Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Politique

N° 500 décembre 2004 *

BRÉSIL

Raul Pont critique le gouvernement Lula

Cf. aussi : [Brésil]

Ancien maire de Porto Alegre (1996-2000) et théoricien du budget participatif, Raul Pont était une nouvelle fois candidat du Parti des travailleurs à la mairie de Porto Alegre. Il faisait face à José Fogaça, candidat du Parti populaire socialiste (ex-PC brésilien, viré au social-libéralisme) soutenu par l’ensemble de la droite. Il a été battu, n’obtenant que 46,68 % des voix au second tour. Le PT a ainsi perdu une de ses villes phares, qu’il dirigeait depuis seize ans. Nous publions ci-dessous ses prises de position telles qu’elles ont été rapportées par la presse brésilienne.

Le 2 novembre Correio do Povo, le quotidien de Porto Alegre, résumait ainsi la conférence de presse de Raul Pont : " Raul Pont a attribué hier sa défaite au sentiment anti-PT accentué par les frustrations provoquées par le gouvernement Lula dans la partie la plus active de la population. Il a cité les retraites, le salaire minimum et la grève des banques. "A l’antipétisme stimulé par les secteurs conservateurs se sont ajoutées toutes les déceptions des attentes du changement lié à la victoire de Lula et qui n’a pas eu lieu." Selon Pont la mauvaise direction a été prise lors de la réforme des retraites, et elle a été poursuivie avec le salaire minimum et l’imposition des retraites, ce qui a frustré beaucoup de monde. "C’est dur à reconnaître, mais j’ai été choqué lorsque Lula a acheté un avion pour 70 millions de dollars et qu’il a abandonné les travailleurs" a poursuivi le candidat du PT. Pont a souligné que si le parti avait bien augmenté le nombre de ses mairies, la plupart des villes et capitales conquises ne peuvent être comparées aux mairies perdues. Pour lui le résultat des urnes doit constituer un signal d’alarme et devrait conduire le parti à repenser sa politique. "Nous perdons notre identité et quand cela commence à être perçu la première réaction des électeurs c’est de se tourner vers un autre parti. Nous avons aussi perdu des cadres et des militants qui nous ont manqué pour ces élections", a-t-il indiqué, en se référant aux fonctionnaires, aux salariés des banques et aux universitaires. Il a conclu que le gouvernement doit prendre des mesures plus fortes de manière à signaler à la population qu’il n’a pas oublié ses engagements. "

" Le député [de l’État de Rio grande do Sul] Raul Pont a affirmé hier — écrivait le 15 novembre Correio do Povo — que le PT devra faire un débat sérieux et profond pour se récupérer. Il a attribué en partie son échec électoral à l’exclusion de la députée [fédérale] Luciana Genro, à la réforme des retraites et au faible réajustement du salaire minimum. "La défense de la fidélité aux drapeaux historiques a été défaite, mais nous allons radicaliser le débat au sein de la Convention pour modifier les positions du gouvernement" a prévenu le député ".

Pour sa part Folha de São Paulo Online écrivait le 22 novembre : " Le député de l’État Raul Pont (PT), candidat malheureux à la mairie de Porto Alegre, a dit aujourd’hui à Folha que la manière de gouverner de Luiz Inácio da Silva était "honteuse", "dépassée", "vieille" et "créatrice du clientélisme". Pont, qui fait partie de la tendance pétiste DS (Démocratie socialiste), de la gauche du parti, trouve que si lui et la mairesse de São Paulo, Marta Suplicy (PT), avaient été élus, ils auraient pu aider à imposer au gouvernement fédéral un comportement différent. Les discussions en vue d’une réorganisation du gouvernement pour accorder des postes au Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB) et au Parti progressiste [PP, droite populiste] ayant commencé la semaine dernière, Pont a déclaré qu’il ne croyait pas que le système d’alliances mis en œuvre était nécessaire. "Je ne trouve pas que la défaite doive conduire le gouvernement à élargir les alliances. Dans un pays où l’exécutif est aussi impérial, le rôle du législateur n’est que permissif et il n’empêche pas de gouverner. L’élargissement des alliances ou la recherche de la gouvernabilité par la majorité n’est pas nécessaire. Ce sont les relations avec la société qui doivent changer. Ce n’est pas déconsidérer le Congrès. Nous devons simplement créer d’autres relations", a dit Pont. Une étude élaborée par Pont pour la mise en place du Budget participatif au niveau fédéral a déjà été envoyée au gouvernement. "Certains traitent ces thèses comme s’il s’agissait d’une aventure. Nous nous efforçons pourtant d’être entendus. Deux années ont déjà passé avec ce type de rapport de forces au sein du Congrès. Et quoi ? Avions-nous amélioré la participation populaire ? Nous nous sommes limités à parler de cette démocratie participative que nous avions toujours considéré comme insuffisante à part le fait, c’est clair, qu’elle est meilleure qu’une dictature. " Critiquant l’actuelle politique des alliances Pont a affirmé : "Nous sommes à la recherche d’une majorité mais est-ce que l’unique forme qu’elle peut prendre c’est que nous nous asseyions avec le Parti travailliste brésilien [PTB, un parti de droite malgré son nom] ou le PMBD ? Est-ce le modèle ? La méthode qui consiste à partager le budget entre les députés fédéraux — qui existait lorsque j’étais député fédéral et qui continue à être pratiquée — est honteuse. Elle stimule le clientélisme. C’est une forme de gouvernement dépassée, vieille, créatrice de clientélisme. C’est pourquoi, pour notre part, nous parions sur des formes plus directes." Selon Pont , "cette politique de gouvernabilité ne fera qu’aggraver les conflits à l’intérieur du parti, subordonner le PT aux intérêts des États, ce qui va nous détruire en tant que parti." "

Notes

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