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Politique

N° 510 octobre 2005 *

BRÉSIL

La faillite du PT et les bases de la reconstruction de la gauche brésilienne

Cf. aussi : [Brésil]

Felix Sanchez, Fernando Kinas et José Corrêa Leite

Felix Sanchez, responsable du budget participatif à la mairie de São Paulo en 1999-2002, est animateur du Rede de Protagonismo Social. Fernando Kinas est animateur du Forum social mondial. José Corrêa Leite, animateur du Forum social mondial, est membre du Comité International de la IVe Internationale. Ces trois militants de la gauche de la Tendance Démocratie socialiste viennent de quitter le PT et de rejoindre le Parti du socialisme et de la liberté (PSOL) aux côtés de plusieurs centaines d’autres. Nous reproduisons cet article de Palavra Crusada du 16 septembre 2005. Palavra Crusada www.palavracruzada.cjb.net est un site web d’analyses et d’informations au service de la recomposition de la gauche socialiste brésilienne, lancé par des militants de la Tendance Démocratie Socialiste en désaccord avec l’orientation de la direction de cette tendance et, en particulier, avec sa participation au gouvernement Lula.

Ce texte se veut une contribution à la discussion entre divers collectifs militants qui considèrent que le Parti des travailleurs (PT), soumis au test du gouvernement, a échoué, épuisant ainsi son potentiel de transformation de la société brésilienne. Ces collectifs ont engagé un processus de convergence et d’unification dans le cadre de la construction du Parti du socialisme et de la liberté (PSOL), légalisé récemment.

L’ensemble de ces collectifs considèrent que la double faillite du gouvernement Lula et du PT en tant qu’instruments de changements progressistes ouvre une profonde recomposition de la gauche dans son ensemble. Ce sera un processus inégal et prolongé, qui impliquera la reconstitution d’instruments politiques, la reconstruction d’un projet pour le pays, la formation d’une autre direction politique et la récupération de la capacité d’initiative et de confiance des travailleurs dans leurs propres forces.

Il ne s’agit pas pour autant de « reprendre tout à zéro ». Notre point de départ est le résultat de trois décennies de luttes populaires, qui ont produit un tissu associatif important, des outils politiques variés et une avancée de la conscience citoyenne d’une partie de la population. Ce serait un désastre si, en fonction de la faillite du PT en tant que parti de la transformation, sa continuité formelle parvenait à instaurer un nouveau populisme encore plus pâle en nous faisant régresser vers les schémas politiques d’avant 1964, dans lesquels les travailleurs n’apparaissaient sur la scène politique que comme forces auxiliaires des élites, en tant que masse de manœuvre. Mais cela ne pourrait se produire que si les socialistes, et avant tout la gauche qui jusqu’à présent a construit le PT, apparaissaient paralysés et divisés, concentrés sur la défense des petits intérêts particuliers. Plus que jamais au cours de ces dernières décennies, c’est au contraire la défense des intérêts généraux du peuple travailleur qui doit nous guider.

La faillite du gouvernement Lula et du PT

1. La conjoncture que nous traversons se caractérise par une crise politique grave qui a son épicentre dans la faillite du Parti des travailleurs en tant que parti du changement et de son gouvernement. Le PT a connu un échec retentissant face au principal test de son histoire, auquel il s’était préparé pendant 25 ans. Et son échec atteint nombre d’institutions construites dans notre pays durant les dernières décennies. Le législatif a montré sa fragilité congénitale et sa vénalité, et le système des partis a montré ce qu’il a dans le ventre, révélant les limites du modèle de démocratie brésilien. Ces limites sont inscrites dans la contradiction entre la volonté de changement des électeurs, manifestée en 2002, et le maintien et l’approfondissement du modèle économique rejeté dans les urnes. Elles sont inscrites aussi dans la prépondérance du secteur économique du gouvernement sur les décisions du congrès concernant les coupes et les allocations budgétaires. C’est ainsi qu’une démocratie qui ne met pas en question l’essentiel devient une démocratie de façade ; une démocratie qui se soumet à la dictature des marchés finalement ne sert pas à grand-chose. Quel que soit le dénouement de la crise, elle fera beaucoup de dégâts, aura pour résultat une énorme perte de confiance dans la participation politique et dans la conscientisation des travailleurs et du peuple, mettant en question une grande part des acquis de la gauche au cours de trente ans de lutte. Une grande responsabilité pèse sur tout le monde dans le camp démocratique et populaire, il faut trouver collectivement des issues susceptibles de limiter les dégâts que nous sommes en train de subir.

2. Toutefois, la généralisation des responsabilités ne saurait camoufler le centre d’où part la crise. Elle résulte de l’incapacité du PT à réaliser un gouvernement de changement. Sous la houlette d’un soi-disant « camp majoritaire », le PT a abandonné son programme de transformation sociale et a adhéré au néolibéralisme. En prenant ses distances vis-à-vis de sa base sociale, le gouvernement Lula a formé un consortium entre le PT et ce qu’il y a de plus pourri dans la politique brésilienne (Parti libéral, Parti progressiste et Parti travailliste brésilien) (1), se déplaçant ainsi sur le terrain où le pouvoir de séduction et de corrosion de l’argent s’exerce avec le plus de force. Malgré la tentative de Lula pour solder les comptes de la crise en cours sur le dos du seul PT, la responsabilité de cette crise, dans ce qu’elle a de licite et d’illicite, passe par le Palais présidentiel (2).

