Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 595-596 juillet-août 2013 *

COLOMBIE

Politique de paix et réinvention de la politique Histoire, terre et construction du « bien commun »

Cf. aussi : [Colombie]

Daniel Libreros et Jorge Gantiva Silva *

I. Le cycle historique long de latifundio et de terreur d’État

La terre est au centre des négociations de paix qui se déroulent à La Havane entre le gouvernement de Juan Manuel Santos (1) et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Ce n’est pas par hasard si la propriété de la terre est le premier point à l’ordre du jour. Il s’agit en effet de reconnaître la place centrale qu’elle occupe dans le conflit colombien. N’oublions pas que les FARC ont surgi au début du Front national (2) sous la forme d’une autodéfense paysanne face aux spoliations par les grands latifundistes et contre l’offensive militaire d’un régime autoritaire qui a réprimé les revendications des masses paysannes.

Synthèse actualisée Inprecor

Au cours des décennies suivantes, ce régime a adapté le système institutionnel aux exigences du capitalisme international et de la mondialisation néolibérale en s’appuyant sur le binôme latifundio  « terreur d’État ». Le thème de la terre explique donc non seulement le conflit armé mais aussi la manière dont s’est constitué le type de régime politique qui règne en Colombie. Cette affirmation renvoie forcément à la compréhension de l’histoire et à la configuration de la domination politique.

La récurrence du latifundio

En Colombie, comme dans la plupart des pays de la périphérie, le développement du capitalisme s’est fondé sur le pouvoir politique et économique du latifundium, ce qui a entraîné d’innombrables tensions récurrentes avec l’État, avec la configuration de régions et de pouvoirs locaux et avec les aspirations du mouvement paysan.

Depuis que le modèle d’accumulation s’est consolidé grâce à ce qu’on a appelé la « substitution des importations » (3) une contradiction est apparue entre, d’une part, l’extension et l’approfondissement de la marchandisation de l’économie et, d’autre part, la permanence du modèle de domaines fondés sur le grand latifundio. Ce modèle a en effet cherché à maintenir les paysans propriétaires sous des formes prémodernes de travail, notamment dans les zones de culture du café, et ce dans un contexte de concurrence internationale du prix du café, de construction d’infrastructures et d’impact de la globalisation, ce qui a déclenché une gigantesque augmentation des prix du terrain. Cette situation paradoxale a provoqué le mouvement paysan, entraînant des mobilisations et des luttes pour reconquérir la terre, processus qui a produit une crise dans la gestion conventionnelle des domaines et défié ce que Antonio Garcia Nossa appelait le « régime seigneurial hacendatario ».

En édictant la loi 200 de 1936, le gouvernement de Lopez Pumarejo (1934-1938) a réussi à apaiser la radicalité paysanne. Cette loi autorise les expropriations de propriétés privées et assure une diminution de la période de prescription, donc d’impossibilité de mettre en question, l’appropriation de terres occupées sans opposition de la part du propriétaire pendant 35 ans. Cette concession a été octroyée dans le cadre de directives strictes limitant dans le temps les occupations d’avant 1935. Elle ne prenait en compte ni l’inégalité dans l’accès à la propriété rurale, ni l’appropriation de terres en friche dans les zones frontalières. Cette même loi précisait que, si l’on pouvait prouver la non-exploitation d’un domaine durant une période de dix ans, son détenteur perdrait son titre de propriétaire, mais cette disposition n’a pas eu de conséquences majeures.

La loi 200 a eu comme corrélat l’expulsion de cultivateurs sans titre de propriété occupant des terres et les défrichant, de fermiers et de métayers dans les zones de conflit, ainsi que la diminution de l’espace cultivé pour éviter des accrochages avec les fermiers, situation qui a fini par entraîner des importations d’aliments. La loi 100 de 1994 a mis un terme aux possibilités de contester la propriété des domaines tout en normalisant le métayage (4) c’est-à-dire en récupérant de la sorte l’investissement initial. Ce développement historique illustre la configuration de l’État colombien une fois consolidé le cycle de modernisation capitaliste. L’État modernisé a préservé pour l’essentiel le squelette et l’esprit du système latifundiste-autoritaire et clérical qu’avait légitimé la « régénération » de Rafael Nuñez en 1886 (5).

Le modèle d’État corporatiste

La version colombienne de l’État moderne a été conçue sous le poids politique d’un bipartisme élitaire qui définissait l’action politico-militaire des classes au pouvoir et dans le cadre d’une modernisation qui a pris son impulsion sous l’hégémonie conservatrice (1880-1930) (6). Elle est apparue marquée par une institutionnalisation précaire, incapable d’intégrer la population selon les « principes » organisateurs de la philosophie libérale. Pour compenser ce déficit, elle a demandé l’aide de l’Église catholique pour garantir ses privilèges et donner une continuité au Concordat avec le Vatican.

Ces raisons politiques et idéologiques, historiques et institutionnelles, étaient nourries dans un modèle d’accumulation du capital, dont le support a d’abord été l’exportation de café. Cette exportation était contrôlée par la Fédération nationale de producteurs de café, ce qui lui permettait d’obtenir d’importantes devises qui ont déterminé un modèle de développement et un type d’industrialisation. Ce poids spécifique dans le domaine économique s’est projeté sur le plan politique, empêchant l’État colombien de s’approprier les rentes du commerce extérieur et de prendre des décisions publiques en dehors des intérêts privés des fractions du capital.

