Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 616-617 juin-juillet 2015

ÉTAT ESPAGNOL

Podemos, un mouvement inédit

Cf. aussi : [Espagne]

François Sabado *

Podemos a été présenté comme la surprise qui vient d’Espagne. Podemos est en effet une excellente surprise pour les classes populaires et un cauchemar pour les classes dominantes de l’État espagnol. Mais c’est surtout un mouvement inédit.

Pablo Iglesias au meeting de fin de campagne pour les élection européennes de 2014 à Madrid le 23 mai. © Asqueladd

Pablo Iglesias au meeting de fin de campagne pour les élection européennes de 2014 à Madrid le 23 mai. © Asqueladd

Paris, le 28 mai 2015

Inédit par la rapidité du développement d’un mouvement politico-électoral :

• Entre 15 % et 20 % de votes, confirmés par une nette poussée lors des dernières élections municipales et régionales ;

• 200 000 adhésions cliquées ;

• 60 000 à 120 000 votants lors des consultations organisées ;

• 20 000 à 30 000 militants dans les cercles, auxquels peuvent se joindre une partie des milliers de personnes qui ont participé pour la première fois aux campagnes municipales et régionales ;

• Plus de 120 000 personnes à la manifestation nationale à Madrid, à l’appel de Podemos, le 31 janvier 2015.

Synthèse et articles Inprecor

Bref une spirale ascendante, massive et rapide. Rapide, car cette situation est des plus récente : cela a commencé juste avant les élections européennes de 2014.

C’est aussi inédit par la convergence de forces. Podemos ne résulte pas de réorganisations internes au mouvement ouvrier ou à la gauche, ni de convergences de forces organisées substantielles. C’est la rencontre de personnalités : équipe de communication politique de Pablo Iglesias à l’université Complutense de Madrid, de personnalités issues de l’eurocommunisme, du négrisme, du chavisme – animateurs du Centre international Miranda (CIM), centre de formation de la gauche du chavisme – et une participation de Izquierda anticapitalista (Gauche anticapitaliste, devenue Anticapitalistas – les Anticapitalistes).

Sur ce point, on associe souvent Syriza et Podemos. Il y a un point commun aux deux forces, et spécifique à ces deux pays, en Europe : ces formations politiques ont réussi à construire l’expression politique d’une mobilisation de la société contre l’austérité et les régimes en place. Mais il y a cette différence : Syriza est la résultante d’une longue histoire, d’une réorganisation des forces du mouvement ouvrier, de la jeunesse, de l’altermondialisme, liant des courants d’origines diverses, d’abord des courants issus du parti communiste et de ce qu’on a appelé l’eurocommunisme, des courants trotskistes et divers secteurs de la gauche critique. Podemos, à la différence de Syriza, est un mouvement extérieur à la gauche traditionnelle, qui, tout en ayant une grande influence dans des secteurs militants, socialistes, communistes, syndicalistes, n’est pas le produit d’une réorganisation ou recomposition du mouvement ouvrier.

Sa force, c’est l’expression de la radicalité d’un secteur important de la société, et en particulier de la jeunesse.

Ses faiblesses, ses fragilités résultent aussi de sa jeunesse, de sa relative inexpérience, de ses difficultés d’organisation.

Saisir Podemos dans son rapport à la situation espagnole

On ne peut saisir Podemos sans comprendre la spécificité de la crise dans l’État espagnol.

a) D’abord, par la profondeur de la crise économique : 25 % de chômeurs et 40 % des jeunes au chômage ; phénomène massif d’émigration ; baisse de 17 % du pouvoir d’achat, appauvrissement massif du salariat et de la petite-bourgeoisie, à peine compensé, dans certains cas, par les solidarités familiales.

b) Ensuite, par l’irruption de mouvements sociaux et socio-politiques avec le 15M, le mouvement des indignés, commencé le 15 mai 2011, et qui a été ensuite relayé par des marches pour la dignité, les « mareas » (marées) – blanches dans la santé, vertes dans l’éducation –, des journées de grèves nationales, des mobilisations dans la santé, des mobilisations contre les expulsions en ciblant les banques, protestation massive dans le quartier Gamonal à Burgos contre un projet de réaménagement d’une avenue.