3. L’éventuelle destitution des parlementaires sur lesquels des enquêtes sont ouvertes, au PT et dans d’autres partis, ne va en rien changer le caractère du gouvernement, ses alliances et ses relations serrées avec une partie du capital financier et spéculatif, autrement dit ses actuels engagements de classe. Il n’est donc pas correct de restreindre le problème de la corruption au PT, comme si le gouvernement était un élément passif dans ce processus de dégénérescence. Le projet hégémonique petiste, conçu et mis en œuvre par une partie de sa direction, de prendre l’appareil d’État et les méthodes pour y parvenir se sont développés en fonction de la conquête du gouvernement central et se sont cristallisés avec l’arrivée de Lula au Palais présidentiel. C’est Lula qui est la figure centrale de ce projet et qui est responsable de ses conséquences aux côtés de José Dirceu et de personnages comme Palocci et Gushiken.

4. La crise met en évidence l’existence d’une corruption interne de longue date, d’un parti dominé par un groupe politique qui ne connaissait aucune limite à son action. Il n’existait donc aucun conflit d’orientation, du point de vue du camp populaire, entre différents secteurs du « camp majoritaire ». L’adhésion à la politique néolibérale, les alliances avec les partis de droite, le changement de la base sociale du parti et l’encadrement et la cooptation des mouvements sociaux, tout cela constituait des initiatives cohérentes avec le développement de ce projet de gagner et de conserver le pouvoir au prix de considérables agressions programmatiques et éthiques. Il s’agit là d’un cas exemplaire (et tragique) de métamorphose et de bureaucratisation d’un courant politique venu du camp populaire et du mouvement socialiste. Mais il est aujourd’hui évident que la gauche petiste a aussi commis beaucoup de fautes, en laissant faire, par calcul, apathie ou par erreur, divers aspects d’un processus qui minait depuis très longtemps la vitalité du parti. Nous devons reconnaître qu’il nous a manqué la critique juste, avec l’intensité nécessaire et au bon moment.

5. Les conceptions et les pratiques du « camp majoritaire » ne sont pas nées sous le gouvernement Lula, elles existaient déjà, notamment dans les municipalités petistes de l’État de São Paulo. Ce qui est significatif du contrôle que cette machine détient sur le parti, c’est que les dénonciations soient apparues chez ses alliés de droite. Et qu’une réduction du poids de ce qui apparaît maintenant comme la « bande pourrie » du camp majoritaire de la direction du PT, liée à José Dirceu, ne puisse avoir lieu qu’avec le contrôle direct ou indirect de Lula sur la machine du parti, comme le montre l’entrée d’ex-ministres à des postes-clés de la direction du parti et les différentes propositions de « refondation » du parti. Bien que ces positions aient toujours rencontré une opposition de la part des courants minoritaires de la gauche petiste, qui ont mené une dure bataille contre l’orientation du parti, cette lutte a aujourd’hui perdu son sens, en se réduisant à l’affrontement de deux secteurs bureaucratisés pour le contrôle d’une machine électorale privée de tout potentiel de transformation.

Épée de Damoclès au-dessus de la tête de Lula

6. Le gouvernement Lula, avec la crise, a perdu ses dernières velléités progressistes. Les représentants de la gauche qui restent au gouvernement ont un rôle décoratif, conférant un léger vernis de légitimité à un gouvernement qui ne lutte que pour survivre et tenir jusqu’à la fin de sa mandature. C’est un gouvernement fragile, otage du Parti de la social-démocratie brésilienne (3) et du Parti du front libéral (4), qui promet d’approfondir la politique néolibérale en guise de stratégie pour éviter l’impeachment et/ou retrouver un peu de marge de manœuvre.

7. A la différence de la social-démocratie européenne, l’adhésion de Lula au néolibéralisme s’est faite en conformité avec la tradition brésilienne de conciliation entre les nouvelles élites et les anciennes, avec la cooptation par l’appareil d’État d’une bonne partie des directions populaires forgées au cours des luttes des années 1970 et 1980, sans le moindre effort de leur part pour préserver les acquis de leur base sociale d’origine. De ce fait, la base de soutien du gouvernement Lula et même du PT s’est rapidement trouvée modifiée au cours de ces trois dernières années, à partir de la publication de la Lettre aux Brésiliens, en 2002. La relation entretenue avec les mouvements organisés s’est rapidement transformée en relation de cooptation, de clientèle, d’achat, et pour ce qui concerne les secteurs les plus conscients, en antagonisme ouvert.

8. L’impeachment, qui pend comme une épée de Damoclès au-dessus de la tête de Lula et de son équipe, est devenu une éventualité depuis les déclarations du publicitaire Duda Mendonça. Mais comme l’a clairement indiqué un éditorial du journal O Estado de São Paulo sur le gouvernement Lula intitulé « Ça ne va pas avec lui, ce serait pire sans lui », telle n’est pas l’option majoritaire de la bourgeoisie brésilienne. Fernando Henrique Cardoso a signalé, dès le début de la crise, que les classes dominantes n’ont pas intérêt à la destitution formelle du gouvernement Lula ; la présence du PT au gouvernement fédéral, converti au néolibéralisme et fragilisé, renforce le régime mis en place depuis la chute de la dictature. En outre, l’instabilité ne manquerait pas d’affecter les affaires, ce qui n’en fait pas l’option prioritaire de la classe dominante. Mais la dynamique objective des enquêtes inclut Lula, le fragilise de plus en plus, et l’impeachment pourrait, même sans soutien politique, être juridiquement déclenché.

