Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 623 janvier 2016

ÉTAT ESPAGNOL

Transformer la brèche créée le 20 décembre en une faille définitive

Cf. aussi : [Espagne]

Josep María Antentas*

Les élections du 20 décembre marquent la fin d'une première mi-temps sans l'affirmation d’une majorité de rupture mais sans stabilisation de la situation pour les classes dominantes. La deuxième mi-temps commence par une grave perturbation du système d'alternance des deux partis traditionnels et la consolidation d’une alternative de changement portée par Podemos.

Les 20,6 % de voix obtenus par Podemos constituent un résultat sans précédent, même s'il n'a pas réussi à devancer le PSOE.© Gmmr3

Les 20,6 % de voix obtenus par Podemos constituent un résultat sans précédent, même s'il n'a pas réussi à devancer le PSOE.© Gmmr3

Ce rendez-vous du 20 décembre (20D) dernier dans les urnes, suite de la crise politique ouverte par l’apparition du mouvement des indignés (15 mai, 15M) en 2011, débouchant ensuite sur une crise en bonne et due forme du régime mis en place en 1978, est enfin arrivé. Les joutes électorales ont marqué le terme de la première partie d’un cycle qui va se prolonger. S’achève donc la première phase du final tortueux et interminable de ce dont a accouché la transition post-franquiste. Mais ce qui adviendra maintenant reste en débat. Continuité, auto-réforme ou rupture délimitent trois horizons possibles en tension mutuelle sans qu’aucun n’ait assuré une issue en sa faveur.

Synthèse et articles Inprecor

Pendant les sit-in et les occupations de places en mai 2011, la question la plus fréquemment posée aux participants par les journalistes était : quels seront les effets du 15M sur les élections municipales du 22 mai 2011 ? Et la réponse était claire : aucun ou pratiquement aucun. Les répercussions des séismes sociaux sur la scène électorale ne sont ni mécaniques, ni immédiats, ni linéaires. Ils requièrent souvent du temps. Ils se manifestent sous une forme distordue et habituellement contradictoire. Mais ils sont aujourd'hui une réalité. Ils se sont cristallisés le 20D sous une forme provisoire, sans pour autant adopter un profil définitif. La volatilité électorale est le propre des moments de crises politiques et d’hégémonie quand les légitimités et les loyautés du passé se dissolvent et quand se dessinent les nouvelles sans qu’elles se consolident durablement, dans une sorte de transition fluide dont l’issue reste ouverte.

Le 20D fait apparaître que la bipartisme touché est quasi coulé. Il s’en est fallu de 1,5 % des voix pour que Podemos dépasse le PSOE et qu’éclate définitivement le système des partis traditionnels, toujours favorisés par une loi électorale qui opère une distorsion des votes à leur bénéfice. Les deux grands partis recueillent ensemble 50,73 % des voix (28,72 % pour le PP et 22,01 % pour le PSOE), contre 73 % en 2011 (44,6 % pour le PP et 28,76 % pour le PSOE), et 83,81 % en 2008 (39,94 % pour le PP et 43,87 % pour le PSOE). En voix cela représente 12 746 223 suffrages pour les deux partis (7 215 530 pour le PP et 5 530 693 pour le PSOE), contre 17 870 077 en 2011, soit la perte de 5 123 854 voix. Ce n’est pas encore le naufrage final mais le système d’alternance PP-PSOE a vécu car sa base électorale s’est réduite et cela rend impossible la solution de gouvernement qui prévalait où le parti arrivé en tête formait un gouvernement pendant que l’autre s’installait confortablement à la tête de l’opposition en attendant que de prochaines élections lui soient favorables. Le système d’alternance a vécu, mais sans que se dessine clairement ni ce qui va lui succéder.

Instabilités

La géométrie politique qui se dégage du 20D est marquée par l’instabilité. Quatre options s’avèrent possibles qui toutes amplifieraient la crise du PP et du PSOE.

1. La première est la formation d’un gouvernement minoritaire par le PP dans une situation parlementaire précaire (avec éventuellement la mise à l’écart de Rajoy), ce qui exige impérativement que s’abstiennent le PSOE et Ciudadanos lors du vote d’investiture. Cette option a la préférence de ces deux dernières formations qui seraient les principales victimes si devaient se tenir de nouvelles élections. Mais il s’agirait alors d’un gouvernement fragile qui ne pourrait mettre en œuvre sa politique qu’avec le soutien d’un PSOE qui, dans l’opposition, lui prêterait main-forte. Ce qui serait, incontestablement, un cadeau pour Podemos.

