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N° 521-522 novembre 2006 *

BRÉSIL

Pour une alternative au Brésil. Contre les banquiers, l'impérialisme et les corrompus

Cf. aussi : [Brésil]

Ni Lula, ni Alckmin! Heloísa Helena Présidente !

Nous reproduisons ici le Manifeste du Front de Gauche, fondé à l'appel du PSOL, du PSTU et du PCB. Le PSOL (Parti pour le Socialisme et la Liberté), a été fondé en 2004 après l'exclusion du Parti des Travailleurs (PT), en décembre 2003, de la sénatrice Heloísa Helena ainsi que des députés Babá, Luciana Genro et João Fontes pour leur opposition à la contre-réforme des retraites réalisée par le gouvernement Lula et, plus généralement, leur exigence du respect des engagements historiques du PT par le gouvernement Lula. Le PSTU (Parti Socialiste des Travailleurs Unifiés) est une organisation trotskyste du courant dit « moréniste » LIT-CI, fondée lorsque ce courant a décidé de sortir du Parti des travailleurs en 1994. Le PCB (Parti Communiste Brésilien) « historique », qui a été pro-Moscou, est aujourd'hui un petit parti de gauche. Le Front de gauche appuie la candidature à la présidence de notre camarade Heloísa Helena (membre du Comité International de la IVe Internationale), sénatrice et dirigeante du PSOL.

Nous lançons cet appel depuis Quilombo dos Palmares, inspirés par la force de la lutte de Zumbi (1), afin de construire le Front de Gauche et proclamer la candidature de Heloísa Helena à la Présidence de la République.

Tout comme la résistance des esclaves et un fort mouvement abolitionniste furent nécessaires pour en finir avec l'esclavage dans le passé, aujourd'hui, afin de supprimer l'esclavage moderne et conquérir une patrie juste et souveraine, les travailleurs, les paysans, les classes moyennes, les intellectuels, les artistes, la jeunesse brésilienne et le peuple pauvre doivent également se lever et se mobiliser.

Le peuple brésilien ne peut se condamner à choisir entre Lula et Alckmin, deux candidats qui défendent le même programme néolibéral et la même pratique politique de corruption qui mine le Congrès National et le gouvernement. La candidature de Heloísa Helena est une alternative réelle pour le peuple brésilien face à ces candidats soutenus par les banquiers.

Le Front de Gauche veut libérer le pays des griffes du capital financier et de l'impérialisme. Au sein de ce front, les travailleurs, les chômeurs, les millions d'hommes et de femmes qui sont dans l'économie informelle, vivant difficilement de leur labeur, les organisations politiques et sociales des travailleurs, les activistes indépendants, ont toute leur place. Ainsi que tous les Brésiliens révoltés par la corruption et la soumission face aux grands capitaux financiers et banquiers.

Nous allons lutter ensemble dans les rues et dans les organisations de masses pour obtenir l'appui électoral des travailleurs contre les deux blocs de la classe dominante, PT et PSDB-PFL (2).

LE PT ET LE PSDB GOUVERNENT POUR 20 000 FAMILLES

La bataille électorale fait partie de la lutte du peuple. Dans les élections, nous allons montrer que les banquiers et les grands patrons, représentés par les politiciens et les partis conservateurs, sont au pouvoir et ne représentent pas une alternative pour le Brésil. Nous allons présenter une nouvelle alternative face au bloc gouvernemental du PT et de « l'opposition » bourgeoise du PSDB-PFL.

Ces groupes ne s'affrontent que pour occuper plus d'espace politique, pour voir qui va occuper la machine gouvernementale, mais ils s'entendent sur l'essentiel ; sur le plan économique néolibéral et pour la défense d'institutions marquées par la corruption. Il ne s'agit que d'une lutte pour voir qui va bénéficier des privilèges du pouvoir.

PSDB et PFL ont déjà démontré avec FHC (3) que ce sont les banquiers qui gouvernent réellement, qu'ils utilisent quotidiennement la corruption au pouvoir. Mais la droite n'est pas seulement aux côtés du PSDB-PFL, elle est également dans le gouvernement Lula. Les banques ont obtenu plus de profits avec le gouvernement PT qu'à l'époque de FHC. Ce n'est donc pas par hasard qu'elles ont offert 7,9 millions de réis au PT et 4,3 millions au PSDB lors des élections de 2004.

Lula va payer aux banquiers près de 520 milliards de réis d'intérêts de la dette publique. Mais 70 % de cette montagne d'argent ira sur les comptes des 20 000 familles les plus riches du Brésil. Pendant ce temps, le gouvernement dépense 5,5 milliards de réis par an pour la Bourse Familiale, un programme d'assistance sociale utilisé avant tout comme instrument de clientélisme électoral.

Pour combattre la concentration de la richesse, défendre le peuple et changer le Brésil, le Front de Gauche présente une série de propositions, fait un appel à la lutte et demande votre vote.