9. Pour les secteurs progressistes, déjà très affaiblis, l’impeachment aggraverait considérablement les divisions internes, en amenant les secteurs liés au gouvernement à un effort désespéré pour conserver leurs positions. Il risquerait aussi de renforcer l’idée que la participation politique des couches populaires et les projets politiques de la gauche n’ont pas d’avenir. Cependant, soutenir contre cela la thèse d’un « mouvement golpiste », c’est soutenir un mensonge, qui s’effondre face à l’évidence des faits, et en même temps, contribuer à l’instrumentalisation des mouvements sociaux pour la défense d’un gouvernement qui n’est pas le leur. De même, la proposition d’un pacte entre le gouvernement et les oppositions pour affronter la crise ne vise qu’à maintenir tels quels la politique économique et les profits des entreprises et à éviter les sanctions à un grand nombre de politiciens corrompus de la « base alliée » et de l’opposition libérale, ce pourquoi cette proposition doit être ouvertement combattue par la gauche. Des propositions comme la convocation d’un référendum de révocation ou d’une assemblée constituante sont de leur côté assez artificielles. L’unique position de gauche cohérente est la poursuite jusqu’au bout de toutes les enquêtes et le châtiment des responsables. La crise rend plus évidentes les conséquences du cours que le gouvernement et le parti ont pris depuis l’élection et approfondit la différenciation politique dans le camp populaire.

10. La gauche de la CUT avait déjà formé le Front Gauche Socialiste en 2004 et les parlementaires critiques du PT avaient formalisé le Bloc de Gauche comme une alliance contre le cours néolibéral du gouvernement en mars de cette année, bien avant que la crise n’éclate. Maintenant, le débat sur la manière dont sont traitées les affaires publiques et le caractère de la direction luliste clarifient, pour une large couche de militants et leur base sociale, la faillite du projet petiste symbolisé par la direction de Lula, ce qui permet un vaste débat sur les alternatives.

Défi urgent pour la gauche

11. Le PT pourra subsister en tant que machine partidaire amorphe, se limitant à disputer les mandats et les exécutifs ; un parti incapable d’être le canal d’expressions des désirs populaires de changement, inapte à construire un projet de nation avec un horizon socialiste. Les propositions de « refondation » du PT sont condamnées par la perte de crédibilité du gouvernement, par la forte présence dans le parti des réseaux de pouvoir de la direction précédente, par la précarité de la démocratie interne et par le fossé déjà creusé entre le parti et le gouvernement, d’un côté, et la gauche socialiste et les mouvements sociaux, de l’autre. Une véritable « refondation » ne serait faisable, pour les secteurs qui défendent cette thèse, que par la rupture avec ceux qui sont l’objet d’enquêtes, rupture impossible au vu du tissu de relations tissées par Dirceu. La « refondation » réellement existante vise donc à mettre le parti en ordre de marche pour le soutien parlementaire et électoral du gouvernement, et pour la réélection de Lula. Pour la gauche socialiste, d’un autre côté, une « refondation » n’aurait de sens que par la rupture avec le PT et la direction luliste ; mais le PT est inséparable de Lula et son gouvernement est définitivement compromis en tant qu’instrument de changements progressistes, et constitue, lui-même, le centre de la crise actuelle. De toute façon, avec ou sans « refondation », la réconciliation entre les secteurs du « camp majoritaire » identifiés à Dirceu, d’un côté, et avec Lula, de l’autre, a déjà fait du chemin et a coopté, d’un côté Articulation de gauche (5), et de l’autre, le secteur gouvernementaliste de Démocratie Socialiste (6). Rien de tout cela ne changera l’orientation du gouvernement Lula. Et tous vont trouver leur place dans un nouveau PMDB, pragmatique et sans utopies.

12. Le défi le plus urgent qui est lancé à la gauche est de se différencier du gouvernement Lula et de la direction du PT et de former un pôle socialiste de convergence des secteurs populaires, des militants sociaux et de parlementaires, capable de regrouper la gauche perplexe, désorientée et prise dans un processus accéléré d’émiettement. Un regroupement capable d’être, tant dans les luttes sociales que sur le terrain institutionnel, un pôle d’opposition de gauche au gouvernement Lula. Il s’agit de sauver ce qui est possible des acquis politiques et organisationnels, de conserver l’héritage libérateur de plusieurs générations de gauche qui avaient fusionné dans l’expérience du PT. Aujourd’hui, le PT a perdu son caractère de regroupement politique de gauche, et cela va s’exprimer par un recul considérable lors des prochaines élections. Il n’y a pas moyen de justifier le maintien de socialistes sous la même étiquette que les responsables de l’adhésion du parti au néolibéralisme, d’un tel mépris des pratiques démocratiques, et d’un tel désastre dans le traitement des affaires publiques. Il s’agit, en tout état de cause, d’organiser une retraite dans un cadre de désagrégation et de défaite de ce qui fut le projet hégémonique de la gauche, en regroupant les forces et en reprenant l’initiative sur de nouvelles bases. Il s’agit de contribuer activement au dépassement de l’expérience de l’échec du lulisme, en évitant que le mort étouffe le vif qui lutte pour naître.