2. La deuxième serait la formation d’un gouvernement du PSOE avec le soutien sans participation de Podemos, d’Izquierda Unida et des forces nationalistes catalanes et basques. C’est une hypothèse peu plausible en ce qu’elle impliquerait que le PSOE de Pedro Sanchez assume une série d’engagements qui sont pour lui totalement inacceptables : référendum en Catalogne, réforme du code électoral et plan de sauvetage citoyen. Impossible. C’est d’ailleurs un constat très clair de ce qu’est et de ce que n’est pas le PSOE.

3.La troisième est purement et simplement une « grande coalition » (avec à sa tête une « figure technique » indépendante ?) telle que le préconisent la Troïka et le pouvoir financier. Du point de vue de la raison d’État, ce serait la plus appropriée, avec à la clé un gouvernement relativement stable qui pourrait mettre en œuvre un nouveau train de réformes économiques et élaborer les auto-réformes politiques nécessaires. Mais une « grande coalition » (qui n’aurait de grande en réalité que le nom, compte tenu que ses deux piliers recueillent seulement 50 % des suffrages) serait une torpille mortelle pour ces deux partis, en particulier le PSOE, qui ne pourraient compter que sur une reprise soutenue de l’économie pendant quatre ans pour pouvoir arriver vivants en 2019. Elle apparaîtrait comme le symbole d’une entente des forces du passé face à celles de l’avenir, poussant la base sociale du PSOE vers Podemos et apportant à Ciudadanos un bol d’oxygène bienvenu. En outre, la fait qu'elle apparaîtrait comme une solution imposée par les instances européennes porterait une estocade symbolique à tout le discours de sortie de crise et de normalisation que le PP a essayé de vendre ces douze derniers mois. Cette « grande coalition » pourrait précipiter le grand moment de Podemos.

4.Une quatrième option, enfin, consiste à organiser de nouvelles élections. Ciudadanos en serait la grande victime. Sans aucun doute. Le PP les aborderait avec pour atout son statut de premier parti et pour objectif de capter la totalité de l’électorat conservateur. Mais un nouvel épisode électoral signifierait une opération très risquée du fait de la compétition serrée entre le PSOE et Podemos. Le PSOE saurait-il se présenter comme la seule alternative au PP et gagner des voix parmi les électeurs de Podemos ? Rien n’est moins évident et tout laisse à penser le contraire. Vainqueur de justesse le 20D sur Podemos, il résisterait difficilement à un nouvel assaut de Podemos qui pourrait s’affirmer comme une alternative crédible. Le PP peut-il espérer encore un affaiblissement du PSOE (et de Ciudadanos) en envisageant une progression de Podemos qui ne serait pas suffisante pour permettre à son leader Iglesias de s’installer à la Moncloa, et voir ainsi son image renforcée comme seul « parti de gouvernement » ? Ce serait jouer avec le feu, jouer à l’apprenti sorcier électoral. Ce genre de jeu, où les visées à court terme des partis prennent le pas sur la raison d’État, ne saurait plaire outre mesure aux autorités européennes et au pouvoir financier. Mais la politique des partis n’est pas le simple reflet mécanique des intérêts économiques, elle a sa propre logique, et cela ouvre la porte à des situations de risque, des erreurs d’appréciation, des dénouements incontrôlables et des configurations imprévisibles pour les puissants. Espérons qu’il en sera ainsi.

Quel que soit le scénario, une chose est claire. Si Podemos et les confluences dans lesquelles il s’est engagé maintiennent un engagement résolu avec une proposition de rupture constituante et tracent une ligne rouge infranchissable qui exclue toute collaboration à la perpétuation ou aux tentatives d’auto-régénération du régime, un deuxième assaut peut sonner l’heure de vérité. Créer les conditions optimales pour cette échéance est ce qui nous incombe. Cela veut dire se boucher les oreilles pour ne pas entendre les chants de sirènes qui appellent à la responsabilité face à la raison d’État et qui préconisent des auto-réformes pour ne rien changer, et s’affirmer comme l’alternative constituante. Une alternative constituante qui est aujourd’hui sans aucune équivoque plurielle et plurinationale.

Remontée par confluence

Les 20,6 % de voix et les 69 députés obtenus par Podemos et les confluences auxquelles il a participé en Catalogne (En Comú Podem), en Galice (En Marea) et au Pays valencien (Compromís-Podem) constituent objectivement un résultat sans précédent, même si le fait décisif de devancer un PSOE arrivé à bout de souffle n’a finalement pas été atteint. Après une longue période de déclin dans les sondages qui a commencé en janvier 2015, avec les élections du 22 mars en Andalousie et les élections dans les communautés autonomes du 24 mai où partout Podemos a été devancé par le PSOE, puis l’effondrement catastrophique aux élections de 27 septembre en Catalogne, Podemos semblait se présenter sans ressource au rendez-vous du 20D.

