Pourquoi le NPA a raison face à LFI sur la question de l’intégration européenne de l’Ukraine ?

par Daria Saburova
Daria Saburova à l’Universite d’été du NPA. © Photothèque Rouge / Martin Noda / Hans Lucas

Ce tweet s’adresse à celles et ceux qui s’intéressent sincèrement aux possibilités d’amélioration des conditions de vie, de sécurité et de lutte pour les classes populaires en Ukraine. Révolutionnaires de posture s’abstenir.

Il faut commencer par rappeler que l’Ukraine subit déjà tous les désavantages du marché commun avec l’UE depuis la signature de l’Accord d’association en 2014 sur la base de conditions discriminatoires s’inscrivant dans les rapports de domination néo-impérialistes.

L’Ukraine a levé de manière unilatérale la quasi-totalité des barrières à l’importation des produits UE, tandis que l’UE a fixé des quotas sur l’importation de la plupart des produits Ukraine (les agriculteurs de l’UE manifestent actuellement contre l’abrogation provisoire de ces quotas).

La transformation néolibérale de l’Ukraine est déjà bien entamée sous la pression de la dette extérieure, notamment vis-à-vis du FMI, et en accord avec le programme politique et social des élites post-Maidan, indépendamment de l’entrée ou non de l’Ukraine dans l’UE.

Dans ces conditions, l’entrée de l’Ukraine dans le l’UE en tant que volet politique d’une intégration économique déjà en cours (mais à titre de partenaire inférieur) aurait des effets bénéfiques relatives sur le niveau de vie et les capacités d’organisation de la classe ouvrière Ukraine.

Dire que l’entrée dans l’UE détruirait le droit du travail en Ukraine est faux. C’est l’inverse. Le Code de travail Ukraine est en théorie plus protecteur que celui des pays UE. Mais beaucoup de travailleurs sont maintenus dans l’informalité, et les dispositions légales ne s’appliquent pas.

Le gouvernement d’Ukraine a récemment introduit des lois contraires aux règlementations de l’UE en matière du droit de travail. Ainsi la loi N°5371 exempte les patrons du respect du Code de travail dans les entreprises de moins de 250 employé·es. Les conditions de travail seraient négociées au cas par cas.

La Confédération européenne des syndicats, à laquelle sont affiliées les deux plus grosses fédérations syndicales ukrainiennes, utilisé l’argument de l’intégration européenne pour faire pression sur le gouvernement ukrainien.

Les normes de l’UE en matière des droits sociaux, du travail, de l’environnement, aussi basses soient-elles dans l’absolu, sont supérieures à ce à quoi l’on peut s’attendre des ultralibéraux ukrainiens partis en roue libre. Les salaires en Ukraine seraient aussi tirés vers le haut.

Enfin, cette question prend un sens véritablement vital depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Quelle que soit l’évolution de la guerre, l’Ukraine a besoin d’un soutien militaire et de garanties de sécurité de la part de l’UE, pour sa défense immédiate et pour prévenir de nouvelles agressions.

En ce qui concerne LFI qui a visiblement prévu de fonder sa campagne européenne sur des slogans chauvinistes et protectionnistes de la menace par le poulet ukrainien « de nos droits sociaux, notre industrie et notre agriculture »…

Avec ce genre d’arguments favorables avant tout aux secteurs particuliers du patronat français (qui par ailleurs est toujours prompt à défendre les politiques favorisant les marchandises françaises sur le marché mondial), merci d’arrêter de se revendiquer de la gauche !

La question de l’entrée ou non de l’Ukraine dans l’UE ne saurait être le cheval de bataille des anti-capitalistes et anti-impérialistes. Ce choix est l’aveu de notre faiblesse, il se pose parce que nous n’avons pas la force de réaliser dans l’immédiat une alternative propre.

Et cet aveu n’a rien d’honteux quand il s’accompagne d’une analyse du réel historique et de l’action qui exprime concrètement la solidarité internationaliste. Ce qui est honteux, c’est de céder soit à la mégalomanie dogmatique hors sol, soit à la tentation réactionnaire.

Le 23 février 2024