Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 637-638 mars-avril 2017 *

ÉTAT ESPAGNOL

Podemos après le congrès Vistalegre II

Cf. aussi : [Espagne] [Josep Maria Antentas]

Josep Maria Antentas*

Le 11 et 12 février, au congrès de Podemos à Vistalegre, Pablo Iglesias et Inigo Errejon se sont affrontés pour la direction du parti.

Inigo Errejon et Pablo Iglesias. © Podemos

Inigo Errejon et Pablo Iglesias. © Podemos

« … ils ne comprennent pas l'utilité immense de la diversité dans les doctrines. Chaque nuance, chaque école a sa mission à remplir, sa partie à jouer dans le grand drame révolutionnaire, et, si cette multiplicité des systèmes vous semblait funeste, vous méconnaîtriez la plus irrécusable des vérités : “La lumière ne jaillit que de la discussion”. »

Auguste Blanqui, Lettre à Maillard (Belle-Île, 6 juin 1852)

Aussi difficile à croire que cela puisse paraître, Vistalegre II appartient déjà au passé. Son déroulement et sa préparation ont été dans la droite ligne de Vistalegre I (lieu du congrès fondateur de Podemeos en octobre 2014) et sa dynamique peut être synthétisée en parlant d’une confrontation sans débat et d’un spectacle sans substance. Son résultat a des conséquences immédiates très claires: Pablo Iglesias a été une nouvelle fois validé en tant que secrétaire général et son équipe va diriger Podemos à son aise. Pour Errejón, n’importe quel moment du passé aura été meilleur. Anticapitalistas ainsi que la liste qu’il animait, Podemos en Movimento (Podemos en mouvement), a réussi à montrer qu’un autre Podemos existe, bien qu’encore petit comparé aux deux fractions de l’ancien appareil. Le résultat final du congrès, c’est cependant une opération de rénovation de Vistalegre I après une bataille dans laquelle la question de qui allait gérer le parti pesait plus que son projet. Les enjeux apparaissent plus en négatif qu’en positif : ou bien faire un pas de plus dans l’homologation politique de Podemos (comme Errejón le projetait), ou bien se maintenir simplement en position de rebelle mais avec une incohérence stratégique importante (comme le soutenait Iglesias). Lors de Vistalegre II Podemos n’est pas devenu pire, mais il ne s’est pas non plus amélioré substantiellement. Les grandes lignes stratégiques qui ont été approuvées en octobre 2014 n’ont pas été rediscutées sérieusement et la structure organisationnelle, malgré quelques améliorations secondaires, continue d’être fondée sur la même philosophie. Le bilan sommaire du congrès est clair : le meilleur a consisté à éviter le pire.

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Au cours du cheminement tortueux vers Vistalegre II, beaucoup d’analogies ont été faites concernant Iglesias et Errejón ainsi que leurs projets respectifs. La plus connue d’entre elles consistait à les comparer à Springsteen et Coldplay (1). Bien que moins glamour, la comparaison avec Avon Barksdale et Stringer Bell, les deux gangsters vedettes des trois premières saisons de la célèbre série The Wire (en français : Sur écoute) est plus intéressante. Le premier, chef de bande, est un dur fier d’être un gangster. Le second, un comploteur intelligent et froid, voudrait devenir un véritable homme d’affaires et s’échapper de la dureté de la zone en obtenant la respectabilité sociale qui lui manque. Amis de jeunesse, les deux ont construit leur domaine en éliminant implacablement leurs ennemis. Mais leur relation se transforme en une guerre faite de trahisons. Bell est tué et Barksdale finit en prison alors que son empire s’effondre et est remplacé par une autre bande rivale. Heureusement, la bataille dans Podemos a eu un dénouement moins dramatique et, malgré son érosion, le parti a survécu au conflit entre ses dirigeants.

Toutes les comparaisons ont leurs limites et cette dernière échoue également sur un point : dans la série télévisée Bell est bien plus apprécié par tous, en étant comme gangster un personnage plus fascinant que son chef plus conventionnel. Dans la réalité de Podemos c’est l’inverse. Iglesias incarne une politique audacieuse ainsi qu’un style moins traditionnel et plus explosif, alors que Errejón représente un personnage plus prévisible (tout en possédant pas mal d’originalité discursive et théorique), un numéro deux qui voulait être le numéro un pour piloter l’adaptation du parti et lui faire atteindre la respectabilité et la reconnaissance officielle. Mais au-delà des bandes, la vie de la zone est aussi conduite par les militants des associations qui luttent pour la changer et jouent une autre partie. Là est l’avenir véritable. Et c’est la question cruciale qui a été soulevée dans le débat de Vistalegre II : sortir de la lutte entre les chefs sur les meilleurs modèles et les styles de la négociation, pour projeter la nécessité d’un autre parti et d’un autre projet politique.