La conséquence néfaste de ce processus a été la cristallisation d’un certain modèle d’État corporatiste, dont les caractéristiques patrimoniales ont dénaturé le sens moderne du domaine public et de la démocratie. La formation des corporations patronales qui représentaient ces fractions du capital a formalisé ce corporatisme. D’une certaine manière, c’est le long chemin de la « capture de l’État » par des groupes privés qui, à la longue, va cimenter la domination des mafias, de la corruption et du pouvoir clientéliste.

La République des grands propriétaires terriens et le bipartisme

Après l’assassinat de Jorge Eliecer Gaitan, en 1948, ce système de domination politique est entré dans de sérieuses contradictions et a pris le visage d’une « République seigneuriale de grands propriétaires » qui a provoqué le chaos institutionnel, « l’autonomisation » et l’affrontement des pouvoirs locaux ainsi que l’incapacité de l’État à exercer le monopole des armes. C’est ainsi qu’en particulier les élites et le gouvernement conservateur ont utilisé la police et les premiers groupes paramilitaires — alors appelés « chulavitas » ou « pajaros » (7) — pour maintenir le pouvoir et le contrôle. La violence s’est concentrée dans les régions rurales et ensuite aussi dans les zones de production de café dans le cadre d’une conjoncture favorable au prix du café sur le marché mondial, ce qui a entraîné un déplacement à grande échelle de la population rurale.

Au-delà de la constatation de ce processus historique, il importe de souligner que la massification de la violence a détruit des valeurs des références collectives et des liens sociaux. Dans les zones rurales, ce processus a donné lieu à des dépossessions récurrentes qui sont encore en cours, au vol de terres, au déplacement massif de populations rurales dans les villes. Ce processus a été mis en mouvement et pratiqué aussi bien par les paramilitaires que par les politiques néolibérales. L’histoire confirme que le fonctionnement politico-institutionnel est alimenté par le binôme Latifundium-Terreur d’État.

Il ne faut pas oublier, par exemple, que la dictature de Rojas Pinilla (1953-1957) a été le résultat d’un accord bi-partisan dans lequel la direction libérale d’alors a engagé les guérillas libérales dans une démobilisation, suite à laquelle leurs principaux dirigeants ont été assassinés. Le Front national surgit à la suite d’un autre accord bi-partisan, dans lequel les responsables de la violence des années précédentes ont joui de l’impunité, et la spoliation des terres a été légalisée. L’association entre latifundistes et capitalistes agraires a approfondi l’industrialisation de la campagne dans certaines régions, conformément aux exigences du modèle de substitution imposé aux exportations à la fin du XXe siècle.

Néanmoins, dès les premières années du Front national il a été évident que le latifundium improductif s’était déjà consolidé dans la structure de la propriété rurale, justement dans les régions les plus fertiles. Les rapports techniques des organes internationaux (missions internationales de Currie en 1950, de la Cepal en 1954 et Lebret en 1955, de la Cepal en 1958) ont mis en évidence le fait que l’élevage extensif était situé dans les plaines fertiles alors que la majorité des paysans s’entassaient sur les versants des montagnes dans des conditions de pauvreté et de précarité. Ces enquêtes ont abouti à l’affirmation selon laquelle cette situation était irrationnelle face aux besoins du développement capitaliste. Au cours de cette même période, une fois consolidé le triomphe de la révolution cubaine (1959-1962), les gouvernements des États-Unis ont réorienté leur politique de « confinement de la subversion » (containment) : ils ont ouvert un espace de réformisme agraire et ont combiné répression et assistance dans la région.

Le réformisme agraire contre-insurrectionnel

C’est dans ce contexte que le Parti libéral dirigé par Carlos Lleras Restrepo (8) a mené une politique de défense du développement du capitalisme dans les régions agricoles, fondée sur la petite propriété et considérée comme plus sociale et intégratrice. La loi 135 promulguée en 1961 a donné naissance à l’Institut national de réforme agraire (INCORA). Pendant les années 1950, les politiques agraires ont suivi la même voie, à tel point que c’est dans le gouvernement même de Lleras Restrepo que prend son élan un des mouvements paysans les plus authentiques, sous le mot d’ordre : « la terre à ceux qui la travaillent ». L’idée du gouvernement était d’intégrer le mouvement paysan à la politique et aux structures de l’État, en créant l’Asociacion Nacional de Usuarios campesinos (Association nationale des petits paysans — fermiers et autres — ANUC). La méthode de Lleras Restrepo introduisait des mesures pour contenir la migration rurale vers les villes, notamment en stimulant un renforcement de l’économie parcellaire pour faire barrage à ces dilemmes (résistance ou migration).

Le « Pacte de Chicoral » conclu en 1972 entre Misael Pastrana (9) et Alfonso Lopez Michelsen (10) a marqué la fin du cycle des tentatives réformistes agraires, lesquelles n’ont en réalité eu que des résultats très précaires. Pour le reste, la politique officielle du gouvernement de Pastrana exprimée dans le plan de développement « Les quatre stratégies » a sous-estimé la question de la migration des régions agricoles vers les villes. En effet, en tant que politique alternative au chômage il proposait la construction de logements et de zones économiques similaires qui n’exigeaient pas une qualification professionnelle élevée.

