Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 629-630 juillet-août 2016

ÉTAT ESPAGNOL

Le désarroi d’une nuit d’été

Cf. aussi : [Josep Maria Antentas] [Espagne]

Josep Maria Antentas *

Les résultats de Unidos Podemos aux élections du 26 juin sont, rétrospectivement, étonnants, mais ils sont clairement restés en dessous des attentes et des possibilités. Pourquoi le dépassement tant souhaité du PSOE n’a-t-il pas été possible ?

Ce revers surprend aussi bien en Espagne qu’à l’étranger. Il ne s’agit pas de donner des leçons sur ce qui s’est passé pour expliquer un échec que personne n’a vu venir, mais au moins tenter de comprendre ce qui s’est passé. En attendant des analyses détaillées du comportement électoral, il est donc utile d’avancer quelques réflexions.

C’est sûr, nous nous attendions à une meilleure nuit. Du sorPPasso(dépassement) à la sorPPresa (surprise) les élections du 26 juin marquent définitivement la fin de la première étape du cycle politique qui s’était ouvert avec l’irruption de Podemos lors des élections européennes du 25 mai 2014, irruption qui était le produit, non mécanique, de la secousse des événements de mai 2011.

1. Il y a unanimité sur le fait que Rajoy et le Parti Populaire (PP) sont les vainqueurs réels et symboliques des élections. La droite traditionnelle a démontré qu’elle avait une base électorale solide. Au-delà des questions conjoncturelles, il faut en chercher les causes dans les tendances sociologiques de fond, sur le terrain culturel et dans les mutations de la structure sociale après des décennies de capitalisme néolibéral « consumériste » et spéculatif-immobilier, sans oublier le poids du clientélisme politique qui existe dans beaucoup de régions.

N’oublions pas cependant qu’en termes générationnels le soutien électoral au PP est surtout fort dans les franges les plus âgées, ce qui met en évidence sa perte de contact avec la population plus jeune et lui pose un problème en ce qui concerne l’avenir. La campagne de la droite, qui a joué sur la peur de Podemos, a eu des effets et a permis une forte mobilisation de son électorat, beaucoup plus que l’inverse. À cela s’est ajouté l’effet, dans la dernière étape de la campagne, du Brexit qui, présenté en termes apocalyptiques par les médias, a sans doute renforcé un vote des inquiets en faveur de l’ordre. La capacité du PP à concentrer le « vote utile » de la droite aux dépens de Ciudadanos montre par ailleurs que ce « Podemos de droite », qui n’a pas d’implantation sociale forte ni de base sociale active, a été depuis le début un phénomène beaucoup plus superficiel que le vrai Podemos.

Synthèse et articles Inprecor

2. Malgré le fait qu’il a obtenu le pire résultat de son histoire (22,66 %, 5 424 709 votes et seulement 85 sièges, alors que le 20 décembre il avait 22 %, 5 545 315 votes et 90 sièges), le PSOE a réussi à éviter ce qui aurait pu être une catastrophe irréversible s’il avait été dépassé – ce qui paraissait inévitable – par Unidos Podemos. Si un tel recul électoral s’était produit, le PSOE se trouverait actuellement dans une situation impossible. Le fait de l’avoir évité peut le sauver d’une grave crise dans l’immédiat, mais ne change rien à son problème de fond, à savoir son manque absolu d’un projet économique qui se différencie de l’austérité et de la politique de la droite dans le contexte de l’épuisement historique de la social-démocratie européenne.

Dans un scénario où il n’a pas la majorité qui lui permettrait d’être la première force politique du pays, son manque de projet réel pousse le PSOE dans un rôle subalterne par rapport au PP et l’empêche d’entamer un débat de fond avec Unidos Podemos. Si le nouveau gouvernement de Rajoy, ce qu’on peut prévoir, démarre grâce à l’abstention du PSOE, celui-ci va se trouver par la suite devant un dilemme : appuyer ou non la nouvelle volée de coupes budgétaires et de réformes libérales dans lesquelles se lancera l’exécutif de Rajoy, sous la supervision de Bruxelles. S’il le fait, le PSOE en payera le prix politique. S’il ne le fait pas, la législature sera politiquement instable. Le PSOE peut bien résister à une campagne électorale face à Podemos Unidos, mais il n’est pas évident qu’il puisse le faire dans l’affrontement parlementaire quotidien d’une nouvelle législature marquée par l’austérité, surtout s’il doit, d’une manière ou d’une autre, se montrer partiellement « compréhensif » à leur égard au nom de la gouvernabilité.