La perte de dynamique pendant l’été et jusqu’en novembre a été aggravée par la décision de la direction de Podemos de se présenter le 20D avec une ligne conservatrice et de ne pas rechercher un modèle de confluence comme celui qui avait permis de l’emporter aux élections municipales. Les confluences, après le fiasco catalan du 27 septembre, ont été limitées aux périphéries catalanes et galiciennes, où Podemos était dans une situation compliquée, avec en Pays valencien un accord électoral au sommet avec Compromís. Mais dans le reste de l’État, la formule choisie a été une liste pure et simple de Podemos, ouverte à des personnalités indépendantes.

Pourtant, cela a suffi pour impulser une remontée spectaculaire, jusqu’à atteindre le niveau du PSOE lui-même. Cette récupération résulte d’une triple dynamique : venue de la périphérie avec En Comú Podem et En Marea, marquée par le sceau des confluences et du pluralisme et inspirée par l’esprit du 15 M, porté essentiellement dans la campagne par Ada Colau. Malgré les ambiguïtés programmatiques sur bien des sujets, le ton de la campagne d’Iglesias a été clairement « 15 M-iste » et il est apparu comme le standard d’un bloc davantage pluriel et plurinational. Le résultat en voix saute aux yeux.

Sans les confluences en périphérie, à quoi s’est ajoutée la qualité de communicant de Pablo Iglesias, il n’y aurait eu aucune remontée. Si Podemos était à l’origine un projet dont l’épicentre se trouvait à Madrid, son succès final s’est produit quand il a réussi à articuler des alliances en périphérie entre Podemos et des réalités nationales spécifiques. La double confluence, en Catalogne et en Galice, et à partir de la Catalogne et de la Galice avec Podemos dans son ensemble, est ce qui a généré ce succès. Cette victoire est encore renforcée dans son caractère plurinational par la victoire électorale de Podemos qui se présentait seul en Euskadi (25,97 %) et sa deuxième place aux îles Baléares (23,05 %).

Cette impressionnante remontée a malheureusement été trop juste pour asséner un coup fatal au PSOE, qui a résisté mais en épuisant toute son énergie avant d’affronter le second défi qui s’annonce. En outre, et surtout, Podemos, partant de si bas, n’a pu à aucun moment apparaître comme une menace réelle pour le PP. Qu’a-t-il manqué ? Précisément le fait de ne pas avoir généralisé le modèle des confluences à l’ensemble de l’État. Même s’il faut se garder d’additions mécaniques, si on ajoute aux 20,6 % de Podemos les 3,6 % de Izquierda Unida-Unidad Popular, et qu’on tient compte de l’effet mobilisateur d’une dynamique de confluence, de l’impact qu’aurait eu le fait de dépasser le PSOE dans les sondages en pleine campagne électorale et de se rapprocher du PP, on peut logiquement supposer qu’un résultat encore meilleur aurait été obtenu avec une candidature de confluence de type En Comú Podem ou En Marea à l’échelle de l’ensemble de l’État, réunissant Podemos, IU, dans une articulation organique avec les « municipalités de changement » (c’est le nom donné aux gouvernements locaux à gauche élus le 24 mai, dont ceux de Barcelone avec Ada Colau et de Madrid avec Manuela Carmena) avec un casting nourri de militants et de personnes du monde de la culture.

Le résultat du 20D est malgré tout un succès très important qui, bien géré, jettera les bases pour franchir l’étape suivante, celle d’une rupture du système de partis traditionnel débouchant sur l’affirmation d’une alternative populaire qui se pose en majorité alternative. Une nouvelle étape qui pourrait bien se présenter à brève échéance en cas de nouvelles élections.

Une orange mécanique mal huilée

Avec ses 13,93 % (3 500 446 voix) et ses 40 députés, Ciudadanos est resté loin des espérances alimentées par ses résultats le 27 septembre en Catalogne. Après son ascension vers les nuages d’octobre à début décembre, le château de cartes de Rivera n’a pas pu résister à la surexposition et à l’épreuve de force que suppose une campagne électorale. De toutes les torpilles mortifères lancées contre son fameux « changement orange » (1), c’est celle du féminisme qui, tirant parti des inconsistances de ses propositions en matière de violence machiste, a magistralement réussi à mettre en lumière la tonalité néoconservatrice de beaucoup des valeurs portées par Ciudadanos. Quand a sonné l’heure de vérité, les rouages de l’orange mécanique régénératrice se sont avérés très inconsistants. Il a suffi de quinze jours de campagne pour révéler la vacuité du projet de Ciudadanos, ses promesses superficielles, ses limites organisationnelles (visibles dans le choix précipité de candidats aux qualités et aux profils douteux) et sa faible capacité de mobilisation militante. Cela dit, le pouvoir financier a réussi à stabiliser une nouvelle force sur la scène politique nationale qui dévoie les volontés de changement sur un terrain insipide et pro-business. Mais cela n’a pas suffi à bloquer Podemos.