La recomposition de la gauche

13. La double faillite du gouvernement Lula et du PT en tant qu’instruments de changements progressistes ouvre simultanément une profonde recomposition de la gauche. Elle sera inégale et prolongée, impliquant la reconstitution d’instruments politiques et associatifs, dans la reconstruction d’un projet pour le pays, dans la formation d’une autre direction politique et dans la restauration de la capacité d’initiative politique et de la confiance des travailleurs dans leurs propres forces. Il s’agit de reprendre le processus d’organisation indépendante de classe des travailleurs pour affronter aussi bien la crise actuelle que les mutations dans la structure sociale et dans la lutte politique induites par quinze ans de globalisation néolibérale. Il ne s’agit pas, comme on l’a entendu dire, en guise de réaction à la crise, de « tout recommencer à partir de zéro ». Notre point de départ est qualitativement supérieur à celui du cycle historique petiste : trente ans de luttes populaires ont produit un important tissu associatif et une avancée dans la conscience sociale d’une partie de la population. Le désastre arriverait si, suite à la faillite du PT en tant que parti de la transformation, nous en revenions soit aux cadres politiques pré-1964, où les travailleurs apparaissaient sur la scène publique comme forces auxiliaires des élites, comme masse de manœuvre des différentes couches de la bourgeoisie, soit à une situation argentine, où la gauche se trouve à la marge de la grande politique. Ou si la continuité du PT instaurait un nouveau populisme pâlichon, sans aucun des mérites historiques de celui du passé.

14. La crise du PT et la faillite de sa fonctionnalité en tant qu’instrument politique de la classe travailleuse brésilienne est aussi la crise de tous ses courants internes, qui s’étaient déjà effondrés suite à la modification du caractère du parti par le gouvernement Lula. Mais la crise peut aussi atteindre les autres instruments construits par les travailleurs, à commencer par la Centrale Unique des Travailleurs, où Articulação Sindical (avec le soutien de la direction de la CSD) (7) promeut une politique d’assujettissement et de subordination au gouvernement, et par le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre, qui se heurte à une impasse dans sa lutte pour la réforme agraire. Cela ne peut cependant pas aboutir à diagnostiquer que ces organisations sont inutiles pour les travailleurs et doivent être abandonnées — ce que semble faire le PSTU par le biais de Conlutas (8). La politique de Articulação dans la CUT, par exemple, se heurte à une forte résistance d’un important secteur classiste et socialiste organisé dans le Front de Gauche Socialiste, lutte qui doit être renforcée. Ce qui prend dans ce contexte un caractère d’extrême urgence, c’est la lutte pour l’autonomie et l’action unitaire des mouvements sociaux face au gouvernement et aux partis. Le gouvernement Lula et son option pour la conciliation de classes rendent possible une offensive de la droite. Pour la majorité de la population, c’est la gauche qui gouverne le Brésil. C’est cela que la droite vise : montrer que ni la gauche ni les secteurs populaires ne peuvent gouverner le pays. Ainsi, la déconfiture du gouvernement Lula et du PT, déjà largement entamée, atteindra l’ensemble de la gauche.

15. La bataille d’orientation menée par la gauche s’est exprimée pour divers secteurs du PT dans le Processus d’élection directe (9) du parti qui est en train de se clore. La candidature de Plínio Sampaio y a été la seule position non gouvernementaliste à s’exprimer et elle a pris de l’ampleur comme pôle d’attraction des secteurs en désaccord aussi bien avec la direction donnée par le « camp majoritaire » au gouvernement et au PT qu’avec celle que proposait la gauche gouvernementaliste. Valter Pomar, en dépit de sa rhétorique radicale, soutient la position pragmatique de défense du gouvernement qui caractérise Articulação de Esquerda et trouve le soutien de secteurs liés à José Dirceu et Marta Suplicy. Raul Pont, dont la candidature a été lancée dans une tentative de préserver l’unité de Démocratie Socialiste, a vu sa campagne mise sous pression par la nécessité de justifier la participation au gouvernement et a fini par assumer la thèse de la « refondation », qui renforce la thèse luliste selon laquelle c’est le PT qui est responsable de la crise. Le PED ayant abouti à une situation où tout continue comme avant dans le PT, se pose pour les socialistes la nécessité immédiate de sortir du PT.