3. À court terme, le scénario qui semble le plus probable est celui d’un gouvernement du PP facilité par les abstentions du PSOE et de Ciudadanos. Ce dernier n’est pas favorable à des nouvelles élections qui pourraient lui être fatales si le PP bénéficiait à nouveau de la tendance à voter utile. Le PSOE pourrait affronter un nouveau cycle électoral avec plus de chances après s’être réaffirmé face à Unidos Podemos ; et il est possible que sa direction osera s’engager dans cette direction. Mais sur cette question, ses intérêts de parti se heurtent à la raison d’État, laquelle requiert un gouvernement agissant rapidement dans un contexte d’instabilité européenne. Il peut y avoir une tension interne, réelle ou mise en scène, entre, d’une part, l’appareil du parti, moins directement et organiquement lié au capital financier et plus enclin à la raison de parti, et, d’autre part, les secteurs plus étroitement imbriqués avec le monde économique et l’appareil d’État.

Mais sauf surprise (mais nous vivons dans un monde en mouvement) on peut prévoir qu’en fin de compte le PSOE facilitera de manière passive un gouvernement Rajoy en s’abstenant lors de l’investiture. Si c’est le cas, le plus intelligent serait qu’il renouvelle d’abord à Podemos son offre de gouvernement « progressiste » incluant Ciudadanos, pour affirmerensuite qu’il doit favoriser un gouvernement du PP, non seulement à cause de la prétendue intransigeance de Unidos Podemos, mais aussi parce qu’il a la responsabilité d’éviter de nouvelles élections. Quoi qu’il en soit, le PSOE a besoin de construire un scénario et une mise en scène de ses décisions dans un cadre inédit.

4. Unidos Podemos a échoué de manière imprévisible dans son objectif de dépasser le PSOE et de disputer la victoire au PP. L’alliance entre Podemos et Izquierda Unida (IU) a obtenu le même nombre de députés que les deux partis avaient obtenu séparément en décembre (71, 69+2), mais elle a perdu un million de votes (21,1 % et 5 049 734 votes par rapport au 24,28 % et 6 139 494 votes engrangés lors du scrutin du 20 décembre). Les raisons en sont multiples et complexes. Il convient néanmoins d’écarter d’emblée les interprétations intéressées qui attribuent les mauvais résultats électoraux à l’alliance entre Podemos et IU en arguant que cette alliance aurait créé l'imaginaire d'un « front des gauches » radicalisées qui a fait peur aux électeurs modérés. Même s’il n’est pas possible de faire de l’histoire « avec des si », il est plus raisonnable d’imaginer que sans cette alliance les résultats de Podemos et d’IU auraient été bien pires.

Une première explication de l’échec inattendu tient à une campagne molle, manquant de propositions concrètes, et conçue non pas pour mobiliser et stimuler la base sociale réelle et potentielle de Unidos Podemos, mais plutôt pour ne pas effrayer des électeurs plus éloignés. La « campagne patriotique » et « light » en contenus, combinée avec des références anachroniques à la social-démocratie, en a déconcerté plus d’un et ne semble pas avoir suscité l’émotion nécessaire et le souffle épique mobilisateurs. Cependant la tiédeur des messages contraste avec la capacité militante soulevée par la candidature, démontrée par des actions publiques importantes, même si elles n’ont pas dépassé pas la base sociale plus ou moins proche.

Une deuxième explication de l’insuccès doit être recherchée dans des raisons de fond, et tient aux limites de la politisation suscitée par le cycle ouvert en 2011 et à la fluidité de la situation où les vieilles loyautés se délitent, mais où les nouvelles ne se sont pas encore irréversiblement cristallisées. Beaucoup de ceux qui avaient voté en faveur de Podemos et de IU le 20 décembre 2015 ont pu soit rester à la maison, soit voter pour des options extraparlementaires, soit encore « retourner » au PSOE. Et tout cela pour une infinité de raisons contradictoires, soit de « droite », soit de « gauche ». L’électorat provenant d’IU a pu être découragé par la mollesse de la campagne et désorienté face au virage « social-démocrate » et modéré d’Iglesias. Les électeurs plus modérés ont pu ne pas comprendre le refus de Podemos de soutenir Pedro Sanchez face au PP. Quant à la base électorale de gauche plus traditionnelle, elle a pu au contraire préférer voter pour le PSOE qui en appelait à la gauche face à un Podemos qui affichait des positions patriotiques. En fait, Podemos a ouvert un important espace politico-électoral qui va subsister, mais le corps de ce parti n’est pas suffisamment solidifié et ses périphéries sont encore peu « fidélisées » et instables.