c) Par l’éclatement d’une crise de la « transition post-franquiste » ouverte en 1978 : la crise fait voler en éclats la politique de pactes sociaux entre les syndicats et le patronat ; la corruption et les affaires ont rendu l’édifice politico-institutionnel vermoulu ; les formes de l’abdication du roi ont montré la panique des sommets de l’État. Le problème des nationalités avec la crise catalane mais aussi celle des autres nationalités ont aussi affaibli le régime. Ce sont les effets combinés de la crise sociale et de cette crise politique qui vont créer une crise de légitimité sociale et institutionnelle pour les classes dominantes (ce que Podemos appelle « la caste »), qui vont donner une dynamique politique démocratique au mouvement des indignés et aux mobilisations sociales, avec l’exigence de « démocratie réelle » et de remise en cause des pouvoirs, sous des formes très diverses : critiques et remises en cause des décisions bancaires, refus des expulsions, débats populaires sur comment changer l’exercice de la décision démocratique…

d) La conjonction de la crise économique et politique provoque la crise du bipartisme qui vient d’exploser au grand jour après les élections régionales et municipales. Le PP a obtenu 27 % de suffrages exprimés (6 millions de voix), mais a perdu 2,5 millions de voix par rapport aux élections de 2011 ; le PSOE en a obtenu 25 % (5,5 millions de voix), mais a perdu 775 000 voix. Podemos a fait une percée, pour sa première présentation à ce type d’élections en obtenant entre 15 % et 20 % des suffrages. Ciudadanos – qui a été constitué pour être le « Podemos de droite » - a obtenu 6,5 % (1,5 million de voix). Izquierda Unida, coalition animée par le PCE, sort considérablement affaiblie, n’étant plus considérée comme une des quatre forces politiques qui comptent.

On est passé du bipartisme au quadripartisme.

e) Ces résultats donneraient, aujourd’hui, en projection de sièges au Parlement, les résultats suivants : PP 120 sièges (– 66) ; PSOE, 108 (– 2) ; Podemos 37 ; Ciudadanos 18. La situation est donc totalement ouverte : est-ce que les élections de novembre seront avancées ? Y aura-t-il une dynamique cumulative qui continuera à propulser Podemos au-delà des 20 % ? Les résultats actuels, notamment à Madrid et à Barcelone, peuvent en effet donner une nouvelle impulsion à Podemos.

La dynamique positive de Podemos

Il y a une nouvelle période politique, de nouveaux rapports de forces, l’ouverture de nouveaux possibles sur la base d’une politique qui a constitué une rupture dans l’équilibre espagnol.

Podemos exprime :

* Le rejet de l’austérité ;

* La souveraineté populaire ;

* L’idée d’un processus constituant, avec une Assemblée constituante ;

* Un mouvement extérieur au système contre la caste.

C’est une force radicale antisystème qui se situe dans une perspective de changement – liant la mobilisation et la conquête du pouvoir par les urnes – par des réformes de l’État. Du coup, il y a forces et faiblesses dans la démarche. Son programme est anti-austérité mais il reste dans un cadre plus ou moins keynesien, en s’autolimitant sur une redistribution radicale des richesses et les nécessaires incursions dans la propriété des secteurs clés de l’économie. Il pose le problème d’une transformation sociale, mais à partir de l’État.

Ce réformisme radical est aussi inspiré par les expériences latino-américaines, vénézuéliennes, équatoriennes, boliviennes, là où l’État a constitué un point d’appui dans la résistance, même partielle, à l’impérialisme américain. Le problème, dans cette conception, c’est que nous sommes dans un État du centre impérialiste et pas dans un pays latino-américain dominé par l’impérialisme nord-américain. L’État est l’instrument direct des classes dominantes, liées au capital international et en particulier aux institutions de l’Union européenne.

Ces conceptions de la transformation sociale à partir de l’État, les références populistes ou eurocommunistes, peuvent être celle du réformisme. Mais Podemos ne peut être rangé dans le réformisme des partis traditionnels de la gauche. Nous n’avons pas affaire à des appareils traditionnels bureaucratiques. Ce réformisme n’est pas cristallisé, avec une base matérielle, comparée à celle des appareils sociaux-démocrates ou des directions syndicales.

Cela ouvre des espaces et de nouveaux possibles. Les lignes peuvent bouger.

La nécessité d’une nouvelle réflexion stratégique

À cette étape, le problème, c’est de repenser le schéma tactique et stratégique qui dominait dans l’équipe dirigeante de Podemos.