16. Rompre avec le PT est central pour ouvrir un espace au processus de recomposition politique de la gauche. Il y a là un énorme vide politique dont l’occupation est barrée par la digue dressée par le PT. Une fois abattu cet obstacle, divers acteurs prennent position pour occuper cet espace : des machines électorales au vague profil de gauche, le PSTU, la Consulta Popular, le PSOL.

a. Le vide ne pourra être occupé, en premier lieu, par aucun projet purement électoral et de collaboration de classes. Des regroupements comme le PSB, le PDT et le PV (10) qui aujourd’hui se disputent les parlementaires de la gauche petiste sont par trop marqués par des trajectoires incohérentes, certains par une histoire plus ancienne que celle du PT (par la construction duquel ils avaient été battus), par la possible présence de secteurs corrompus dans de nombreux États, et plusieurs par leurs compromissions avec Lula. Ainsi par exemple le PSB a été le parti de Garotinho lors de la dernière élection, il fait partie de la base parlementaire de Lula et il est aujourd’hui le parti de Ciro Gomes. En outre, aucun de ces partis ne peut être présenté comme une option pour des militants qui se détachent du camp petiste, qui ne pourront se recomposer qu’autour d’un projet de parti socialiste militant et ouvert, capable de dialoguer avec ce qu’il y a de positif dans l’héritage du PT. Et aucun de ces partis n’offre de garanties qu’il ne soutiendra pas la réélection de Lula ou la continuité de son projet politique aux élections d’octobre 2006.

b. Le PSTU, seul autre parti militant de la gauche brésilienne, qui pendant dix ans a tenté de se présenter comme une alternative au PT, a aussi échoué, incapable de dialoguer avec les couches les plus larges du mouvement populaire brésilien, tant du fait de son sectarisme que du fait de son incapacité à aborder pédagogiquement la lutte sociale. La crise du PT a catalysé la crise latente en son sein et ses secteurs les plus ouverts ont abandonné le parti.

c. La Consulta Popular, restée en suspension depuis des années, semble voir dans la crise une occasion de se relancer en tant que projet d’instrument politique non électoral. Elle s’alimente de la déception engendrée par la cooptation du PT par les institutions. Mais un mouvement politique qui refuse d’agir lors des élections ne peut être un outil central dans la lutte des travailleurs pour le changement social et pour le pouvoir. Les processus électoraux restent des moments-clés de débat et de participation politique, expression d’une hégémonie politique qui ne pourra être dépassée en dehors de la lutte politique telle qu’elle s’élabore dans notre société. Et cela comporte un risque de manipulation : par opposition à sa dilution dans les processus électoraux, restera l’option de soutenir pragmatiquement des candidatures sous diverses étiquettes, en ignorant leurs engagements institutionnels, par exemple le soutien, en 2006, à des candidats de partis engagés pour la réélection de Lula, sans tenir compte de la polarisation politique centrale.

Ce que ce panorama met en évidence, c’est que n’existe pas toute prête une alternative de gauche au PT. La tâche des socialistes brésiliens est un travail de reconstruction dans des conditions défavorables, la construction d’une alternative aujourd’hui inexistante, « à chaud », en mettant à profit les combats politiques centraux de la prochaine période.

Potentialités du PSOL

17. Le PSOL, qui achève son processus de légalisation (11), est, d’un autre côté, un parti encore en construction, qui comme tout projet nouveau comporte les incertitudes de l’inconnu. Il est la seule étiquette de gauche qui ait quelque légitimité face à la crise, du fait qu’il est né précisément de l’exclusion de parlementaires petistes de gauche (comme la sénatrice Heloisa Helena, figure emblématique de la résistance à la dérive néolibérale du gouvernement Lula) et de leur décision de constituer un nouveau cadre partidaire légal pour que ces secteurs puissent être présents dans l’élection de 2006 en présentant une alternative de gauche. Le PSOL a une image publique un peu fermée en partie à cause du poids de quelques secteurs sectaires dans sa composition initiale, en partie à cause d’erreurs politiques ou d’oublis qu’il a commis pendant son étape de légalisation (comme de n’avoir pas défendu le vote pour Raul Pont au second tour de l’élection de Porto Alegre). Mais cette image est aussi le résultat du cordon sanitaire tendu par les courants gouvernementalistes du PT, qui doivent disqualifier le PSOL pour justifier leur maintien dans le parti. Plus un mouvement qu’un parti constitué, le PSOL paraît constituer un havre de salut pour les socialistes dans cette situation de crise.

18. Le PSOL présente, d’un côté, le mérite d’être, potentiellement, l’unique parti existant qui peut regrouper d’importantes forces militantes orphelines depuis la faillite du PT. L’adhésion de nouveaux secteurs lui donnera probablement immédiatement un profil politique plus large et ouvert. L’échec du PT ne doit pas dissimuler toute l’avancée qu’a représentée pour l’organisation politique des travailleurs l’existence d’un parti de classe, articulant son action sociale et politique dans un projet général de transformation de la société et luttant dans toutes les sphères d’action. Le grand défi qui s’offre à la gauche socialiste est aujourd’hui, de tenter de réduire les risques de dispersion et d’émiettement et de regrouper le maximum de forces militantes, de dirigeants politiques, de parlementaires de gauche et leur base électorale dans un même parti, pas seulement la gauche qui abandonne le PT, mais aussi celle qui agit aujourd’hui encore sous d’autres étiquettes cooptées par le gouvernement Lula. C’est la seule façon pour nous de ne pas compromettre l’indépendance des travailleurs brésiliens, déjà sapée par le gouvernement Lula et la dégénérescence du PT.