5. Podemos a émis trop de messages contradictoires. Depuis sa fondation, les électeurs ont entendu Podemos dire et faire tout et son contraire. Podemos a rejeté vigoureusement l’unité de la gauche pour ensuite pactiser avec IU. Il a annoncé qu’il ne gouvernerait jamais avec le PSOE en étant en minorité, pour ensuite faire une proposition de gouvernement, Il a refusé l’étiquette de « gauche » pour finir par opter pour le terme peu convaincant de « social-démocrate ». Cela entraîne un double problème.

Premièrement, la multiplication des messages contradictoires suscite l’incompréhension dans les secteurs les plus divers de son propre électorat, et, en ce qui concerne ces dernières élections, Podemos a probablement provoqué un désarroi à la fois à sa « gauche » et à sa « droite » en combinant de manière découplée des messages et des gestes peu articulés.

Deuxièmement, au-delà du fait de savoir qui préfère telle ou telle prise de position ou si cela va orienter certains ou en désorienter d’autres, les contradictions et les modifications permanentes des messages renforcent en fin de compte la perception de Podemos comme une girouette, qui adapte son discours aux variations de l’opinion publique. Cela ne concerne pas seulement Podemos, mais aussi Iglesias en particulier. Pris dans un scénario de harcèlement médiatique permanent contre son personnage, il apparaît davantage comme un excellent robot de communication programmé en conséquence plutôt que comme un dirigeant ayant des principes. Il ne s’agit pas là d’un défaut attribuable seulement aux tactiques mises en œuvre depuis les élections du 20 décembre 2015 : le problème de Podemos vient de loin et est le fruit d’une stratégie politique basée uniquement sur des techniques de communication subordonnées à des sondages d’opinion et n’attribuant aucune centralité à son programme électoral et à ses projets politiques, changeants et flous.

6. L’intervalle entre les élections du 20 décembre et celles du 26 juin a été marqué par les négociations sur l’investiture et la proposition de Podemos d’un gouvernement de coalition avec le PSOE. Il s’agit d’une manœuvre habile, mais entachée de deux erreurs.

L’habileté était d’avoir eu une attitude offensive à l’égard du PSOE sur une base unitaire, ce qui est décisif si on veut dépasser une force avec laquelle on est presque à égalité. Personne n’avait jamais lancé un tel défi de proposition unitaire au PSOE. Preuve en est le désarroi interne qui a agité les rangs de Pedro Sanchez après l’assaut de Podemos. Néanmoins la proposition du parti de Pablo Iglesias s’est accompagnée de deux erreurs importantes.

Premièrement, la proposition concrète de formation d’un gouvernement de coalition avec le PSOE était une erreur. Il aurait été préférable de proposer un pacte d’investiture sur la base d’un accord programmatique. L’effet unitaire vers l’extérieur aurait été le même ; la réaction hystérique de la part des barons du PSOE également, car celui-ci ne pouvait en aucun cas se permettre un accord parlementaire avec Podemos impliquant un programme anti-austérité et un référendum sur l’indépendance de la Catalogne. En même temps, une offre d’investiture « pour déboulonner le PP » aurait permis à Podemos de continuer à se distancier du PSOE en tant que parti du régime, en maintenant une cohérence avec les propos tenus avant le 20 décembre. La proposition de gouvernement avec le PSOE a impliqué non seulement une réhabilitation inutile de celui-ci en tant que parti du changement, mais également la rupture de l’axe « les forces pro-régime et de la caste opposées aux forces constituantes et populaires », qui avait bien fonctionné, au détriment d’une soudaine réapparition non critique de l’axe gauche-droite mais dans son acceptation la plus superficielle, c’est-à-dire sur la base de ses relations avec le PSOE en tant qu’élément structurant de cet axe.

Le deuxième problème c’est que Podemos – à la seule exception du référendum sur la Catalogne (posé noir sur blanc grâce à En comu Podem) – n’a pas réussi à articuler une liste concrète et succincte des mesures sur la base desquelles il aurait pu articuler une négociation avec le PSOE et qui ferait apparaître clairement que ce dernier s’opposait à toute mesure anti-austérité sérieuse ainsi qu’à une dynamique constituante. Il ne s’agit pas là d’une simple erreur de mise en scène de la négociation avec le PSOE. Cela laisse transparaître un problème de fond dans la politique de Podemos : la sous-estimation du programme et le refus d’obtenir des engagements programmatiques clairs et fermes.