La campagne en elle-même a mis en évidence une des différences essentielles entre Podemos et Ciudadanos : s’il est vrai que ces deux phénomènes ont dû une grande part de leur succès à leur présence médiatique, le premier est un projet qui a déclenché une dynamique d’auto-organisation par en bas et attiré une base militante réelle, alors que le second est un projet télévisuel entièrement construit par le haut, avec une capacité militante très réduite. Les activités de campagne de chacun, des actions de masse pour les violets et des mobilisations faiblardes pour les oranges, ne laissent aucun doute. La puissance de communication dont fait preuve Ciudadanos est proportionnelle à son inconsistance et à sa carence en racines organiques. Alors que le projet de Podemos a un fond populaire et militant dont la stratégie repose sur la communication politique, Ciudadanos est un projet de marketing construit par en haut (ce qui ne veut pas dire qu’il n’exprime pas le vécu et la conscience politique d’une partie de la société dépolitisée, imprégnée des valeurs néolibérales et des discours méritocratiques de la réussite individuelle).

Curieusement, pourtant, le point faible de la campagne de Podemos a été son refus de chercher le corps à corps avec Ciudadanos, un phénomène que Podemos n’avait pas prévu dans son hypothèse stratégique de parti populiste transversal et face auquel il a adopté une politique qui oscille entre les critiques ponctuelles et mordantes et le fait de lui reconnaître à tort un rôle positif sur le terrain de la régénération démocratique. Cette attitude contraste avec celle de En Comú Podem qui a fait de la confrontation avec Ciutadans (vieille connaissance de la politique catalane) un des axes de sa campagne. Il s’agit là d’un enjeu décisif en ce qu’il ne se réduit pas à la seule question de savoir pour qui vote une partie des classes moyennes et des classes populaires, mais qu’il s’agit de l’orientation générale face à la crise économique, politique et sociale. Si la promotion de l’orange mécanique de Rivera a fait partie des stratégies fondamentales de l’establishment pour canaliser la crise politique vers des terrains inoffensifs pour ses intérêts, en démonter les mécanismes sera une des tâches à accomplir en cette période ouverte par le 20D si on veut transformer la brèche créée aujourd’hui en une faille définitive.

L’avenir est ouvert

Le 20D marque la fin de la première mi-temps. Elle ne s’est conclue ni par l’articulation d’une majorité de rupture constituante, ni par la stabilisation de la situation par une partie des classes dominantes. La deuxième mi-temps commence sous le signe d’une grave érosion du système traditionnel de partis, et de la consolidation d’une alternative de changement portée par Podemos et les confluences, avec un projet consistant pour former une nouvelle majorité, en rejetant au second plan la béquille de Ciudadanos qui, malgré sa stabilisation, n’a pas réussi à éclipser l’alternative réelle.

Synthèse et articles Inprecor

Une double question entrelacée apparaît comme un défi immédiat pour les forces de la rupture constituante. Approfondir d’abord les logiques de confluence et d’articulation d’un bloc qui postule à une majorité alternative crédible, au plan politique comme électoral. Réarticuler ensuite les attentes de changement politico-électoral avec la nécessité de la mobilisation sociale. Si dans le cadre du marasme du 20D les forces de la continuité et leurs relèves réussissent à cimenter un nouveau gouvernement, on assistera tôt ou tard à un nouveau train de mesures néolibérales. Si elles ne sont pas défiées par une nouvelle vague de mobilisations, le résultat en sera dévastateur. Le défi résidera dans la possibilité que l’horizon de changement politico-électoral et la lutte sociale se renforcent mutuellement, et que la seconde ne s’évapore pas au bénéfice du premier comme cela s’est produit ces deux dernières années, car cela impliquerait à terme l’épuisement de l’espérance de changement sur le terrain politique et sa dénaturation progressive. Podemos et les confluences doivent au contraire encourager et garantir le développement des luttes. À leur tour, les mobilisations sociales, dans le respect de leur indépendance organique, doivent comporter un degré maximum de défi politique possible. Tout cela nous ramène à une problématique connue de longue date : penser ce que signifient gagner, vaincre, dans toute sa profondeur, en articulant fructueusement la triade auto-organisation, mobilisation et travail électoral-institutionnel. ■

* Josep María Antetas est professeur de sociologie à l’Universitat Autònoma de Barcelona (UAB) et militant du courant Anticapitalistas (section de la IVe Internationale dans l’État espagnol) dans la formation unitaire au sein de laquelle s’inscrit Podemos en Catalogne. Cet article a paru le 21 décembre 2015 sous le titre « 20D. Final de la primera parte » sur le site web du quotidien Público : http://blogs.publico.es (Traduit de l’espagnol par Robert March).

Notes

1. Orange était la couleur de ralliement de Ciudadanos, et le violet pour Podemos.

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