au moins un nouveau cadre international (« dans la perspective d’un nouveau regroupement international / in the perspective of a new international grouping »). Pour arriver à ce but et faciliter cette tâche le texte propose de construire la IVe Internationale en s’appuyant sur nos « visions d’avenir ». Mais nulle part n’est décrit ni élaboré en quoi elle consiste. Or quels sont les fondements programmatiques pour lesquelles nous voulons lutter? Sans cette clarification absolument nécessaire, toute politique qui tend à forcer ce cours de regroupement et d’élargissement peut glisser vers une aventure aux conséquences imprévisibles. Qu’est-ce que nous entendons par « socialisme du 21e siècle » ? Cela nécessite un débat intense dans l’Internationale afin de profiter des différentes expériences et contributions théoriques et programmatiques de nos sections.

4. Qu’est-ce que c’est qu’une « gauche pluraliste » ? Si c’est une valeur en soi, il faut la caractériser plus concrètement, parce que dans l’absolu, une organisation pluraliste peut être tout et rien. Notons seulement : la fusion de deux courants réformistes – en se déclarant « ouverts» – n’en fait pas encore un parti large tel que se l’imaginent quelques-uns des auteurs du projet de résolution.

5. Pour l’avenir proche, il ne peut être question que nous soyons en mesure de reconstruire le mouvement ouvrier international. Nous pouvons y contribuer un tout petit peu, mais se donner cette reconstruction pour tâche peut nous amener à perdre de vue ce qui est vraiment possible, «oubliant» ainsi des leçons cruciales de l’histoire du mouvement ouvrier (et de notre histoire propre).

6. Finalement il faut un débat approfondi sur l’évolution des partis réformistes (à notre avis ici et là ex-réformistes), spécialement des partis sociaux-démocrates. En effet, il est totalement inadapté d’appliquer à l’ensemble de ces partis une caractérisation générale, les différences étant trop importantes selon le stade d’évolution concret de leur glissement à droite et de leur intégration à l’ordre capitaliste. Un débat collectif sur les critères à retenir serait très utile, car des appréciations trop grossières (ou orthodoxes seulement à première vue) peuvent nous conduire à faire des erreurs énormes, ou encore nous paralyser politiquement (en nous maintenant prisonniers de formules rituelles). Il faudrait demander aux sections concernées de faire une analyse récente de l’état et de l’évolution des partis sociaux-démocrates et ex-staliniens dans leur pays. Postuler un caractère de classe prétendument immuable, une fonction dans le cours concret de la lutte de classes qui le serait tout autant, cela n’a rien de marxiste et peut nous conduire à ne pas tenir compte des évolutions réelles et à courir inutilement par ignorance derrière la réalité. Un seul exemple: si l‘adjectif „réformiste“ peut apparaître aussi souvent dans bien des analyses où il est utilisé sans être spécifié, il devient alors évident que toute formation social-démocrate nouvelle qui se développe à gauche d’un parti social-démocrate existant est automatiquement „réformiste de gauche“. L’embêtant, c’est que si l'on procède de la sorte, les caractérisations (réformiste et réformiste de gauche) perdent tout contenu. Dans certains cas, cela peut conduire à de profondes erreurs d’estimation d’évolutions politiques concrètes.

Ceci dit nous désirons également soumettre à la discussion préparatoire du congrès et à l’attention des délégué(e)s quelques-unes des remarques explicatives que nous avions déjà présentées au Comité International :

En dépit des vœux pieux et malgré des appels réitérés nous sommes contraints de constater que la gauche ne se réunit pas dans des « partis larges ». La question « quel parti voulons-nous construire ? », « quel caractère doit avoir un parti large, si l’intégration des marxistes révolutionnaires doit avoir un sens ? » ou bien « dans quels processus d’unification devons-nous être partie prenante ? » est bien la question décisive. Mais c’est bien cette question qui est quelquefois oubliée.

Tant que nous ne débattrons pas collectivement ces questions clés nous ne progresserons pas. Nous ne partageons pas entièrement le constat de Tariq Ali qui dit : « Les mouvements sociaux et de gauche en Europe se trouvent dans un état avancé de décomposition (la situation en Italie étant seulement l’exemple le plus récent) », mais nous ne pouvons pas partager l’euphorie, en particulier vis-à-vis de la GACE [gauche anticapitaliste européenne] nourrie par quelques camarades. Le projet GACE est l’expression la plus manifeste d’une perspective floue et de concepts divergents.

A notre avis l’Internationale a les meilleures analyses et un programme qui a le mieux passé l’épreuve de l’histoire, mais elle est vraiment désorientée dans le domaine de la construction de l’organisation révolutionnaire .

Afin d’éviter tout malentendu nous tenons à faire les remarques suivantes:

► Aucun doute ne doit naître en ce qui concerne notre orientation inébranlable sur une politique offensive d’action commune (front unique). Le noyau de cette orientation est et doit rester notre travail dans l’opposition extra-parlementaire et la gauche syndicale.

► Nous sommes des partisans ardents de candidatures à des élections. Il n’y a guère d’activité qui ait tant contribué à la diffusion/propagation de nos idées que la candidature d’Olivier.

