Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 590 janvier 2013

DANEMARK

Budget 2013 : une importante erreur de l’Alliance Rouge Verte (Enhedslisten)

Cf. aussi : [Danemark]

SAP *

Résolution adoptée par la conférence nationale du SAP les 17-18 novembre 2012.

Synthèse actualisée Inprecor

Le Budget national pour l’année 2013 contient des reculs, surtout en ce qui concerne les modifications des taux de l’imposition. Il ne contient aucune amélioration significative, car il respecte les limites que le gouvernement a décidé de respecter. Il ne va pas en direction d’une plus grande prospérité, ni dans celles de la création des emplois, mais au contraire il aggrave l’austérité.

Il est dans la continuité des deux principaux accords économiques réalisés au Parlement avec la droite : la réforme de la fiscalité et de celle imposant aux invalides la flexibilité du travail. Il ne contient aucun élément permettant de remettre en cause ces reculs.

Étant donné que la majorité de la Direction nationale (1) [de l’Alliance Rouge Verte (Enhedslisten] a approuvé ce projet de loi budgétaire, contournant et invalidant la décision du congrès national de 2010, le groupe parlementaire va voter en faveur de ce budget. Le comité exécutif du SAP a rendu public, le 13 novembre 2011, son avis sur cette décision, présentant une analyse et des arguments. Le fait que la majorité de la Direction nationale (DN) de l’Alliance n’a pas suivi la décision du congrès est à la fois un problème politique et démocratique.

C’est un problème politique, car le congrès national de 2010 avait de bonnes raisons politiques pour adopter des directives qu’Enhedslisten devait appliquer lors des votes des lois de finances.

Premièrement, il est crucial pour la crédibilité d’un parti socialiste et pour sa capacité de renforcer l’unité en faveur des changements et d’un monde meilleur, que nous ne soyons pas complices de compromis pourris, que certains secteurs de la classe ouvrière et du peuple doivent payer alors que d’autres obtiennent quelques miettes en plus. Ce fut un principe bien établi d’Enhedslisten, depuis que nous l’avons fondé, et c’est devenu encore plus important du point de vue politique dans une situation où la classe dominante s’enrichie au détriment du reste de la société. C’est pour cela que nous ne pouvons pas voter pour un budget contenant l’austérité.

Le congrès de 2010 a également décidé qu’Enhedslisten se fonde sur un solide principe parlementaire, qu’une amélioration minimale ne peut constituer une raison suffisante pour voter en faveur d’un budget. La loi de finances n’est pas une loi ordinaire (2). Il s’agit d’un vote sur la politique économique et sur l’orientation politique que le Parlement doit suivre.

En conséquence, le congrès national a stipulé que le budget devait constituer une véritable rupture avec les politiques bourgeoises néolibérales appliquées par la coalition des libéraux et des conservateurs. On pourrait même penser que notre congrès préalable avait eu connaissance de la déclaration du futur gouvernement de la Social-démocrate (SD) et du Parti socialiste populaire (SF), proclamant qu’il poursuivra l’orientation économique et respectera les contraintes des marchés. Un choix que ce gouvernement respecte.

Notre congrès a également défini ce que devait être une rupture avec la politique néolibérale : l’exigence non seulement des (petites) améliorations, mais de changement significatif d’une part, et d’autre part c’était un avertissement à la coalition SD-SF : ne croyez pas que vous pourrez mener durant toute l’année une politique bourgeoise avec le soutien de la droite et d’avoir notre soutien lors du vote de la loi des finances que ni votre électorat ni vos alliés de droite ne pourront accepter.

Avec cette orientation l’Alliance Rouge Verte avait à la fois la possibilité de s’appuyer sur la pression extérieure au cours des négociations et de montrer qu’une politique alternative est possible. Mais ce ne fut pas l’orientation que la majorité de la DN a suivie.

Le désastre politique consistant à tourner le dos à ces sages critères a été encore renforcé par le fait que la majorité de la DN de l’Alliance a décidé de reculer sur la revendication de la création des emplois, de la formation ou des allocations de chômage pour ceux qui vont se trouver hors du système d’assurance chômage (3). C’était une exigence :

qui a une grande importance pour le rapport de forces entre les classes et donc qui concerne non seulement les victimes immédiates ;

que le groupe parlementaire lui-même avait publiquement défini comme non négociable ;

qui était le thème central de la principale campagne politique de l’Enhedslisten cette année ;

qui constituait de toute évidence une amélioration « significative » ;

qui a un large soutien de la population : une grande partie de la population ne pourra comprendre que l’Alliance a capitulé sur ce sujet.