19. Le PSOL a, d’un autre côté, un atout de premier plan en la personne de sa principale dirigeante, la sénatrice Heloisa Helena, qui a fait preuve d’un poids électoral significatif et pourra jouer un rôle important dans la bataille de 2006, en tant qu’alternative de gauche à Lula. L’électorat de gauche, trahi par l’escroquerie commise par le PT, sanctionnera ce parti l’année prochaine. Si cet électorat disperse ses voix sur des étiquettes telles que le PSB, le PDT, le PPS ou le PV, ce sera une contribution décisive à la dilution du camp déjà précaire de l’indépendance de classe construit ces trente dernières années. Il est important que la rupture du PT puisse donner naissance, dans notre pays, à quelque chose de semblable à ce qu’a été le Parti de la Refondation Communiste, formé lors de la crise du Parti Communiste Italien, un parti capable d’associer une action militante dans les mouvements sociaux avec le maintien d’une présence de poids dans les processus électoraux. Mais pour que cela arrive il est fondamental que le PSOL reçoive l’adhésion d’une partie des parlementaires du Bloc de Gauche du PT, instaurant un cercle vertueux entre élections à la majorité et élections à la proportionnelle et permettant la conservation de mandats parlementaires socialistes liés à un projet politique collectif. La dispersion des parlementaires de la gauche socialiste entre diverses étiquettes électorales, en plus de ne présenter aucune garantie réelle de conservation des mandats parlementaires, créerait une situation sans retour d’émiettement des acquis de la gauche socialiste. Seule cette configuration dans un parti militant, ayant des racines sociales, capable de revendiquer ce qui est fondamental dans l’expérience positive du PT, permettra aux socialistes de se présenter, en 2006, avec un profil très différent de celui d’aujourd’hui, critique et autocritique vis-à-vis du PT, dans une relation bien plus organique avec les mouvements sociaux et les luttes populaires

20. La direction du PSOL a déjà annoncée que son sigle sera ouvert non seulement à ceux qui adhèrent à l’ensemble de ses propositions, mais aussi à ceux des secteurs de la gauche critiques de l’orientation néolibérale du gouvernement Lula qui en auront besoin. Cela signifie que l’entrée dans le PSOL peut se faire par un accord électoral qui n’implique pas une adhésion au projet partidaire stratégique (qui, dans les faits, est loin d’être défini !). Mais l’adhésion au PSOL peut signifier aussi bien plus : elle peut faciliter la reconstruction d’un projet politique commun et d’un cadre organique plus stable, autrement dit un nouveau pôle potentiel de regroupement de la gauche socialiste au Brésil. Cela repose sur un pari — le seul pari rationnel qui puisse être tenu par des socialistes : le PSOL, réorganisé du fait de la présence de la gauche pétiste, devra se comporter comme un parti socialiste des masses, ouvert au dialogue et à la participation de tous les secteurs de la gauche, capable de sauver les meilleurs acquis de l’expérience du PT tout en évitant les erreurs de ce dernier, mais aussi capable d’actualiser l’ordre du jour stratégique et programmatique des socialistes brésiliens, profondément dépassé par la réalité contemporaine. Il devra chercher à intégrer toute la diversité des expériences des divers secteurs critiques du bilan du PT et du gouvernement Lula. Et il devra se montrer capable de construire une relation d’apprentissage avec les activités des mouvements sociaux, refusant tout avant-gardisme auto-proclamé et tout rapport de tutelle envers les organisations populaires.

Une recomposition de longue haleine

21. Aussi positif que puisse être le rôle rempli par le PSOL, il n’y a pas moyen aujourd’hui d’éviter une certaine dispersion dans la construction d’un instrument politico-partidaire en mesure d’occuper l’espace historiquement pris par le PT. Cela parce que le PT est apparu dans le sillage du plus formidable mouvement de masses de l’histoire brésilienne, qui a eu pour résultat la fin du régime militaire et a créé, en plus du parti, des organisations telles que l’Union nationale des étudiants (UNE), la centrale unique des travailleurs (CUT), le Mouvement des travailleurs sans terre (MST) et a été en mesure de susciter l’énergie, la créativité, l’espoir et la joie chez des millions de gens, au Brésil et dans le monde. Aujourd’hui nous ne traversons pas une période ascendante et le tissu social brésilien a beaucoup changé, rendant difficiles de tels processus. La reconstruction d’un parti politique de gauche à capacité hégémonique sera complexe, et peut-être de longue durée.

22. La gauche socialiste va se trouver confrontée, dans la prochaine période, à la nécessité d’une réflexion critique et autocritique. Où est-ce que nous nous sommes trompés pour en arriver là ? Comment notre conception du parti nous a-t-elle permis de vivre avec une structure à ce point déformée et aussi longtemps, qui a fait de la démocratie interne et de la participation militante une sorte de formalité ? Comment avons-nous permis, tout au long des années 1990, que le centre de gravité de l’action politique passe des mouvements sociaux aux structures de l’appareil d’État ? Enfin, quel héritage voulons-nous revendiquer de ce processus ? L’auto-organisation, la démocratie directe et le rôle décisif du peuple des années 1980 et leur relation avec un mouvement politico-partidaire capable de ne pas abandonner le terrain ni changer de nature ? Un parti qui a su, durant sa première période d’existence, intégrer la diversité des expériences sociales et politiques des secteurs populaires ? L’oxygénation des structures de l’État permise par la ligne de démocratie participative et par les expériences de budget participatif ? Le projet du Forum Social Mondial, conçu dans cet environnement ? Les grandes campagnes d’éducation politique sur des thèmes comme la dette extérieure et la Zone de libre échange des Amériques (ZLÉA) ? La crise ne sera surmontée que si nous menons une réflexion politique programmatique et stratégique collective capable de placer le mouvement socialiste brésilien à la hauteur de notre temps.