Le schéma de base de Pablo Iglesias était le suivant. Il s’agissait d’organiser quasiment un « raid » ou un « blitzkrieg », une « guerre éclair », pour conquérir la majorité parlementaire aux élections de novembre 2015. La rapidité du phénomène les a conduits à centrer leur politique sur l’idée de « gagner », de gagner vite, sur la base d’un effondrement des partis traditionnels. Et donc de construire une « machinerie électorale » hyper-centralisée. D’où les choix faits par le groupe dirigeant aux assises de Podemos. C’est ce schéma, en tout cas, qui a servi d’argumentation pour limiter l’expression du pluralisme et imposer les listes uniques pour la représentation de la direction aux assises de Podemos – sur la base d’un programme national populaire au plus petit dénominateur commun.

La réalité ne vérifie pas ou nuance sérieusement la validité de ce schéma. La crise en Espagne est certes impressionnante, notamment le chômage des jeunes, mais l’Espagne n’est pas la Grèce. Son niveau de développement économique, sa base productive, son système bancaire est à un autre niveau. Le pays a été attaqué par les politiques d’austérité mais pas saigné comme la Grèce.

L’État n’a pas été disloqué comme en Grèce. Du coup, le PSOE ne connaît pas, à cette étape de processus, de « pasokisation ». Il garde 25 % des suffrages exprimés. La bourgeoisie garde des capacités de manœuvre. Le PP reste le premier parti. Le PSOE ne s’effondre pas. Ciudadanos, même s’il n’a pas eu le résultat escompté, peut toujours peser dans la voie d’une sauvegarde du régime en s’alliant aux autres partis.

Dans ces conditions, un gouvernement de Podemos aux prochaines élections générales est peu probable. Dès lors toutes les combinaisons sont possibles : de « l’ingouvernabilité » à des systèmes d’alliances qui assurent la continuité du régime.

Du coup, le projet du dernier congrès de Podemos doit être revu. Un raid avec une machinerie électorale qui gagne sur la base d’un programme minimum, ne peut fonctionner dans les rapports de forces actuels. Le débat doit s’enrichir d’une nouvelle réflexion tactique et stratégique, qui doit combiner « guerre de positions » et accélérations politiques.

Programme minimum ou dynamique de rupture

La direction de Podemos – et en particulier Pablo Iglesias – s’est montrée d’une grande habilité dans son choix de concentrer la bataille politique, dans sa communication politique, en particulier dans sa ligne de « construction d’un mouvement national populaire contre la caste ». Une de leurs références est Ernesto Laclau, philosophe argentin qui a théorisé sur la notion de « populisme » à partir de l’expérience de Juan Peron.

Le populisme de Laclau, c’est l’objectif de rassembler la communauté nationale autour du leader sur la base d’un plus petit dénominateur commun. Cette approche a été actualisée, selon lui, par le chavisme. Ces références servaient de fondement à une stratégie de rassemblement autour de « signifiants flottants », de références générales qui peuvent rassembler et constituer le peuple. Ce sont les notions de souveraineté nationale, de justice, de droits sociaux, d’intérêt général.

Iglesias, qui connaît l’histoire de la révolution russe, tente d’interpréter cette stratégie de manière plus radicale. Il a été jusqu’à faire le parallèle avec les mots d’ordre des bolcheviques sur « le pain, la paix, la liberté, la terre ».

Il y a deux questions dans cette démarche qu’il faut démêler.

La première préoccupation, correcte, c’est d’essayer de concentrer le programme politique d’un parti dans quelques revendications ou mots d’ordre. Je vais subir la critique de certains, mais je crois que la direction de Podemos a raison de vouloir rompre avec des programmes trop étoffés, trop détaillés.

Mais la deuxième, discutable, dans certaines dimensions de cette politique de Podemos, c’est, au nom de la simplification, de modérer certaines revendications, parce qu’elles diviseraient « la communauté » ou seraient porteuses de confrontations de classes, au sens large. Cette conception réductrice peut conduire à l’évitement de problèmes clés, par exemple sur les questions suivantes : L’annulation de la dette ? Quelle organisation du système bancaire ? La question des nationalisations et de la propriété ? Cette conception réductrice peut aussi conduire à éviter ou sous-estimer des questions comme celle des nationalités, ou celle du droit à l’avortement parce que ce sont des questions qui divisent, qui ne rassemblent pas.

