Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Dossier

N° 539-540 juin-août 2008

CONFÉRENCE ANTICAPITALISTE EUROPÉENNE

Succès de la conférence

Cf. aussi : [Europe]

Jan Malewski, rédacteur d’Inprecor et membre du Bureau exécutif de la IVe Internationale, a pris part à l’organisation de la conférence anticapitaliste européenne.

1e juin 2008, salle de réunion de la conférence anticapitaliste internationale des partis d'extrême gauche. Photothèque Rouge/JMB

1e juin 2008, salle de réunion de la conférence anticapitaliste internationale des partis d'extrême gauche. Photothèque Rouge/JMB

Réunissant à La Plaine-Saint-Denis, le 31 mai et le 1er juin 2008, les représentants de trente-six organisations, venant de quinze pays européens (sans oublier un observateur de l’International Socialist Organisation des États-Unis), la conférence anticapitaliste européenne organisée à l’initiative de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR, France) a été un succès et un pas en avant dans la discussion, les échanges et le rassemblement des forces de la gauche anticapitaliste continentale. Plusieurs réunions de la Gauche anticapitaliste européenne avaient déjà eu lieu, depuis 1998, à l’initiative de l’Alliance Rouge-Verte du Danemark, du Bloc de gauche portugais, du Scottish Socialist Party et de la LCR, mais c’est la première fois qu’autant d’organisations venant de pays aussi différents ont pu échanger leurs expériences et leurs analyses. Et c’est aussi une première pour de nombreuses organisations de la gauche radicale qui, dans leurs pays respectifs, n’ont pas l’habitude de discuter ni d’agir ensemble.

Le succès de l’initiative de la LCR de construire un nouveau parti anticapitaliste en France, apparu clairement lors de la première rencontre nationale qui a eu lieu après cette conférence (es 28 et 29 juin), qui bénéficie de l’intérêt de la gauche anticapitaliste dans toute l’Europe, a bien sûr stimulé la réussite de cette conférence. Mais au-delà de la légitime curiosité envers l’expérience française c’est le besoin urgent de trouver les réponses et les voies de mobilisation contre la politique agressive anti-ouvrière menée dans tous les pays de l’Union européenne qui fut au centre des débats à Saint-Denis.

Parmi les organisations présentes ce week-end, nombreuses ont leurs propres liens internationaux et européens, au sein de la IVe Internationale, de la Tendance socialiste internationale ou du Comité pour une Internationale ouvrière, voire même au travers du Parti de la gauche européenne. La nécessité de disposer en Europe d’une force militante plus ample, capable d’animer les résistances face au rouleau compresseur des contre-réformes capitalistes, de préparer et d’organiser ensemble le combat anticapitaliste, de discuter en vue d’aboutir à un programme d’action à la hauteur des attaques contre les acquis des travailleurs, constitue la préoccupation de tous. Et cela, malgré les traditions différentes, des analyses parfois divergentes et des préoccupations marquées par les spécificités nationales.

Il y a incontestablement une prise de conscience et le sentiment que la gauche révolutionnaire doit prendre en compte une nouvelle période historique. Une nouvelle phase de la globalisation et de la crise capitaliste, la montée des résistances sociales à l’offensive néolibérale, une évolution de la social démocratie qui se meut en social libéralisme, et connaît dans une série de pays d’Europe de profondes crises, l’effondrement du stalinisme : tous ces facteurs concourent à ouvrir de nouveaux espaces pour la gauche anticapitaliste. Ces éléments d’analyse étaient largement partagés par les participants de la conférence.

La discussion a confirmé aussi les points de repères communs à une grande majorité des participants : l’indispensable unité d’action de tout le mouvement ouvrier et des mouvements sociaux contre la droite et le patronat, la nécessité d’une délimitation nette vis-à-vis du centre gauche et de la social-démocratie en refusant les coalitions parlementaires et gouvernementales avec les PS, l’accord sur de grandes revendications sociales et démocratiques qui lient les exigences immédiates à des mesures transitoires de transformation radicale de la société, tant sur le plan d’une nouvelle répartition des richesses que d’une remise en cause de la propriété capitaliste pour défendre une perspective de socialisation de l’économie.