Interrogé sur son écriture et son inspiration, le créateur de The Wire, David Simon, a clos la discussion par un explicite « que le lecteur moyen aille se faire voir » (2). Suivre son conseil serait sans aucun doute une manière particulière d’entrer dans le débat sur la « transversalité » et sur « comment attirer ceux qui manquent », qui préoccupe tant Podemos et qui a constitué les axes du discours stratégique d’Errejón et, en général, du modèle Vistalegre I. Cependant, en politique il ne faut pas mépriser le lecteur moyen, dans ce cas l’électeur moyen. Au contraire, il faut travailler pour obtenir ses faveurs. Mais sans dévaluer le produit pour l’adapter au goût de la majorité, en changeant Podemos en une superproduction éphémère jetable. Au lieu de s’orienter vers un centre indifférencié et amorphe, c’est à partir de la mobilisation des secteurs qui lui échappent qu’une force contestatrice comme Podemos peut se construire une forte base sociale, puis la renforcer progressivement. C’est en cassant les moules que The Wire a eu un succès. La leçon s’applique aussi à Podemos.

Vu sous cet angle, lors du congrès Vistalegre II, nous avons assisté à l’affrontement entre deux modèles de Podemos-superproduction, un avec une certaine prétention d’allier la commercialité et la qualité (Iglesias) et l’autre totalement orienté vers l’audience (Errejón), pendant que dans les marges s’ouvrait la voie, avec un respect croissant des militants de base, pour un Podemos-The Wire, celui de Anticapitalistas, qui soulignait la qualité du scénario et de la consistance narrative. Il ne faut dans aucun cas assimiler cette position à la défense confortable d’un projet minoritaire destiné à sa consommation propre, mais bien à la prétention d’articuler un projet aussi majoritaire que son ambition du changement social est grande, aussi massif que bon. Il n’est pas si difficile d’imaginer ce que pourrait être un parti de ce type. Il suffit de penser au 15M [mouvement des Indignés].

Paysage de guerre totale

La route vers Vistalegre II a mis en scène une guerre totale, pour employer le terme militaire connu de Erich Ludendorff (3). La logique de guerre bureaucratique contre le militantisme et les divergences, dans un climat d’exception organisationnelle permanente, propre au modèle adopté à Vistalegre I, a dérivé finalement jusqu’à une guerre totale interne entre ses fractions dirigeantes, dont la décision imposait la bataille décisive (pour utiliser encore une fois du vocabulaire militaire) de Vistalegre II.

La guerre totale de Vistalegre II avait germé à Vistalegre I. C’est alors qu’a été consolidé un modèle de parti dont la culture politique, et la dynamique organisationnelle, incluait dans son code source la possibilité d’un tel dénouement. Pour cette raison, tous les appels à la « raison », au « calme » et à « l’unité », lancés de manière sincère ou intéressée au cours des semaines précédant le congrès, auraient été plus solides politiquement s’ils avaient été accompagnés d’une critique du modèle Vistalegre I, sans se limiter à des paroles en l’air en faveur de la « sagesse » et sans aborder les causes politiques qui ont provoqué la bataille interne.

Vistalegre I a certifié que le parti cessait officiellement d’être un bien commun de ses membres (il ne l’a jamais été en réalité) et devenait la propriété de ses dirigeants. La machine de guerre électorale bureaucratico-communicative était à la fois un parti privé et propriétaire, une sorte de Podemos Inc., né de la privatisation bureaucratique des biens communs du collectif militant c’est-à-dire du patrimoine et du capital militant, culturel, émotionnel et symbolique, collectif. De cette manière, l’augmentation de l’autorité des dirigeants a été parallèle à la personnalisation du pouvoir dans une logique de « croissance du pouvoir, personnalisation du pouvoir », pour reprendre une expression de Maurice Duverger (4). La personnalisation du pouvoir s’entrecroise, dans ce sens, avec son institutionnalisation, qui sert à la ratifier. Ce processus a impliqué la construction d’un appareil-Frankenstein, pivotant autour de Iglesias et Errejón, autonomisé par rapport à sa propre base militante, dont la logique interne condamnait n’importe quelle divergence sérieuse à impulser une lutte sans pitié pour le pouvoir, dans laquelle il ne pouvait y avoir que deux dénouements : vaincre ou mourir. La survie impliquait le contrôle du monstre bureaucratique qui contenait en son sein le germe de la guerre totale. Lorsque l’appareil-Frankenstein s’est rebellé contre ses créateurs, l’un d’eux était nécessairement condamné à être dévoré par sa propre créature.

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Le débat de Vistalegre II a montré qu’une des particularités significatives de Podemos est sa nature de parti pragmatique hyper idéologisé. Autrement dit, c’est une organisation au sein de laquelle il y a de véritables préoccupations politico-intellectuelles-stratégiques, mais elles sont systématiquement évacuées du fait de sa conception de la politique. Celle-ci implique des discussions superficielles réduites au seul objectif de gagner les élections, mais qui partent des problèmes réels et de questions fondamentales. C’est-à-dire que Podemos est à la fois un bouillonnement des idées et qu’il les banalise en même temps.