CONQUÉRIR LA VÉRITABLE SOUVERAINETÉ ET L'INDÉPENDANCE NATIONALE EN ROMPANT AVEC L'IMPÉRIALISME ET LE CAPITAL FINANCIER

La politique économique du gouvernement est orientée dans le but de satisfaire les intérêts des marchés internationaux, avec des bas taux d'intérêts, la libre circulation des capitaux spéculatifs et le rapatriement des bénéfices des entreprises étrangères qui font du Brésil un exportateur de capitaux pour les pays riches.

La dette externe continue de saigner à blanc les ressources nationales. Le budget national est consommé à près de 40 % par le paiement des intérêts de la Dette publique, ne laissant que moins de 5 % pour les investissements.

Nous défendons la revendication de Jubilé Sud contre la dette ; suspendre le paiement de la dette extérieure et réaliser un audit. Par rapport à la dette interne, nous défendons un audit conformément à ce qui est prévu dans la Constitution de 1988 ainsi que l'analyse de sa structure afin d'identifier les spéculateurs et les grandes entreprises à qui nous proposons de ne plus rien payer.

Des multinationales étrangères utilisent des secteurs économiques stratégiques d'où elles rapatrient les bénéfices dans leurs pays d'origine. Ces secteurs — tels que le pétrole, les télécommunications, l'énergie, la sidérurgie — doivent êtres placés sous le contrôle du peuple brésilien.

La proposition d'un nouveau projet alternatif économique et social exige des changements structurels que le capitalisme brésilien n'a jamais réalisés et qui, dans le cadre de la mondialisation néolibérale, sont plus inaccessibles que jamais pour lui car ils ne peuvent être obtenus sans une rupture avec la domination impérialiste.

L'élimination de la tyrannie financière, de la spéculation et du fardeau des dettes, le contrôle des capitaux, la récupération de la capacité d'intervention et de régulation étatique, l'extension des services publics ainsi que la redistribution des richesses, la création d'emplois, les réformes agraire et urbaine, la préservation de l'environnement, sont autant de mesures indispensables pour en finir avec la misère que connaît la majorité de la population brésilienne et satisfaire les revendications historiques des travailleurs et du peuple.

Avec 520 milliards de réis de dettes que Lula a payé aux banquiers au cours de son mandat, il aurait été possible d'opérer un grand changement national et de résoudre des problèmes sociaux gravissimes. Nous pourrions construire par exemple 16 millions de maisons populaires (ce qui représente le déficit en logements du pays) à un coût unitaire de 12 000 réis et offrir pour cet effort de construction un emploi aux masses de chômeurs du pays.

Cette somme permettrait également de financer un véritable plan de réforme agraire qui permette aux 4,5 millions de familles sans terre de s'installer à un coût de 17 000 réis chacune. Nous pourrions également doubler le budget national de l'enseignement et de la santé. Toutes ces initiatives, qui sont qualitatives afin de résoudre les problèmes sociaux du pays, coûteraient 394,5 milliards de réis, soit beaucoup moins que l'absurde quantité d'argent que Lula a offerte aux banquiers.

POUR DE NOUVELLES INSTITUTIONS RÉELLEMENT DÉMOCRATIQUES QUI REPRÉSENTENT UN NOUVEAU POUVOIR SOUS LE CONTRÔLE DIRECT DES TRAVAILLEURS ET DU PEUPLE

Le gouvernement Lula est au centre d'une crise politique qui, comme aucune autre auparavant, a démontré à l'opinion publique le véritable visage du régime de fausse démocratie du pouvoir économique et de la corruption. Les scandales ont révélé, de manière brutale, la décomposition de ses institutions. De la Présidence et de l'Exécutif jusqu'au pouvoir judiciaire en passant par le Congrès National et les partis politiques, les principales institutions de la République sont désormais assimilées sans appel comme des instruments des classes dominantes au service de la corruption et de l'exploitation du peuple.

Lula et Alckmin sont des représentants de cette corruption qui règne dans le pays. Il n'est pas vrai que l'opinion pense que de toute façon « tout le monde est comme ça » car la majorité du peuple ne l'est pas. La corruption des politiciens et des élites est le propre du système capitaliste.

La présentation d'une proposition de démocratisation radicale du pouvoir et de l'action politique doit se faire, toujours et systématiquement, an articulant la dénonciation de la décadente démocratie de l'argent et de la corruption ainsi qu'avec son opposé ; la véritable démocratie de la participation des travailleurs et du peuple. La nécessité de démocratiser radicalement le pouvoir, en modifiant son contenu de classe, doit être répétée avec force comme étant une condition première afin d'appliquer un programme d'urgence capable de sortir le pays de la crise et de résoudre les problèmes de la majorité du peuple.

Nous voulons que les électeurs puissent révoquer le mandat de ceux qui ont été élus et qui n'accomplissent pas leurs promesses. Nous exigeons la prison et la confiscation des biens des corrompus et des corrupteurs. Nous voulons une transformation radicale de la représentation populaire et de ses mandats, au travers d'un financement public exclusif des campagnes électorales, de la démocratisation des horaires pour la propagande électorale dans les médias, de la révocabilité des mandats et de la suppression de la clause-barrière qui rend difficile la représentation des partis et des candidats sans pouvoir économique.