C’est dans ce scénario complexe qu’a surgi le mouvement paramilitaire le plus épouvantable, comme fer de lance contre le mouvement démocratique des paysans à la recherche de terres. Il y a eu des tueries et des déplacements de population qui ont contribué à renforcer la position des propriétaires terriens. C’est ainsi que s’est consolidée la contre-réforme agraire, entraînant l’appropriation violente de plus de 7 millions d’hectares et le renforcement du pouvoir paramilitaire dans les régions. Cette contre-réforme a servi d’instrument d’accumulation avec l’apport de blanchiment d’actifs financiers (11) et a condamné au déplacement forcé, à la ruine, à la spoliation, à la paupérisation et au désespoir plus de 4 millions de paysans et d’habitants des régions rurales.

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Des groupes d’autodéfense organisés par les paramilitaires sont apparus dans le contexte de la politique de terreur d’État, avec l’autorisation officielle (décret 3398 de 1968), et avec le soutien de secteurs du haut commandement militaire. Ce processus a eu des répercussions dans la configuration de l’armée colombienne en tant que corps d’assaut dans l’affrontement interne et de force d’endiguement violente pour maintenir l’ordre social. Cette armée a justement été modelée pour affronter les révoltes ouvrières — notamment celles des années 1920 — avant de se consolider en tant que force contre-insurrectionnelle après la Seconde Guerre mondiale, avec l’aide des conseillers militaires étatsuniens, au nom de la doctrine de l’anticommunisme, qualifiée de « politique de la sécurité nationale ». La subordination face au Pentagone a été un facteur structurel dans son aménagement, dans son fonctionnement et dans sa formation idéologique. En même temps, cette dépendance a déterminé l’alignement inconditionnel de la diplomatie colombienne sur les États-Unis. Durant la période du Front national et sous le régime d’exception conçu à long terme comme « état de siège », les institutions bi-partisanes ont livré à l’armée le pouvoir de juger la rébellion politique et les luttes sociales, au travers de l’application de la justice pénale militaire.

La « désertion » du libéralisme colombien

Dans ce parcours historique, il existe un fil conducteur politique pour expliquer le pouvoir politique propre au latifundium qui est lié au rôle du libéralisme. Pendant le gouvernement de Lopez Pumarejo (12), sa capacité de mutation vers un projet libéral-modernisateur a été mise à l’épreuve et la « révolution en marche » a introduit certaines transformations dans le fonctionnement de l’État, en particulier dans la politique de « l’organisation du marché du travail » et dans la politique du système d’imposition. Néanmoins leur portée s’est révélée assez précaire. Par exemple, malgré les déclarations ronflantes qui ont précédé la promulgation de la loi 200, un affrontement avec le latifundium n’a jamais eu lieu. La conformation précaire d’une bourgeoisie industrielle a empêché la consolidation d’une force matérielle capable de contribuer à la dissolution du régime latifundiste. La défaite du mouvement paysan a empêché de concrétiser cette possibilité, le paramilitarisme est alors devenu la force qui a détruit les aspirations paysannes à la démocratie. Le projet modernisateur a fini par n’avoir qu’un écho diffus au sein de la « modernisation tardive » du capital globalisé et transnational et de la violence sociale et politique.

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L’incompréhension du caractère réactionnaire de la bourgeoisie colombienne et de son intime articulation avec l’empire étatsunien génère beaucoup de confusion et d’erreurs sur le plan politique. Il existe une certaine mythologie de la gauche colombienne concernant les prétendues dispositions progressistes du gouvernement de Lopez Pumarejo (« la révolution en marche »). Mais ces arguments mystifiés n’ont servi qu’à justifier une stratégie de conciliation de classe avec le gouvernement de Lopez Pumarejo, comme celle qui a été promue par le Parti communiste (fondé en 1930), que la gauche réformiste a souvent défendue afin de valider son alliance avec une prétendue « bourgeoisie nationale », comme le soutiennent les bavardages du Mouvement ouvrier indépendant révolutionnaire (13) et d’autres groupements de centre-gauche.

La bourgeoisie libérale colombienne a été extrêmement conservatrice. Le « centenarisme » (14) n’a duré qu’une génération libérale, insignifiante, qui a renoncé aux idéaux du libéralisme social et démocratique. Immédiatement après, à la fin des années 1940, le secteur de Eduardo Santos (15) s’en est détaché pour consolider les accords avec le conservatisme et avec l’Église catholique contre le fantasme du communisme et contre toute tentative de réforme structurelle de l’État colombien. Après l’échec du deuxième gouvernement de Lopez Pumarejo, Mariano Ospina Pérez (16) devient président. Ce personnage est un des conservateurs, caractérisé par son esprit de contre-réforme, et il manœuvre en faveur de la continuité institutionnelle après l’assassinat du caudillo populaire Jorge Eliécer Gaitan.

Les événements historiques ultérieurs impliquent l’abandon du libéralisme dans le processus de construction de la modernisation. Pendant les premières années de « la Violencia », acculé par la terreur conservatrice, le Parti libéral a suivi la décision des guérillas libérales de se rebeller. Mais dès qu’ils ont réussi à se faire accueillir au sein de masses, ils les ont engagées, sans garantie, à accepter le pacte de réconciliation, en les abandonnant à leur propre sort. Peu après, leurs dirigeants ont été assassinés avec la complaisance de leurs ex-mentors. Ces secteurs ont souscrit au pacte bi-partisan du Front national en tant que modèle oligarchique et autoritaire et ils ont poursuivi une sorte de modernisation basée sur le latifundio, en maintenant intacte la « République des seigneurs de la terre ».