Cela s’est reflété dans les caractéristiques du processus du congrès dans son ensemble : un manque de culture du débat, une discussion politique au sommet sans véritables espaces à la base pour une discussion organique, une dynamique de concurrence et de campagnes internes permanentes dans le plus pur style des primaires d’un parti politique étatsunien, et une personnalisation extrême des débats. Cette dernière question est inhérente au débat politique en général et encore plus dans les sociétés de communication de masse. Mais au sein de Podemos elle a été exacerbée par la nature même du projet impulsé par Iglesias et Errejón, dont la culture personnaliste du parti a été de plus jumelée avec un modèle archaïque de masculinité chevaleresque paradoxalement combiné avec des intrigues scélérates à la Borgia. Un mélange d’honneur avec des aspects ridicules, et de vilénies sans scrupule.

Parmi les nombreux exemples de personnalisation et d’hypocrisie que les deux fractions ont employées, notons le recours au vieux truc « le dirigeant (Iglesias ou Errejón) est bien, mais il est mal entouré ». En somme, les deux sont intelligents, mais mal conseillés et entourés d’officiers de mauvaise qualité. Il y a de la vérité dans tout cela, car il est indéniable que nombre des « errejonnistes » paraissent comme une mauvaise copie de leur chef et beaucoup de « pablistes » reproduisent tous les défauts mais n’ont aucune des vertus du secrétaire général. La grossièreté politique et la brutalité organisationnelle sont les signes distinctifs de l’équipe d’Iglesias, en même temps que le carriérisme élitiste semi-intellectualisé et la trivialité bureaucratique sont ceux de l’équipe d’Errejón. Mais en fin de compte, l’opposition entre les deux leaders et leurs personnels manque de solides fondements. Le résultat de cette tactique, utilisée pour faire croire qu’on n’attaque pas le dirigeant charismatique de l’autre fraction, auquel on rend un hommage hypocrite, a seulement servi à dépolitiser encore plus l’affrontement et à personnaliser la discussion autour des deux grands dirigeants.

Seuls Podemos en Movimento et son âme fondatrice, Anticapitalistas, n’ont pas joué cette politique de guerre totale. Il est vrai que son statut d’outsider, le fait d’être en dehors du duel des titans, lui a permis de s’écarter de la roublardise de ce combat et de se concentrer sur sa dimension politique. Mais avant tout il s’agissait là d’une décision politique consciente, d’une approche particulière de la campagne et d’une conception de la façon dont les choses sont faites. Sa propre campagne essayait de commencer déjà, dans les faits, de mettre en marche un Podemos différent. Le résultat a été sa légitimation définitive en tant que courant au sein de Podemos, apparaissant à la fois comme la proposition la plus critique du Podemos existant et la meilleure incarnation du Podemos potentiel. Une victoire morale – tel a été le résumé le plus fréquent du rôle de Anticapitalistas. C’est sans doute important, mais doit être considéré comme un point de départ et non comme un acquis confortable.

Au cours de cette bataille fractionnelle, certains secteurs intellectuels liés à la politique d’Errejón ont proposé un vote mixte et croisé des listes pour dépasser la dynamique des blocs (5). Mais cette proposition, tout en ayant un certain mérite, présentait quatre problèmes qui l’ont invalidée de fait en tant que stratégie fondamentale et l’ont fait plus apparaître comme une variante de la guerre totale et non une alternative. Tout d’abord, il s’agissait d’une tentative de ceux qui se savaient à priori perdants de freiner les trains avant le choc. Et donc la tentative semblait intéressée. Deuxièmement, elle provenait d’une apologie partielle du modèle de Vistalegre et d’une alliance avec un de ses architectes, sans prendre en compte qu’il s’agissait là en réalité de germes de la situation actuelle. Il s’agissait donc d’éviter l’accident sans assumer ses causes. Troisièmement, elle ne prenait pas en compte le fait qu’un troisième joueur, Podemos en Movimento, assistait à cette confrontation entre frères ennemis en se comportant de manière différente. L’appuyer aurait été, de ce fait, une manière concrète de priver de munitions les deux colosses qui s’affrontaient. Quatrièmement, la proposition de choisir quelques membres des trois listes conduisait finalement à tomber dans le mal endémique de Podemos, celui de la personnalisation à la place d’un débat d’idées.

Reality-politique

Bien des choses ont été dites sur la publicité de l’affrontement faite par Iglesias et Errejón. Les formes qu’il a prises peuvent être expliquées en partie par le rôle des médias conventionnels et des réseaux sociaux dans la politique actuelle. Mais elles sont surtout la conséquence du modèle organisationnel autoritaire, présidentialiste et plébiscitaire online établi à Vistalegre I ainsi que de la stratégie politique du parti centrée sur la communication.

Dans les partis traditionnels, le spectacle fait partie intégrante de leurs projets et de leur identité. Dans Podemos, la politique comme spectacle est, à la fois, un aspect identitaire et déterminant du Podemos réellement existant créé à Vistalegre I et une négation de ses idéaux d’origine et de sa véritable signification en tant que proposition contestatrice qui défie l’establishment et incarne une autre politique.

La particularité de Podemos, c’est qu’il ne s’agit pas seulement de politique-spectacle télévisée et twittée, mais qu’il s’agit d’une politique spectaculaire car fondée sur un projet de véritable changement politique et social, dont la banalisation à Vistalegre I n’a jamais pu être achevée et a toujours été perçue comme une négation instable de ses fondements et des attentes dont il reste porteur. Pour cette raison le pas en direction de la reality-politique a été encore plus dévastateur, car il confirmait la tension déjà indéniable entre le Podemos existant et celui qu’il devrait être pour satisfaire les aspirations, la volonté et la confiance dont il est dépositaire.