La conférence a aussi fait apparaître la nécessité d’approfondir les discussions stratégiques et programmatiques. Si dans cette nouvelle période historique il y a des résistances sociales, les rapports de forces globaux se sont dégradés au détriment du monde du travail. et le développement des luttes de classes reste inégal dans l’ Europe d’aujourd’hui. Si des espaces se sont libérés pour la gauche anticapitaliste, il ne s’agit pas d’une montée organique de la lutte des classes et d’une conscience socialiste révolutionnaire. En effet, — ces espaces sont autant le produit des résistances sociales que de la capitulation et de la retraite des appareils historiques du mouvement ouvrier, de la “ vieille gauche ”, qui évolue à droite en s’adaptant aux exigences du capital.

Dans ces espaces libres, rien n’est encore joué. Ils peuvent être occupés par des nouvelles forces anticapitalistes lorsque celle-ci s’avèrent capables de prendre l’initiative, de construire des rapports de forces favorables, de ne pas s’effondrer devant le premier obstacle. Et les crises qui ont conduit à des scissions et ont affaibli la nouvelle gauche en Angleterre (Respect) et en Écosse (SSP) indiquent qu’il ne s’agit pas d’un promenade de santé. Ils peuvent aussi, lorsque les forces anticapitalistes sont faibles et divisés, être occupés par des courants qui n’ont pas complètement tiré des leçons des échecs du mouvement ouvrier au cours du siècle passé. Ainsi, le Parti de la refondation communiste italien a sombré avec le gouvernement Prodi, victime de ses limites réformistes. En Allemagne l’espace libéré par la dérive droitière de la social-démocratie a été occupé par un nouveau parti réformiste de gauche, Die Linke, au sein duquel dominent des courants dont les aspirations se limitent à un « retour à l’État-providence de la République Fédérale d’Allemagne des années 1960-1970 », voire gardent la nostalgie pour leurs fonctions au sein du Parti d’État est-allemand. Die Linke constitue certes un pas en avant pour le mouvement ouvrier allemand et regroupe aussi en son sein des courants de la gauche anticapitaliste, mais il reste dans le cadre d’une politique marquée par la recherche de la gestion de l’État et de l’économie capitaliste. Et ses rapides succès électoraux ont renforcé en son sein les illusions sur les possibilités d’un « changement » dans le cadre institutionnel capitaliste.

La défense d’une politique d’indépendance envers la social-démocratie et le centre gauche, l’élaboration d’un programme anticapitaliste conséquent, prennent ainsi toute leur importance pour décider du centre de gravité de la réorganisation et de la reconstruction du mouvement ouvrier en Europe.

Cela implique l’élaboration d’un programme de revendications unifiantes à l’Est et à l’Ouest, d’inventer les tactiques permettant de mener et de remporter les luttes communes contre les multinationales, des grèves prises en charge en commun par les salariés des diverses entreprises qui composent les firmes présentes dans plusieurs pays européens. Sinon, l’Union européenne continuera à mettre en concurrence les travailleurs entre eux, selon le vieil adage « diviser pour mieux régner », tout en unifiant les capitaux et les capitalistes. C’est dans ce cadre que la conférence européenne a débattue de la question d’un salaire minimum européen — en parité de pouvoirs d’achat, de la sécurité sociale et de services publics européens, harmonisés vers le haut et non, comme le préconise l’Union européenne, vers le bas.

La conférence a également permis d’envisager des mobilisations communes lors des prochaines échéances européennes : lors du Forum social européen les 19-20 septembre à Malmö (Suède), lors de la mobilisation antifasciste à Köln (Allemagne) contre le sommet xénophobe de l’extrême-droite européenne les 19-20 septembre, lors de l’organisation d’un contre-sommet et d’une manifestation face au sommet de l’OTAN à Cracovie , en mars 2009, ainsi que l’organisation d’une grande mobilisation européenne anti-guerre et contre le militarisme, à Strasbourg (France et Kehl (Allemagne), des deux côtés du Rhin, fin mai 2009.

Les organisations présentes ont convenu d’organiser une prochaine conférence de débat en 2009, pour discuter le la situation en Europe et de la politique militaire de l’OTAN et de l’Union européenne ainsi que des tâches des anticapitalistes. D’ici là, avant la fin de l’année 2008, les organisations intéressées se reverront pour envisager la préparation des prochaines élections européennes, de manière à pouvoir y faire apparaître, sous des formes à discuter et fonction des choix et des possibilités des unes et des autres, un pôle anticapitaliste autour d’une déclaration, d’un matériel de propagande, d’un logo et d’échanges d’orateurs lors des meetings de campagne dans divers pays. ■

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