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Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 629-630 juillet-août 2016

EUROPE

Prendre appui sur le Brexit : pour une offensive de la gauche contre l’UE

Cf. aussi : [Grande-Bretagne] [Danemark]

Socialistisk Arbejderpolitik*

Copenhague, 2 juillet 2016

La majorité favorable à la sortie de la Grande-Bretagne exprimait une révolte de classe contre les classes dominantes de l’Union européenne (EU). Cela offre un bon point de départ pour que la gauche prenne la tête d’une rébellion contre l’UE, qui a été la plaque tournante du dumping social, de l’érosion des régimes de protection sociale financés par l’impôt et de l’influence démocratique, qui a détruit toutes les tentatives de rupture avec les politiques néolibérales et qui a été incapable de répondre à la crise climatique. Si la gauche ne parvient pas à prendre la tête de ce combat – sur une base antiraciste et internationaliste – c’est l’extrême droite qui en profitera, qu’elle exprime un fort racisme ou pas.

La majorité britannique en faveur de la sortie de l’UE a ébranlé la bourgeoisie européenne. En dépit de l’opposition populaire massive au développement de l’UE au cours des années, connue et reconnue – exprimée à plusieurs reprises lorsqu’il y a eu un référendum sur une question européenne – nous nous sommes habitués à voir le projet de l’UE se faufiler en anéantissant tous les efforts du peuple tentant de l’influencer. Il est caractéristique que Cameron est maintenant critiqué pour avoir « joué » avec ce projet en permettant un vote démocratique sur l’appartenance à l’UE…

Du point de vue démocratique, le fait que le Brexit ait réussi à court-circuiter ce processus, même seulement dans un pays, constitue une énorme victoire. Une crise de l’Union européenne est toujours une victoire pour la classe ouvrière.

Un agenda de la classe ouvrière ou des racistes ?

La raison de l’opposition massive à l’UE de la classe ouvrière anglaise a été cependant plus sociale que démocratique. L’UE a été à la fois – comme dans les autres pays membres – un symbole et un acteur important des pressions néolibérales violentes pour imposer l’austérité et la flambée des inégalités économiques. Un grand nombre de travailleurs immigrés d’Europe de l’Est et un important chômage ont entraîné une forte pression sur les salaires et les conditions du travail dans un pays où Thatcher a complètement fracassé un mouvement syndical par ailleurs fort. Le gouvernement conservateur a attaqué le système de protection sociale financé par l’impôt – par exemple en imposant d’importants frais d’enseignement – tout en se référant à la liberté de circulation des travailleurs dans l’UE.

Dans la campagne référendaire britannique, les forces xénophobes de la droite populiste ont pu largement dominer l’ordre du jour. Au lieu de se rassembler pour combattre l’Union européenne capitaliste et les patrons, qui profitent des politiques anti-ouvrières européennes visant à diviser pour mieux régner, une grande partie du mouvement ouvrier et de la gauche a minimisé ce problème et a soutenu l’appartenance à l’UE. Certains l’ont fait justement parce qu’ils craignaient qu’en s’opposant à l’UE ils soutiendraient un programme nationaliste et xénophobe et que les travailleurs migrants risqueraient de perdre leurs emplois. Le résultat, cependant, fut que la campagne pour la sortie de l’UE a été dominée par l’UKIP xénophobe qui apparaît maintenant comme le grand vainqueur du scrutin.

Hésiter ou persister ?

Mais laissons le passé. Maintenant la question est comment la gauche doit répondre à cette crise de l’UE. Devons-nous patienter et attendre des jours meilleurs, compte tenu du fait que ce sont les partis nationalistes et xénophobes qui dominent actuellement l’opposition à l’UE dans la plupart des pays ? Ou devons-nous poursuivre et intensifier la lutte intransigeante contre l’UE en tant qu’institution et saisir l’opportunité offerte actuellement pour provoquer l’explosion de ce moteur des campagnes néolibérales contre la classe ouvrière ?