En faisant irruption dans la globalisation néolibérale, ils ont été les artisans de son application dogmatique. La constante historique du caractère retardataire du libéralisme colombien est évidente. Néanmoins, il continue à garder l’illusion d’un prétendu libéralisme réformateur, avec le mirage d’un « développement démocratique » et de la réussite de la modernité. Tout au plus propose-t-il de former un supposé front politique progressiste pour mettre un terme à la violence systématique dans laquelle a été plongée la Colombie. Il prétend également en finir avec l’arriération, la terreur d’État et le système antidémocratique. Cette stratégie est de toute évidence erronée et n’a servi qu’à miner la capacité de résistance et de rébellion des masses.

II. L’insurrection : résistance et pouvoir territorial

Les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) ont surgi en tant que groupe d’autodéfense paysanne, en tant que projet des paysans libéraux contre le régime conservateur et les groupes privés qui ont déchaîné la « terreur d’État ». Leur cohésion sociale s’est articulée sur le modèle des traditions familiales et de voisinage. Lorsque les guérillas de la plaine se sont démobilisées avec le dénouement fatal qui s’en est suivi, elles ont abandonné cette option et, dans l’affrontement contre Rojas Pinilla et le Front national, ont effectué un tournant vers une position communiste, en fusionnant dans le « Bloque sur » (17). Entre 1957 et 1964, elles sont passées de la lutte entre partis à la résistance paysanne contre l’État, ce qui a cimenté la nature idéologique de leur mouvement. Elle s’est matérialisée dans la plateforme qui a donné naissance aux FARC en 1964. Le gouvernement de Guillermo Leon Valencia (18) a alors réagi en lançant un vaste plan militaire appelé « opération Marquetalia ». À l’époque, il s’agit d’une des actions militaires les plus vastes effectuées dans toute la région, conseillée et dirigée directement par les États-Unis. Les FARC ont toutefois réussi à se maintenir et se sont consolidées en tant que structure politico-militaire, tout en commençant un processus d’implantation dans le sud-est du pays.

Résistance paysanne et colonat

Il est important de tenir compte de ce processus, car pour tenter d’échapper à la responsabilité de la « terreur d’État », l’offensive idéologique globale, associée en ce qui concerne l’aspect militaire à la « lutte antiterroriste », a établi, sur le plan interne, une fausse symétrie entre guérilla et paramilitarisme. En outre, cette offensive a cherché à éradiquer de la mémoire collective l’histoire de la résistance du mouvement paysan. Indépendamment des différences idéologiques et politiques par rapport au projet politique et aux diverses options pratiques des FARC, leur lien avec la résistance paysanne est un fait historique. Ne pas l’admettre revient à accepter le scénario établi par le Pentagone et les cercles de l’oligarchie colombienne.

Les dirigeants des FARC ont « trouvé au cours de la deuxième moitié du XXe siècle un énorme potentiel chez les paysans pauvres dans les neuf fronts au sein des frontières du pays, mettant en culture une surface de quelque 4 millions d’hectares... ». Au cours de la deuxième décennie des années 1980, le pays est devenu un producteur de feuilles de coca. La crise du modèle de substitution des importations dans les zones agricoles a entraîné un déplacement des agriculteurs vers des zones d’implantation des FARC. C’est alors que cette guérilla a trouvé les bases économiques et de peuplement qui lui ont permis d’articuler et de centraliser une présence jusqu’alors dispersée. Au cours des années 1990, l’affrontement sur le terrain avec les paramilitaires les a obligées à changer de stratégie militaire et à viser le contrôle des territoires comme base d’appui à l’économie de guerre. Cette situation a également obligé les FARC à passer du prélèvement d’impôts à l’achat-vente de coca sur le lieu de production, devenant ainsi des intermédiaires du capital illégal qui se procure de cette manière la matière première.

En outre, la direction des FARC a réussi à développer un discours alternatif qui rend l’État responsable de la culture de coca dans ces régions, étant donné l’abandon auquel cet État a soumis les diverses couches paupérisées de la campagne. Les marches de producteurs de coca pendant cette période ont été valorisées dans le cadre de cette orientation.

Le positionnement territorial de FARC explique pourquoi une nouvelle possibilité de négociation de paix s’est ouverte depuis le 5 décembre 2012. À La Havane, les FARC ont posé la question de la constitutionnalisation (19) de territoires paysans avec leur propre organisation politique interne, ce qui implique un changement qualitatif en termes comparatifs par rapport aux propositions mises en avant par cette même guérilla lors des négociations de paix précédentes (20).

La terre dans le contexte de la mondialisation

La période qui a commencé par la décision de l’empire étatsunien de passer d’un mode de domination politique au sein d’un système d’États inégaux (défini à l’issue de la Seconde Guerre mondiale) à l’hégémonie du dollar dans le système financier international — décision du gouvernement de Richard Nixon de suspendre la parité dollar-or et ses mesures d’accompagnement (taux de change variables, dérégulation des flux du capital) a pris fin au milieu des années 1980, aboutissant au contrôle de la production et de la distribution de richesse, de plus en plus concentrée, par les grands intermédiaires financiers (hedge funds, banques d’investissement, fonds de pension, compagnies d’assurances). Ce contrôle s’accomplit sur le marché des capitaux. Ce tournant historique détermine le caractère rentier généralisé du capitalisme dans la phase actuelle de l’accumulation du capital, ce qui a conduit à ce qu’on lui assigne le caractère patrimonial. Les investissements des groupes transnationaux, qui font partie intégrante de ce caractère rentier, s’enregistrent sous forme de titres divers sur les marchés financiers.