23. Mais la réflexion programmatique et stratégique prend corps par l’intervention tactique dans une conjoncture concrète. La crise du PT coïncide avec la crise des politiques néolibérales, mais la déception vis-à-vis du gouvernement Lula désorganise le mouvement démocratique et populaire. Maintenant, avec l’aggravation de la crise, un regroupement significatif de forces peut, probablement, être réussi autour de l’association de la lutte contre la corruption et de la lutte contre le néolibéralisme, en tirant le débat politique au-delà de la discussion éthique. Cette orientation, portée principalement par les Assemblées Populaires, se heurte toutefois à la ligne de la direction de la CUT (appuyée par la Coordination des Mouvements Sociaux) qui associe la lutte contre la corruption à la « défense » du gouvernement Lula : une orientation grâce à laquelle divers secteurs entretenant des liens de dépendance à l’égard du gouvernement cherchent à subordonner le mouvement à leur ligne particulière. Dans ces circonstances défavorables, le drapeau de l’annulation des réformes adoptées grâce à l’achat de votes de parlementaires pourra peut-être aider à dialoguer avec les permanents et les secteurs les plus conscients du mouvement.

24. Dans une conjoncture où la gauche socialiste perd ses références dans le PT et court le risque de se disperser, il est urgent que les socialistes mettent en route un mouvement politique plus large et flexible que les étiquettes électorales existantes, capable de mettre en place un cadre de débat et de convergence de tous les mouvements, dirigeants et parlementaires engagés dans la reconstruction du projet socialiste de la gauche brésilienne. La formation d’un Mouvement pour le Socialisme sera solide à la mesure de son ancrage dans un parti qui puisse lui fournir un centre de gravité, et seul le PSOL permettra que ce centre socialiste ait une base militante. Dans ces conditions, elle peut aider la gauche socialiste, dans les partis ou en dehors d’eux, à converger au-delà de l’horizon électoral de 2006. Elle peut aider à ce que la recomposition de la gauche et la reconstruction de ses instruments politiques ait lieu en limitant la fragmentation.

25. Les considérations stratégiques et la critique de l’électoralisme petiste ne doivent pas voiler que ce sera lors du processus électoral de 2006, sur le terrain créé par la faillite du PT et du gouvernement Lula, que la population va formuler ses bilans de l’expérience du gouvernement, et dessiner ses futures fidélités, espoirs et identités politiques. Rien de solide ne pourra être construit en dehors de la polarisation exprimée dans la bataille électorale, tout montre que ce sera entre Lula, les candidatures de droite et la candidature d’Heloisa Helena. Aucun dirigeant de gauche ne pourra éviter de choisir son camp dans cet affrontement. Il importe que lors de cette élection le plus grand nombre possible de candidatures et de forces socialistes se regroupent dans un pôle de gauche, sous l’étiquette du PSOL ou en alliance avec lui, et rendent possible une candidature présidentielle qui pèse électoralement pour avoir un effet sur les débats et la conscience politique populaire et lutter pour des élus populaires susceptibles de donner suite à cette bataille.

Traduction : J.-J.M. (du portugais). Les intertitres sont de la rédaction d’Inprecor

Notes

1. Le Parti libéral (PL), vieux parti de la droite brésilienne, a fait alliance avec Lula pour la présidentielle de 2002 et son dirigeant, José Alencar (un grand patron) est devenu de ce fait vice-président. Le Parti progressiste (PP) est un parti de droite populiste dont le dirigeant, Paulo Maluf, fut maire de São Paulo. Le Parti travailliste brésilien est, malgré son nom, un parti de droite, dirigé par un banquier. Ces trois partis étaient de longue date réputés pour leurs pratiques corruptrices.

2. Sur les affaires de corruption et la crise du PT on se reportera à l’article de José Corrêa Leite, “La plus grave crise de l’histoire du Parti des travailleurs”, paru dans Inprecor n° 507/508 de juillet-août 2005.

3. La Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB) est une scission « moderniste » du PMDB (Parti du mouvement démocratique brésilien, issu du MDB, le seul parti légal d’opposition durant la dictature militaire). Il a fait élire deux fois de suite Fernando Henrique Cardoso (appelé FHC), qui a réalisé le tournant néolibéral de la politique brésilienne. C’est aujourd’hui le principal parti de la bourgeoisie brésilienne.

4. Le Parti du front libéral (PFL) est issu de l’ARENA, le parti de la dictature militaire.

5. Articulation de gauche (Articulação de Esquerda, AE) est une tendance de la gauche du PT, issue au début des années 1990 du courant historique dirigé par Lula, l’Articulation.