La décision de la majorité de la DN constitue également un problème démocratique. Lorsque la majorité de la DN fait le choix d’ignorer une décision du congrès, elle mine le débat démocratique et la prise des décisions collectives au sein de notre parti — Enhedslisten. Comment faire participer les membres aux débats et à la prise collective des décisions lorsque la majorité de la DN envoie le message suivant : « Vous pouvez adopter ce que vous voulez, mais lorsque nous sommes en situation de décider, nous faisons ce que nous voulons ».

Synthèse actualisée Inprecor

Les racines de cet échec politique et démocratiques datent de longtemps.

La majorité de la DN et le groupe parlementaire n’ont pas mené une campagne offensive sur le budget national qui permettrait d’affirmer Enhedslisten en tant qu’alternative politique, qui veut briser les autolimitations gouvernementales et l’orientation politique et sociale néolibérale.

A l’exception de courtes périodes et d’avis isolés, la majorité de la DN et le groupe parlementaire ne se sont pas servis des exigences offensives formulées par le congrès. Ils n’ont jamais dit clairement au public et au gouvernement que c’était la condition du vote de la loi des finances par Enhedslisten. Ils ne les ont pas employé pour faire pression sur le gouvernement.

Au contraire, ils ont négocié et communiqué sur la base du cadre gouvernemental et sur la manière de l’améliorer progressivement.

La majorité de la DN a utilisé plus de moyens pour suivre les sessions parlementaires qu’à l’organisation de la campagne pour construire une pression populaire en faveur des demandes d’emplois, de la défense de l’enseignement ou des allocations des chômeurs.

Cela a conduit la majorité de la DN et le groupe parlementaire dans une situation où il était plus difficile de rompre les négociations.

Ce fut une décision mauvaise et nuisible. Ce qui a un peu limité les dommages, c’est que le groupe parlementaire a fait le choix d’une stratégie médiatique consistant non pas à applaudir l’accord mais à s’adresser à la population en l’appelant à exercer une plus forte pression sur le gouvernement.

En revanche, certains arguments qui ont été employés pour justifier l’accord ont empiré la situation, en particulier au sein de l’Enhedslisten.

On nous a dit que le groupe parlementaire a été « surpris » par le fait que la Social-démocratie et le Parti populaire socialiste étaient prêts à adopter une politique de droite, alors qu’il s’attendait à un accord sur la gauche. Il s’agit là soit d’un manque irresponsable de perspicacité politique, soit d’un mensonge conçu par un conseiller de communication. Les deux sont également inacceptables.

On nous a dit que la majorité de la DN et le groupe parlementaire se sont sentis obligés de signer l’accord pour éviter que le gouvernement ne réalise un accord avec l’opposition de droite, qui aurait été pire. Si cela devient la ligne directrice de l’Alliance dans l’avenir, celle-ci sera obligée de voter en faveur de tous les choix du gouvernement, car il y aura toujours quelque chose de pire.

On nous a dit que six mois d’allocations de plus pour les chômeurs, c’est mieux que rien. C’est vrai. C’est un petit amendement qu’Enhedslisten aurait pu voter au dernier moment, s’il s’agissait d’un vote séparé. Mais en abandonnant la condition de la garantie des indemnités, nous avons créé une atmosphère qui mine les options du mouvement populaire et notre propre campagne.

La décision est prise. Le mal est fait. Maintenant la question c’est comment allons-nous nous orienter ? Comment pouvons-nous agir de manière à ce que cette décision ne soit pas le début d’une tendance qui conduira à ce qu’Enhedslisten n’ait plus de raisons d’exister ?

Nous voulons indiquer les initiatives suivantes :

● 1. Nous devons nous engager à fond dans la campagne sur l’emploi et l’amélioration des indemnités de chômage. Des efforts doivent être faits tant pour renforcer la campagne d’explications d’Enhedslisten que pour construire une large campagne unitaire dans les syndicats et les localités. Ceux qui soutiennent l’accord budgétaire doivent montrer qu’ils prennent au sérieux leurs arguments. Les opposants de l’accord ne doivent pas baisser les bras sous prétexte que la majorité de la DN et le groupe parlementaire ont rendu la lutte plus difficile.

● 2. Les membres de base de l’Alliance doivent s’emparer du redressement de l’orientation. Nous encourageons toutes les sections à débattre de cet accord budgétaire et à soumettre leurs objections à la majorité de la DN. Il est important que celle-ci sache ce que pensent les sections. Certains vont dire que le débat interne (qui sera de facto public) peut endommager l’Alliance. Nous croyons plutôt qu’il devrait être clair qu’il y au sein de l’Alliance beaucoup d’adversaires de cet accord car, sinon, nous risquons de voir les militants critiques quitter Enhedslisten et les électeurs critiques, frustrés, se détourner du parti à la recherche d’autres pâturages. Finalement ces débats doivent servir de prélude à la préparation du prochain congrès national.