Ce fonctionnement du marché de capitaux a saisi l’importance des investissements liés à la terre, raison pour laquelle les entreprises transnationales orientées vers la production primaire et extractive (production agricole, pétrole et mines) ont fait des profits fort élevés au cours des dernières années — marquées par une augmentation du prix des produits — grâce à un boom des titres (actions, obligations, dérivés divers) de ce secteur, facilité par les décisions délibérées des autorités financières étatsuniennes (en termes de taux d’intérêt et d’injection monétaire). C’est une des raisons pour laquelle, dans le cas de la Colombie, il existe une pression du capital international sur le gouvernement de Juan Manuel Santos (21) et sur le patronat rural pour augmenter les investissements agricoles.

Néanmoins, l’importance du thème de la terre obéit non seulement à des raisons conjoncturelles, mais également à des conditions structurelles. La mondialisation néolibérale a provoqué une nouvelle division internationale du travail. Celle-ci s’articule autour des grandes firmes transnationales qui ont fini par transformer une partie majoritaire du commerce international en un commerce au sein des firmes, c’est-à-dire des transactions entre les filiales et les entreprises-mères (22). Enrique Arceo a bien résumé les caractéristiques de cette transformation cruciale : « Il s’agit d’un changement fondamental dans la centralisation de la gestion et de la spécialisation des filiales qui rend possible le passage par les filiales de l’approvisionnement de produits pour les marchés là où elles sont implantées, à la production de biens intermédiaires ou de simples pièces dans le cadre d’un processus productif mondialisé qui se développe dans le marché mondial ou régional et a celui-ci comme destinataire (…). On a passé d’une division internationale du travail centrée sur l’échange de produits manufacturés par le centre contre des produits primaires en provenance de la périphérie à un autre type de division internationale du travail, fondée sur l’échange de produits manufacturés dont la production exige différentes proportions de capital et de travail qualifié » (23).

Comme l’ajoute Arceo, les bourgeoisies périphériques de ce nouveau processus productif transnational doivent s’incorporer dans des conditions de « sous-traitants dans des réseaux mondialisés ». La particularité du développement géographique inégal produit par cette division du travail dans la phase du capital mondialisé est fondée sur le fait que l’Amérique latine — qui a expérimenté au cours des années 1980 la crise de la dette — a été décrochée par rapport à l’Asie (notamment la Chine, le Japon, l’Inde et les « tigres asiatiques ») dans le nouveau scénario d’organisation productive transnationale. Elle est donc restée condamnée à ce que son économie se recentre sur le secteur primaire.

III. Le jeu de pouvoir à la « table de négociations »

Ces considérations expliquent pourquoi le gouvernement actuel de Santos et les entrepreneurs ruraux prétendent que la négociation politique avec les FARC offre la possibilité de s’adapter aux exigences du capital globalisé. Le premier pas pour réussir cet objectif est de formaliser la propriété de la terre après des décennies de dépossession. Cela requiert de formaliser, aussi bien à l’intérieur du pays que devant la communauté internationale, le thème des déplacés. Outre les insuffisances par rapport aux normes internationales en ce qui concerne les droits humains, la loi 1448 de 2011, adoptée au Congrès et présentée par le Président Santos avant le début des négociations de La Havane, limite l’utilisation des terres que l’on rendra aux victimes, respecte les mégaprojets miniers et agro-industriels en les excluant de la restitution et définit une indemnisation au moyen des titres de la dette publique des déplacés qui ne voudraient pas retourner dans leurs territoires.

Un instrument normatif ayant de telles caractéristiques a des limitations lorsqu’il s’agit de négocier avec une guérilla qui revendique la représentation de milliers de colons qui ont incorporé à la production capitaliste agraire 4 millions d’hectares. Cette réalité oblige à une négociation qui inclue le thème de la structuration territoriale. À la table de négociations, la proposition gouvernementale s’oriente, en ce qui concerne ce thème régional, vers une focalisation sur les zones où la guérilla est présente, en éludant l’affrontement avec les latifundistes dans le reste du pays. En même temps, le gouvernement prétend qu’il assure déjà l’ordre politique dans ces territoires pour y garantir au grand capital un contrôle corporatiste, comme cela se passe dans d’autres régions.

Le contrôle corporatiste des territoires permet l’intégration territoriale des populations rurales dans la mesure où l’une des particularités qui définit le capital mondialisé est celle de l’accumulation géographique ou l’accumulation spatiale par lesquelles il s’approprie et organise, selon sa logique de fonctionnement, l’ensemble du circuit économique régional (production, distribution et consommation). Dans le cas de l’agriculture, ce type d’accumulation prend la forme de chaînes productives qui peuvent fonctionner en passant par des alliances associatives indépendamment de la taille ou du type de propriété. Il existe de multiples rapports des institutions internationales sur ce thème. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) : « Les alliances productives impliquent différents acteurs dans les processus productifs. Ces acteurs s’associent de manière volontaire pour échanger des ressources, générant des compromis dans la poursuite d’un objectif commun, dont le principal mérite est d’ajouter de la valeur…» (24). Compte tenu du fait qu’actuellement on obtient une part plus élevée de cette valeur hors des latifundia, capter cette valeur ajoutée devient une question décisive.