S’il faut concentrer sur une ou deux revendications centrales, celles-ci doivent faire le lien entre ce que ressentent des millions de citoyens et travailleurs et une autre logique qui commence à rompre avec l’austérité capitaliste, avec le pouvoir des classes dominantes. Surtout maintenant avec l’apparition de Ciudadanos, le « Podemos de droite », il faut des délimitations plus nettes. Et là il y a eu un débat dans la direction de Podemos autour de la notion « occupation du centre » ou du « centre de gravité de la vie politique ». Avec deux approches : rester dans le « flou » ou « signifiant flou » pour gagner des voix au centre, en fait en modérant le programme, ou alors mettre l’accent sur la nécessité de réponse à la crise du système capitaliste – et pas seulement à la corruption financière – et rassembler son camp social, les salariés, les chômeurs, les classes populaires et même « le peuple de gauche », surtout face à la politique de centre-droit de Ciudadanos.

Il fallait délimiter en tout cas sur le plan de la lutte contre l’austérité. Ce qu’a fait Iglesias, à la fin de la campagne, où il a mis plus l’accent sur le Podemos d’origine. Il a parlé de populisme de gauche et non plus seulement de populisme, comme l’a fait un autre dirigeant de Podemos, Inego Errejon.

Sur la notion de peuple

Enfin sur la notion de peuple, il y a aussi matière à discussion.

Si c’est une formule générale qui recouvre les classes populaires, « le peuple contre la caste » ou ceux d’en bas contre ceux d’en haut… et essaye de contourner les références à la gauche qui sont discréditées par les directions de la gauche traditionnelle, pourquoi pas ?

Mais si la notion de peuple vise à ne plus penser la confrontation et l’affrontement en termes de lutte de classes, au sens large, la lutte contre les classes dominantes, à ne plus penser les luttes autour de sujets spécifiques mais articulés autour de la lutte contre le système capitaliste… C’est tout à fait discutable.

Autre écueil à éviter, c’est substituer la notion de peuple aux partis, organisations et associations. Mais, on a vu que la réalité des élections municipales a imposé une politique de rassemblement à Podemos. Imposé ! Car la direction de Podemos ne voulait pas, au début, participer aux municipales. Elle a toléré des coalitions unitaires mais, ruse de l’histoire, ces listes ont eu des bons résultats. Elles ont même élargi l’influence de Podemos. Et il y a même eu une construction par en bas de ce que nos camarades appellent une « unité populaire », autour d’assemblées représentatives, qui ont construit les listes et organisé la campagne. On voit déjà qu’à Madrid, mais aussi à Barcelone, à Cadix, à Saragosse, dans d’autres villes… la dynamique a été très positive.

Et la question nationale

Les questions nationales – catalane, basque, galicienne… – sont des questions centrales dans un État qui n’a pas connu de révolution bourgeoise et qui n’a donc pas assuré les conditions pour la formation d’un État unifié. Ce n’est pas l’avis de la direction de Podemos.

Quand Iglesias parle de souveraineté nationale ou de processus constituant, il pense à l’Espagne (la nation opposée à l’Union européenne et à la domination allemande) et non aux nations d’Espagne. Il aborde le processus constituant comme une rupture avec la Constitution de 1978 mais qui n’intègre pas des processus constituants à l’échelle des nationalités catalane et basque. Il ne défend pas, explicitement, le droit d’autodétermination pour ces nationalités. Il indique que c’est aux Catalans de choisir leur destin, mais il ne précise pas sous quelles formes. Il nous dit, même, que sa préférence, c’est qu’ils restent dans l’État espagnol.

En fait, la question nationale, en Catalogne comme au Pays basque, est une question en tension dans le camp populaire ; d’une part, une partie des classes populaires est « indépendantiste », d’autre part, les travailleurs migrants provenant d’autres régions d’Espagne, en particulier d’Andalousie, ne partagent pas ce sentiment. Il faut donc chercher les voies du rassemblement en tenant compte de ces différenciations. Une politique constituant un bloc social et politique unifiant toutes les classes populaires, dans toutes leurs sensibilités, doit partir du droit à l’autodétermination. Elle doit permettre de poser la question de l’indépendance, sans en faire un préalable au rassemblement. C’est ce qu’ont fait les principaux leaders de Barcelona en comu, en particulier Ada Colau. En Catalogne, il serait tout à fait regrettable que les progressistes n’arrivent pas à une alliance intégrant les forces de Barcelona en comu et les anticapitalistes nationalistes des CUP, et que ces derniers, au nom de l’indépendance, refusent de construire un bloc anti-austérité. Il faut donc débattre des conditions d’une telle alliance.

Quelle politique d’alliances ?