En paraphrasant Gramsci et son analogie entre le pouvoir et le Centaure, on pourrait dire que Podemos est un centaure, pour moitié un spectacle creux et pour moitié une substance. Il ne faut pas en conclure que la politique substantielle se suffit à elle-même si elle n’est pas conçue de manière communicative, esthétique et émotionnelle, mais simplement que la communication, l’esthétique et l’émotion doivent être au service d’un contenu et non d’une banalisation superficielle des idées, propositions et stratégies.

Lorsque la communication ne sert pas pour faire la politique, mais qu’elle en est l’essence, il est inévitable que tout combat politique se transforme en spectacle. Et quand ce dernier dégénère en une bataille fractionnelle incontrôlée, de la politique-spectacle on passe à la reality-politique, comme cela a eu lieu sur le chemin vers Vistalegre II.

Comme les reality shows télévisés, la reality-politique est fondée sur une sorte de transparence artificielle dans laquelle, de manière analogue à la pornographie, apparemment tout se voit, mais sur un fond d’imposture. Le résultat, c’est une sorte d’exhibition publique à la Big Brother des cliques du parti, partiellement hors de contrôle, qui génère la déception et le malaise au sein de sa base sociale et électorale. Mais cela se fait par des gesticulations de galerie (comme les présentations d’excuses aux militants pour paraître comme quelqu’un de bien et humble), par des propositions à double sens (des louanges faites à l’adversaire fractionnel en affirmant qu’on compte sur lui) et par des impulsions souterraines que tout le monde ne peut voir. Cette surexposition publique combinée avec l’imposture hypocrite est la synthèse de la réalité politique qui a marqué la préparation de Vistalegre II.

Batailles d’appareils et conflit pour l’hégémonie

Depuis le lancement de Podemos et par la suite, le tandem Iglesias-Errejón a fonctionné avec une distribution de rôles fonctionnelle. Le premier agissait en tant que leader charismatique, tandis que le second a mis sur pied l’hypothèse stratégique du parti et a pris le contrôle de l’appareil, s’assurant à la fois l’hégémonie et la domination, même si les deux subissaient toujours une déstabilisation partielle du fait du poids du leadership d’Iglesias. Dans Podemos, la politique était vécue, réalisée et discutée à partir des conceptions d’Errejón, réajustées par Iglesias dans leur application pratique quotidienne. Après la rupture entre eux, Errejón a partiellement perdu le contrôle de l’appareil et a été en position minoritaire du fait du poids du secrétaire général. Pour la première fois, ses hypothèses stratégiques ont subi une contestation publique de la part du dirigeant du parti. Tout cela l’a placé dans une position plus défensive, avant le début d’un affrontement qu’il ne voulait pas et n’attendait pas… encore, et dans lequel il s’est senti perdant. Mais les termes du débat étaient marqués par la culture politique et les idées-forces du modèle Vistalegre, dont il fut le principal architecte et où il avait disposé de l’hégémonie politique.

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Pour le dire en d’autres termes : Errejón devait mener le combat dans des conditions difficiles et défensives face à un leader charismatique en position invincible (même s'il a montré des faiblesses importantes à certains moments). Et Iglesias a dû mener la bataille en tenant compte de l’hégémonie intellectuelle-stratégique d’Errejón, en formulant une interprétation distincte et en amendant partiellement l’hypothèse populiste errejonienne, ses concepts et ses préoccupations. Iglesias n’a jamais présenté une alternative cohérente à l’errejonisme, bien qu’il se soit graduellement différencié de plus en plus de lui depuis leur rupture en mars 2016, en présentant successivement des formules insuffisamment élaborées et peu solides (6) jusqu’au fiasco le plus retentissant de sa soudaine et opportuniste conversion à la social-démocratie à la veille des élections du 26 juin 2016.

La culture hégémonique générée par Errejón était fondée sur un fort sentiment d’identité podemiste, l’électoralisme, la modération politique, la fusion totale entre la communication et la politique en dissolvant la seconde dans la première, et une culture individualiste-méritocratique compétitive de jeunes triomphateurs qui était le substrat idéologico-culturel du modèle de Vistalegre (un modèle qu’on pourrait définir comme un populisme individualiste méritocratique particulier). Au cours de la période où le tandem fonctionnait, si Errejón défendait les fondements de l’hypothèse, Iglesias incarnait sa concrétisation communicative quotidienne et charismatique, l’arrangeant à sa façon mais avec de petites différences substantielles au-delà d’une rhétorique plus incisive et plus incendiaire et d’un individualisme moins méritocratique, mais aussi vorace et dans un style plus arrogant.