Faire surtout des discours et de la communication n’a laissé au programme qu’une place insignifiante, ce qui lui laisse toujours les mains libres pour réajuster en permanence ce qu’il dit et ce qu’il propose. Il en a résulté une incapacité à populariser des revendications susceptibles de devenir des leviers de mobilisation des masses (comme l’ont été le paiement en nature des hypothèques dans le cas de la Plateforme des victimes des hypothèques, le référendum pour le mouvement indépendantiste en Catalogne ou la journée de huit heures pour le mouvement ouvrier en son temps). Le fait de concrétiser un projet de « changement » en termes de revendications claires, de « bon sens », mais que le PSOE ne pourrait pas assumer, aurait facilité la compréhension publique du désaccord entre Podemos et le PSOE pour l’appuyer dans un gouvernement et aurait réduit l’espace pour la démagogie de Pedro Sanchez lorsqu’il présente le PSOE comme un parti de « changement », victime du sectarisme de Podemos. Il n’est pas certain qu’éviter ces deux erreurs aurait eu une répercussion positive sur le résultat électoral, mais au moins cela aurait contribué à armer sa propre base sociale sur le plan politique et stratégique.

7. Le fiasco du 26 juin est une expression des limites d’un modèle de parti conçu comme une « machine de guerre électorale », construite sous la houlette de Iñigo Errejon après l’assemblée de fondation de Podemos à Vistalegre en octobre 2014, et qui fermait la porte à toute tentative d’expérimentation politique et organisationnelle, dans une orientation démocratique et novatrice pouvant se poser en héritière du 15 mai 2011.

Podemos s’est configuré comme un parti centré sur la compétition électorale et la communication politique qui néglige complètement non seulement l’organisation et la structuration de ses bases militantes par en-bas, mais également tout travail d’implantation sociale et l’intervention dans des mouvements sociaux et des syndicats. Or, cela n’a pas contribué à solidifier ni à fidéliser sa base électorale. La conséquence organisationnelle de la machine de guerre électorale et de communication a été l’adoption d’une structure hautement hiérarchisée et centralisée dans laquelle les directions locales et régionales/nationales sont très subordonnées (sur le plan matériel et symbolique) à la direction centrale et dans laquelle les cercles de base ne jouent aucun rôle et n’ont aucune fonction.

La méthode majoritaire et plébiscitaire d’élection des organes internes n’a servi qu’à exclure les minorités, transformant les instances du parti en champ d’expression des fractions majoritaires de chaque lieu et non en un espace de synthèse plurielle. L’incapacité des directions régionales/nationales – politiquement faibles et souvent propulsées par leur loyauté à la direction centrale – a souvent débouché sur une paralysie politico-organisationnelle. Le résultat de tout cela est une organisation ayant une structure inopérante et verrouillée, souffrant des crises récurrentes des Conseils citoyens territoriaux, ayant très peu de dynamisme à la base et peu d’activité en dehors des réseaux sociaux et des campagnes électorales. Il est clair que le modèle « machine de guerre électorale » non pluraliste n’est pas responsable de tous les problèmes, mais il a certainement contribué à les aggraver.

8. Devant les limites de la « machine de guerre électorale », même Errejon lui-même avait annoncé à plusieurs reprises la nécessité de passer à une deuxième étape de « mouvement populaire ». Le principal problème des promesses d’un futur « mouvement populaire » – aujourd’hui inexistant – est que celui-ci est conçu essentiellement comme un travail culturel et social complémentaire aux élections. Le risque est de passer de la froide machine de guerre électorale (et de com’) à un mouvement populaire, qui rééquilibrerait le travail électoral avec un travail culturel et d’implantation, mais qui au lieu de corriger la conception électoraliste du changement politique et social contribuerait à l’étayer et éventuellement à construire une base moins inconstante.