Le débat actuel doit se concentrer sur la question : comment pouvons-nous nous engager dans des forces, coalitions ou fronts vraiment anticapitalistes ? Et deuxièmement : qu’est-ce que nous voulons y atteindre ? Car le processus de différenciation entre les forces qui ne combattent que le néolibéralisme et celles qui se considèrent anti-capitalistes ou plus précisément ‘révolutionnaires‘ est aujourd’hui la différenciation la plus importante dans bon nombre de pays (probablement dans la plupart des pays européens).

Et quand les affaires sont à traiter d’une manière vraiment concrète, dans beaucoup de cas même cette distinction ne suffira pas, car des forces très diverses se disent anti-capitalistes.

La transposition mécanique d’un modèle spécifique sur d’autres pays a entraîné nombre de camarades de l’Internationale à se prononcer pour un « parti large » peu spécifié, même dans des régions et des cas où on ne pouvait vraiment pas s’attendre à la création d’une force anticapitaliste.

Il nous faut faire un bilan honnête de notre travail dans les « partis larges » parce que dans divers pays la formation de « partis larges » a échoué. En Italie le PRC a évolué constamment vers la droite. Au Brésil le projet de « parti large" , le PT, qui au début avait quand même l’air anticapitaliste a évolué vers un projet néolibéral.

Derrière le débat parti anti-néolibéral/parti anticapitaliste, on discerne la discussion plus ancienne sur l’opposition parti réformiste/parti révolutionnaire. Un des points clés est l’attitude envers l’appareil d’Etat bourgeois.

Partis antinéolibéraux et participation au gouvernement :

Le débat sur les « partis larges » s’est développé en deux discussions : sur la construction de partis anti-néolibéraux et la construction de partis anticapitalistes. Le projet de renouveler la gauche par la construction de partis larges résulte de plusieurs conclusions erronées :

► Est-ce vraiment important ou même primordial de construire (peut-être même avant tout au niveau électoral) une alternative aux gouvernements sociaux-démocrates comme le disent tant de textes de l’Internationale ainsi que de la GACE ? N’est-il pas beaucoup plus important, et en fin de compte décisif, de construire une alternative à la politique dominante ? Ne faut-il donc pas construire la résistance d’en bas et non pas promouvoir l’illusion que nous pourrons présenter une alternative gouvernementale ?

Cela a plusieurs implications. Il est vrai et indéniable que de bonnes campagnes électorales, et en conséquence un bon résultat aux élections, peuvent donner un encouragement et une poussée importante pour la propagation des idées révolutionnaires. Mais cela ne doit pas être surestimé ou devenir le seul but. En fin de compte il est primordial de militer parmi les travailleurs et travailleuses, d’y faire un travail d’organisation, de nouer des liens avec d’autres composantes du mouvement extraparlementaire existant tout en construisant ce mouvement. L’Internationale doit clairement rejeter les stratégies de raccourci ou de percée. La stratégie de l’IST par exemple est très liée à un glissement programmatique.

En appelant à la construction d’une alternative aux gouvernements sociaux-démocrates, ne produisons-nous pas des illusions concernant le rapport de forces réel et les véritables possibilités qui résultent du vote pour ….un parti large? Vu le rapport de forces réel (au moins en Europe) nous sommes obligés de constater que nous sommes très loin d’un contexte où le vote pour un parti de gauche pourrait considérablement changer le rapport de forces en donnant la victoire à cette alternative. Ou bien cette alternative n’est pas vraiment la représentante de la lutte de classes, ou bien elle en est une force conséquente, ne pourra donc pas gagner les élections et restera une minorité, dans la plupart des cas même une petite minorité.

Cela ne veut aucunement dire que nos idées et nos propositions resteront minoritaires. Nullement ! Mais dans les conditions du parlementarisme, de l’ordre bourgeois et des rapports de forces, à moyen terme d’autres majorités ne se manifesteront qu’au cours de grandes luttes et mobilisations.

Vu le déclin des forces de gauche et la stagnation pendant les dernières années dans la plupart des pays, quelques camarades tirent la conclusion qu’on doit plus que jamais avoir des succès électoraux afin de trouver – à travers les changements dans le panorama des partis électoraux – un moyen de sortir de la situation défensive de la classe ouvrière. S’y ajoute une autre idée erronée, qui résulte de la recherche d’un raccourci : Il n’ est plus vraiment important de renforcer les forces « lutte de classes» à l’intérieur de la classe elle-même et le renforcement de l’organisation révolutionnaire (ou des organisations révolutionnaires). Ce qui, pour ces camarades, importe le plus, c’est la taille de l’organisation, indépendamment de la force qui porte les fondements politiques et programmatiques d’un éventuel regroupement ou d’une fusion. Depuis des années nous sommes témoins de joies folles quand il y a les premières nouvelles d’un regroupement en cours, et nous sommes fort étonné(e)s, quand, déjà après peu de temps, cette expérience s’avère non viable et répond mal politiquement aux exigences de la lutte de classes.