Tout combat contre une hégémonie donnée se fait en partant de celle-ci, comme Errejón lui-même l’a correctement signalé (7), pour rompre ses limites de l’intérieur. Il ne faut pas s’enfermer dans une attitude fataliste de sans issue, ni capituler devant une force hors de portée, ni construire une résistance marginale qui serait incapable de se connecter avec les résistances potentielles. C’est en évitant ces trois risques qu’on trouve la clé d’une bonne stratégie contre-hégémonique. « Il faut accepter pour cela de travailler dans les contradictions et les rapports de force réels, plutôt que de croire, illusoirement, pouvoir les nier ou s’y soustraire. Car les subalternes (ou les dominés) ne sont pas extérieurs au domaine politique de la lutte, et la domination n’est jamais entière et absolue. Le dehors est toujours dedans » – écrivait Daniel Bensaïd (8). Par conséquent, toute tentative de subvertir le Podemos populiste et Vistalegre I commence en partant de Podemos. Penser un autre Podemos impliquait de démarrer du Podemos réellement existant et non de celui qu’on désire ou de celui qui s’est perdu sur les voies de garage de l’histoire. La culture politique, les idées hégémoniques, les règles de jeu, le poids de l’appareil et l’identité du parti, conditionnent toute tentative de le changer. Le défi était donc de dépasser la dystopie (utopie qui vire au cauchemar) de Vistalegre I sans se perdre dans les entrailles du monstre. Dans l’avenir, il faudra partir de Vistalegre II pour faire un pas de plus dans la transformation de la machine créée en octobre 2014 et qui a été maintenant ratifiée avec quelques modifications.

Vistalegre I a porté aux nues une hypothèse stratégique forgée par Errejón et validée par Iglesias, contre laquelle les voix des minorités opposantes s’étaient élevées tout en ayant beaucoup de difficultés pour présenter une alternative cohérente. Dans le cadre d’une victoire écrasante et de l’hégémonie absolue des idées et des propositions populistes, il y avait peu d’espace pour que l’imagination de la base sociale podemiste s’oriente vers d’autres horizons. Du fait de cette colonisation par l’hypothèse populiste errejonienne, chaque proposition différente devait être formulée en réagissant à elle. Devenue la norme, la proposition populiste d’Errejón était la référence négative de ses contestateurs. Ces derniers, comme c’est le cas dans toute résistance contre-hégémonique, devaient adopter certains de ses présupposés s’ils voulaient construire une modification anticapitaliste de cette totalité.

Dans ce sens, Podemos en Movimento a cassé en diagonale l’ensemble de l’hypothèse populiste, en avançant un autre calendrier et un autre horizon : un chemin alternatif, une autre manière de le prendre, une gare d’arrivée distincte. Sa conception de la victoire en tant que dialectique entre l’auto-organisation, la mobilisation, les élections et le travail institutionnel est complétée par des propositions programmatiques consistantes qui remettent en cause à la fois le contenu et la conception du programme d’Iglesias et d’Errejón. Le fondement de l’hypothèse populiste – dans la version dure d’Errejón comme dans la version instrumentale d’Iglesias – a été l’absolue non-pertinence du programme électoral, transformé en une sorte de non-programme pour faire une analogie (libre et partielle) avec le concept de non-lieux de l’anthropologue Marc Augé (9), pour faire référence à ces lieux de passage éphémères, qui ne peuvent se définir ni comme identitaires, ni comme relationnels, ni comme historiques, qui ne peuvent donc être considérés comme des lieux au sens strict, mais l’opposé. Dans ce sens, le non-programme est un programme qu’on ne peut considérer comme tel, car il n’a pas pour objectif d’exprimer et de donner une cohérence à la vision du monde d’un parti, de lui attribuer une identité, des instruments pour la politique quotidienne et des manettes pour s’orienter dans la direction souhaitée. Relégué aux marges de l’activité du parti, le non-programme de Podemos avait trois grandes caractéristiques qui annihilent la fonction d’un programme : invisible (il ne jouait aucun rôle dans la politique du parti), liquide (il était en permanence reformulé selon les besoins), soluble (chaque révision est édulcorée et décaféinée).

Justement, un des défis futurs de Podemos en Movimento consiste à approfondir et à mieux fonder le débat programmatique et, de cette façon, développer la discussion politique concrète dans Podemos. Il ne s’agit pas de chercher un programme-fétiche, mais un programme-orientation afin d’aider à la reflexion politique et à la formulation des propositions pouvant servir à la mobilisation des masses. Un débat programmatique qui doit toujours être lié à une discussion stratégique plus générale, car en absence de stratégie un programme peut finir par devenir un catalogue de propositions, alors qu’une stratégie sans programme court le risque de s’égarer dans des débats trop généraux.

Dissidences anticapitalistes en mouvement

À Vistalegre I, comme le scénario était celui d’une victoire politique totale du tandem Iglesias-Errejón, les courants dissidents ont eu beaucoup de difficultés pour articuler un projet politique alternatif. Ils ont dû se limiter aux questions démocratiques et organisationnelles, et ont été soutenus par une part importante des militant-e-s actives les plus politisés, qui ont pris conscience de l’absurdité hiérarchique et autoritaire projetée par Iglesias et Errejón. Mais ils n’ont pas réussi à atteindre les préoccupations des militant-e-s moins politisés ni les légions d’inscrits par internet, ni faire passer leurs arguments concernant les dangers et les problèmes politiques, organisationnels et stratégiques du projet populiste. Il ne pouvait en être autrement dans un contexte où la base podemiste vibrait surtout sur l’enthousiasme et l’illusion que le parti était en marche vers la célébrité.