Ces mesures doivent radicalement s'attaquer à la corruption, en décrétant également la fin des forums privilégiés, du secret bancaire et fiscal, en établissant le salaire des parlementaires et des gouvernants au travers d'un référendum et avec comme base de départ le salaire minimum.

Avec le projet de conquérir la véritable souveraineté populaire au Brésil, le Front de Gauche annonce que, dans le gouvernement de la camarade Heloísa Helena, le peuple brésilien sera appelé, au travers d'une intense journée de mobilisations, à décider et à donner le dernier mot sur : les relations avec l'impérialisme (FMI, ALCA, etc.) ; les dettes externe et interne et la nécessité d'une véritable indépendance nationale ; la réforme agraire et urbaine et un nouveau statut sur la propriété de la terre ; le montant du salaire minimum et les priorités budgétaires ; les critères de préservation de l'environnement, etc.

UNE NOUVELLE ABOLITION EST NÉCESSAIRE POUR EN FINIR AVEC L'ESCLAVAGE MODERNE

Un secteur immense du peuple brésilien vit toujours dans une situation de semi-esclavage. A commencer par l'esclavage du travail salarié mal payé et avec des droits sociaux démantelés.

Vingt-deux millions de Brésiliens vivent avec un salaire minimum, qui est l'un des plus bas du monde. Des données de l'IBGE révèlent que 46,7 % des familles estiment ne pas manger à leur faim, un taux qui atteint presque 70 % dans le Nord-est. Pendant ce temps, les 5 000 familles les plus riches du pays (0,01 % du total des familles), concentrent un patrimoine équivalent à 46 % de toute la richesse générée chaque année dans le pays (PIB).

Dans le cas où Lula ou Alckmin seraient élus, la situation ne ferait qu'empirer encore plus. Lula s'est déjà engagé à mener une réforme du travail qui va représenter un coup terrible pour les conquêtes historiques des travailleurs. Le projet dit du « Super Simples », en discussion actuellement au Congrès National et qui touche aux droits des travailleurs des micro et petites entreprises est une anticipation de cette réforme.

UNE POLITIQUE RADICALE AFIN D'AFFRONTER LA SUREXPLOITATION AU BRÉSIL, SOURCE DU CHÔMAGE ET DE LA PRÉCARISATION DE L'EMPLOI.

LIGNES DIRECTRICES DU PROGRAMME DU FRONT DE GAUCHE :

Nous voulons un plan de travaux publics afin de résorber le chômage, en même temps que la réduction du temps de travail, sans perte salariale. Nous voulons immédiatement doubler le salaire minimum. Pour une profonde réforme agraire et sous le contrôle des travailleurs des campagnes. Nous exigeons l'abrogation des réformes néolibérales, à commencer par la réforme de la Prévoyance sociale. Non à réforme du marché du travail et des droits syndicaux du gouvernement et du FMI. Non à la réforme de privatisation de l'université. Nous voulons l'abrogation immédiate des privatisations des entreprises publiques, à commencer par celle de Vale do Rio Doce. Annulation des privatisations partielles de Petrobras. Pour le retrait immédiat du Brésil des négociations concernant la ZLÉA (Zone de Libre Échange des Amériques).

En défense de la femme travailleuse, nous revendiquons la création de crèches pour les enfants de 0 à 6 ans. Nous luttons contre toute forme de discrimination raciale ou sexuelle.

De plus, nous préconisons l'imposition sévère des grandes fortunes et des profits des banques et des grandes entreprises. Le contrôle public des travailleurs et des consommateurs sur la production des biens essentiels est une nécessité afin que la redistribution des richesses soit une réalité et pour en finir avec les inégalités énormes qui sont la honte de notre pays.

De Quilombo de los Palmares, nous appelons les travailleurs à se révolter, une fois de plus, contre l'esclavage. La dignité du travailleur commence par son droit à un emploi et un salaire dignes. L'audace, la créativité et le nouveau sont nécessaires. Et le nouveau, c'est le Front de Gauche.

1. Zumbi Dos Palmares a été l'un des chefs de guerre les plus important du royaume autonome des Palmares, fondé au XVIIe siècle par des esclaves insurgés dans le nord-est du Brésil. Ce personnage reste une icône de la résistance anti-esclavagiste et anti-colonialiste, et un héros pour la communauté afro-brésilienne, le Brésil et l'Amérique latine en général.

2. PSDB-PFL : Principale force de l'opposition de droite actuelle, une coalition entre le parti de la social-démocratie brésilienne et le parti du Front Libéral.

3. Fernando Henrique Cardoso, leader du PSDB, a été président du Brésil de 1996 à 1999 et de 2000 à 2003. Il a été le maître d'œuvre de l'alignement de la politique économique brésilienne sur le modèle ultra-libéral.

Traduction : Ataulfo Riera (du portugais)