Dans une proposition qui doit accompagner l’issue politique du conflit et en faisant écho à ces déclarations des porte-parole du capital global, Rafael Mejia, président de la Société d’agriculteurs de Colombie (SAC) a insisté sur le développement agraire avec une approche territoriale et des alliances associatives. « Par conséquent, le développement rural avec une approche territoriale est un concept intégral qui comprend des aspects comme la promotion de la production agricole, des initiatives pour promouvoir la sécurité alimentaire, l’éducation, l’infrastructure, la santé et le développement de capacités productives des citoyens, le renforcement des institutions rurales et la protection de groupes vulnérables, tout cela dans le contexte d’un espace rural… » (25). Sur cette base, il a formulé un concept d’alliances associatives qui incluent les entrepreneurs ruraux, des petits et moyens propriétaires, les réserves indigènes et les communautés afro-descendantes pour la mise en place de cette chaîne productive.

Dans le contexte de l’accumulation spatiale du capital, l’économie rurale de petites propriétés doit non seulement être respectée, mais également promue. En s’appuyant sur la recherche de José Leibovitch d’après lequel la productivité de la terre dans les minifundios (mesurée selon des indicateurs de poids des productions et de rendement annuel par hectare) est 40 fois supérieure à celle de la grande propriété, 28 fois supérieure à celle des producteurs moyens et presque six fois supérieure à celle des petits propriétaires, l’ex-ministre Rudolf Hommes (26) a conclu que si l’on cédait « 10 % de la terre à des cultivateurs en minifundio ou en petites propriétés, la production agro-industrielle pourrait augmenter de 16 % si la productivité est maintenue. Et si on cédait le 20 %, la production agro-industrielle augmenterait de près de 32 %… » (27). Il ajoute encore que les terres à répartir aux minifundistes doivent être prises sur le Fonds de stupéfiants.

Cette proposition recèle un aspect implicite qu’il faut dévoiler. Les formes de production et le processus technologique qui les accompagne seraient celles d’un capital déprédateur qui utilise des fertilisants basés sur la chimie du pétrole et qui stimule la production en faisant appel à des semences transgéniques. Elle entraînerait une expropriation des paysans du droit à l’utilisation du sol et signifierait la fin de l’économie familiale basée sur des savoirs ancestraux. En un mot, elle officialiserait le passage du minifundiste et du petit propriétaire au micro-entrepreneur rural capitaliste, intégré à la marchandisation de la terre, à l’assistance technique et au système de crédit du capital financier. Dans les régions d’implantation sous l’influence des FARC, cette proposition d’intégration s’accompagnerait d’un processus de substitution de cultures illicites vers des cultures ayant une incidence sur le marché.

On prétend appliquer la même logique de fonctionnement spatial aux zones de réserve paysanne. L’État les reconnaît pour les articuler à l’espace mercantilisé. Juan Manuel Ospina, ex-directeur de l’Institut colombien de développement rural (INCODER) a commenté à ce sujet : « Les zones de réserve paysanne seraient assimilées aux réserves indigènes et aux titres collectifs d’afro-descendants, combinant la propriété collective, le logement et la parcelle familiale. Ces scénarios de vie communautaire active pouvant être un moteur de progrès et de démocratie resteraient indéfiniment en mains paysannes pour s’ouvrir de manière organisée aux marchés, aux chaînes productives qui s’articulent avec le secteur agro-industriel… » (28).

Les FARC ont proposé d’autres conceptions pour ces zones de réserve paysanne. Elles seraient associées au concept de territoires collectifs paysans dont les normes de fonctionnement seraient différentes de celles qui s’appliquent aux transactions marchandes et jouiraient d’une autonomie politique dans leurs décisions, comme c’est le cas des réserves indigènes (29).

Consolider un projet ayant ces caractéristiques exigerait d’agir en termes de résistance spatiale. Il faudrait construire une unité politique plurielle entre tous les opprimés des campagnes dans la perspective de créer des pouvoirs politiques régionaux alternatifs qui pourraient, avec le temps, s’articuler avec les rébellions urbaines en vue d’une transformation sociale. Cette résistance spatiale implique également la nécessité de mettre en œuvre de manière collective des formes d’échange économique différentes de celles du marché capitaliste. En un mot, il s’agit d’affirmer un processus de « déconnexion partielle » par rapport à la mondialisation. C’est là que résident l’importance de la paix et le sens des transformations politiques et sociales.

IV. La signification historique de la paix et la construction du «bien commun»<§p>

Les négociations de paix à La Havane représentent un événement historique pour permettre à la Colombie d’entreprendre des processus de transformation démocratique. Compte tenu des énormes difficultés et de l’opposition inébranlable des secteurs réactionnaires, ce processus de paix a l’avantage de poser des questions stratégiques pour la construction de nouvelles possibilités de changement social et politique. Le capital transnational insistera sur sa logique de « subsomption réelle » et totale et voudra limiter sa portée au jeu de la marchandisation, de la capitalisation et d’une « entrepreneuralisation », sans tenir compte des liens sociaux, des savoirs ancestraux et des cultures populaires. Les élites chercheront à limiter son rayonnement et continueront à réduire leurs objectifs à l’échec anticipé du processus de paix. Le pays, polarisé par la portée de la paix, a réussi à dévoiler l’importance des transformations nécessaires pour un changement significatif. Néanmoins, le gouvernement et l’oligarchie se refusent systématiquement à appliquer des changements dans l’ordre macroéconomique et politique.

