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Notes de lectures

N° 539-540 juin-août 2008

NOTES DE LECTURE : JEUNES ISSUS DE L'IMMIGRATION

Égalité et sentiment national

Cf. aussi : [Immigration]

Didier Epsztajn

► Évelyne Ribert, Liberté, égalité, carte d’identité — Les jeunes issus de l’immigration et l’appartenance nationale, La découverte, Paris 2006, 23,50 euros

A l’heure du patriotisme économique, de la revalorisation de la nation et de ses symboles en miroir de la libéralisation des flux de marchandises, de la « racialisation » des conflits sociaux, il m’a semblé intéressant de revenir sur le livre peu discuté d’Évelyne Ribert.

A travers une enquête de terrain, l’auteure constate que les jeunes issu(e)s de l’immigration entretiennent tant envers la France qu’envers leur pays dit d’origine, des attachements combinés qui n’ont que peu à voir avec les sentiments d’appartenance nationale. La mise en regard de cette analyse avec la crispation autour des symboles de la nation (création d’un « délit d’outrage au drapeau national ou à l’hymne national », apprentissage redevenu obligatoire de « La Marseillaise ») rend compte aussi du renforcement des fonctions régaliennes de l’État.

Les récits et paroles des adolescent(e)s font ressortir des thématiques fortes autour de « la nationalité est un droit » et de « l’ordre des papiers ». En effet, l’obtention de la carte d’identité leur permet d’accéder au monde des adultes et de trouver leur place dans la société, les revendications égalitaires sont plus importantes que les problèmes identitaires.

Ces jeunes souffrent des rejets ici et dans le pays d’origine de leurs parents. Elles et ils désirent « pouvoir réussir en restant soi-même, être reconnu tel que l’on est : à savoir, en l’occurrence, avec ses origines étrangères ».

Pour la plupart d’entre eux, le modèle unique d’appartenance à la collectivité, imposé à tous, constitutive d’un certain modèle d’appartenance nationale est rejeté en faveur d’une combinaison, d’une conciliation d’identités déliées du problème de la nationalité.

Ces éléments font d’autant plus ressortir qu’en absence d’alternative crédible et émancipatrice, le rejet des effets de la mondialisation entraîne des constructions de passés mythiques, des lectures imprégnées de mystiques religieuses, une partie des populations se raccrochant à une certaine conception de la nation comme frontière aux autres.

Les constats et les hypothèses d’Évelyne Ribert laissent entrevoir un monde où l’affaiblissement du sentiment d’appartenance nationale se ferait au profit de l’égalité et des affiliations multiples, où les identités se combineraient au lieu de s’opposer, « un monde métis », pour utiliser la belle formule d’Alexis Nouss1.

Notes

1. Alexis Nouss, Plaidoyer pour un monde métis, Éditions Textuel, Paris 2005, 17 euros