Le deuxième round était différent. Dans un contexte de vote utile instrumentalisé par les deux grandes candidatures, les 13 % de votes obtenus par la liste autour de Miguel Urbán sont un résultat important, à quoi il faut ajouter la bonne entente avec les membres actifs et militants. La campagne de Podemos en Movimento a été une bonne synthèse d’un contenu politique solide et d’un ton aimable, d’un combat politique fondamental et du respect de la démocratie. Un bon modèle pour mettre en avant, dans cette discussion si grotesque, le style que Podemos devrait avoir et comment il devrait s’adresser à la société.

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Au cours de Vistalegre I, aux yeux d’une grande partie de la base de Podemos les courants critiques, montrés du doigt par la direction, étaient apparus comme un corps étranger au sein du parti. Maintenant, c’est Iglesias et Errejón qui donnent l’impression d’être insensibles à ce qui était attendu et espéré de Podemos, alors qu’en réalité leur comportement est la conséquence de ce qui a été construit à Vistalegre I. Bien qu’ils se soient massivement prononcés en faveur d’Iglesias ou d’Errejón, beaucoup de podemistes ne reconnaissaient plus son secrétaire général et/ou son secrétaire politique au cours des dernières semaines. En réalité, les deux ont agi suivant leur vraie nature. Nous avons rarement eu l’occasion de voir comme maintenant un Pablo Iglesias et un Iñigo Errejón aussi authentiques et non masqués (malgré les impostures encore rémanentes, déjà commentées, et qui font partie de leur ADN). Alors qu’ils apparaissaient comme des traîtres à Podemos et des démolisseurs des espoirs placés en eux, ils étaient plus fidèles à eux-mêmes et Podemos tel qu’ils l’ont construit. Dans ce sens, le Podemos de Vistalegre I n’a complètement révélé sa nature véritable que lors du processus de Vistalegre II.

La lutte fractionnelle a démontré la nécessité absolue d’une organisation comme Anticapitalistas et d’une candidature comme Podemos en Movimento. Imaginer la lutte de ce second congrès sans eux serait affreusement sinistre. La question terrible qui vient à l’esprit c’est : Que serait Podemos si ceux qui avaient résisté à contre-courant lors de Vistalegre I avaient jeté l’éponge et étaient partis, comme le voulaient Iglesias et Errejón ? La réponse est assez troublante.

L’intervention d’Anticapitalistas dans Podemos a connu diverses phases. Marginalisé par des moyens peu recommandables au sein du groupe fondateur, il s’est lancé dans une lutte pour sa survie au cours de la période comprise entre les élections européennes du 25 mai 2014 et le premier congrès de Vistalegre en octobre de la même année, lorsque l’équipe d’Iglesias et Errejón était au sommet de sa légitimité. Après ce congrès fondateur, Anticapitalistas a entamé une guerre de position défensive, étant en général marginalisé dans le parti, mais disposant de quelques enclaves institutionnelles (avant tout la position de Teresa Rodriguez en tant que secrétaire générale d’Andalousie et de Miguel Urbán au Parlement européen, ainsi que de quelques secrétaires généraux de cercles locaux) qui ont été progressivement élargies (en obtenant quelques députés régionaux lors des élections de mai 2015). Deux tâches s’imposaient à Anticapitalistas à cette étape, qui restent toujours actuelles : d’une part, structurer une opposition interne à la politique d’Iglesias et Errejón, pour résister tout en sachant être incapables de remporter quelque bataille que ce soit ; d’autre part, mettre en pratique un autre Podemos dans les quelques endroits où nous avions une majorité critique favorable. C’est un peu compliqué à réaliser dans un cadre organisationnel, politique et hégémonique qui ne laisse que peu de marges de manœuvre. La première impliquait de combattre le présent pour gagner l’avenir. La seconde, façonner le futur au présent. Finalement, l’éclatement du tandem Iglesias-Errejón a ouvert pour Anticapitalistas une nouvelle phase, marquée par la normalisation croissante de son existence et la fin de l’atmosphère asphyxiante, créée à Vistalegre pour toute forme de dissidence. Le défi a été de générer une troisième voie indépendante au milieu d’une très forte polarisation. Cet objectif a été largement atteint. Commence maintenant une nouvelle étape, dans laquelle l’autre Podemos possible devrait servir de miroir permanent dans lequel se reflètent tous les débats tactiques et stratégiques du Podemos post-Vistalegre II réellement existant.

Tout au long de ce parcours de deux années, en termes de conception stratégique et de pratique politique, Anticapitalistas a été devant le défi de rester fidèle à ses propres hypothèses tout en étant en interaction avec l’hypothèse populiste en tant que stimulant permanent pour se confronter aux points faibles de ses propres conceptions stratégiques. Parmi les questions les plus importantes : penser une relation avec la société qui transcende les codes culturels du monde militant et activiste. C’est de la tension relationnelle l’opposant au projet populiste, de la fidélité à son propre projet et à son bagage historique, que sont sorties ses propositions pour, et à sa manière dans, Podemos.