Sans aucun doute, nous devons nous engager sur cette dernière voie. Se mettre de côté n’a jamais été une stratégie victorieuse pour empêcher l’extrême droite de s’emparer du pouvoir. Si la gauche ne lutte pas contre le système et ne fournit pas une alternative, elle abandonne la juste colère et la rébellion aux mains de la propagande de la droite extrême et même, dans le pire des cas, elle apparaît comme soutenant timidement ce système pourri. Et lorsque le système s’affaisse, ce sont les forces de droite qui prennent le dessus…

Il en va de même dans la situation actuelle : si la gauche apparaît comme ne voulant pas vraiment mettre fin à l’UE du grand capital, alors ce seront UKIP, Le Pen, Alternative für Deutschland, Dansk Folkeparti ou Nye Borgerlige, etc. qui tireront profit de la rébellion dans un premier round, et qui pourraient même l’emporter dans le second.

Une alternative de gauche à l’UE

Par conséquent, c’est une tâche urgente pour la gauche dans toute l’Europe de prendre la tête de l’affrontement avec l’Union européenne en tant qu’institution ainsi qu’avec la politique menée par l’UE :

• Dans tous les domaines les décisions de l’UE doivent être annulées et rejetées – il faut exiger des États membres qu’ils légifèrent contre le dumping social, défendent leur système de protection sociale financé par l’impôt, arrêtent la politique de l’austérité et de privatisation dictée par l’UE, protègent leur environnement, réalisent la conversion climatique en la basant sur la production socialisée, etc.

• Avancer les revendications fondées sur la solidarité internationale et l’antiracisme : la lutte contre le dumping social n’est pas un combat contre les travailleurs migrants, en revanche elle exige des conventions collectives et des législations nationales empêchant les employeurs de sous-rémunérer et de surexploiter ces derniers. Les pays européens doivent être une terre d’accueil pour les réfugiés, mais l’accueil doit être financé par les riches et non réduire les fonds de la protection sociale.

• Exiger de rompre avec l’Union européenne fondée sur la doctrine néolibérale du traité de Lisbonne – y compris par des référendums pour en sortir, qui sont un outil efficace pour que s’effondrent les institutions européennes actuelles.

• Avancer la mise en place d’une nouvelle coopération européenne qui respectera les décisions démocratiques prises dans ses États-membres, y compris en ce qui concerne leur politique économique. Coopération sur l’environnement, le changement climatique, l’accueil des réfugiés, la fiscalité des entreprises, etc. – fondée sur des accords intergouvernementaux minimums, mais avec le droit d’aller au-delà.

Ces exigences doivent évidemment être présentées dans les Parlements – mais d’abord et avant tout la tâche de l’heure est de construire un mouvement qui va se battre pour elles. Il faut dans chaque pays des mouvements qui peuvent et qui vont travailler ensemble et montrer leur solidarité transfrontalière pour un programme alternatif pour l’Europe. Nous en avons déjà vu des signes prometteurs dans la solidarité avec les réfugiés ou dans la lutte contre le changement climatique ainsi que dans certains contextes syndicaux.

La révolte populaire légitime contre l’UE du capital, qui se répand dans le nord et dans le sud de l’Europe, avec des points de départ divers, ne doit pas être laissée à des partis de la droite xénophobe, qui ne défendront d’aucune manière les intérêts de la classe ouvrière, au contraire. Heureusement, il y a aussi des signes que la gauche dans le reste de l’Europe perd ses illusions sur la possibilité d’une réforme de l’UE et réalise de plus en plus qu’il est nécessaire d’élaborer un « plan B » : une alternative si (c’est-à-dire lorsque !) la sortie de l’UE est nécessaire.

La gauche européenne doit reprendre sa place naturelle en étant à l’avant-garde de la lutte et de la confrontation avec le rouleau compresseur capitaliste et néolibéral nommé Union européenne. ■

*Nous reproduisons ici la déclaration adoptée le 2 juillet dernier par le Comité exécutif de Socialistisk Arbejderpolitik (SAP, Politique socialiste ouvrière), un courant fondateur de l’Alliance rouge-verte (Enhedslisten) au Danemark. Le SAP est la section danoise de la IVe Internationale. L’original a été publié par SAP en danois (http://sap-fi.dk/side.php?id=1659) et en anglais (http://sap-fi.dk/side.php?id=1667). (Traduit par JM).

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