Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 558-559 février-mars 2010 *

HONDURAS

Mobilisation populaire massive lors de l’expulsion de Manuel Zelaya

Cf. aussi : [Honduras]

Giorgio Trucchi *

Appel du FNRP (Front national de résistance populaire) à la mobilisation des porteurs de chapeaux (comme celui de Zelaya) le 15 avril.

Appel du FNRP (Front national de résistance populaire) à la mobilisation des porteurs de chapeaux (comme celui de Zelaya) le 15 avril.

Des centaines de milliers d’Honduriens ont envahi les rues de Tegucigalpa et de San Pedro Sula le 27 janvier 2010, sept mois après le coup d’État, en envoyant un clair message au président Porfirio Lobo Sosa : il ne pourra pas y avoir de réconciliation sans que les putschistes soient sanctionnés et sans une refondation du pays à travers une Assemblée Constituante. Le président Manuel Zelaya, renversé par le putsch en juin 2009 et renvoyé en République Dominicaine avec sa famille, a promis de revenir bientôt et de poursuivre le travail pour les revendications de son peuple.

« Impressionnante » est le qualificatif approprié pour décrire la marche très suivie, qui est sortie de L’Université pédagogique de Teguciugalpa et a parcouru des kilomètres jusqu’à l’aéroport Toncontín, à l’endroit même où le 5 juillet dernier l’armée a assassiné la jeune Isis Obed Murillo, la première des nombreuses victimes du coup d'État.

L’originalité et l’imagination de la population hondurienne ont brillé une nouvelle fois à travers les banderoles, les pancartes, les marionnettes de ceux que la population identifie aux putschistes ainsi que par les slogans scandés sans une seconde de repos.

Quelle différence entre cette foule joyeuse, mais en même temps en colère et consciente de son devoir de changer l’orientation du pays d’une part, et d’autre part, la triste cérémonie d’investiture du nouveau président Porfirio Lobo, qui une fois de plus a tenté de convaincre le monde entier que le Honduras est en cours de normalisation et de réconciliation ! « Aujourd’hui, le peuple a de nouveau réclamé la refondation du pays, qui ne peut se limiter au remplacement du président Manuel Zelaya » — a dit Bertha Cáceres, dirigeante du Conseil civique des organisations populaires et indigènes du Honduras (COPINH). «  Le plus important, c’est que le peuple hondurien a renforcé se conscience et on voit chaque jour dans les communautés comment les gens travaillent dans ce but. Quelque chose a changé, les gens sont devenus exigeants et le peuple réclame que ses dirigeants accordent l’attention à cette lutte idéologique qui est une des valeurs les plus importantes de la résistance. En ce moment, alors que les putschistes voudraient faire croire que le peuple c’est calmé, qu’il n’y a plus de revendications ni de luttes, les gens ont su se lever, résister malgré la répression, surprenant le monde entier. Tout cela ne doit pas être sous-estimé. Le peuple surprendra encore beaucoup ceux qui veulent réinstaller leur domination. Il conteste ouvertement et il va continuer à les défier. »

En arrivant à l’aéroport, sur la place rebaptisée « Isis Obed Murillo » par le peuple résistant, il y a eu un rassemblement à quelques dizaines de mètres de la piste que le président Zelaya devait emprunter. Au cours d’une cérémonie brève et émouvante, Mayra Majía, ministre du Travail dans le gouvernement Zelaya, a prononcé au nom du Président, un discours de reconnaissance aux deux « grands-mères de la Résistance », Dionisia Díaz et Yolanda Chavarría, à l’enfant Oscar Montesinos, celui qui a harangué la foule en nommant, un à un, tous ceux qui sont tombés victimes des forces de la répression, et au dirigeant syndical et membre de la direction collégiale du Front de la résistance nationale populaire (FNRP), Juan Barahona.

Ce dernier a ensuite pris la parole : « C’est une mobilisation gigantesque et pacifique par laquelle nous exigeons du nouvel héritier du coup d’État la convocation d’une Constituante. En même temps nous disons au peuple du Honduras et au monde que la Résistance est la force majoritaire dans notre pays et qu’elle est l’espoir du changement et une alternative véritable. Nous ne reconnaissons pas ce gouvernement qui a été élu sous un régime illégal, putschiste et répressif. Nous déclarons que nous n’autorisons personne de la Résistance à faire partie de ce gouvernement ni d’aucune institution étatique. Nous soulignons le caractère honteux de la décision des putschistes de blanchir le haut-commandement de l’armée et de déclarer une amnistie générale, affirmant l’impunité, l’oubli, le pardon, l’amnésie collective. Le peuple hondurien ne le permettra pas. Nous exigeons des sanctions pour les criminels du coup d’État. Il ne peut y avoir de pardon ni de réconciliation. »

La tension est montée lorsqu’un fort contingent de militaires et de policiers, accompagné par deux blindés lance-eau, s’est présenté devant le rassemblement massif. À l’issue d’intenses négociations les forces répressives ont décidé de renoncer à cette provocation.

Dans l’après-midi on a appris que le président Zelaya avait quitté l’ambassade du Brésil, accompagné par le président de la République Dominicaine Leonel Fernández et par la président Porfirio Lobo. Un long convoi de véhicules a parcouru le chemin de l’aéroport d’où Manuel Zelaya a décollé pour le pays des Caraïbes alors que la foule le saluait avec les banderoles et les chants.

« Il reviendra, c’est sûr qu’il reviendra et qu’il prendra part à cette lutte du peuple hondurien, car aujourd’hui ce n’est que le début », a commenté un vieil homme en me regardant droit dans les yeux.

Lentement les gens ont commencé à quitter la place, la majorité marchant gaiement, avec une énergie contagieuse, tandis que les artistes résistants chantaient et dansaient sur l’estrade. Le nouveau Honduras est né… et il s’est mis en mouvement. ■

* Giorgio Trucchi représente au Honduras la Régionale latino-américaine de l’Union internationale des travailleurs de l’alimentation, de l’agriculture, de l’hôtellerie, de la restauration, du tabac et assimilés (Rel-UITA).

Article publié par Kaos en la Red : Kaos en la red

Traduction : J.M. (de l'espagnol)

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