Ici on doit mettre en question surtout le concept prisé de « pluralité ». Qu’est-ce qui est de prime abord si positif dans le fait de la pluralité ? Si ce terme met l’accent sur la pluralité des sources et origines et si on peut mettre en avant la concordance dans les questions centrales de la lutte de classes, on pourra sans doute constater qu’il a pour effet un succès politique considérable.

Mais d’ordinaire ce terme désigne ou suggère autre chose, à savoir les différences politiques continuelles qui – à travers des compromis de formules ou la mise à l’écart de certaines questions – sont minimisées dans leur portée. A l’extrême on peut avoir l’impression que nous ne devons peut-être pas produire cette pluralité mais que nous avons la tâche de la maintenir, de la rendre permanente.

Pourquoi l’accent est-il si souvent mis sur la pluralité ? Est-ce qu’un parti moins pluraliste est forcément moins efficace ou moins démocratique ? Même la représentativité n’est pas forcément liée au caractère pluriel d’un parti. Est-ce nuisible pour le succès ou la justification historique d’un parti si celui-ci est moins pluriel que par exemple le PT brésilien ou le PRC en Italie ? Est-ce que la scission du Spartakusbund du SPD était une erreur? Dans notre tradition on avait toujours jugé qu’il aurait fallu quitter le SPD au moins 10 ans auparavant, former comme Lénine avait fait un parti de combat et de lutte de classes. Comme on sait Trotski s’est rallié aux positions de Lénine. Est-ce que nous ne partageons plus ces convictions ?

·

Parti anticapitaliste et parti large

Trop souvent les déclarations et les articles de l’Internationale sont centrés sur des succès électoraux espérés, réalisés ou non réalisés. Dans notre presse il y a d’innombrables articles qui nous donnent l’impression que la politique électorale et la conquête de mandats parlementaires constituent le but suprême de notre travail.

De cela découle une autre grave erreur dans l’orientation de l’Internationale et de ses sections. Si la conquête de mandats parlementaires (ou à un niveau plus général les bons résultats électoraux) est devenu le but suprême, alors les camarades seront bientôt prêts à faire des concessions politiques afin d’atteindre de bons résultats en faisant des coalitions avec d’autres forces. Cela ne veut pas dire qu’il n'est pas permis d’avoir des accords électoraux entre les forces révolutionnaires. Ainsi des candidatures communes – au cas où elles sont basées sur un programme révolutionnaire et lutte de classes – peuvent être utiles. Cela ne nous paraît pas forcément être le meilleur choix dans chacun des cas spécifiques, mais une candidature commune ne peut et ne doit pas être exclue de prime abord.

Ici il est nécessaire de rappeler un des principes de la propagande révolutionnaire. Les marxistes révolutionnaires sont toujours restés fidèles à la conviction que l’unité d’action (« tous ensemble ») est quelque chose de très précieux. Le meilleur exemple d’application de ce principe est la ligne des bolcheviks en 1917 quand ils ont lutté (« tous ensemble ») avec d’autres forces pour le slogan : « de la terre, du pain, la paix », en mobilisant de larges parties des classes opprimées, ce qui entraîna la lutte révolutionnaire de l’automne 1917 et la chute de l’ancien régime. Mais la propagande pour une autre société (pour le socialisme), les bolcheviks et les révolutionnaires l’ont toujours faite sous leurs bannières propres. Ce qui ne peut durer qu’un temps bien limité, c’est la propagande conjointe avec une autre organisation. Une telle propagande doit avoir comme point de départ commun la lutte de classes et l’antagonisme implacable au système capitaliste et à l’ordre parlementaire bourgeois.

Nous ne trouvons pas utile d’appliquer une tactique universelle pour la construction de partis « larges », de partis « antinéolibéraux » ou de partis « anticapitalistes ». Souvent de telles tactiques sont gonflées en stratégie, ce qui – dans les meilleurs des cas – se révèle n’être qu’une chimère quand elle est confrontée à la réalité des traditions concrètes, des évolutions et des perspectives du véritable mouvement ouvrier dans les divers pays. Dans le pire des cas des schémas sont imposés aux sections, ce qui leur cause pas mal de problèmes. Nous ne sommes pas par principe contre des tactiques similaires ou de même type au niveau international, mais nous les voyons utiles uniquement dans le contexte d’une montée internationale des luttes ouvrières (comme par exemple dans les années 1917- 23, 1934-37, 1968-1974/75). Pendant des périodes défensives, les différences entre les mouvements ouvriers des pays respectifs sont beaucoup plus nettes ce qui rend bien plus difficile d’appliquer une tactique commune. Et il va de soi que cela ne peut pas non plus être résolu par des méthodes zinovievistes. Indépendamment de ces considérations, nous tenons à maintenir les principes stratégiques au niveau international, tels que la non-participation à des gouvernements bourgeois, la lutte contre la guerre, pour la construction des mouvements sociaux, pour la construction de tendances lutte de classes dans les syndicats, pour la libération desfemmes, etc ■

Résolution du secrétariat politique du RSB, le 12 novembre 2009

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