Après le déluge

Le Podemos qui est sorti de Vistalegre II est une version modifiée de la machine de guerre électorale bureaucratico-communicationnelle de Vistalegre I. Son premier test sera sa propre reconfiguration interne et la dépossession de l’ancien appareil politique d’Errejón, qui devient le chasseur pris en chasse. De cheville ouvrière d’un appareil inflexible qui foudroyait – toujours sans fanfares et avec élégance – celui qui s’interposait à ses objectifs, il verra maintenant comment la machine qu’il a construite lui applique sa propre médecine.

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Bien qu’il y ait une certaine justice poétique de voir le gestionnaire principal de la machine de guerre dévoré par sa propre créature, elle ne doit en aucun cas conduire à soutenir des mesures visant à réduire à néant toute la culture pluraliste. Il est normal que l’équipe d’Iglesias assume le contrôle des responsabilités centrales de la direction et que l’appareil politique hypertrophié et fractionnel construit par Errejón soit démonté. Mais cela ne devrait pas être confondu avec le maintien d’une culture anti-pluraliste, maquillée seulement par l’intégration superficielle des minorités dans l’exécutif. On peut ne pas vouloir verser une seule larme pour Errejón et les siens, qui ont dirigé le parti avec un autoritarisme aussi calme qu’implacable, tout en défendant fermement la pluralité interne, le droit des minorités d’avoir des espaces dans les organes, ainsi que le respect démocratique de la diversité d’opinions et de positions.

En termes d’orientation politique, le cours immédiat que prendra le nouveau Podemos va probablement combiner une rhétorique plébéienne contestatrice forte avec des propositions réalistes et modérées prétendant gagner ainsi une respectabilité. Ainsi, compte tenu de ce que nous avons vu jusqu’à présent, on verra probablement se succéder des zigzags, des embardées et des excès. En fait, les résultats des combats fractionnels ont toujours des éléments paradoxaux, surtout si le prix de la victoire est élevé pour ceux qui les ont impulsés. Il n’est pas rare que la fraction gagnante, une fois ses rivaux écrasés, soit contrainte d’assumer une partie de leur ligne politique, mais en l’administrant et la contrôlant elle-même. Cela peut se produire également dans Podemos, où le « pablisme » vainqueur n’a jamais défini une stratégie d’ensemble distincte de l’errejónisme, comme nous l’avions déjà indiqué. Universellement reconnu comme étant la brute, il se pourrait qu’Iglesias ait besoin d’une dose de l’amabilité errejonienne à la Coldplay pour pallier la pression médiatique qu’il subit et qui cherche à présenter le résultat de Vistalegre II comme étant un repli de Podemos sur lui-même.

De toute façon, l’opposition au gouvernement du Parti populaire, qui est la principale tâche de Podemos, ne présente pas beaucoup de difficultés intrinsèques. Iglesias va probablement l’assumer en combinant une rhétorique contestatrice et un soutien générique aux luttes sociales. À court terme, Iglesias a une position bien installée, au moins jusqu’aux prochaines élections générales. Avant celles-ci, à moins que tous les pronostics des sondages soient erronés, il sera difficile à quiconque, tant de l’intérieur de Podemos que de l’extérieur, de le faire partir de son siège tant convoité. Mais s’il échoue lors des prochaines élections générales, sa position sera très affaiblie.

Le futur de Podemos après Vistalegre II est difficile à prévoir. Le plus dur est probablement déjà derrière nous. Dans les mois à venir ce sera le PSOE qui sera submergé par la bataille entre frères ennemis, dont va aussi dépendre la situation de Podemos. À moins que Sánchez parvienne à s’imposer démocratiquement face à l’appareil lors des élections primaires, le plan de la direction du PSOE est de confirmer lors de son prochain congrès sa ligne actuelle de subordination au Parti populaire, ce qui laisse un espace à Podemos.

Malgré le spectacle de ces derniers jours et l'érosion profonde de Podemos, qui apparut comme une force politique se comportant avec les mêmes vices que les autres partis, sa base électorale devrait se stabiliser plus ou moins. Même avec moins d’enthousiasme et plus de déçus, Podemos est pour des millions de personnes le meilleur véhicule politico-électoral pour exprimer le malaise social contre les partis traditionnels et leur nouvelle béquille, comme Ciudadanos. Mais un parti comme Podemos fonctionne mieux avec une base convaincue qu’avec un vote démotivé.

Dans tous les cas, au-delà des réussites et des échecs que Podemos et sa nouvelle direction vont accumuler en s’opposant au gouvernement du Parti populaire, la variable décisive sera le commencement d’un nouveau cycle de luttes sociales, ou leur absence. Pour bien terminer le cycle politique des Indignés et pour déployer toutes ces potentialités, un nouveau cycle social est nécessaire. En interaction avec Podemos (et les autres forces du « bloc de changement ») ce cycle social pourrait devenir en même temps un cycle politique. ■

Barcelone, le 14 février 2017

* Josep Maria Antentas est professeur de sociologie à l’université autonome de Barcelone.