Autre question compliquée : les alliances. La possibilité d’un gouvernement de Podemos n’est pas pour l’immédiat. Il faut donc définir une politique unitaire qui tient compte des aspirations populaires.

À cette étape, la direction de Podemos a donné deux grandes indications :

• D’abord, tout faire pour chasser le Parti Populaire – formation recouvrant des secteurs de la droite et de l’extrême droite – du pouvoir. Pour donner une idée de la violence de l’affrontement avec le Parti Populaire : la maire sortante de Madrid appelle les Madrilènes à se mobiliser contre le « communisme », contre « les soviets »… La polarisation sociale et politique est donc très vive.

• La deuxième indication c’est de refuser tout gouvernement régional ou municipal avec le PSOE, deuxième parti de l’austérité et de la « caste ».

Cette politique est fondamentale. Si Podemos s’intégrait de manière subordonnée dans des coalitions dominées par le PSOE, cela signifierait la fin de la singularité de Podemos, de son rejet de la caste et de son extériorité au système, de ce qui a fait sa force.

Une fois soulignés ces deux grands principes, de nombreux cas se poseront pour les investitures pour les postes de maire ou de président des exécutifs régionaux. Des accords pour empêcher le Parti populaire de prendre une mairie ou permettre l’élection d’un maire de Podemos seront sûrement discutés au cas par cas. En Andalousie, Podemos et Teresa Rodriguez ont demandé des conditions minimums pour voter pour l’investiture du gouvernement andalou : zéro corruption, des transferts budgétaires vers la santé et l’école et la rupture de la région andalouse avec les banques qui ont expulsé des habitants de leurs demeures. Le PSOE a refusé et du coup il y a blocage. Il faut en même temps prendre ses responsabilités, appliquer le mandat donné par les électeurs mais ne pas s’allier à la caste ou des secteurs de la caste, en l’occurrence former des exécutifs avec le PSOE.

Quelle structuration pour une nouvelle formation politique ?

Enfin se posent les problèmes de réorganisation de Podemos… La complexité de la situation actuelle pose le problème d’une structuration d’une nouvelle formation politique, un type de parti en quelque sorte, par l’organisation : l’organisation et la coordination des cercles, l’organisation de l’action politique et pas seulement de la communication, l’organisation du débat et d’un pluralisme politique au sein de Podemos. Il y a d’ailleurs là un paradoxe : d’un côté l’allure libertaire du 15 M et de la dynamique socio-politique espagnole et de l’autre la tentation de l’hypercentralisation autour du leader et de la machine électorale. Mais là encore la réalité est plus compliquée car les adhérents de Podemos aspirent à leur représentation. Exemple : Teresa Rodriguez en Andalousie, la coalition de Madrid, les représentants à Saragosse, à Barcelone.

Mais surtout, les élections municipales créent une nouvelle situation pour Podemos. Ses militants ont animé ou participé à des coalitions unitaires, à l’organisation d’assemblées représentatives pour élire des candidats sur les listes municipales et ont discuté des plateformes locales… De ce fait, ces élections peuvent constituer une nouvelle phase dans la construction d’un mouvement pour une unité populaire. Après ces élections, il s’agit de montrer les capacités de gestion des nouveaux élus de Podemos, mais surtout de constituer avec ces positions électorales des points d’appui pour se lier aux luttes et aux mouvements sociaux. D’autant, comme l’ont rappelé nos camarades d’Anticapitalistas, que les institutions ne sont pas neutres, que de nombreux pièges seront tendus aux élues pour « les institutionnaliser ». De ce point de vue, l’exigence affirmée pour que les salaires des élus n’excèdent pas 1930 euros est une excellente mesure pour assurer qu’ils soient des citoyens et salariés comme les autres…

Synthèse et articles Inprecor

Un tournant en Europe ?

Nous avons signalé la situation spécifique en Grèce et dans l’État espagnol, mais l’ampleur de la crise en Espagne et d’une alternative populaire radicale constitue un changement dans la situation en Europe. Bien sûr les situations ne sont pas reproductibles, mais la vague Podemos suscite un grand intérêt, non seulement dans les milieux militants mais dans la jeunesse et plus largement. Cela indique qu’un changement est possible, que les politiques d’austérité peuvent être bloquées et surtout que de nouvelles forces politiques peuvent se lever pour la justice et l’égalité. ■

* François Sabado est membre du bureau exécutif de la IVe Internationale. Nous reproduisons ici son intervention à une réunion publique de la Société Louise-Michel, à Paris le 28 mai 2015.

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