6. Démocratie socialiste (DS) est une tendance de la gauche du PT qui regroupe en son sein les militants s’identifiant à la IVe Internationale. Depuis l’élection de Lula et la formation de son gouvernement — dont fait partie en tant que Ministre de la réforme agraire Miguel Rosetto, dirigeant de la DS — des divisions politiques sont apparues au sein de la DS et plusieurs centaines de ces militants l’ont quittée pour construire le PSOL avec Heloisa Helena, sénatrice de la DS, exclue du PT pour son refus de voter les contre-réformes du système des retraites. La DS a présenté Raul Pont, fondateur du PT et ancien maire de Porto Alegre, en tant que candidat aux élections du président du PT. Nous reproduisons en p. … une interview de Raul Pont qui résume les positions politiques actuelles de la majorité de la DS. Le Comité International de la IVe Internationale, après une année de discussion, a adopté en février 2005 une orientation différente de celle de la majorité de la DS (cf. Inprecor n° 504 d’avril 2005), considérant en particulier qu’il « ne fait plus de doute que l’occupation de postes au gouvernement Lula, soit au niveau ministériel, soit à d’autres fonctions avec des responsabilité politiques, est contradictoire avec la construction d’une alternative au Brésil en cohérence avec nos positions programmatiques ». Le CI s’est par ailleurs prononcé « pour le maintien de relations avec toutes les composantes de la IVe Internationale au Brésil — toutes les composantes restant membres de plein droit de l’Internationale — avec l’objectif de favoriser le dialogue, les relations et l’unité d’action de toutes ces composantes dans la perspective d’une alternative politique au gouvernement Lula ».

7. Articulation syndicale est la tendance majoritaire au sein de la Centrale unique des travailleurs (CUT), liée au courant Lula du PT. La CSD (CUT socialiste et démocratique) est la tendance syndicale animée par les militants de Démocratie socialiste.

8. Le Parti socialiste des travailleurs unifié (PSTU) est issu d’une rupture du courant trotskiste « moreniste » en 1992 avec le PT. Depuis sa fondation, le PSTU n’est pas parvenu à apparaître comme une alternative crédible face au PT. Ses militants syndicaux ont récemment commencé à s’orienter vers la rupture des organisations syndicales qu’ils influencent avec la CUT.

9. Le Processus d’élection directe (PED), dont le premier tour a eu lieu finalement le 18 septembre 2005 et le second tour (pour la présidence seulement, aucun des candidats n’ayant obtenu plus de 50 %) aura lieu le 9 octobre, est la méthode d’élection du président et des membres de la direction nationale du Parti des travailleurs, par vote secret direct et non au travers d’un débat de congrès. Les résultats du vote du 18 septembre assurent d’ores et déjà la majorité de la direction nationale au courants pro-Lula (41,9 % pour le « camp majoritaire », 11,5 % pour la plate-forme « Movimiento » et 5,8 % pour la plate-forme « Socialisme et démocratie », comme son nom ne l’indique pas une dissidence du « camp majoritaire »), les courants de la gauche obtenant respectivement 12,1 % pour DS, 11,8 % pour AE, 9,1 % pour la gauche chrétienne, quatre autres petits courants se partageant les 7,7 % restants. Pour la présidence, au premier tour le candidat de l’appareil Ricardo Berzoini a obtenu 42 % des voix, suivi par Raul Pont (DS) avec 14,68 %, Valter Pomar (AE) avec 14,65 %, Plinio de Aruda Sampaio (gauche chrétienne, le seul candidat défendant la rupture du parti avec le gouvernement Lula, qui a décidé de rejoindre le PSOL à l’issu du vote) avec 13,4 %, Maria de Rosario (Movimiento, originaire de Porto Alegre) avec 13,2 %, Markus Sokol (lambertiste) 1,4 % et Gegê (0,7 %). Le second tour opposera Berzoini à Raul Pont, qui a obtenu le soutien de V. Pomar, P. Aruda de Sampaio (qui tout en choisissant de rejoindre le PSOL, appelle ceux qui ont choisi de rester encore au PT de voter pour R. Pont), M. do Rosario et M. Sokol. Notons que ceux qui aspirent à pouvoir présenter leurs candidatures aux prochaines élections (présidentielle, législatives fédérales et étatiques) d’octobre 2006 doivent être inscrits dans un parti enregistré au plus tard le 30 septembre 2005, la loi électorale brésilienne exigeant que les candidats soient membre du parti qui les présente depuis au moins un an. Les reports successifs de la date du PED par la direction du PT, qui ne s’achèvera finalement que le 9 octobre, ont ainsi conduit nombre de ses élus à précipiter leur sortie.

10. Le Parti socialiste brésilien (PSB) est un petit parti social-démocrate. Le Parti démocratique travailliste (PDT) est un parti populiste de centre-gauche, affilié à l’Internationale socialiste. Le Parti vert (PV) est un parti écologiste néolibéral.

11. Cet article était déjà publié lorsque le Tribunal supérieur électoral (TSE) a accordé, le 16 septembre 2005, l’enregistrement définitif au Partido Socialismo e Liberdade (PSOL), qui devient ainsi le 29e parti politique enregistré à l’échelle nationale. Le PSOL a présenté plus de 450 000 signatures de dix États. Il pourra dès maintenant participer aux élections, avoir droit à une propagande électorale gratuite et recevoir des ressources du Fonds Partidaire.