Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Notes de lectures

N° 558-559 février-mars 2010 *

NOTES DE LECTURE

Pour une reconnaissance pleine et mutuelle

Cf. aussi : [Israël-Palestine]

Didier Epsztajn

Gilbert Achcar , Les Arabes et la Shoah — La guerre israélo-arabe des récits, Éditions Sindbad, Arles 2009, 525 pages, 26 euros

Commençons par le titre : Les Arabes et la Shoah ; ni « Arabe » ni « Shoah » ne me paraissent adéquats. Gilbert Achcar précise néanmoins que « Les “Arabes” n’existent pas : ils n’existent pas en tant que sujet politique ou idéologique homogène » et critique à de multiples reprises les tendances à essentialiser les populations ou leurs projections mentales.

Je ne partage pas les justifications et le choix de l’auteur de l’emploi du terme « Shoah », malgré son érudite présentation « Des mots chargés de douleur ». J’use de préférence « la destruction des juifs d’Europe » (par les nazis), à la suite de Raoul Hilberg. La douleur dans les mots me semble dangereuse, car elle tend à voiler la réalité humaine de la barbarie en acte.

Dois-je préciser que cette critique des mots peut s’étendre au terme Nakba (expulsion des Palestiniens dès 1947 par les sionistes puis par l’État d’Israël).

Ces précisions données, je ne peux que conseiller de lire cet ouvrage de Gilbert Achcar. L’auteur nous présente les réactions arabes à l’antisémitisme et au nazisme en deux périodes 1933/1947 et de 1948 à nos jours.

Dans la première partie, l’auteur distingue quatre courants idéologiques fondamentaux (occidentalistes libéraux, marxistes, nationalistes et panislamiques réactionnaires et/ou intégristes). Les analyses sont érudites et ne cachent ni les contradictions, ni les abjections. Et l’auteur fait justice de présentations tendancieuses ou réductrices d’une histoire néo larmoyante des relations judéo-arabes, de contes et légendes sur l’antisémitisme immanent de l’islam ou d’une complicité fantasmagorique avec les crimes des nazis en Europe.

La seconde partie, des années Nasser, aux années OLP (1967-1988), aux années des résistances islamiques, me semble encore plus utile car, l’auteur ne fait pas seulement œuvre d’historien mais analyse les prises de position, les évolutions des discours en regard de « la régression idéologique et intellectuelle en cours dans le monde arabe ». Je partage le plus souvent les appréciations de Gilbert Achcar concernant le Hamas ou le Hesbollah libanais, loin des visions unilatérales souvent développées dans les mouvements de solidarité aux Palestiniens.

En conclusion, l’auteur revient entre autres sur l’antisémitisme, l’antisionisme, le nouveau philosémitisme, l’islamophobie et l’instrumentalisation de la « Shoah » « ... l’avenir ne peut être envisagé pacifiquement que si les comptes sont réglés avec le passé et ses leçons assimilées. »

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