La volonté de paix des différents acteurs a également ses limites. Le gouvernement, harcelé par l’offensive du projet du « centre démocratique » paramilitaire dirigé par l’ex-président Uribe, par l’éclatement de la protestation sociale contre la recrudescence des politiques néolibérales et par la proximité des élections présidentielles connaîtra des turbulences récurrentes et des tentatives de dénouement fatales. Pour toutes les parties ce sera un défi complexe. Différents types de pactes peuvent se concrétiser. Ils peuvent bénéficier à tous les participants, sans résultats stratégiques définitifs. Ils pourraient également déboucher sur un accord transitoire qui pourrait encourager un mouvement démocratique en faveur de grandes transformations. Mais ce peut être également un de ces processus de paix que la Colombie a déjà connus et dont l’histoire se souviendra comme d’un armistice temporaire en attendant de renouer avec de nouveaux conflits et de nouveaux processus de paix.

Il est évident que certaines des faiblesses de l’actuel processus de paix encouragent l’incertitude et la conspiration de la part de l’oligarchie réactionnaire. En particulier, l’absence d’un vigoureux mouvement social, civique et démocratique en faveur de la paix, qui soutienne le calendrier des négociations, donne l’impression qu’il s’agit d’un accord entre guerriers. La précarité de la participation citoyenne et l’absence d’enthousiasme public suscitent des doutes et le malaise. Le gouvernement lui-même ainsi que les secteurs réactionnaires ont contribué à miner la crédibilité du processus de paix par un harcèlement catastrophique des médias.

Mais la faiblesse la plus importante réside dans la dispersion de la gauche, ses divisions profondes et son manque de pensée stratégique. En particulier la prédominance d’une vision instrumentaliste, corporatiste et mesquine a placé des obstacles pour développer une compréhension des dimensions historiques de l’actuel processus de paix.

Dans ce contexte, le rayonnement des négociations de paix exige une gauche totalement engagée à résoudre politiquement le conflit armé. Pour y arriver, il faudra s’installer dans une autre logique, dans l’idée-force de la réinvention de la politique. Il est donc urgent de surmonter la vision corporatiste, séparatiste et instrumentaliste et promouvoir plutôt une politique du « bien commun ». De la même manière, les mouvements sociaux, les mouvements de résistance régionaux, les mobilisations et la solidarité exigent la construction d’un projet national de changements démocratiques. Dans ce scénario complexe, la construction du « bien commun » ne se réduit pas à une somme de revendications, mais est un projet de multiples mises en question et créations collectives sur la base des idées de la démocratie, du bien-être et de la paix. Il est nécessaire de continuer à insister sur la nécessité de modifier la structure de l’État latifundiste, de changer le régime des grands propriétaires et de surmonter la « République seigneuriale ».

Sur cette base, le processus de paix doit être soutenu par la convocation d’une Assemblée nationale constituante. Aucune paix ne sera possible sans ratification populaire. La crainte de certains secteurs selon laquelle une telle Assemblée constituerait un saut dans le vide dont profiteraient les opposants à la Constitution de 1991 pour la rendre régressive, est sans fondement politique, moral ou social. Au contraire, ce serait un scénario historique pour créer une « feuille de route » vers les grandes transformations démocratiques et un espace propice pour consolider les aspirations populaires, régionales et sociales alternatives. Il s’agit donc de repenser la paix en tant que processus historique de changement démocratique. C’est avec cet horizon en vue que la construction du « bien commun » et la réinvention politique de la Colombie en tant que pays démocratique prennent leur sens. ■

* Daniel Libreros, avocat, est professeur à l’Université nationale de Colombie ; Jorge Gantiva Silva est professeur à l’Université de Tolima (département de Colombie au nord-ouest). Ils sont tous les deux membres du conseil de rédaction de la Revista Izquierda. Cet article a été publié dans le livre coordonné par Jairo Estrada Alvarez, Solución politica y proceso de paz en Colombia : a propósito de los diálogos entre el Gobierno y las FARC-EP, éditions Ocean Sur, Bogota 2013. La traduction française a été faite par la revue électronique A l’Encontre.

Notes

1. Juan Manuel Santos est l’actuel président de Colombie, ex-ministre de la Défense d’Alvaro Uribe.

2. Le Front national en Colombie dure de 1958 à 1978. Il consiste dans une gestion « paritaire » du pays par les deux partis bourgeois — Parti libéral et Parti conservateur — suite au renversement du dictateur Rojas Pinilla qui avait la main sur le pays de 1953 à 1957. Ce Front national met fin à l’affrontement militaire entre les deux partis (affrontement qui a des aspects de classe et de guerre civile, connu sous le nom générique de La Violencia (la violence) et qui dura de 1946 à 1958 ; La Violencia se situe dans la foulée de l’assassinat de Jorge Elicer Gaitan le 9 avril 1948, un dirigeant très populaire qui, après avoir rompu avec le Parti libéral, revient dans ses rangs, tout en prenant des distances de fractions de ce parti étant donné sa position en faveur de secteurs populaires. C’est dans le contexte politique du Front national que des secteurs liés aux couches paysannes paupérisées ont initié une résistance paysanne qui traduit des luttes pour la terre et s’inscrivent dans le contexte de la révolution cubaine de 1959. Les FARC plongent leurs racines dans ce terreau.

