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Notes de lectures

N° 539-540 juin-août 2008

NOTES DE LECTURE : LES CRÉATIONNISMES

Nous avons toutes et tous des pensées magiques

Cf. aussi : [Culture]

Didier Epsztajn

Cyrille Baudouin et Olivier Brosseau, Les créationnismes, Une menace pour la société française ?, Éditions Syllepse, Paris 2008, 135 pages, 7 euros

Comme l’explique le philosophe Yvon Quiniou, cité dans le livre, « il y a trois grandes questions qui sont hors science, non pas provisoirement du fait d’une lacune de savoir, mais définitivement par définitions des termes qui les constituent : l’Origine ultime de l’univers, sa Fin ultime et, du coup, son Sens… Ce sont de vraies questions mais sans réponses vraies sur le plan du savoir. Elles peuvent donc légitimement donner lieu à des croyances ou à des interprétations religieuses ou métaphysiques, mais à condition qu’elles se sachent telles et n’empiètent pas sur le savoir scientifique. C’est ainsi que l’on peut faire l’hypothèse d’un sens divin de l’évolution et y croire, en affirmant que si l’homme est bien issu de la nature, c’est un Dieu qui est à l’origine de cette nature : je n’ai pas les moyens de récuser cette hypothèse et de démontrer qu’elle est fausse. Mais, il ne faut pas que cette addition divine se paie de la moindre soustraction scientifique et il faut aussi qu’elle se pense comme une simple interprétation… qui s’ajoute à la science et lui demeure extérieure.»

Le livre de Cyrille Baudouin et Olivier Brosseau parcourt l’espace et le temps des combats politiques contre une théorie scientifique : l’évolutionnisme de Darwin. Les auteurs décrivent et analysent les constructions des nouveaux créationnistes et leurs actions pour que leurs croyances soient enseignées à égalité avec les théories scientifiques. En analysant les déplacements des montages idéologiques, les déclarations d’un certain nombre de personnalités, les sources de financement, les auteurs dévoilent les menaces politiques d’un combat organisé contre la démarche scientifique.

Je ne peux que regretter qu’ils se dispensent de mettre en regard la recherche de pensées magiques, d’actes de foi, ou de croyances sectaires avec la crise globale de la société. L’absence d’alternative émancipatrice crédible aux difficultés vécues dans le monde réel, le vide d’espérance face à la dictature des marchés et aux pertes de soi, ne peut que renvoyer les uns et les autres à des opiums fantasmatiques qui rongent les compréhensions et diluent d’éventuelles constructions collectives dans les fumées de pensées irrationnelles souvent paralysantes en termes d’actions.

Il importe de faire connaître les mensonges et les déformations des « thèses » des créationnistes et de montrer les fondements matériels nécessaires des démarches scientifiques.

Et de laisser hors de propos les actes de foi et les croyances apaisantes pour autant que leurs miroirs et leurs magies ne visent pas expliquer ou organiser socialement le monde.