Notes

1. Bruce Springsteen, surnommé The Boss, est un chanteur et auteur-compositeur étatsunien, l’un des artistes qui ont vendu le plus d’albums aux États-Unis. Engagé contre la guerre du Vietnam, reprenant des chansons de Woody Guthrie, il a chanté en 1988 à Berlin-Est devant 300 000 jeunes en leur disant à propos du Mur de Berlin : « Je ne suis ici pour aucun gouvernement, je suis venu pour jouer du rock'n'roll pour vous dans l'espoir qu'un jour toutes les barrières seront abolies. » Coldplay est un groupe de musique pop rock britannique très populaire, formé en 1996 par l’auteur-compositeur-interprète Chris Martin et le guitariste Jon Buckland, révélé avec l’album « Parachutes », sorti en 2000 et vendu à plus de 8 millions d’exemplaires. Les membres du groupe soutiennent Oxfam international et ont réalisé des concerts pour une association d’aide aux sans-abri. J.M. Antentas a brièvement traité cette analogie dans son article du 30 janvier 2017, traduit par Robert March pour le site web de la revue française Contretemps : « L’une des synthèses métaphoriques propres à conceptualiser les divergences entre Iglesias et Errejón qui a connu le plus grand succès dans le débat ces derniers mois est celle du rappeur, essayiste et partisan d’Iglesias, Ricardo Romero Laullón « Nega », qui a affirmé sur twitter le 9 septembre : “Il y a deux Podemos (et il y en a toujours eu deux), l’un qui se veut aimable comme Coldplay et l’autre qui s’identifie à Bruce Springsteen. Choisissons le #Boss.” La comparaison, évidemment attractive d’un point de vue visuel et d’une grande force évocatrice, est opérante si on l’interprète comme deux propositions au contenu différent. Pourtant, l’analogie musicale incite à concevoir la comparaison entre le Boss et les auteurs de Parachutes comme une différence de pure forme et de style, la discussion portant sur ce seul terrain. (…) L’analogie musicale souffre aussi, légèrement tout au moins, d’autosatisfaction. Personne ne doute des qualités médiatiques et discursives d’Iglesias. Mais de là à le comparer au Boss… » (http://www.contretemps.eu/antentas-podemos-congres/).

2. David Simon (2007), « My standard for verisimilitude is simple and I came to it when I started to write prose narrative : fuck the average reader » (interviewé par Nick Hornby), Believer : http://www.believermag.com/issues/200708/?read=interview_simon

3. Erich Ludendorff (1865-1937), militaire et homme politique allemand, a été général en chef des armées allemandes et adjoint du maréchal Hindenburg au cours de la 1re Guerre mondiale, a soutenu activement les nazis à leurs débuts avant de s’opposer à Adolf Hitler et de se détourner de la politique en 1925. En 1935 il a publié la Guerre totale (traduit par A. Pfannstiel, Flammarion, Paris 1937) dans laquelle il s’oppose à l’idée de Clausewitz que la guerre est « la continuation de la politique par d’autres moyens » et affirme que le politique doit être entièrement subordonné au militaire dans le cadre d’une dictature qui mobilise tous les moyens de production du pays pour gagner la guerre totale à venir. De même, celle-ci doit être offensive et non pas défensive : sur le plan tactique, il revient au commandement de rechercher la rupture du front adverse par la concentration de toutes les forces en ses points faibles, sans hésiter à frapper les civils par des bombardements pour démoraliser l’adversaire.

4. Maurice Duverger, les Partis politiques, Colin, Paris 1976 [1951], p. 197.

5. C. Fernández Liria et J. Mestre, « Vistalegre 2 : vota mezclado », Público du 6 février 2017 : http://blogs.publico.es/dominiopublico/19307/vistalegre-2-vota-mezclado/

6. Cf. J. M. Antentas, « Podemos face à lui-même », http://www.contretemps.eu/antentas-podemos-congres/

7. I. Errejón et Ch. Mouffe, Construir pueblo, Icaria, Barcelone 2011.

8. D. Bensaïd, le Spectacle, stade ultime du fétichisme de la marchandise, Lignes, Paris 2011, p. 40.

9. D’après la définition de Marc Augé, un « non-lieu » est un espace interchangeable où l’être humain reste anonyme. Il s’agit par exemple des moyens de transport, des grandes chaînes hôtelières, des supermarchés, des aires d’autoroute, mais aussi des camps de réfugiés. L’homme ne vit pas et ne s’approprie pas ces espaces, avec lesquels il a plutôt une relation de consommation. Ce néologisme a été introduit par Marc Augé dans son livre Non-lieux, introduction à une anthropologie de la surmodernité (Le Seuil, Paris 1992). La perception d'un espace comme non-lieu est toutefois subjective : chacun, avec sa subjectivité, peut voir un endroit donné soit comme un non-lieu, soit comme un carrefour de relations humaines. Pour plus de développements sur le populisme d’Iglesias et d’Errejón, voir : http://www.contretemps.eu/antentas-podemos-congres/).

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