Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Notes de lectures

N° 507-508 juillet-août 2005 *

Une contribution importante à l’histoire du trotskisme

Cf. aussi : [Marxisme]

Jan Malewski

Michel Lequenne, Le trotskisme, une histoire sans fard, éd. Syllepse, Paris 2005, 24 euros

Cela fait des années que Michel Lequenne voulait écrire une histoire du trotskisme. Aussi la parution récente de son « Le trotskisme, une histoire sans fard » constitue l’aboutissement d’un projet longuement mûri, préparé par de nombreux articles de discussion parus en particulier dans la revue de la LCR, Critique Communiste, dont il n’a cessé d’être un des rédacteurs. Militant trotskiste depuis 1940, syndicaliste, Michel s’est également intéressé à l’Histoire, celle de la « découverte » de l’Amérique par les Européens et celle de l’art, poussant sa passion critique jusqu’à l’analyse des rapports entre l’idéologie et le pouvoir, ce qui a récemment abouti à une série d’essais sur la première « normalisation » du christianisme (publiés dans Critique Communiste).

Son engagement politique a été marqué par une recherche — toujours inachevée — des voies permettant la construction d’un parti révolutionnaire ; il a ainsi été l’acteur de nombreuses ruptures au sein des organisations de la gauche radicale en France, depuis la scission de 1952, en passant par la rupture avec ce qui allait devenir le courant « lambertiste », la construction du PSU, le retour dans la section française de la IVe Internationale, la fondation de la Ligue communiste, les débats de tendances en son sein jusqu’à la tentative, marquée encore par un échec, de la fondations d’une énième « nouvelle gauche » à la suite de la candidature présidentielle de Pierre Juquin. A la lecture de son livre on ne peut ainsi ne pas être impressionné par la multitude d’échecs de ceux qui avaient tenté de sortir de la marginalité qui fut le sort des révolutionnaires après que la double dégénérescence du mouvement ouvrier — la capitulation de la social-démocratie à l’orée de la première guerre mondiale et la contre-révolution stalinienne des années 1925-1938 — soit parvenue à asseoir son hégémonie. Les nombreuses, en particulier en France, tentatives de trouver des « raccourcis » permettant aux noyaux révolutionnaires fort réduits de transcroître en de « petits partis » se soldèrent toutes par une division et une marginalisation de ceux qui les tentèrent, souvent par la disparition des courants politiques qu’ils essayèrent de construire.

En même temps, ces incessantes recherches ont permis à ceux qui en furent les protagonistes de jouer un rôle sans commune mesure avec l’influence de leurs petites organisations, dans l’animation de tous les mouvements sociaux nouveaux — depuis la solidarité avec la rupture yougoslave, en passant par l’engagement contre la domination coloniale française en Algérie, la syntonie avec la radicalisation de la jeunesse qui provoquera mai 1968, pour aboutir au renouveau du mouvement syndical…

L’engagement militant de Michel, sa fougue dans les diverses polémiques qui ont marqué l’histoire — la « grande » comme la « petite » — du trotskisme en France, transparaît dans sa manière de l’écrire. Si sa présentation est « sans fard » et ne tente nullement une idéalisation du cheminement sinueux du mouvement trotskiste, elle reste attachée aux combats qu’il a menés et il n’hésite pas à reprendre, cinquante ans plus tard, les arguments polémiques qui marquèrent, par exemple, la crise de 1952, aboutissant à la fracture historique du mouvement. Pourtant — et l’itinéraire de Michel lui-même en est l’illustration — la « capitulation du pablisme devant le stalinisme », annoncée par la majorité française en 1952, n’a pas eu lieu, même si certains des dirigeants minoritaires d’alors (Michèle Mestre…) l’ont effectivement réalisée. Une analyse moins passionnée de cette période reste encore à faire, même si elle ne pourra pas occulter les remarques de Michel…

Bien qu’il avertisse dès les premières lignes qu’il ne prétend pas écrire une histoire de la IVe Internationale, sa vision du trotskisme pèche par son caractère « hexagonal » : les — rares — incursions que l’auteur effectue dans l’analyse des politiques des organisations trotskistes d’autres pays (y compris les plus proches culturellement : la Belgique et la Suisse), restent limitées et Michel ne plonge pas dans la bibliographie, de plus en plus riche, de l’histoire trotskiste internationale.

C’est donc avec un recul critique que l’ouvrage de Michel Lequenne doit être apprécié. Nous ne saurons cependant nous retenir d’en conseiller la lecture, car si l’approche de l’auteur reste marquée par son propre passage dans cette histoire et par son apport, souvent notable, elle suscite la réflexion critique, constituant ainsi une contribution importante à la compréhension du cheminement tortueux d’un mouvement qui reste encore à construire.

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