3. Référence au modèle dit développementiste, de développement partiellement auto-centré.

4. Le métayage implique que le preneur d’un domaine rural s’engage à le cultiver sous condition d’en partager le fruit de la récolte avec le propriétaire-loueur.

5. Rafael Nuñez (1820-1894), né à Cartagena de Indias, fut plusieurs fois Président des États-Unis de Colombie, l’auteur de la Constitution de 1886 et de l’hymne national.

6. Le Parti conservateur fut créé en 1849, le parti opposé fut le Parti libéral créé en 1848.

7. Termes spécifiques attribués à des groupes de « police d’élite » actifs au début de « La Violencia ».

8. Carlos Lleras Restrepo (1908-1994), président de 1966 à 1970 (présidence qualifiée de « transformation nationale »), dirigeant historique du Parti libéral, avocat de grandes entreprises nationales et transnationales.

9. Misael Pastrana (1923-1997), du Parti conservateur, qui était président de la République de 1970 à 1974, a initié les opérations de Renault en Colombie avec la R4.

10. Alfonso Lopez Michelsen (1913-2007), chef du Parti libéral, président de 1974 à 1978.

11. Blanchiment lié, entre autres, au commerce de la drogue.

12. Lopez Pumarejo (1886-1959), membre du Parti libéral, président de 1934 à 1938 et de 1942 à 1945.

13. MOIR, organisation maoïste qui aboutit à une intégration au Parti Démocratique Alternatif du sénateur Jorge Enrique Robledo Castillo, ex-membre du MOIR, et fort bien élu dans les années 2000.

14. Référence aux « grands personnages » de la période du centenaire de l’indépendance de la Colombie (indépendante en 1819).

15. Eduardo Santos (1888-1974), président de 1938 à 1942, membre du Parti libéral.

16. Mariano Ospina Pérez (1891-1976), président de 1946 à 1950, membre du Parti conservateur, lié aux grands du café dans les années 1930.

17. Sur la place du « Bloque Sur » (Bloc sud), voir Arturo Alape, « Tirofijo. Los Suenos y La Montanas », 1964-1984, Editorial, Argentina-Mexico, 1998 : http://books.google.fr/books/about/Tirofijo.html?id=u1tsAAAAMAAJ&redir_esc=y

18. Guillermo Leon Valencia (1909-1971), membre du Parti conservateur, président de Colombie de 1962 à 1966.

19. Dans le sens d’une reconnaissance effective de ses territoires dans un cadre « semi-fédéral » — avec les départements — de la Colombie.

20. Ces négociations s’ouvrirent dès novembre 1998, sous le gouvernement d’Andres Pastrana, du Parti conservateur et président de 1998 à 2002, avec la revendication, en partie acceptée, d’une zone démilitarisée de 42 000 km2 qualifié de « zone de détente ».

21. Juan Manuel Santos prit la charge de président en 2011. Il a été ministre de la Défense dans le gouvernement d’Alvaro Uribe et eut des fonctions de représentant des grands du café colombien à Londres.

22. Ce qui donne une importance très grande aux prix de transfert afin de faire surgir les profits des transnationales dans des « lieux » où l’impôt est le plus bas en termes de comparaisons internationales.

23. Arceo Enrique, « Neoliberalismo y Sectores dominantes », CLACSO, Buenos Aires 2006, p. 37.

24. Piñeros Vargas Silvia, Acosta Ávila Luis Alejandro, Tartanal Florence, « Alianzas Productivas en agronegocios experiencias de la FAO en América Latina y El Caribe », FAO, Santiago de Chile 2012. Le rapport ajoute que « Les partenariats productifs sont définis comme “des accords ou des liens — formels ou informels — de coopération entre deux ou plusieurs agents productifs afin de coordonner les ressources, les efforts et les compétences qui ont un objectif stratégique commun pour le bénéfice mutuel” (...). Ces liens permettent de partager des visions, des compétences et des capacités, de manière à profiter des synergies résultant de l’interaction et de la complémentarité des forces et des faiblesses des agents productifs et de divers secteurs. »

25. Mejía López Rafael, « La Agricultura Colombiana próspera, el camino para la paz », présenté lors du Forum « Política de Desarrollo intégral » (Politique de développement intégral) au nom de la SAC, Bogota, 17 décembre 2012.

26. Rudolf Hommes, économiste jouissant d’autorité au sein du clan bourgeois, a été ministre des Finances du gouvernement César Gaviria (1990 et 1994).

27. Hommes Rudolf, « La productividad de los campesinos », « El Tiempo », 18 janvier 2013.

28. Ospina Juan Manuel, « Zonas de reserva o de desarrollo campesino », « El Espectador », 13 février 2013.

29. Le ministre de l’agriculture a publiquement pris position contre cette possibilité, déclarant que les zones de réserve paysanne ne peuvent pas devenir des « Républiquettes indépendantes qui fractionneraient la souveraineté ». Cf. Restrepo Juan Camilo, « Las zonas de Reserva campesina no puedes ser republiquetas independientes », El Tiempo, 24 février 2013.

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