Nous aurions alors une machine de guerre électorale enracinée sur un travail social-culturel passif et structuré de manière hiérarchique autour du sommet politico-électoral. Le résultat pourrait ressembler – mais en version beaucoup plus limitée – à ce qu’on voit dans les grands partis réformistes du mouvement ouvrier historique : une organisation politique de masse (mais dans ce cas avec les masses jouant le rôle d’audience potentielle et non de force organisée), complétée par un réseau d’associations sociales et culturelles… mais sans syndicat (ni aucun type de mouvement qui le remplace) comme levier pour la mobilisation. La faiblesse de cette conception tient au fait que, entre la machine de guerre électorale et le mouvement populaire compris dans un sens socio-culturel, ce qui brille par son absence c’est le rôle de la mobilisation sociale (sans même parler d’auto-organisation). Ceci ne joue aucun rôle stratégique au-delà de mobilisation interne au mouvement populaire (telle que la « marche du changement » du 31 janvier 2015).

Même si Podemos a compris que le 15 mai 2011 ouvrait une nouvelle période et de nouvelles possibilités, il n’a paradoxalement pas intégré la lutte sociale en tant que variable de sa stratégie, comme si l’avancée du 15 mai était destinée à durer éternellement ou pouvait être remplacée ad aeternum par le marketing électoral. Entre le champ électoral et le champ culturel, il manque une orientation mobilisatrice et auto-organisatrice, capable de les vertébrer. Le modèle de parti qui en découlerait ne serait plus la froide « machine de guerre électorale » centrée sur des campagnes électorales et encadrée par un réseau de cercles culturels, mais un « parti-mouvement » enraciné socialement, orienté vers la participation aux luttes sociales et les mouvements sociaux indépendants, actif dans la bataille culturelle et non autocentré uniquement sur le travail institutionnel-électoral (sans que cela implique une dépréciation de ce dernier).

9. Le cycle politico-électoral qui a commencé en 2014 est arrivé à son sommet et a donné tout ce qu’il pouvait donner. C’est déjà considérable. D’abord, une transformation radicale du système de partis et une crise du système traditionnel de gouvernance par alternance entre le PP et le PSOE, dans laquelle le bipartisme est touché, mais pas coulé. Deuxièmement, la consolidation d’une force alternative avec 5 millions de votes, ce qui n’est pas très loin des scores du PSOE. Et troisièmement, le 24 mai 2015, les victoires électorales des municipalités du changement à Madrid, Barcelone, Valence, Saragosse, Cadix, La Corogne et dans d’autres villes.

Mais la poussée de la phase politique de la crise ouverte après mai 2014 n’a pas été suffisante pour qu’une force comme Unidos Podemos puisse atteindre le gouvernement. À la suite du 26 juin 2016, le défi consistera à ouvrir une deuxième phase de la crise politique, et là la variable déterminante sera la réactivation de la lutte sociale face à l’ensemble de mesures d’ajustement qui se préparent. Une nouvelle poussée de la rue est indispensable pour terminer le parcours. Le résultat du combat sur le front social sera décisif – mais pas de manière mécanique – pour le dénouement du combat politique général.

10. Même si Podemos a une structure conventionnelle, ce n’est pas un parti facile d’usage. Dans le cadre d’une structure politique hautement centralisée et hiérarchisée, avec une culture politique autoritaire et une absence de tradition de débat politique réel dans l’organisation au-delà des organes de direction réduits, les paramètres du probable débat interne après la déception du 26 juin sont imprévisibles. Le principal défi pour cette formation est de gérer le débat sur son avenir de manière pluraliste, démocratique et respectueuse de toutes les positions. Si elle réussit à le faire, elle en sortira renforcée et affrontera dans de meilleures conditions le nouveau gouvernement de Rajoy, qui devra gérer la prochaine volée de coupes budgétaires exigées par Bruxelles et la nouvelle récession économique pronostiquée par tous les organismes internationaux.

Et alors, oui, elle pourra peut-être commencer un véritable deuxième tour. Le chemin vers le changement social et politique ne va pas en ligne droite, comme une marche triomphale sur l’autoroute (électorale) de l’histoire. Il est plein de revers, de réussites, de ralentissements et d’accélérations. La question est de comprendre les moments difficiles pour en sortir rapidement et se préparer pour le prochain assaut.  ■

* Josep Maria Antentas> enseigne la sociologie à l’Universitat Autònoma de Barcelona (UAB). Cet article, publié le 29 juin 2016 par Publico.es (http://blogs.publico.es) puis par Viento Sur (http://www.vientosur.info), a été traduit de l’espagnol et publié en français par A l’Encontre le 4 juillet 2016 (http://alencontre.org). (Traduction revue par Inprecor).

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