Nous ne demandons pas un congrès extraordinaire. Nous pensons qu’il faut concentrer nos efforts pour développer la campagne pour l’emploi et les indemnités de chômage ainsi que les autres activités tournées vers l’extérieur. Un congrès extraordinaire ne modifierait pas de manière significative la perception de l’Alliance ni les effets de son changement de cap.

D’autre part nous pensons qu’un congrès ordinaire bien préparé peut adopter une critique concise de la décision de la majorité de la DN et confirmer les directives élaborées pour le vote des lois de finances.

Ce processus a confirmé que la DN est réellement la direction politique d’Enhedslisten. C’est une bonne chose. Il est donc important que le congrès élise la DN sur la base de critères politiques. Ses divers membres peuvent mettre l’accent sur des orientations et des points de vue politiques différents. Mais lors du congrès national, à la suite d’une décision de la DN qui a, à ce point, divisé le parti et qui menace l’orientation future de l’Alliance, l’attitude envers l’accord sur la loi de finances aura une très grande importance.

Synthèse actualisée Inprecor

Nous croyons que le congrès doit élire une Direction nationale qui ne répètera pas l’erreur commise. Nous appelons donc à voter pour les candidats à la DN qui disent clairement :

L’accord avec le gouvernement sur la loi de finances a été une erreur politique. Dans l’avenir, Enhedslisten doit être plus offensive dans les négociations budgétaires, exigeant une rupture véritable avec la politique néolibérale que les autres partis parlementaires soutiennent ;

L’approbation de l’accord fut une faillite de notre démocratie, parce qu’elle transgressait une décision de notre congrès. Enhadslisten poursuivra les négociations budgétaires sur la base des trois critères élaborés par le congrès de 2010 ;

L’Alliance Rouge Verte - Enhedslisten est un parti d’opposition à l’orientation politique générale du gouvernement et notre tâche principale est de mobiliser la population afin d’exercer une pression extra-parlementaire sur l’orientation du gouvernement et des directions des trois partis de la coalition gouvernementale. ■

17-18 novembre 2012

* Le SAP (Socialistisk Arbejderparti, Parti socialiste des travailleurs) est la section danoise de la IVe Internationale. Le SAP a été à l’origine de la fondation de l’Alliance Rouge Verte - Enhedslisten (littéralement « Liste d’unité ») en 1989, qui après avoir été une coalition électorale s’est transformée en parti politique et a pris part aux rencontres de la gauche anticapitaliste européenne tout en ayant des relations avec le Parti de la gauche européenne. Enhedslisten a obtenu 6,7 % des suffrages exprimés lors des élections législatives de septembre 2011 et 12 député-e-s, dont 2 sont des militants du SAP. Pour une histoire de l’Enhedslisten voir le dossier paru dans Inprecor n° 577/578 d’octobre-novembre 2011.

Traduction : J. M.

Notes

1. Hovedbestyrelsen ou HD est une instance de direction élue par le Congrès de l’Alliance Rouge Verte - Enhedslisten, composée de 25 membres, qui se réuni tous les mois. Au sein de l’Enhedslisten il y a eu beaucoup de débats sur les rapports entre HD et le groupe parlementaire, dont les réunions sont plus fréquentes, pour savoir quelle instance devait être la direction politique.

2. Le principe d’Enhedslisten lors des votes parlementaires c’est de soutenir toutes les améliorations, même petites, et de s’opposer à toute dégradation (même peu significative), mais ce principe ne peut, selon le vote du congrès de 2010, être appliqué pour le vote du budget national qui détermine la politique générale pour l’année à venir.

3. La loi n° 703 du 25 juin 2010, adoptée par la précédente majorité libérale et conservatrice : elle réduit — de 4 ans sur une période de 6 ans à 2 ans sur une période de 3 ans — la durée de l’octroi des indemnités aux chômeurs à partir du 1er janvier 2013. Lors de son vote les syndicats et les partis de gauche avaient protesté, mais l’actuelle coalition gouvernementale, dirigée par la social-démocrate Helle Thorning-Schmidt et constituée par les Sociaux-démocrates (Socialdemokraterne), la Gauche radicale (Det Radikale Venstre — un parti bourgeois libéral issu de la scission en 1905 du grand parti libéral Venstre, c’est-à-dire « La Gauche » ! La presse française nomme ce parti « les Sociaux-libéraux ») et le Parti populaire socialiste (Socialistisk Folkeparti), n’a pas abrogé cette loi.

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